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DEPUIS LE XV I*^ SIÈCLE

Nous sommes heureux de pouvoir répéter, avec un des hommes des plus éclairés et des plus compétents dans toutes les questions d'art et de goût, M. le comte de Laborde : « La Reliure est un art tout français (1). ))

En effet, les premières reliures de livres vraiment remarquables sous le double rapport du style et de

(i) Le Palais Mazarin, on les grandes habitations de ville et de campagne au XVII^ siècle, par le comte de Laborde. Paris, Franck, 1846, gr. in-8, p. 21.

Texécution ont été faites en France, à Lyon sans doute, sous le règne de François I". C'est au célèbre bibliophile Jean Grollier que semble de droit appartenir l'honneur d'avoir créé la reliure française. Avant lui, les livres imprimés étaient reliés sans doute, mais aussi grossièrement, aussi lourdement que les manuscrits sur vélin, auxquels le moyen âge avait donné une espèce d'armure destinée à les protéger, armure composée d ais de bois de chêne, ou de châtaignier ou de cèdre, recouvert, soit de cuirs de cerf, de truie, de vache ou de veau, quelquefois estampés à froid ou dorés à chaud, soit d'étoffes de jjamie, de velours ou de soie ouvrée, avec des fermoirs et des coins de métal plus ou moins travaillés et ornés,

L'imprimerie, en rendant les livres plus légers, plus commodes, avait naturellement réclamé un système de reliure plus conforme à la fabrication et à l'usage des livres en molle (1) ; on peut dire avec certitude que ce fut le format in-8*^ qui remplaça définitivement le bois par le carton dans la couverture des livres, et qui fit ainsi de la reliure un art nouveau, digne de concourir aux progrès et à la vulgarisation de l'art typographique.

;î) C'est ainsi que les premiers livres imprimés ont été désignés par les contemporains de la découverte de l'imprimerie, surtout dans les provinces les plus voisines du berceau de cet art, originaire de Hollande plutôt que d'Allemagne.

Les relieurs, à la fin du XV° siècle, n'existaient pas, en quelque sorte; ce n'étaient que de simples ouvriers, qui travaillaient dans un atelier dépendant de la librairie ou de Timprimerie , car on ne vendait alors que des livres reliés, et par conséquent tout libraire était forcément relieur. Il ne faut pas croire cependant qu'un libraire, qui prenait le titre de relieur en vertu de son privilège de maîtrise^ reliât de ses propres mains les livres qu'il mettait en vente dans sa boutique. Ce travail obscur et subalterne, à cette époque, se trouvait abandonné à quelque jeune apprentif ou bien à quelque vieux compagnon illettré, qui en avait la spécialité, sous la surveillance plus ou moins directe du maître. Un fait curieux, cité par Etienne Pasquier (1), prouve suffisamment que les ouvriers relieurs n'occupaient encore qu'un rang infime parmi les gens méchaniques, bien qu'il y eût des relieurs jurés de l'Université dans la corporation des libraires. Guillaume Ogier fut admis, le 30 juillet \A6^2j comme relieur ordinaire de la Chambre des Comptes, après avoir fait serment qu'il ne savait ni lire ni écrire.

Peu d'années après, le savant libraire Guillaume Eustace, dont les éditions gothiques rivalisaient avec celles d'Antoine Verard, devenait libraire et relieur juré de lUniversité en 1508, libraire et relieur du

(l) Recherches de la France, liv. II, ch. 5.

roi en 1520. Nous connaissons donc l'atelier, dans lequel furent faites ces belles et solides reliures en veau noir ou brun , portant sur les plats la salamandre, devise de François P% avec les armes de France en or, au milieu d'un encadrement de gaufrures à froid. C'est à Guillaume Eustace, ou du moins à sa direction intelligente, qu'il est permis d'attribuer les premiers spécimens de cette reliure de transition, qui, par son élégance et sa délicatesse, n'est déjà plus la reliure massive et grossière des manuscrits, mais qui conserve les ais de bois, amincis et soigneusement dissimulés, et remplace les fermoirs par des cordons ou des rubans. La reliure, qui se dégage des entraves de la routine et qui devient un art participant des arts du dessin, va faire des progrès rapides, et tout à l 'heure elle aura presque atteint la perfection ; mais il nous faut attendre plus d'un demi-siècle avant de voir paraître un nouveau nom de relieur français, Clovis Eve, libraire et relieur du roi en 1578.

Et pourtant la reliure française avait depuis longtemps pris son rang national entre les arts qui nous étaient venus d'Italie à la suite des expéditions et des conquêtes de Charles VllI, de Louis XII et de François l^'". En 1537, Bonaventure des Périers. un des valets de chajubre poètes de Marguerite, reine de Navarre, disait dans son Cymbalim mundi : « Où est-ce qu'on relie le mieux? à Athènes en Germanie, à Venise, ou à Rome ? Il me semble que c'est à

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Athènes? » Or, Athènes en Germanie, ce n'était pointParis, comme Ta pensé M. Edouard Fournier(l), c'était Lyon, la ville privilégiée des arts libéraux, la cité favorite de Bonaventure des Périers. Il y avait certainement à Venise, en ce temps-là, de très-habiles relieurs grecs, sinon venus de Constantinopie , qui s'étaient attachés à la librairie des Aide et qui excellaient à reproduire les arabesques à froid et les plaques dorées de la reliure orientale sur le maroquin, le veau ou le vélin; il y avait aussi à Rome des relieurs, doreurs, émailleurs et damasquineurs, qui appliquaient à la reliure des livres tous les procédés de dorure et de gaufrage employés pour les selles de chevaux, les meubles de cuir et les écrins de joyaux; mais ce n'était pas la reliure française.

Ce fut Jean Grollier qui, comme nous l'avons dit plus haut, créa, inventa et perfectionna ce genre de reliure, en imitant pour sa riche bibliothèque les meilleurs modèles de reliures que lui avait fournis la maison des Aide : il avait probablement, dans l'hôtel qu'il habitait à Lyon, un atelier où il faisait relier sous ses yeux et peut-être d'après ses dessins les exemplaires en papier fin et en grand papier que les imprimeurs tiraient exprès pour lui. Tous ces livres étaient reliés en ais de papier^ c'est-à-dire en carton

(0 Gazette des Beaux-Arts, 1862, t. XIII, p. 42.

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battu et bien égalisé, couvert de peaux de couleur, rehaussées d'ornements en or du goût le plus pur, plaques, filets, entrelacs et même monuments d'architecture, avec tranche dorée, ciselée et gaufrée. Cette admirable bibliothèque, dont les amateurs se disputent au poids de Tor les somptueux débris, offrait sur chaque volume la devise du propriétaire : Jo. GroUerii et amkorum^ et Grollier, en plaçant dans sa collection plusieurs exemplaires du même livre avec des reliures différentes, semblait vouloir montrer à ses amis que Tart de la reliure pouvait varier à rinfini les moyens matériels de rendre les livres agréables à la vue et d'ajouter ainsi un nouveau charme à l'étude.

L'exemple de J. Grollier fut suivi simultanément par les libraires de Lyon et de Paris, qui tenaient à garder la reliure dans leurs attributions : ici, les Gryphe et les De Tournes; là, les Simon de Colines, les Vascosan et les TAngelier rivalisèrent de talent et d'habileté pour donner un caractère particulier aux livres reliés qui sortaient de leurs officines. La reliure la plus simple, en veau fauve ou en veau noir à filets d'or, témoignait du bon goût qui présidait à la décoration des livres, et le libraire n'avait pas moins à cœur de se distinguer par la manière dont ils étaient reliés que par le mérite de leur fabrication typographique , car il ne se contentait pas de mettre son nom sur le titre de ses éditions, il le faisait graver en or, quelquefois avec sa marque et sa de-

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vise, sur la couverture des volumes qui avaient ét^ reliés chez lui. Au reste, à cette époque, nous ne saurions trop le répéter, toutes les reliures étaient faites dans la maison même du libraire , qui vendait des nombres d'exemplaires en blanc ou en feuilles à quelques-uns de ses confrères de l'étranger ou de la province, et ordinairement, dans ce cas, les exemplaires vendus de la sorte recevaient de nouveaux titres au nom du libraire qui se chargeait de les débiter, sans doute après les avoir fait relier lui-même à sa guise par ses ouvriers.

On s'explique donc comment il n'y eut pas, jusqu'à la fin du XYII"^ siècle, des relieurs proprement dits, travaillant pour leur compte, en dehors de la responsabilité et, il faut le dire, de la tyrannie des libraires. Ces derniers, quoique lettrés et souvent instruits, n'étaient pas ordinairement versés dans les arts plastiques : ils écrivaient, mais ne dessinaient pas ; ils ne pouvaient guère prendre une part d'initiative ou de direction aux travaux de reliure qui s'exécutaient dans leurs ateliers. Quelques-uns d'enire eux tirent pourtant exception à la règle et donnèrent incontestablement une impulsion vigoureuse à l'art de relier les livres. Tel fut ce célèbre Geofroy Tory, gendre de Simon de Colines et son successeur comme libraire, qui contribua plus qu'aucun autre aux progrès des arts de l'imprimerie, de la gravure en bois et de la peinture des livres. Il est impossible de ne pas reconnaître son action directe dans les chefs-d'œuvre

de la reliure de son temps, en lisant son Champfleury (Paris, Geofroy Tory, 1529, petit in-folio), dans lequel il expose « Tart et science de la deue et vraye proportion des lettres atliques, qu'on dit autrement lettres antiques, et vulgairement lettres romaines. » Nous avons vu des livres d'heures, dessinés, gravés, imprimés et enluminés par ce grand artiste, mort vers 1536, et ces livres portaient des reliures d'une beauté incomparable, exécutées évidemment dans l'atelier du même artiste qui en avait préparé le modèle et surveillé l'exécution. 11 faut remarquer que pendant tout le XVI'^ siècle les culs-de-iampe et les ileurons gravés en bois et clichés en fonte qui servent à l'ornement typographique des livres se trouvent reproduits ou imités dans l'ornementation de leurs reliures.

Nous regrettons de ne pouvoir nommer un seul artiste, en citant les merveilleuses reliures des bibliothèques de Henri 11, de Diane de Poitiers, de Catherine de Médicis, de Henri III, du poète Despories, du chirurgien Rasse Desneux, du savant Amyot, de l'historien de Thou, de Henri IV, etc. Ce sont des chefsd'œuvre qui attestent le génie de l'artiste, la variété et le caprice de ses compositions, la déHcatesse de son goût, encore plus que la perfection de la maind'œuvre. Faut-il chercher exclusivement parmi les relieurs du roi les auteurs inconnus de ces ouvrages si remarquables ? Pendant plus de quarante ans, de 1578 à 1627, le titre de relieur du roi resta inféodé

à la famille des Eve, qui exerçait a la fois la profession (l'imprimeur et de libraire. On peut au moins attribuer avec certitude à Nicolas Eve les bonnes reliures des in-folio de la bibliothèque d'Henri IV. Clovis Eve, frère aîné du précédent, reliait plutôt des livres^ d'un format inférieur. Sous Louis XIII, qui aimait aussi les beaux livres et qui en avait fait relier beaucoup aux armes de France avec son monogramme et celui de sa femme Anne d'Autriche, le relieur du roi était le fameux Antoine Ruelte, libraire comme tous les autres. 11 touchait, en qualité de relieur du roi, une pension de 100 livres par an, et après la mort de Louis XIII il obtint, en récompense de ses services, un logement gratuit au Collège Royal, où il demeura jusqu'à sa mort (1).

Le plus illustre des relieurs français, ce Le Gascon, qui n'est connu pourtant que par son nom, ou plutôt son surnom, et par ses ouvrages, avait déjà paru avec éclat, et ses ouvrages, bien supérieurs par le fini de l'exécution à tout ce qu'on avait fait jusquelà, étaient appréciés par les vrais connaisseurs. Le

(l) « On trouve dans un registre des dépenses de Louis XIV, conservé aux Archives impériales, que le 3 juillet 1650, le roi « voulant gratifier et favorablement traiter Antoine Ruetle, son relieur de livres ordinaire , en considération des bons services qu'il lui a rendus et au feu roi son père, lui accorde son logement, sa vie durant, dans le Collège Royal. » Dictionnaire de Bibliologie catholique, par Gustave Brunet. Aîi Petit Montrougey J. P.Migne, 1860, gr. in-8, p. 1272. Ce curieux ouvrage fait partie de VEncyclopédie catholique de M. l'abbé Migne.

savant M. Jérôme Pichon a cru pouvoir lui attribuer la reliure en veau fauve des volumes portant les armes des fils de Jacques-Auguste de Thou (1), dans cette merveilleuse bibliothèque des de Thou que plusieurs générations de bibliophiles éclairés avaient formée à grands frais et dont les superbes exemplaires font encore Tadmiration et Tenvie des amateurs. Il est certain que Le Gascon florissait en 1641 ; il ne reliait que des exemplaires de dédicace et des livres de choix ; il n'était pas libraire , et Ton doit supposer que, pour exercer librement son industrie en dehors de la corporation des libraires , il avait placé son atelier sous la protection d'un lieu de franchise, tel que l'enclos du Temple ou l'enclos du Palais, Ses reliures de maroquin à petits fers se distinguaient des autres par la richesse des dessins et par la perfection de la dorure. On voit qu'il cherchait ses types d'ornementation dans les estampes des maîtres de l'école d'Etienne Delaulne, qui gravaient des modèles pour la joaillerie, la damasquinerie et la niel- Jure sur métaux.

De même que Le Gascon, les plus habiles relieurs de cette époque, ceux qui consacraient leurs talents à la création des bibliothèques de luxe, n'étaient pas et ne pouvaient pas être libraires; c'étaient peut-être de modestes ouvriers qui n'avaient ni ou-

(l) Les Manuscrits français de la Bibliothèque du roi, par A. Paulin Paris. Paris, Techener, 1841, in-8, t. IV, p. 437,

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vroir ni boutique sur rue, et chacun d'eux travaillait exclusivement pour le grand seigneur ou le financier qui l'avait prisa son service et qui le logeait dans son hôtel. On ne s'expliquerait pas autrement leur rôle parasite en face de la librairie privilégiée, qui conservait dans ses attributions l'exercice du métier de relieur. La réputation des relieurs de Paris était universelle en Europe, et Mazarin avait fait venir en Italie quelques-uns de ces artisans qui étaient de vrais artistes, car, comme le disait Poussin dans ses lettres : a On ne relie pas bien à Rome (1). » On assure que Le Poussin fut chargé de dessiner des ornements pour les reliures des livres de la bibliothèque du Roi, mais on ne sait pas même exactement quel fut le relieur de Louis XIV, après la retraite d'Antoine Ruette en 1650. Les magnifiques éditions sorties des presses de l'imprimerie royale et reliées en maroquin du Levant avec les armes de France, que le roi faisait distribuer à profusion aux grands dignitaires de l'État, avaient passé évidemment par différents ateliers de reliure. On peut faire honneur de quelques-uns de ces beaux volumes à Dùseuil, ou Desseuil, ou de Seuil, dont le nommême estun problème, et qui avait relié pourtant presque toute la bibliothèque de Pontchartrain. C'est à Duseuil qu'on a voulu attribuer l'invention des doublures de maro-

[i] le Palais Mazarin, déjà cité plus haut, p. 197.

quin, mais nous avons vu des livres doublés ainsi dont la reliure datait de la fin du XVF siècle.

On veut que Boyet, qui n'était pas libraire, ait eu Tentreprise de la reliure de Tiramense bibliothèque de Golbert, dans laquelle tous les livres avaient été reliés en veau fauve ou en maroquin aux armes du propriétaire. Un autre relieur, moins connu encore, ai qui était néanmoins libraire, Rolland Oudan. est cité dans le Dictionnaire deRichelet, en 1 680, comme un des plus excellents relieurs de ce temps-là. Mais la guerre permanente qui existait depuis deux siècles entre les relieurs et les libraires finit par amener la séparation de ces deux corps de métier, grâce à Tappui que les relieurs avaient trouvé auprès de puissants personnages qui s'étaient passionnés pour leurs œuvres d'art. Un édit du roi, du 7 septembre 1686, déclara qu'à l'avenir la communauté des maîtres relieurs et doreurs serait et demeurerait distincte de la communauté des maîtres libraires et imprimeurs.

A partir de cet édit, les relieurs, affranchis de la sujétion que leur imposaient les libraires, forment une corporation à part et ne sont plus gouvernés que par des statuts particuliers, qui règlent leurs travaux et leurs intérêts. Leur communauté, qui s'était établie sur la montagne Sainte-Geneviève, autour de l'église de Saint -Hilaire, ne devait pas comprendre plus de deux cents maîtres. Le temps d'apprentissage était fixé à cinq ans; celui du compa-

gnonnage à trois ans, et le chef-d'œuvre que l'aspirant à la maîtrise avait à exécuter pour être reçu maître consistait en une reliure en parciiemin à la grecque, c'est-à-dire à dos brisé. Les trois premiers gardes de la communauté, nommés par ordonnance du roi, furent Guillaume Cavelier, GeoffroiNyon et Marin Maugras,qui restèrent en charge pendant dix ans. Geoffroi Nyon était le plus estimé des membres de sa corporation. Dans les Adresses de la ville de Paris, publiées en 1691 parle sieur deBlegny, sous le pseudonyme d'Abraham dePradel, on lit à la p. 35 : (c Les sieurs Bernache et Nyon, fameux relieurs et doreurs près Saint-Hilaire, travaillent pour la bibliothèque du Roi. y

La communauté des relieurs se montre dès lors jalouse de veiller à la bonne exécution des travaux de reliure commandés par les libraires ou par les amateurs; suivant ses statuts, elle empêche ses membres de loger hors de l'enceinte de l'Université, pour avoir toujours les yeux sur leurs ouvrages^ qu'elleveut solides etdurables, non moinsqu'élégants et propres, et elle s'efforce de maintenir les vrais principes de l'art, en ne souffrant jamais que la maîtrise tombe dans des mains indignes. Elle écarte les intrus et les mauvais ouvriers. Un maître vientil a mourir sans laisser de veuve ni d'enfants, les outils de son métier, ou plutôt de son art, sont transportés et séquestrés au Bureau de la confrérie, jusqu'à ce qu'ils puissent être vendus à un autre maître,

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car les apprentis et les compagnons n'ont pas le droit de posséder en propre les outils de leur profession, dans la crainte qu'ils n'en usent pour des ouvrages illicites ou imparfaits. Au reste, tout travail mal exécuté devait être refait aux dépens du maître, qui payait en outre une amende de 30 livres par chaque volume dont les cahiers n'auraient pas été cousus « à deux cahiers avec ficelles et vrais nerfs», et dont Tendossage n'était pas fait avec du parchemin, au lieu de papier. Pendant près d'un siècle la communauté ne cessa de tenir la main à l'observation de ses règlements, et par conséquent aux traditions toutes françaises du grand art de la reliure (1). On voit alors se perpétuer dans les familles de relieurs de Paris cette vieille réputation, qui passe de père en fils et qui n'a laissé qu'un nom générique pour plusieurs générations d'artistes. Ainsi, lorsqu'on parle avec éloge des livres reliés par Lemonnier, par Padeloup, par Derome, par Bradel, par Anguerrand.on semble attribuer à un seul artiste les beaux ouvrages qui ont été faits par plusieurs du même nom. 11 y a, dans le cours du XVIIF siècle, deux Padeloup, trois Derome, quatre Bradel, cinq Sauvage, etc., qui furent la plupart élus gardes de leur communauté. Philippe Padeloup était garde en 1726, Antoine-Michel Padeloup en 1735. Il y a un Jean Du-

(l) Statuts et Règlements pour la communauté des maîtres relieurs et doreurs de livres de la Ville et de l'Université de Paris. Paris ^ Le Mercier, 1750, in-12.

planil, garde en 1713; un Charles Bradel, garde en 1710; un Alexandre-Hubert Ducastin , garde en USA; un Louis Derome, garde en 1704. Il ne faut pas s'étonner de rencontrer, à cinquante ans en arrière, des noms illustres ou honorables, que nous nous souvenons d'avoir vus encore portés par les derniers descendants de ces relieurs fameux. Chacun tenait à honneur, en ce temps-là, de se distinguer dans la profession de ses pères et de transmettre à ses enfants leur réputation artistique comme un précieux patrimoine.

La reliure de Paris, à cette époque, exécutait des travaux immenses ; mais ces travaux, exigeant beaucoup de temps, beaucoup de soins, beaucoup de frais, n'enrichissaient pas les entrepreneurs. On se ferait difficilement une idée aujourd'hui de ce que la librairie demandait aux deux cents maîtres dont se composait la communauté des relieurs. Lemoindre ouvrage qui était mis en vente se présentait au public avec mille ou cinq cents exemplaires reliés d'avance et d'une manière généralement uniforme. Voici quels étaient les prix fixés par les tarifs réglementaires en 1774 : La reliure en veau valait 4 livres 10 sous, pour un in-folio; 2 livres 10 sous, pour un in-4'^ ; 24 sous, pour un in-S» ; 1 5 à 1 8 sous, pourunin-12(i). Les bibfiophiles qui voulaient avoir des reliures plus soignées et plus dignes de leurs

(1) Almanach parisien de 1774, par Hébert et Alletz.

bibliothèques ne les payaient pas même si cher, car nous trouvons, dans les comptes des relieurs du marquis de Paulmy, que la reliure d'un in-12 en veau nô lui coûtait qu'une livre et celle d'un in-12 en basane 10 sous. Pierre Anguerrand reliait pour 12 livres un grand in-folio en maroquin rouge à tranche dorée, et pour 3 livres, un in-4" conditionné de même. On commençait à faire grand usage de la demi-reliure, qui valait 10 sous pour un in-8° et 8 sous pour rin-12. On peut supposer qu 'Anguerrand ne trouva pas son bénéfice dans ces prix-là, car il semble avoir renoncé à se charger de la reliure des livres du marquis de Paulmy, et il fut remplacé par un Bradel (1).

On comprendra quelle pouvait être la main-d'œuvre des relieurs de Paris, lorsqu'il s'agissait de faire paraître un de ces grands ouvrages, tels que le Dictionnaire de Trévoux, le Dictionnaire historique deMoreri, VEncyclopédie^ etc., que la Compagnie des libraires associés avait fait imprimer à frais communs. Ainsi, les dix volumes in-folio du Moreri de 1759 furent publiés à la fois, et on en livra aux souscripteurs environ 4,000 exemplaires, dans l'intervalle de deux semaines. VEncijclopécUe de Diderot et d'Alembert était tirée à 10,000 exemplaires, et aucun des volumes de cette gigantesque publication ne fut mis en

(1) Voy. à la Bibliothèque de l'Arsenal le Registre ou livre de compte des relieurs de M. le marquis de Paulmy, de 1770 à 1786, ms. ia-4o.

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vente, sans avoir été relié en veau, au prix moyen de 2 francs 10 sous Texemplaire! Ces prix courants de la reliure de commerce n'ont pourtant rien qui puisse nous surprendre, si nous avons égard à rabaissement du taux de l'argent comparativement à la valeur des denrées. Il serait facile de prouver que, depuis un siècle et demi, le prix des reliures est resté presque stationnaire ou même a diminué sensible-ment, excepté pour les reliures de luxe, qui ont atteint des prix hors de toute proportion.

Tout relieur en renom, au XVIIî'^ siècle, avait un genre à lui et eût dédaigné d'imiter ses confrères les plus habiles. C'étaient les amateurs qui classaient et spécialisaient les talents de chacun, en ne demandant à l'un ou à l'autre que les ouvrages qu'il exécutait le mieux : celui-ci faisait les maroquins ; celui-là, les veaux fauves; un autre, les vélins blancs ou de couleurs; un autre, les encartonnages ou demi>reliures. C'était à qui ferait graver des fers du meilleur style, et pas un relieur n'eût été assez indélicat pour copier les fers de son rival. La lutte, par exemple, s'établit entre le système des Padeloup et celui des Derome : Padeloup recherche de préférence la reliure des grands ouvrages à figures, qui lui permettent d'étaler sur un vaste champ les rocailles et les rinceaux, un peu germaniques, de ses dorures; Derome se plaît davantage à couvrir d'un maroquin uni, relevé d'un simple filet d'or, ces livres précieux que le bibliomane entasse dans ses armoires, comme

des joyaux qu'un avare a longtemps convoités avant de les posséder. La dorure à petits fers est à peu près hors d'usage, parce qu'elle est trop coûteuse et qu'elle exige trop de travail. L'amour des livres ressemble à toutes les passions qui veulent être promptement satisfaites.

Ce XVIIP siècle est la belle époque des bibliothèques d'amateurs; on en fait, on en vend de tous côtés. Les admirables spécimens de la reliure du siècle précédent sont soigneusement recueillis et conservés par les amateurs; mais la mode exerce son empire dans la reliure comme en toute chose, et les artistes qui ont la vogue ne songent pas à imiter les ouvrages les plus parfaits des Le Gascon , des Boye et des Duseuil. François-Laurent Lemonnier jeune, garde de sa communauté en 1744, est le relieur de la maison d'Orléans; Chameau, dont le nom est peu connu et qui devait être un bon artiste, est le relieur du duc de La Vallière; Derome père et fils relient la bibliothèque entière de Randon de Boisset, cette bibliothèque de financier, dans laquelle la richesse et l'élégance des reliures en maroquin attestaient à la fois le bon goût du bibliophile et le talent des relieurs. Les Derome père et fils avaient une supériorité reconnue pour les reliures de maroquin, et Mesdames de France, filles de Louis XV, chacune voulant avoir sa bibliothèque particulière, s'adressèrent à ces artistes pour faire relier en maroquin les livres qu'elles rassemblaient à l'envi l'une de l'autre :

M*"® Adélaïde avait adopté le maroquin rouge; M"« Sophie, le maroquin citron, et M^® Victoire, le maroquin vert ou olive (1).

La multitude de reliures en maroquin qu'on exécutait en France du temps de Louis XV avait considérablement augmenté le commerce des peaux du Levant. Ces peaux arrivaient du Maroc, de la Turquie et même de la Perse, en quantités énormes qu'on amenait, par le roulage, des ports de Toulon et de Marseille à Paris, où elles étaient achetées à l'encan par les maîtres relieurs, en présence d'un des gardes de la communauté; car la communauté exerçait sa surveillance non-seulement sur la qualité des peaux destinées aux reliures , mais encore elle se rendait compte de la quantité de ces peaux d'importation étrangère. La vente des peaux de veaux ou d'alun, tannées, préparées et teintes dans le pays, avait lieu de la même manière, sous peine de 50 livres d'amende pour les contrevenants. Les soins minutieux qu'on apportait à l'examen des matières premières employées parles relieurs expliquent comment les reliures de cette époque sont presque toujours fabriquées avec des peaux irréprochables , qui ont traversé cent ans et davantage sans se détériorer et même sans avoir rien perdu de leur éclat. On sait que Louis XIV, dans les nombreux traités de

(1) Diclionnaire de Bibliologie calholique, déjà cité, p, i;

commerce qu'il concluait avec la Porte Ottomane et les autres puissances de TOrient, se réservait, comme indemnité à son profit, une certaine quantité de peaux de maroquin pour les reliures des livres de la bibliothèque du Roi.

Toutes ou presque toutes les reliures du XVIII'^ siècle, sans excepter celles que la librairie faisait exécuter en bloc, sont bien faites, solides et de bon style. Les reliures ordinaires étaient en veau marbré; le veau brun, en usage du temps de Louis XIV, n'avait pas conservé la vogue. On commençait, pour les collections particulières, à employer le veau écaille. La bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au Petit-Trianon se composait exclusivement de ces sortes de reliures. Le relieur du roi, successeur du dernier Padeloup (il se nommait Louis Douceur, demeurant rue du Mont-Saint-Hilaire), n'a pas laissé de souvenirs dans l'histoire de la reliure, quoiqu'on puisse supposer avec raison qu'une partie de la bibliothèque du château de Versailles ait été reliée dans ses ateliers (1). Les belles reliures en maroquin rouge, aux armes de France, qu'on trouvait en si grand nombre dans cette magnifique bibliothèque, incorporée aujourd'hui parmi les livres de la Bibliothèque Impériale, témoignent assez du goût intelligent de

(l) Essai sur l'Almanach général d'indication d'adresse personnelle et domicile flie des six corps, arts et métiers. Paris, veuve Duchesne, J769, in-8. Article des relieurs et doreurs de livres.

Louis XV, mais nous croyons que Louis XVI, qui aimait pourtant les livres et qui lisait beaucoup, ne se préoccupait guère de donner un vêtement royal à ceux qu'il ajoutait à la bibliothèque de Versailles, car il ne fit pas même relier la collection de vieux poètes français qu'il avait acquise après le décès du duc de Saint-Aignan en 1776 et qu'il conserva entièrement reliée en veau commun.

11 faut remarquer que les livres d'église, si nombreux en ce temps-là, étaient tous reliés de la façon la plus déplorable : mauvaise basane maroquinée, veau éraillé, carton trop épais et inégal, Iranchefile affreuse, dorures lourdes, mal frappées, fers grossiers ou ridicules. C'est que la reliure de ces livres d'usage était faite, à prix réduit, par des ouvriers de contrebande qui avaient leurs ateliers dans les maisons religieuses et qui échappaient ainsi à la surveillance de la communauté des relieurs, malgré les réclamations permanentes de cette communauté. Les amateurs, qui ne dédaignaient pas de relier eux-mêmes leurs livres, faisaient moins de tort à l'art de la reliure , car ordinairement ils reliaient avec soin et parfois avec une certaine habileté. Tel fut le sieur de Gauffecourt, qui avait recueilli a Lyon, qu'il habitait, les vrais principes de l'ancienne école de reliure lyonnaise, et qui les exposa de la manière la plus ingénieuse dans un petit Traité de la Pielmre imprimé à douze exemplaires en 1762, traité que Dudin ne fit que copier dans son traité classique de VArl du Re-

lieur, lequel est compris dans le grand recueil de la Description des Arts et Métiers, publiée sous la direction de l'Académie des sciences.

La suppression des corps de métiers porta un coup funeste à la reliure, qui fut livrée dès lors à des parasites sans talent et sans conscience; déjà les relieurs avaient été déchus de leurs privilèges par Tédit de 1776, qui les réunissait aux papetiers-colleurs, en leur accordant le droit de faire le commerce de tout ce qui sert à l'écriture et au dessin, en concurrence avec les merciers. Mais la Révolution était proche, qui allait achever la décadence de Tart de la reliure. Il y avait encore un Derome , un Bradel , un Ducastin; Bailly reliait encore des almanachs et des chansonniers galants, aux couvertures peintes et ornées de feuilles de talc. On peut dire cependant que la reliure n'existait plus en France, où les plus beaux livres , sortis en masse des plus célèbres bibliothèques , erraient tristement sur les quais et ne trouvaient plus d'acheteurs. Qu'est-ce qui songeait à faire relier des livres, lorsque le couteau de la guillotine était suspendu sur la tête de chacun? Dieu sait quelles étaient les abominables et honteuses reliures qui sortaient encore de quelques ateliers désorganisés et déserts! Le Directoire vint, qui redonna la vie aux arts et qui ranima le goût des belles choses. On se prit à refaire des bibliothèques avec les débris des anciennes, en y introduisant un petit nombre de livres nouvellement reliés. La reliure ne

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demandait qu'à renaître. Derome jeune travaillait encore; il fit des élèves, il eut bientôt des émules. Chaumont, Biziaux, Courteval, Bczérian, n'eurent pas de peine à conquérir la vogue. Ce dernier, dont les meilleures reliures ne valent peut-être pas les plus ordinaires du XVIII" siècle , fut le relieur à la mode : on ne voulait que des livres reliés par Bozérian qui prodiguait en môme temps la dorure, le tabis , 1^ mosaïque et le mauvais goût. li fit en peu d'années une fortune considérable , et A. D» Bailly, ancien prote de l'imprimerie Didot, écrivait, en 1800, dans la préface du catalogue de sa bibliothèque qu'il livrait aux chances des enchères : « J'ai dit qu'un grand nombre de mes livres avaient été reliés par le C. Bozérian; je dois ajouter que cet homme, aussi recommandable par les qualités du cœur qu'il est cher aux amateurs par ses talents extraordinaires dans l'art qu'il exerce, a soigné mes livres avec un zèle que l'amitié seule peut inspirer, et a bien voulu leur donner un degré de perfection à laquelle lui seul peut atteindre. »

La réputation hors ligne de Bozérian se prolongea longtemps après qu'il eut cessé d'exercer sa profession; tous les livres qu'il avait reliés étaient pourtant d'une fabrication très-inférieure et n'avaient de remarquable que la bizarrerie et la variété de leurs ornements. Ce relieur n'a réussi qii 'autant qu'un amateur éclairé, tel que Marie-Joseph Chénier, ou Firmin Didot, ou Pattu de Mello, inspirait, di-

rigeait, ordonnait les reliures exécutées dans son atelier. La vieille maison des Bradel avait conservé le privilège de Tencartonnage, qui devait plus tard prendre le nom de « reliure à la Bradel. » Les savants se préoccupaient alors de diminuer le prix des reliures, et la Société d'encouragement avait ouvert un concours pour une reliure économique. On se proposaitde rendre ainsi les peaux à l'industrie, qui en manquait, et on cherchait une matière nouvelle qui pût les remplacer avec avantage dans la reliure des livres, La valeur des peaux , en effet, avait plus que triplé, car la chaussure des quatorze armées de la République absorbait toute la production, que n'augmentait plus le commerce étranger. Voilà pourquoi la reliure d'un in-l° en veau uni coûtait 4 fr. au lieu de 2 fr. Il fallait trouver une substance qui pût suppléer aux peaux de veau , en offrant à un prix inférieur les mêmes conditions de solidité, de ténacité et de durée. Bœhn et Rederer, de Strasbourg, inventèrent des papiers maroquinés , avec lesquels le relieur Meslant put établir de bonnes reliures, agréables et même coquettes, avec filets et dos doublé de parchemin, au prix de 2 fr. 50 c. pour l'in-i", 1 fr. 20 c. pour l'in 8« et 1 fr. pour rin-12. Cette invention, honorée de plusieurs médailles d'encouragement, n'obtint pourtant pas la faveur du public. En 1810, le relieur Berlin renouvelait aussi infructueusement les mêmes essais, et, bien que ses reliures en carton verni fussent susceptibles de recevoir

tous les ornements du dessin, de la gravure et de la peinture, il ne réussit pas mieux que ses devanciers.

L'art de la reliure pouvait nommer son poëte le relieur Lesné, qui composa un poëme didactique sur cet art qu'il avait exercé toute sa vie avec plus de conscience que de génie, mais les véritables connaisseurs s'affligeaient de voir que la France ne possédait pas un seul relieur capable de marcher sur les traces des Boyet, des Padeloup et des Derome. Simier père , Purgold et quelques autres faisaient encore de belles reliures en veau plein, bien endossées, bien rognées, bien dorées, solides et d'un assez bon style dans leur élégante simplicité; mais ce n'étaient pas des chefs-d'œuvre de goût, dignes de figurer en regard des admirables spécimens de l'ancienne reliure.

Ce fut seulement vers 1826 que commença une ère nouvelle pour l'art du relieur, lorsque Thouvenin , conseillé par Charles Nodier et par quelques fins amateurs de reliures, rentra dans les bonnes traditions des maîtres de l'art et cheroha ses modèles dans leurs ouvrages les mieux exécutés. On vil reparaître avec éclat les dorures à petits fers de Le Gascon , les maroquins de Derome , les veaux fauves de Boyet, les doublures en maroquin de Duseuil. Thouvenin avait la passion de son art : il travaillait lui-même de ses mains avec une sage lenteur; la composition d'une reliure à la fanfare ou à la rose, comme il l'appelait, lui coûtait plusieurs mois de

réflexions; il ne rexécutait jamais à la hâte, et les livres reliés ne quittaient son atelier qu'après avoir attendu pendant plus d'une année que le maître y mît la dernière main. Grâce à lui , les tristes imitalions de la reliure anglaise étaient retombées dans le néant, et les beaux jours de la reliure française brillaient de nouveau sur les bibliothèques, qui se créaient de toutes parts en se disputant les rares et précieux ouvrages queThouvenin avait marqués de son cachet dans les dernières années de sa vie d'artiste.

Nous ne pouvons mieux faire, en finissant, que de citer textuellement l'hommage rendu au célèbre relieur par Charles Nodier, qui avait été son guide et son panégyriste. « Thouvenin est mort pauvre, quand il arrivait au plus haut degré de son talent; Thouvenin est mort pauvre, en rêvant des perfectionnements qu'il aurait obtenus, qu'il aurait seul obtenus peut-être; Thouvenin est mort pauvre comme tous les hommes de génie qui ne sont pas des hommes d'affaires... Mais la reliure n'est pas descendue tout entière dans le tombeau de Thouvenin. Son exemple a inspiré d'heureuses émulations, son école a formé d'industrieux élèves; son art, au point où il l'a ramené, est de tous les arts du pays celui qui reconnaît le moins de rivalités en Europe (l). »

I i ) De la Reliure en France au X/X* siècle, par Charles Nodier ; notice jointe au Bulletin du Bibliophile, année 1854.

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