‹ Mélanges: articles de journaux, 1848-1852Chapitre 27 sur 44 · LE SOCIALISME JUGÉ PAR M. PROUDHON · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME JUGÉ PAR M. PROUDHON

Au Rédacteur du Journal des Débats.

Monsieur le Rédacteur,

Je m'adresse à vous en confrère, je voudrais pouvoir dire en ami.

Vous avez publié récemment, à l'intention du socialisme beaucoup plus encore qu'à la mienne, deux articles, l'un de sept centSy l'autre de cinq cents lignes, dans lesquels vos lecteurs ont pu voir que le socialisme et moi, nous n'étions point flattés du tout. — En vertu des lois sur la presse que vos patrons nous ont laissées pour tout souvenir, et des précédents judiciaires qui ont suivi, j'aurais peut-être le droit de vous adresser une réponse ayant une étendue double de l'attaque.

ce qui ferait juste deux mille quatre cents lignes de votre journal, une brochure d'environ quatre-vingts pages!...

Rassurez-vous, toutefois. Je connais trop les misères du métier pour tirer ainsi vengeance des peccadilles d'un confrère ; et je respecte trop aussi la critique, le droit qu'elle a de se tromper et de tromper, pour appeler, par de semblables moyens, de ses jugements. Mais ce que je ne puis souffrir, c'est qu'elle travestisse ou falsifie les textes; c'est, lorsqu'elle tient entre ses mains la justification d'un auteur, qu'elle la laisse couler comme l'eau entre ses doigts. Tel est, Monsieur le Rédacteur, le sentiment qui m'a décidé à vous répondre : permettez-moi de présumer assez de votre justice pour croire que vous insérerez ma réponse dans votre plus plus prochain numéro.

Votre dernier article, celui dont je m'occupe en ce moment, est intitulé : Le socialisme jugé par M. Proudhon,

Or, il résulte des propres paroles de votre correspondant, ainsi que des passages, en fort grand nombre, qu'il a luimême extraits de mes brochures :

1" Que je ne suis point communiste;

2*> Que je repousse l'organisation de la société par l'État ;

3° Qu'en toute occasion j'ai défendu la famille;

4° Qu'avec la famille, je maintiens le principe d'hérédité ;

6o Que je n'ai, pas plus que qui que ce soit, la superetition du suffrage universel ; que je le veux éclairé, non arbitraire ; réfléchi, non enthousiaste, tel par exemple que l'ont fait et que le préconisent les entrepreneurs de l'élection du 10 décembre ;

60 Enfin, que je proteste contre Vhumanisme, c'est-à-dire contre la dernière forme d'athéisme formulé par l'extrême gauche hégélienne.

Voilà ce qui ressort de la lettre de votre correspondant, ce qui domine toute sa critique, et qu'il eût dû, arbitre consciencieux, montrer avant tout à vos abonnés.

Eh bien ! je vous le demande : Y a-t-il en toutes ces propositions quelque chose qui vous choque î N'est-ce pas là le fond de toute sécurité î ce que l'on ne saurait mettre en cause sans nier l'humanité même? ce que vous prêchez tous les jours à ceux qui vous lisent î ce dont vous affectez chaque matin de prendre la défense contre les socialistes!

La liberté individuelle ^

La liberté du travail,

La famille,

L'hérédité,

Uéducation du suffrage universel,

V affirmation d'une Providence.

174 MÉLANGES. — AlfTICLÈS DE ioURNAUX

' Voilà ce que votre correspondant a découvert de plus saillant dans mes livres ! Voilà pour quoi je combats envers et contre tous, depuis dix ans que je m'occupe de philosophie et d'économie politique! En vérité, Monsieur le Rédacteur, en voyant cette étrange manière de me réfuter, j'ai cru que votre correspondant était un des nôtres, qui avait voulu, sous forme de critique, glisser dains votre feuille, pour les candidats de la démocratie socialiste, une réclame électorale.

Comment! moi, le plus effrayant des socialistes; celui qui inspire au gouvernement le plus d^inquiétude, aux républicains honnêtes le plus d'horreur, à nos bons paysans, trompés par vos rapports, le plus de haine, j'affirme, préalablement à toute discussion, et comme conditions essentielles de la société, la liberté, la famille, la République et la Providence! En vérité, vous êtes les plus maladroits des ennemis ou les plus fins de tous nos coreligionnaires !

Oui, et je prends acte du témoignage de votre correspondant: malgré les discussions, toutes de théorie, qui ont eu lieu dans certaines écoles touchant la communauté du travail et des biens, l'intervention de l'État dans le commerce et l'industrie ; l'immense majorité du socialisme, surtout la partie la plus éclairée, pense sur toutes ces questions fondamentales exactement comme moi. Il n'y a personne, parmi nous, qui songe à supprimer la liberté et la famille, qui nie la raison immanente, incorruptible et providentielle des sociétés. Sur tous ces points, et sur leurs conséquences, nous sommes tous d'accord. Les esprits spéculatifs peuvent, tant qu'il leur plaira, se donner carrière : en somme, et pour la pratique, nous restons dans la communion du genre humain : nous n'avons jusque-là pas un adversaire dans le monde.

Combien pourtant les questions s'éclairciraient, et que de luttes stériles seraient épargnées, si tous, novateurs et critiques, nous cherchions la vérité de bonne foi !

Qu'est-ce donc que le socialisme, puisqu'il affirme tout ce que le monde reconnaît, la liberté, la famille, la souveraineté du peuple, la Providence t

C'est à quoi votre correspondant a encore répondu, mais de façon à n'être compris de personne. Il est de ces gens qui croiraient trahir la vérité, s'ils disaient sérieusement une chose sérieuse.

J'ai dit, je ne sais où, que le socialisme était une protestation. En m'exprimant de la sorte sur le socialisme, je voulais l'apprécier, non le définir. Votre critique trouvant l'appréciation mesquine, s'en est emparé comme d'une condamnation.

et, sans y regarder davantage, il s'est mis à tourner en ridicule protestants et protestation.

Serait-ce donc à vous, Monsieur le Rédacteur, qu'jj faudrait rappeler que le progrès pour la liberté ne consiste qu'à détruire sans cesse les entraves que, sous le nom d'institutions et de lois, elle se crée incessamment elle-même, en sorte que la moitié de notre existence se passe à protester contre l'autre moitié? Est-ce à vous qu'il faut dire que tout est mobile et passager dans la société; que telle institution, libérale à son origine, devient, avec le temps, une entrave à la liberté; que ce qui est aujourd'hui pour nous la réalité, demain ne sera plus qu'une utopie ?

Ainsi, depuis 4000 ans, la société a successivement aboli, elle continue d'abolir l'utopie des castes, l'utopie de l'esclavage, l'utopie despotique, l'utopie théocratique, l'utopie féo* dale, l'utopie constitutionnelle, etc. N'assistons-nous pas, en ce moment, à la chute de cette grande utopie des temps modernes, qui devait consolider à jamais les royaumes et les empires, la Sainte -Alliance? Quelle chaîne de destructions l Quelle série de protestations de la société contre elle-même!.*. Quelle philosophie que celle qui, à l'aide de la métaphysique, de réconomié politique et de l'histoire, ferait la théorie de toutes ces révolutions!... Eh bien! Monsieur le Rédacteur, cette philosophie, ne vous en déplaise, c'est le socialisme. Il ne tenait qu'à vous, puisque vous me faisiez l'honneur de me citer, de la trouver toute faite dans mon ouvrage. Mais quoil ce monde dont vous êtes l'organe est déjà aussi frivole, aussi aveugle que l'était l'aristocratie du dix-huitième siècle, lorsque la Révolution de 89 vint la surprendre tout d'un coup comme un coreaire 1 Fâcheux présage, pensez-y bien I

Le progrès dans la société n'est qu'une suite de destructions. Voilà le premier acte de foi du socialisme.

Or,, comment la société procède- t-elle à ces négations successives! — En opposant continuellement aux utopies ofCcielles, momentanément réalisées, d'autres utopies," la plupart irréalisables, ou qui ne se réalisent que sur une échelle fort restreinte. Telles furent l'utopie de Pythagore, et, après lui, celles de Lycurgue, de Platon, des Esséniens, de Manichée, des Albigeois, Vaudois, Hussites, Anabaptistes, Moraves, etc. Telles furent encore les utopies de Campanella, de Morus, de Fénelbn, de Morelly, de Babœuf. L'effet de cette opposition est d'amener presque toujours la société à une fusion, composi-tion, synthèse, ou moyen terme, qui subsiste jusqu'à ce que la.

liberté le juge de nouveau embarrassant, et l'expulse à son tour à Taide d'une autre utopie.

Tout cela, Monsieur le Rédacteur, est de Fhistoire, je dirais presque de la fatalité; et vous pouvez juger déjà que, pour être fort ancien dans le monde, le socialisme n'en est pas moins chose très-sérieuse, et qu'à le traiter légèrement, il y a, comme aurait dit M. Guizot, tort grave et grave péril.

Et, pour ne parler ici que de ce qui me regarde, qu'ai-je pensé faire avec ce Système des contradictions que votre correspondant cite à chaque phrase contre les socialistes, mais qu'il se garde bien de citer jamais contre les économistes!

J'ai voulu, en montrant la marche de la liberté et ses oscillations perpétuelles, donner à la société conscience de ses contradictions, c'est-à-dire de ses utopies. J'ai voulu rendre impossible à l'avenir tout abus gouvernemental, toute excentricité démocratique, toute mystification doctrinaire ; j'ai voulu surtout dégager la grande élimination qui se prépare, et qui fait tout le sens et la valeur de la Révolution de Février. J'ai cru, en un mot, en démontrant l'antagonisme essentiel de notre société, que je construisais la vraie philosophie de l'histoire. J'ai mis à cette démonstration tout ce que j'avais de force de langage et d'énergie de style, et voici que, pour avoir trop bien prouvé ma thèse, on me présente à la fois comme le contempteur dé la Divinité et le contradicteur du genre humain. J'attaque l'utopie, quelque part et sous quelque forme que je la trouve ; et c'est moi que l'on charge des contradictions sociales. Ce qui, dans mon livre, ne s'adresse qu'aux systèmes, on me le fait dire aux personnes; ce que je place dans la bouche des utopistes, -que je défends et que je réfute tour à tour, on me l'impute comme étant l'expression de mes sentiments! De telle sorte, qu'en fin de compte, je me trouve être tout à la fois Gorgias le sophiste, Protagoras l'athée, Diogène le cynique et Timon le misanthrope.

Est-ce de la critique î est-ce de la bonne foit...

Oui, je suis socialiste, mais socialiste avec préméditation et conscience : socialiste, non pas seulement parce que je proteste contre le régime actuel de la société, mais parce que y affirme un régime nouveau, qui doit résulter, comme tout ce qui se produit dans la société, de la négation d'une réalité passée à l'état d'utopie. Je suis socialiste, c'est-à-dire, à la fois réformateur et novateur, démolisseur et architecte; car, dans la société, ces termes, quoique opposés, sont synonymes. De^ struam et œdificaho ; traduisez : je détruis, donc j'édifie : cette proposition est la pensée intime de l'humanité même. Je m'é-

tonne que mon critique, si fort sur Hegel, ne Tait pas compris. La conjonction latine et est prise ici pour id est, comme cela arrive fréquemment dans la Bible, d*où j'ai tiré cette épigraphe, et comme l'exigeait d'ailleurs le principe d'identité des contraires, qui fait tout le fond de la théorie de Hegel.

Ainsi je devais, pour arriver à Tintelligence de la Révolution de Février et de l'édifice social qu'elle doit fonder, commencer par la revue de toutes les utopies qui ont cours jusqu'ici dans la société. Par la nature même des choses, ces utopies se divisaient naturellement en deux grandes classes : l'une qui veut tout par l'individu, et que j'ai appelée économisme; l'autre qui veut tout par la société, et que j'appelle socialisme , ou plus souvent communisme.

J'ai démontré, de mon mieux, que toutes ces doctrines, également exclusives, étaient également impraticables : alléguant en preuve, contre les unes, la misère et les révolutions qu'elles engendrent; contre les autres, l'impuissance radicale où elles sont de s'établir. J'ai tâché de les annuler toutes les unes après les autres; j'ai affirmé que le socialisme, l'utopie spéculative, n'était bonne que comme protestation, et pour abroger l'utopie officielle; j'ai déclaré que, cette abolition obtenue, il fallait immédiatement s'arrêter, et laisser à la liberté le soin de passer outre. J'ai cru, pour tout cela, acquérir quelque droit à l'estime et à la reconnaissance de mes contemporains : je n'ai gagné jusqu'ici, grâce à l'intelligence et à la bonne foi des critiques, que la réputation d'un Érostrate!...

Quelle est donc, me direz-vous, cette nouvelle et définitive abolition que doit opérer la liberté? — Car, enfin, ce n'est pas tout de protester, il faut aboutir à un acte, à une suppression d'abord, et plus tard aune création! Et puisque vous ne reconnaissez pas de valeur pratique, ni à l'utopie de Saint-Simon, ni à celle de Fourier, ni à celle d'Owen ou de Cabet, quelle est du moins l'utopie existante que celles-là ont pour but commun de dissoudre t

C'est ce que votre correspondant vous aurait appris, Monsieur le Rédacteur, s'il avait eu plus à cœur de me faire connaître que de me défigurer.

Pouvait-il ignorer que notre système économique repose tout entier sur l'hypothèse, la fiction, l'utopie, comme il vous plaira l'appeler, de la productivité du capital ? Qu'en vertu de cette hypothèse, créée par la loi, mais qu'aucune puissance législative ne pourrait aujourd'hui abroger, une moitié des produits de la société, sous les noms de rente, fermage, loyer, intérêt, bénéfice, agio y etc., passe incessamment des mains du travail-

leur dans celles du capitaliste, lequel est censé produire, comme dit Say, par son instrument] Que la somme de ces prélèvements s'élève aujourd'hui pour la France entière, suivant les uns à quatre y suivant les autres à six milliards par année? Que les conséquences de ce détournement sont une inégalitéanormale, extra-naturelle, des conditions et des fortunes ; la division de la société en deux classes ennemies ; la nécessité d'une police et d'une force publique qui ne coûtent pas moins de 500 millions par année ; puis l'engorgement des produits, la stagnation des capitaux, le manque de débouchés, la cessation du travail, l'asservissement de la classe la plus nombreuse de la société, la misère î...

Je crois inutile de m'étendre davantage ; ce n'est pas d'aujourd'hui que le socialisme fait entendre ces plaintes. La question pour nous donc, socialistes, ce n'est pas, croyez-le bien, de savoir si nous construirons un phalanstère d'essai, si Ton établira partout l'égalité des salaires, si les ouvriers se mettront en communauté , si l'État deviendra l'entrepreneur unique de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, etc. Tout cela est, à nos yeux, question réservée.

L'affaire capitale, c'est que le prélèvement de quatre à six milliards que le capital fait sur le travail soit aboli, absolument comme le furent les droits féodaux, dans la fameuse nuit du 4 août, pî'est-ce rien, à votre avis, que l'abolition d'une rente de six milliards , qui porterait d'emblée la moyenne du salaire des ouvriers au double, puis, par le travail des improductifs, au quadruple]

Or, nous soutenons que cette abolition générale des droits seigneuriaux de la pro|)riété s'opérerait d'elle-même, graduellement, sans expropriation, sans déchirement, si l'État, prenant Pinitiative de la Révolution, commençait par supprimer l'intérêt de l'argent, et organisait gratuitement la circulation et l'escompte.

Et quant à cette suppression môme de l'intérêt d'argent, nous affirmons, avec les propriétaires eux-mêmes, qu'elle est de droit comme de nécessité publique ; qu'il y aurait désormais spoliation et trahison de la part du pouvoir à l'égard de tous les citoyens en qui l'intérêt du travail est supérieur à celui du capital, s'il persistait à s'opposer à la mesure.

Nous affirmons enfin, que, par le seul fait de cette abolition : 1* de l'intérêt de l'argent, par l'initiative de l'État ; ^ de toutes rentes, loyers, fermages, agios, etc., par l'effet natui^el des nouvelles institutions de crédit, la société serait renouvelée de fond en comble, dans son gouvernement, ses

institutions^ ses lois, sa philosophie, ses mœurs , sa littérature et ses arts...

Ici encore, Monsieur le Rédacteur, je puis me dispenser de tous développements. Si Ton a pu dire , de la vapeur, qu'elle opérerait une révolution dans l'industrie, à combien plus forte raison doit-on le penser d'une réforme qui, restituant au producteur ce que lui enlève l'improductif, et forçant celui-ci au travail, double la production générale, quadruple Je revenu des travailleurs, et détruit à tout jamais le paupérisme et la révolte î

Voilà, pour ma part, ce que je ne cesse de dire et répéter, depuis dix ans, sous toutes les formes. Qu'on me réfute, si on le peut; mais, pour Dieu, qu'on ne me parle plus d'attaque àJa . liberté, à la famille, à la Providence ! La liberté, la famille, la Providence, n'ont rien à voir en tout ceci : il s*agit des profits du capital ; et, pour la seconde fois, Monsieur le Rédacteur, je vous rappellerai, à vous et aux vôtres, qu'à faire la sourde oreille sur cette question si nette, si catégorique, si décisive, du capital, il y a tort grave ei grave péril.

Et tenez, pour en revenir à la théorie des contradictions, voyez où vous a conduits déjà cette guerre inintelligente, impolitique, immorale, que vous faites au socialisme ?

Le jour où, pour soutenir vos privilèges, vous avez voulu mettre le socialisme hors la société, l'accusant de vouloir la communauté des biens, la communauté des femmes, la communauté des enfants, la confusion, le chaos, le crime, tout ce que Fimagination peut concevoir de plus monstrueux et de plus effroyable, ce jour-là le socialisme vous a répondu d'un geste intrépide et d'une foix fatidique : Et moi, plus puissant . que vous, inaccessible à vos calomnies, je prononce votre dissolution.

Alors, comme si, par une puissance inconnue, le lien social se fût tout à coup brisé dans les âmes, vous avez vu la division, l'esprit de méfiance et de haine, pénétrer toutes les classes de citoyens ; les éléments de la société entrer en lutte les uns contre les autres, tous les intérêts se séparer et devenir mutuellement hostiles. Vous avez vu le locataire conspirer contre le propriétaire, le fermier contre le seigneur^ le commerçant contre le capitaliste, le salarié contre l'entrepreneur, l'employé contre le patron, le domestique contre le maître, le soldat contre l'officier, le pauvre contre le riche, le paysan contre le citadin, le citoyen contre l'État, l'agriculteur contre l'industriel , le travailleur contre l'oisif, le producteur contre le consommateur.

ISO MBLANGES. — ARTICLES DE JOURNAUX

Tout le monde s'isole, se resserre : Chacun chez soi^ chacun pour soi; vous êtes désolés par vos propres maximes. Le citoyen voit dans le citoyen un rival, un envieux, un délateur. Vous avez cru maintenir par la force l'exploitation d'une classe de la société par une autre classe : le socialisme, qui sait mieux que vous le secret de la société, vous a répondu par une dissolution universelle. Vous aviez excité, encouragé, récompensé la guerre sociale : vous aviez cru étouflTer dans leur sang la protestation des socialistes ; le socialisme s'est vengé en déchaînant sur vous la tempête de vos contradictions.

Faites de la propagande antisocialiste, quand vous n'êtes plus d'accord entre vous ; quand vos prêtres vous méprisent, que vos soldats vous maudissent, que vos valets vous détestent, que tout ce qui vous obéit encore est prêt à vous déchirer. Débrouillez- vous dans ce chaos où le socialisme, d'un mot, vous a plongés ; où le paysan crie en même temps : A bas les partageux! et A bas le riche I — Vive Bonaparte \ et Vive la République l ^- où l'on repousse l'organisation du travail par l'Etat, et où l'on ne parle que de remettre mines, canaux, chemins de fer. Banque, assurances, etc., aux mains de l'État; — où l'on demande à la fois, l'impôt progressif et la conservation de la propriété ; l'impôt sur le luxe, et des encouragements pour les arts ; l'impôt sur les successions , et le respect de la famille ; la liberté de l'enseignement et la gratuité de l'enseignement ; l'égalité des droits politiques, et la hiérarchie dans la discipline; la répression de l'agiotage, et le maintien de l'usure; — où, enfin, le suffrage universel n'est déjà plus qu'un moyen de faire mentir le peuple, et la République une forme de la dictature.

Ramenez le crédit avec la puissance des baïonnettes ; rappelez la confiance dans cette société en poussière ; rétablissez la circulation et le travail, remplissez le portefeuille de la Banque avec les excitations de la Boui*se !

O matérialistes! qui avez cru faire de l'ordre avec de la force, qui croyez encore ramener à vous le peuple avec des mensonges et des railleries; revenez, il en est encore temps, à résipiscence 1 Car, je vous le jure, et vous pouvez prendre ma parole pour celle de 25 millions de prolétaires et d'exploités, le peuple, lui, ne vous reviendra jamais.

LE PEUPLE — i849 i8l

(N« 181. — 19 mai.)

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