‹ Mélanges: articles de journaux, 1848-1852Chapitre 41 sur 44 · UNION REPUBLICAINE · texte numérisé non relu

UNION REPUBLICAINE

On nous accuse, parfois, de diviser la démocratie, parce qu'il nous arrive de devancer Topinion sur les questions les plus capitales du siècle, et les plus délicates de la politique. Ceux qui nous adressent ce reproche croient-ils faire euxmêmes de Tunion, quand ils entretiennent parmi le peuple les méfiances les plus mal fondées et les plus impitoyables?

Le Temps, à propos de la dernière protestation de la Montagne, publie ce matin les réflexions suivantes :

Nous ayons adhéré de tout cœnr à cette protestation ; mais, en lisant lei noms des représentants qui ont signé cette pièce, nous ayons été doa< lonreusement affectés d'y yoir figurer en même temps des noms qui ne devraient p<u te rencontrer entefabley dans quelque circonstance que ce soit.

La Montagne a fait ayeo la gauche une seule et même protestation : c'est une faute^ ime faute graye. Nous adressons à cette occasion des reproches sérieux à nos amis. Il existe^ entre la gauche et la démocratie socialiste, des dissentiments si profonds, qu'm aucun cas il n'est permis a*Ax Montagnards d'oublier nos griefs contre certains républicains.

Un ÀBÎMB sépare les deux grandes fractions du parti républicain,

n est des hommes pour qui la forme est tout, qui n'ont rien yu, qui ne yoient rien an deÀ d*ane étiquette substituée à une autre, du mot république mis aux lieu et place du mçt monarchie. Ces hommes donneraient yolontiers leur adhésion à quelques mesures insignifiantes; ils appuieraient de leurs yotes quelques propositions stériles; ils acceptetaient quelques petites améliorations à la situation des trayailleurs. Mais ils reculeraient encore, comme ils l'ont fait jadis, deyaât les réformes sérieuses, radicales, les seules qui puissent donner satisfaction aux justes exigences de la démocratie. %

Ces républicains, que nous ayons trouyés dans le camp de nos ennemis, à Tayant-garde de la résistance dans des ciroonstances diyerses; ces ré-

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pnblioains, qni n'ont retronyé un peu de fo démocratique, on peu de déyonement an peuple, que le jour où, délaissés par leurs alliés de V ordre, ils sont tombés du pouvoir, et se sont vus, après de coupables faiblesses, réduits à dévorer dans Pisolement leurs remords et leurs humiliations : — oes républicains-là n'ont p<u encore expié leurs erreurs; ils n*ont peu encore mériié leurs réhabilitation; et tant qu'ils n'auront pas accepté sans réserve le programme de la démocratie socialiste, nous ne pourrons voir, sans protester, la Montagne s'associer à eux pour faire un acte politique.

En ees temps où les rapprochements inexplicables sont à l'ordre du jour, où les fusions sont trop souvent conseillées au peuple, c'est une chose f&oheuse que l'exemple donné, mercredi, par nos amis.

Le journal que nous citons voudrait-il nous dire quand il pense que les représentants de la gauche républicaine auront suffisamment expié leurs erreurs et mérité leur réhabilitation ? Quel temps assigne-t-ii à leur pénitencel Que doivent-ils faire, à son avis, pour être reçus au pardon t Si le Temps peut nous le dire, nous adhérons de tout cœur à sa politique comme il adhère lui-même à la protestation de la Montagne.

Notre confrère parle d'adhésion au programme complet de la démocratie socialiste. Il n'ignore pas cependant que, sur la question fondamentale, celle de l'intérêt des capitaux et celle de l'impôt, qui lui est corrélative, la démocratie socialiste était elle-même, il n*y a pas plus d'un an, divisée ; que sur la question du gouvernement, la plus grande après celle de la propriété, elle Test encore. Où donc est le programme complet de la démocratie socialistet Qu'on nous le dise, afin que nous sachions, pour notre propre compte, si nous devons nous ranger parmi les immobilistes ou parmi les ultras 1...

La seule chose qui soit complète aujourd'hui, qu'on le sache bien, c'est la foi à la République ; c'est, avec le suffrage universel, la perfectibilité des institutions, l'abolition des charges du capital et de l'impôt, et, comme conséquence de cette abolition, la liberté illimitée de l'homme et du citoyen. Hors de là, nous avouons humblement, pour ce qui nous regarde, que nous n'avons jamais entendu parler du programme eompUt de la démocratie socialiste : nous serions heureux qu'on voulût bien nous le faire connaître.

Le Temps ajoute :

n 7 a, parmi les républicains, deux partis bien distincts. Qu'ils aient chacun leur drapeau, comme ils ont chacun leur programme ; qu'ils ne se confondent pas sous la même bannière, tant que leurs idées ne se seront pas réunies sous la même formule. De oes deux partis républicains) il en est un qui doit mourir. Ne lui donnons pas plus d'importance qu'il n'en mérite ; ne le grandissons pas aux yeux du peaple !

Qu'est-ce à direî Quel est ce puritanisme rétrospectif? Estce que le parti qui a protesté, le 13 juin d abord, ensuite à Versailles, par ses deux chefs militaires, Guinard et Forestier, n'a pas suffisamment expié le crime involontaire des journées de Juin! Est-ce que Parrêt de la haute cour ne Ta pas réhabilité î Est-ce que la misère qui le dévore et qui confond désormais ses intérêts avec ceux du prolétariat, n'est pas un gage suffisant de fidélité à la République, et d'adhésion au programme encore inconnu de la démocratie socialiste? Veut-on raviver les rancunes du 13 mai et du 8 juillet? Veut-on éterniser les haines de castes?

Et nous aussi, nous avons posé, après le 26 juin 1848, l'antagonisme entre les classes ; nous avons creusé le fossé entre la bourgeoisie et le prolétariat. Mais alors il s'agissait de donner à la République sa véritable signification ; il s'agissait, par la terreur de la question sociale, de sauver la Révolution. Quand le bourgeois et le paysan, trompés par de stupides calomnies, s'armaient tous deux contre le socialisme, nous avons levé l'étendard contre le paysan et le bourgeois. Maintenant que la Révolution, comprise, acceptée de ceux-là mêmes qui, d'abord, lui résistaient, poursuit sa marche victorieuse ; maintenant que le dissentiment n'existe plus qu'entre les sectes et les rapsodes, quel motif pourrait-on avoir encore de persister dans cette politique d'antagonisme?

Veut-on, encore une fois, diviser la démocratie et perdre la République par ce système d'exclusion absurde, implacable? Qu'on le dise, et que la Montagne se prononce ! Nous viendrons en aide à la discorde, et, nous en attestons notre passé, jamais pareille anarchie ne se sera vue depuis la confusion des langues.

FIN pu TOME DEUXIEME

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