‹ Mélanges: articles de journaux, 1848-1852Chapitre 38 sur 44 · SAINTE-PELAGIE A L ELYSÉE, SALUT · texte numérisé non relu

SAINTE-PELAGIE A L ELYSÉE, SALUT

En vérité, le président de la République ferait bien, par quelque coup de son métier, de venir en aide à la Voix du Peuple. Nous sommes accusés, à cause de lui, de bonapartisme

• . . . . Pour Dieu et

pour l'honneur de la Voix du Peuple, levez-vous donc, citoyen président! vous appelez-vous Bonaparte?

Écoutez ce qu*on dit de vous :

Ri«n n*empêche le président d*avoir une politique différente de celle de l'Assemblée, cela est certain. Il le powrrait, ail le voulait. Mais le veut-il? Voilà la question. A cet égard, nous nous sommes déclarés incrédules, et nous avons expliqué pourquoi.

Nous ne nions pas que le renvoi du ministère Barrot, et quelques expressions du message, n'impliquent un certain désaccord entre le président et la majorité. Mais sur quels points porte ce dissentiment entre l'élu du 10 décembre et les anciens partie? Voilà ce qu'il faut comprendre et ce qu'il importe de déterminer.

Ces anciens partis, ce sont les serviteurs de deux i-oyautés défuntes. Quand les fidèles de M. le comte de Chambord ou les amis de la maison d'Orléans font en public la confidence de leurs regrets, quand ils formulent leurs prétentions, quand ils font sonner haut leurs espérances, il est bien clair que M. Bonaparte ne peut alors être de leur avis. Ces sentiments-là ne sont pas les siens. 11 a d'autres visées. Il poursuit un autre but. Sous ce rapport il a naturellement, nécessairement, une politique personnelle. Nous l'accordons.

Mais les questions dynastiques sont-elles aujourd'hui les seules questions pendantes? Evidemment non. 11 s'agit encore, il s'agit surtout, de savoir si Ton adoptera ou si l'on niera les principes de la Révolution de février; si l'on tirera de ces principes, leurs légitimes conséquences; si, entrant résolument dans la voie démocratique, on accordera au Peuple les réformes sociales qu'il demande, les institutions dont il a besoin; fi

Ton s'établira pour tonjours, et sans arrière-pensée, sur le terrain de la Constitution ; si l'on cessera de considérer la République comme une auberge où Ton s*abrlte momentanément, en attendant que le temps s'éclaircisse, et que le chemin devienne plus praticable. Ici le désaccord cesse; et si M. le président a d^autres vues que PAssemblée nationale, on avouera qu'il ne Ta pas encore prouvé.

Laissons de côté, nous j consentons, tout ce qui a précédé le message du 31 octobre. Prenons ce message pour point de départ, et supposons, pour un moment, qu'il signifie quelque chose. Que reste-t-il aujourd'hui de tout ce qu'on s'était efforcé d'y voir?

Après le texte est venu le commentaire. M. d'Hautpoul a-t-il annoncé un changement de politique ? M. Ferdinand Barrot, hier encore, ne s'est-il pas déclaré résolu à marcher sur les traces de ses prédécesseurs ?

On parle de la question romaine, de la fameuse lettre du 18 août, de ce programme repoussé par l'assemblée , abandonné par l'ancien ministère, et qui, grâce au nouveau, va devenir enfin une vérité..... De bonne foi, le croyez- vous? Si on l'eût voulu réellement, est-ce bien au légitimiste M. d'Hautpoul qu'on aurait confié l'exécution d'une telle œuvre ? — Mais M. d'Hautpoul reste à Paris. Un autre général va partir à sa place, un homme dévoué aux principes libéraux, et qui saura bien avoir raison de la réaction cléricale. — Ah ! vraiment. Eh bien I il est nommé cet autre général, destiné à réparer les fautes de M. Oudinot. Savezvons qui l'on a choisi? M. Baraguay-d'HiUiers I

Entendez cela, citoyen président. On vous reproche de n'avoir de commun avec les républicains que la haine pour la dynastie de Bourbon et la dynastie d'Orléans. On dit que, hors cette question de dynasties, vous êtes un wai réactionnaire, un parfait aJbsolutiste ; que tout le différend entre vous et la majorité provient de ce que vous sollicitez pour vous-même ce que ceux-ci veulent n'accorder qu'à Chambord, ce que ceux-là réservent à Joinville ; qu'au fond vous n'avez pas de politique personnelle, mais seulement une ambition personnelle ; bref, que vous êtes vous-même, ni plus ni moins que les anciens partis, un factieux !

Sans doute, observe le National^ — car c*est de lui qu'est l'article cité plus haut, — sans doute le président pourrait, s'il voulait y avoir une politique différente de celle de l'Assemblée. Mais il ne le veut pas, parce qu'il est le compétiteur des deux prétendants ; en un mot, parce qu'il n'est pas républicain.

Si, pourtant, demande la Voix du Peuple y il convenait au président, par rivalité dynastique ou par tout autre cause, d'avoir tout à coup, sur une question spéciale, une politique conforme aux intérêts de la Révolution, devrait-on, sous prétexte de suspicion légitime, l'abandonner aux coups de la majorité, et négliger ainsi les intérêts les plus préciçux de la Révolution î

270 MELANGES. — ARÏICLE8 DE IQURNAUX

Quelle conduite tenir alors! C'est une hypothèâe que fait la Voix du Peuple,

Si f disons-nous , le président Louis Bonaparte, après avoir voulu une fois^ deux fois^ nommait à la troisième un ministère de républicains, choisis dans la nuance du iVattonalpar exemple, devrait-on alors croire que le président a i}oulu ? Devrâit-on, sauf le respect inviolable de la Constitution, appuyer le président contre la majorité t

De plus, si, par cas extrême, la décision de la majorité portait atteinte à la Constitution, devrait-on engager le président à se soumettre à cette décision, ou à faire appel au Peuple? £t faudrait-il, pour résoudre un pareil problème, chercher des exemples en Amérique, sur le8 bords de l'Or^^n ou du Mississipi 1

Il semble que la question soit bieH et Carrément posée, n^est-il pas vrai t que la pudeur républicaine du National^ de la Hé forme et du Temps ^ soit parfaitement à couvert, et que leur puritanisme anti-dynastique n'ait rien à redouter de cette supposition éminemment parlementaire!

Le National ne veut rien entendre. — Il ne véhiipaiî nous répond-il avec obstination, comme s'il était sûr du fait. H ne veut pas t répètent en chœur le Temps et la Réforme, Leur aurie2-Vous donc fait, citoyen Bonaparte, quelques avances, tout à coup abandonnées! Évidemment, il y a là-dessous quelque chose. Nos confrères en savent plus qu'ils n*eti osent dire ; et vous, président de la République, vous en pensez plus long quil ne s*en aperçoit dans vos messages. Or, afin que nous autres, qui ne voulons être ni ministres, ni président de la République, qui avons juré de ne tremper jamais dans aucun gouvernement, nous sachions cependant à quoi nous en tenir, et qu'on ne nous prenne point pour dupes, nous vous supplions humblement, dans l'intérêt de votre popularité et de la nôtre, de répondre à notre question <

Décidément, le président de la République est-il pour ou contre le motu proprio ? — Nous n'en demanderons, pour le moment, pas davantage. Louis Bonaparte est un républicain du lendemain : avec les néophytes, il convient de ménager les transitions.

Si le président est pour le m^tu proprio, il accepte, par là même, le vote de la majorité de l'assemblée législative. Il faut qu'il prenne avec lui MM. Thiers, Berryer et Montalembert, comme il a déjà pris les généraux d'Hautpoul et Baraguayd'Hilliers ; qu'il retire son message, et qu'il attende avec rési-

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gnatiôn de la Providence deâ Jésuites ce qu*il lui plaira faire de lui.

S'il est contre le moiu prdprio, il se range par conséquent à Tavis de la majorité de Rassemblée constituante, il pactise avec les manifestants du 13 juin. Dans ce cas, sa conduite est toute tracée : mettre à néant le procès de "Versailles ; rappeler Ledru- RoUin, Considérant et leurs amis; former un ministère de gauche, et braver, avec les Républicains, les foudres de la majorité : nous n'aurons pas besoin pour cela de violer la Cens* titutîon.

Sans garantie, toutefois, de l*empire ni du consulat.

Voulez-vous, citoyen Bonaparte; ôu ne voulez-vous past

(H» 46. — 15 novembre 1849.)

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