A M. AMBROISE-FIRMIN DIDOT
En corrigeant les dernières épreuves de ce volume, commencé bien avant les douleurs et les souffrances de rinveslissement de Paris par les Prussiens, et achevé d'imprimer après les horreurs de Voccupation de Paris par la Commune et V Internationale^ je relisais votre belle notice sur Aide V Ancien, Manuzio Aldo, que vous avez si bien peint, parce que vous vous êtes reconnu vous-même, à quatre siècles en arrière, dans ce grand imprimeur, dans ce docte grammairien , dans ce profond helléniste^ dans ce travailleur infatigable^ dans ce bibliographe passionné, dans ce noble ami des sciences, des lettres et des arts.
Aide VAncien a continué son œuvre de philologue et d'imprimeur, toujours calme, toujours impassible^ toujours confiant dans le juste et le vrai, au milieu des guerres étrangères et des discordes civiles : il consacrait son génie et sa fortune à sauver de la destruction les trésors de l'antiquité littéraire; il recueillait avec un pieux respect les épaves de la Grèce antique, échappées au naufrage de la civilisation byzantine et dispersées dans toute VEurope à la suite de la prise de Conslantinople par les Turcs ; il imprimait à mille exemplaires ces précieux manuscrits, souvent uniques, qu'il avait acquis à grands frais et qu'il craignait de voir disparaître à jamais dans les ruines de la société italienne. « J'ai fait vœu, disait-il en tête de son édition de la Grammaire de Lascaris (je me sers ici de votre traduction élégante), j'ai fait vœu de consumer ma vie à Vutililé publique, et Dieu m'est témoin que tel est mon