DE LA FRANGE
Contenant le catalogue des ouvrages Imprimés et manuscrits qui traitent de l'histoire de ce royaume, avec des notes critiques et historiques, par Jacques Le Long; nouvelle édition, augmentée par Fevret de Fontette (et ses collaborateurs Camus, L. Th. Hérissant, Antoine-Prosper Hérissant, l'abbé Boullemier, Barbeau de La Bruyère, Coquereau , Rondelet, etc.). Paris, Hérissant^ 1768-78, 5 vol. in-fol.
PREMIER MÉMOIRE CRITIOUE <",
Dans un ouvrage de bibliographie, les suppléments ne font qu'embarrasser et même égarer les recherches, car ils détruisent l'ordre et la méthode, qui sont les premières conditions de tout travail bi-
(l) Extrait de la première partie d'un Rapport lu au Comité des Charles, Chroniques et Inscriptions, sous la présidence du ministre de rinstruclion publique, en 1838. L'auteur de ce Rapport avait déclaré de vive voii , en offrant de concourir à l'entreprise d'une Nouvelle Bibliothèque historique de la France, qu'il n'entendait recevoir
bliographique. La France littéraire d'Ersch, publiée d'abord en trois volumes hérissés de fautes, est-elle devenue plus estimée, quoique plus estimable, après les deux suppléments qui Tont corrigée et complétée ? Voilà pourquoi je m'élèverai toujours contre cette manière de compléter et de corriger la Bibliothèque historique de la France. En a-t-on usé de la sorte avec la Gaule chrétienne et les Historiens des Gaules^ qui comportaient beaucoup mieux les augmentations par suppléments? La Gallîa christîana avait eu pourtant trois éditions, lorsque les Bénédictins furent chargés d'en donner une nouvelle sous la direction des frères Saint-Marthe ; le recueil Historiœ Francorum Scriptores avait aussi paru deux fois par les soins de Pithou et de Duchesne, quand on agita la question de continuer ou de recommencer l'œuvre du dernier éditeur. Cette question, comme on sait, fut débattue dans plusieurs assemblées de savants en présence du ministre Colbert, et Ton décida qu'on ferait un recueil entièrement nouveau d'après les plans de l'illustre Ducange : ces plans étaient trop vastes; d'autres érudits, les abbés des Thuileries et Gallois, présentèrent aussi leurs observations et leurs projets, qui firent ajourner ceux de
AUCUNE EsrÈCE D'INDEMNITÉ, quels que fussent le temps et les soins que demandât une coopération active k ce grand travail, vraiment digne d'être pris en considération. Celle Nouvelle Bibliothèque historique eût été sans doute le plus beau titre littéraire du ministère de M. de Salvandy, qui a fait et qui Toulait faire tant de bien aux lettres.
Ducange. Ces projets ne furent repris et exécutés que quarante ans plus tard par les Bénédictins, kvec cette unité d'efforts et de but si propre h faire de grandes choses.
Eh bien ! la Bibliothèque historique de la France est aujourd'hui destinée à subir sa quatrième transformation et, Ton peut le dire d'avance, un inévitable perfectionnement, les ouvrages bibliographiques ne pouvant jamais que gagner à être remaniés et republiés. On sait combien la petite Bihlioihèqiie des auteurs qui ont écrit l'histoire et la topographie de la France, par André Duchesne, était éloignée, même dans sa seconde édition augmentée, de la première de notre Bibliothèque historique de la France, qui, en passant des mains du père Leiong dans celles de Fontette, s'est composée de cinq in-folio au lieu d'un seul, sans toutefois s'accroître et s'enrichir en proportion du nombre des volumes ; car cette dernière édition, y compris les suppléments, ne renferme que cinquante mille articles environ, tandis que le père Leiong en avait déjà rassemblé plus de dix-huit mille. On s'effraye beaucoup de ce chiffre immense d'articles, et l'on ne songe pas que le père Leiong a mis seulement trois années à rédiger sa Bibliothèque, qu'il avait, en outre, dans cet intervalle de temps, recopiée trois ou quatre fois de sa main. Je dois avouer que je ne trouve rien de surprenant, si ce n'est la triple copie d'un in-folio de mille pages : les bons libraires du dernier siècle, Gabriel
Martin, Debure, Nyon, mettaient moins de temps encore à faire leurs excellents catalogues, et Gabriel Martin, qui en a fait plus de cent vingt pour sa part, avec des tables, eût calculé que la levée de dix-huit mille caries en trois années ne devait produire qu'un ordinaire de dix sept cartes par jour, ce qui n'est pas exorbitant pour un bibliographe de profession accoutumé à cataloguer quelques milliers de volumes tous les mois.
Mais je ne veux point ici vous développer les moyens et les calculs presque mathématiques avec lesquels jaborderai la question d'une nouvelle Bibliothèque historique : il faut auparavant que je vous énumère les défauts et les omissions de Tancienne ; car, si elle était à peu près complète et toujours irréprochable jusqu'à l'époque où elle fut terminée, je n'hésiterais pas à me ranger du parti des personnes qui s'épouvantent des cinq volumes in-folio à remettre au creuset, et qui sont d'avis de les flanquer d'autres volumes supplémentaires, comme les architectes de Louis XIV ont imaginé de rectifier le palais de Versailles sans le reconstruire de fond en comble. Avant d'exposer les améliorations que je crois nécessaire d'apporter à ce répertoire universel de l'histoire de France, avant de soumettre au Comité le devis matériel et pécuniaire de cette grande entreprise qu'on peut mener à fin promptement et sans grande dépense, si l'on a foi au zèle et au dévouement qu'on montre de toutes parts pour la
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science historique, je vais essayer de faire apprécier combien la Bibliothèque historique est peu en rapport avec l'état actuel des connaissances bibliographiques et avec les besoins studieux des amateurs de rhistoire. J'examinerai rapidement Tensemble de l'ouvrage, et toucherai du doigt les principales parties où s'attachera surtout le travail du continuateur, parties défectueuses, négligées et tout à fait incomplètes ; ensuite, je signalerai, par quelques exemples frappants, ces fréquentes et grossières erreurs qu'on rencontre parmi les indications des livres imprimés. Une autre fois, je prouverai encore plus aisément que tout ce qui concerne les manuscrits dans celte Bibliothèque est à refaire. Après ces deux excursions critiques, je serai mieux fondé à présenter le dessein d'une Nouvelle Bibliothèque : ce monument national, auquel je m'empresserai d'ajouter ma pierre, ne fera pas moins d'honneur au Comité qui l'encouragera qu'aux nombreux ouvriers qui s'offriront deux-mêmes pour fournir des matériaux de toute nature.
Je n'aurais pas de peine à vous convaincre de l'insuffisance de la Bibliothèque historique, si je comptais les innombrables fautes qui déparent ce gigantesque catalogue ; il suffirait peut-être de suivre article par article, en vous faisant part de mes remarques sur chacun d'eux ; mais j'ai craint de fatiguer votre attention par cette succession d'articles de pure bibliographie, souvent identiques et homo-
gènes, qui n'eussent guère permis de varier les observations auxquelles ils auraient donné lieu. J'ai donc préféré n'employer qu'en dernier ressort cette forme de commentaire, si vous le désirez, lorsque j'aurai découvert çà et là les endroits faibles de la Bibliothèque historique^ que nous regardons comme une belle et précieuse compilation, même en y portant la main : dom Bouquet n'a pas prétendu faire oublier Duchesne.
Je ne conçois pas pourquoi le père Lelong s'est si fort ingénié à créer une incohérente classification de matières plutôt que de rattacher sa Bibliothèque à Tordre bibliographique, inventé par le libraire Sîartin et adopté dès lors par toute l'Europe lettrée. Il n'avait, ce me semble, qu'à observer les divisions de la cinquième classe de cet ordre bibliographique, et, à l'aide de modifications légères, il eût coordonné facilement son ouvrage dans ce cadre, déjà familier à la plupart des personnes pour l'usage desquelles il faisait la Bibliothèque historique. On comprend ce qu'il y a d'erroné et de maladroit dans les quatre classes qu'il a formées : la première sous le titre de PnÉLIMfNAIRES, renfermant la géographie, l'histoire naturelle et l'histoire des anciens Gaulois! la seconde, VHISTOIRE ECCLÉSIAS- TIQUE, qui n'est pas toujours bien distincte de ce qu'il nomme VHISTOIRE CIVILE; la troisième, VHIS- TOIRE POLITIQUE, comprenant l'histoire de ceux qui gouvernent, c'est-à-dire les rois et leurs grands
officiers, quoiqu'on y trouve aussi l'histoire de ceux qui sont gouvernés; enfin la quatrième, \1IIST0IRE CIVILE^ ce qui signifie, suivant le père Lelong, celle des provinces, des villes, des grandes maisons, des académies, des universités, des hommes et des femmes illustres ! Le père Lelong sentit sans doute le vice de cet arrangement dénué de logique et de clarté, puisqu'il se proposait de le changer dans une édition que la mort ne lui a pas laissé le temps d'achever. Fevret de Fontette donne à entendre dans la préface de son édition, que s'il n'a pas changé cet ordre des matières c'est que les premières feuilles étaient imprimées lorsqu'il a eu connaissance des changements projetés par le père Lelong. Cet aveu, de la part de Fontette, ne témoigne pas en faveur de son goût et de son intelligence bibliographiques, mais explique les méprises, les répétitions, les hérésies, qui se rencontrent à chaque instant dans la classification.
Ainsi, rHiSToiHE naturelle des prodiges, tremblements DE terre et autres EFFETS PHYSIQUES AR- RIVÉS EN France, est placée immédiatement après
l'HlSTOIRE NATURELLE DES INSECTES, COQUILLAGES ET
REPTILES 1 Ensuite, sans autre transition, arrivent les Histoires des anciens Gaulois, comme je l'ai remarqué plus haut, les Traités sur leurs mœurs, LEUR LANGAGE, ctc, cu sortc quo VExtraît d'une lettre de Besançon touchant un monstre né à deux lieues de cette ville n'est séparé du Trésor des recherches et an-
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tiquîtés gauloises et françoises... de Borel, que par une vingtaine de numéros. J'ajouterai en passant que ce Trésor^ qui est un glossaire du vieux langage, entrecoupé de dissertations sur Jacques Cœur, Nicolas Flamel, etc., précède VHistoire des Celtes, par Pelloutier! Puis, en entrant de plain-pied dans VHISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE, on voit avec surprise, sous ce même titre : Histoire des Origines DES Églises de France, VHistoire de V Église gallicane, par Longueval, Fontenay, Brumoy et Berthier, laquelle finit au XVP siècle, et la Copie des procèsverbaux dressés par ordre de 31. Vévéque d'Autim à Voccasion de la découverte des reliques du corps de saint Lazare faite dans la cathédrale le ^0 juin 1727 ! Au chapitre des Hérésies, nous regrettons de n'en pas trouver plusieurs, qui ne sont pas nées en France, en effet, mais qui y ont pris racine à différentes époques. L'Histoire ecclésiastique des provinces et des villes, à laquelle se mêle sans cesse VHISTOIRE CIVILE réservée pour le troisième volume, ne fait pourtant pas partie de THistoire des églises métropolitaines, et entre ces deux histoires jumeHes, on a entassé pêle-mêle la bulle Unigenitus, les Hérésies, les Conciles, les Mémoires DU clergé, les Droits et les libertés de l'Église gallicane, les Bénéfices, les Papes, et les Cardinaux français. Quant aux Pouillés des bénéfices, ils sont transportés, on ne sait pourquoi, dans la Géographie, et les Cartulaires des églises, dans
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VIIISTOIRE POLITIQUE, au chapitre des Actes PUBLICS. Fevret de Fontette n'a pas songé que Thistoire de tel ou tel diocèse n'était que Tliistoire générale d'un pays désigné par sa circonscription ecclésiastique. Enfin THistoire des ordres monastiques ferme naturellement FHistoire ecclésiastique, et c'est la seule partie de la Bibliothèque que nous n'aurons pas à continuer jusqu'à nos jours.
VIIISTOIRE POLITIQUE commence par de nouveaux Préliminaires, dans lesquels on s'étonne de voir le Catalogue des Ecrivains de l'Histoire de France entre la Chronologie des rois de France et les Collections de chroniques et de morceaux historiques. Toute la partie concernant la suite chronologique des Histoires particulières de chaque règne offre un chaos incroyable où se confondent des ouvrages de toute valeur et de toute main, et où les notices les plus longues ne se rapportent pas aux plus importants ; un des premiers, que nous voyons escorté de ces notices inopportunes ou déplacées, est le Pharamond de La Calprenède, qui n'a jamais emprunté que le nom de son héros à l'histoire de France. Ce roman, dans le goût de VAstréCy est suivi d'une pièce facétieuse intitulée : la Pompe funèbre de Pharamond, qui n'avait pas été faite pour marcher à côté de la Chronique de saint Prosper, mais qui se hâte de rejoindre Mérovée (le titre du livre porte Méroiié), fils de France, nouvelle historique anonyme publiée en 1678. Ce ne sont pas là des
ouvrages de seconde main, comme on les appelle avec trop de réserve ; ce sont des livres qui peuvent avoir quelque mérite littéraire, mais qui sont abso- 'lument étrangers à Thistoire.
Cet assemblage monstrueux se fait encore plus sentir à mesure qu'on avance dans les règnes suivants : on frémit de se heurter à chaque pas aux anecdotes et aux nouvelles galantes de Lesconvel, de Brémont, de Preschac, de M^^^'^ de Lussan et de La Force, etc., devant lesquelles les éditeurs s'arrêtent avec complaisance, la Bibliothèque des romans à la main. Passons à l'époque de Jeanne d'Arc: les éditeurs citent, d'après VU sage des romans de Lenglet- Dufresnoy, le Miroir des femmes vertueuses, ou la Patience de Grisclidis^ ou VHistoire de la Pucelle d'Orléans^ Orléans, 1547, in-i2: « livre de la dernière rareté «, dit Lenglet, qui se trompe étrangement en identiflant par le mot om, substitué a et, la fameuse Griselidis, comtesse de Saluées, avec la moins romanesque et moins patiente Jeanne d'Arc! Histoire de Jeanne la Pucelley Lyon, Rigaud, I06O : « moins difficile à trouver que le précédent, suivant Lenglet», poursuivent les éditeurs; Ode aux habitants dVrléans^ pour les engager à rétablir le monument de la Pucelle, par Beauvais fils : <c Les vers en sont exacts et la versification pure et châtiée, disent les éditeurs de la Bibliothèque historique ; mais on y désirerait un peu plus de feu et de chaleur : il n'y a rien d'historique. » Alors, pourquoi lui donner une place qui
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pourrait être mieux remplie? Pourquoi accumuler tous les mauvais poèmes dont la Pucelle a fait gémir la France en la délivrant des Anglais?
11 fallait abandonner au marquis de Paulmy et à son secrétaire Contant d'Orville tous les romans, pour leurs Mélanges tirés d'une grande bibliothèque; à Tabbé Goujet toutes les poésies, pour sa Bibliothèque françoîse. Ce qui serait bon dans une monographie de Jeanne d'Arc ne convient nullement à la Bibliothèque historique de la France, et Ton voudrait rendre cette place, usurpée par des poëmes et des nouvelles détestables, aux sources curieuses ouvertes sur ce sujet par Lenglet-Dufresnoy, telles que les mémoires manuscrits de Pierre de Sala, les preuves de VHisloire de Lorraine, par dom Calmet, les Considérations sur les coups d'État, de G. Naudé, De Vestat et succès des affaires de France^ par Duhaillan , et tant d'autres documents intéressants pour Thistoire de cette héroïque fille, histoire qui n'avait que faire d'une simple mention de la fameuse épopée de Voltaire. Mais comment excuser une omission plus grave? Les éditeurs contemporains de Lenglet-Dufresnoy n'ont connu que les deux premières parties àerHistoire de Jeanne d'ArCj par celui-ci, publiées à Paris en 175:2, et ils ne mentionnent pas la troisième partie, imprimée à Orléans l'année suivante, dans leur Supplément du quatrième volume, supplément ou errata qui n'a pas moins de 300 pages ; cette omission n'est point réparée par Hérissant, qui se borne à la description
bibliographique de ladite partie et qui ne s'inquiète guère de ce qu'elle contient; aussi, n'a-t-il pas profité de l'indication de plusieurs manuscrits et imprimés relatifs à la Pucelle d'Orléans.
Mais je ne veux pas pousser plus loin la critique de l'arrangement des matières et de l'ensemble de l'ouvrage : le Comité doit avoir là-dessus une opinion conforme à la mienne, surtout s'il se rappelle le bizarre mélange produit par le classement chronologique des chroniques générales parmi les chroniques et les histoires particulières, comme on le voit au n° 17,248, sous lequel est rangée une chronique commençant à Pharamond, au milieu du règne de Charles VII ! Je désignerai seulement au hasard quelques chapitres nouveaux ou presque nouveaux qui sont réclamés dans une nouvelle classification raisonnée et méthodique : là Topographie, la Statistique^ la Géologie, les Délimitations départementales^ les Découvertes maritimes^ les Inventions dans les arts et dans les sciences, les Beaux- Arts, le Théâtre, VImpriïnerie, les États Généraux, la Numismatique ^ les Cornmîmes, etc., sont autant de divisions omises ou à peine effleurées parle père Lelong et ses successeurs. Outre l'énorme quantité de pièces historiques que la Révolution a fait naître, outre la multitude d'écrits spéciaux publiés en France et à l'étranger depuis 1778 jusqu'à ce jour, combien de vides à combhar, de fautes à corriger et d'articles à perfectionner pour les époques antérieures à cette continuation.
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qui sera presque aussi vaste que l'ouvrage lui-même! Ici, ce sont des livres imprimés en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Espagne, qui regardent notre histoire et qui n'étaient pas connus avant que les échanges littéraires se fussent établis plus faciles et plus fréquents entre nous et nos voisins ; là, ce sont des erreurs à relever, des anonymes à mettre au jour, des retranchements considérables à exiger : la Bibliothèque historique demande, pour ainsi dire, a être triée sur le volet, afin d'extraire la mauvaise graine et de conserver la bonne.
J'ai déclaré de vive voix, dans le sein du Comité, que bien des livres avaient été catalogués d'après d'autres catalogues, et que, par conséquent, vérification de leur contenu n'avait pu être faite : je vais le prouver par des exemples qui seraient incroyables, si je ne renvoyais pas aux numéros des articles que j'ai recueillis çà et là. Les exemples seront bien plus extraordinaires encore, quand je m'occuperai des manuscrits qui se sont éparpillés dans la Bibliothèque historique au sortir de la Bibliotheca manuscriptorum, de Montfaucon, où le vague des intitulés ajoute au désordre catalogué des plus belles bibliothèques. Je maintiens donc mon assertion : le père Lelong, Fevret de Fontette et Barbeau de la Bruyère, qui était pourtant à portée de consulter les bibliothèques de Paris et les dépôts publics^ comme nous l'apprenons de la préface de 1768, n'ont jamais vu un grand nombre d'imprimés qu'ils citent, qu'ils classent, qu'ils jugent!
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Le 11^27,185, qui était le nM 1,103 de la première édition, est ainsi conçu : « Discours de la République françoise, par Estienne Dolet, Lyon, 1544, in-8°. » On croit tout naturellement, d'après ce titre peu équivoque, que ce Discours, placé dans les Traités
PARTICLLIERS SUR LE GOUVERNEMENT DU ROYAUME, CSt
du même genre que la Grande Monarchie françoise, de Seyssel, ou la France gauloise, de François Hottman : on espère y trouver les vérités hardies que promette nom de l'auteur; on cherche le livre, on le découvre avec peine, car il est in-16 et non in-8°, et on lit le litre suivant: « Brief Discours de la République françoyse désirant la lecture des livres de la sainte Escripture luy estre loysible en sa langue vulgaire; ledict discours est en rime, avec un petit traicté en prose monstrant comme on se doibt apprester à la lecture des Escriptures saincles et ce qu'on y doibt chercher. » De pareils écrits, empreints des idées de la Réforme, servent à faire connaître le temps oii ils ont été publiés et les intentions de leur auteur, qui fut brijlé vif; mais assurément ils ne concernent pas plus rhistoire de France que les Psalmes de David translatés en rithme françolse^ par Clément Marot et Théodore de Bèze.
Quelle négligence dans la rédaction, puisque le même ouvrage reparaît à la même page sous deux numéros distincts et avec deux titres à peu près semblables 1 (c N» 2091 : Les Délices de la France, ou Descriptions des antiquités, fondations, singularités
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des plus célèbres villes, bourgs, châteaux, forteresses, églises, rivières, ileuves, par Franc. Des Rues, Lyon, Vincent, KrlO, in-8°. N«2103 : Les Antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes, châteaux et places remarquables du royaume de France, avec les choses les plus mémorables arrivées en icelles, par François Des Rues, Coulances, 1605, 1608, in-16; Rouen, 1608, 1611, in-S«, etc. ^) Est-il pardonnable à des bibliographes d'ignorer qu'aux XVF et XVH'^ siècles les exemplaires d'une édition étaient partagés entre les libraires des grandes villes de France, et que chacun de ces libraires y mettait un titre de sa façon, avec son nom, son enseigne et le millésime qui lui convenait? De là tant de titres différents pour le même livre.
On peut répondre à cela que ces erreurs ne portent que sur des ouvrages indignes d'être feuilletés , et qu'une méprise de titre n'est que péché véniel en bibliographie. Eh bien ! prenons un ouvrage célèbre, nécessaire, unique, le Journal d\m Bourgeois de Paris sous les règnes de Charles VI et Charles Vil : les éditeurs ne manqueront pas de l'apprécier comme il le mérite, d'autant plus que La Barre de Beaumarchais vient d'en publier sous leurs yeux (en 17-29) une nouvelle édition, que les journaux de Trévoux, de Verdun et de Hollande ont fort soigneusement épluchée; mais cette fois les éditeurs, si attentifs a citer et à extraire les journaux de littérature, se contentent de renvoyer aux Lettres sérieuses et badines ,
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qui sont de Téditeur môme du. Journal iVunBourgeoïs et qui n'ont pas autoriLé dans sa propre cause. D'ailleurs, Fevret de Fontetle et Barbeau de la Bruyère ne jugent pas à propos de paraître mieux instruits que le père Lelong. « N« 17,14i : Journal du règne de CharlesVIj^ar un Bourgeois de Paris, depuis Tan 1409 jusqu'en 1 122. Ce journal est imprimé dans Labbe, au tome P'" de son Abrégé de V Alliance chronologique, etc., page 652. » Rien de plus; ils ne nous disent pas que Labbe a imprimé ce fragment sur une copie différente de celle qui avait servi précédemment en i653 à Denys Godefroy pour en faire une publication plus ample et plus dénaturée dans VHistoire de Charles F/, par Juvénal des Ursins; ils ne disent pas que Godefroy avait tiré la sienne des manuscrits de Dupuy, n'' 275, et que Dupuy n'avait fait qu'un extrait de l'original, qui, après avoir appartenu à Paul Petau, a passé dans la Bibliothèque du Vatican, parmi les manuscrits de la reine Christine; ils ne disent pas que Godefroy, selon son habitude, avait encore altéré l'extrait de Duchesne; ensuite, au sujet de la nouvelle édition de La Barre de Beaumarchais, qui ne fit que publier la copie préparée par le bénédictin dom Des Salles, ils ne remarquent pas que le Journal d'un Bourgeois y est moins mutilé, beaucoup plus étendu et surtout beaucoup plus fidèle que dans les éditions précédentes; ils ne cherchent pas à savoir si les manuscrits de ce précieux morceau d'histoire existent encore en France, et ils ne précau-
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tionnent pas seulement le lecteur contre les milliers de fautes typographiques laissées dans le texte par la mort de dom Des Salles, survenue pendant Tinipression.
Cette ignorance des matières dont traitent les ouvrages est poussée quelquefois à un tel point, qu'on se demande si Fevret de Fontette ne s'est pas un peu trop reposé sur Barbeau de la Bruyère du soin de voir les livres et les savants de Paris. A coup sûr, Tabbé Goujet, Schœpflin, Fabbé Saas, Foncemagne et tous les hommes érudits qui enrichissaient de notes la Bibliothèque historique, n'ont pas eu part à l'article suivant, que le père Lelong avait omis : N"^ l?,96i : Eibliotheca jjatrum Cisterciensium , à Fr. Bertrando Tissierj Bonifontis prière, Bonofonte, 1660, 8 tom. en 4 vol. in-f. » Cette note écourtée ei défigurée a été extraite de la Méthode pour étudier V Histoire^ par quehiue copiste ignorant. Conçoit-on qu'un des recueils les plus rares et les plus précieux que nous ayons des écrivains monastiques soit l'objet d'un pareil dédain? Mieux vaudrait encore le reléguer parmi la Bibliographie professionnale, comme le font certains bibliographes de titres, comme vient de le faire encore, par une distraction inouïe, un de nos plus savants libraires, en cataloguant pour une vente aux enchères (celle de la bibliothèque théologique de l'abbé Dulieu) le troisième exemplaire connu de ce recueil, que Lenglet-Dufresnoy n'avait jamais pu voir complet, et que M. Weiss a mal décrit dans la Bio-
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graphie universelle, art. Tissier. Voici d'abord le titre exact et complet de la collection : Biblioiheca patrum Cisterciensiumj sive operum ahbaiûm et monachorum Cisterciensis ordinis, qui sœculo sancli Bernardi aut paulb post ejus ohitum fïoruerunt, 1660-1669, Bono- FOXTE, ex typis ejusdem cœnobii per A. Renessoji^ et, Paris, Biîlaine, pour les tomes Vil et Vlll seulement. Ce recueil, imprimé dans le couvent de Bonnefontaine par les soins de Tabbé, et mis en vente à Paris dans le collège de Saint-Bernard, est si rare, que les 3", 4^ et 5^ tomes n'étaient pas connus, avant que les bibliothèques de couvents supprimés eussent donné un exemplaire complet à la Bibliothèque du Roi.
Uue contient ce recueil, qui peut rendre de grands services à l'histoire du siècle de saint Bernard? Les éditeurs auraient dû relater au moins les pièces suivantes :£icor(imw Cisterciensis cœnobii^ authoresancto Stephano, illius archimonasterii fundatore et abbate; chronique en six livres nourris de faits singuliers et nouveaux ; Liber miraculorum sancli Bernardi^ nar^ ratio Fleribertî; non moins utile que le précédent pour l'histoire de saint Bernard; Dialogi Miraculorum Cesarii : quelques-uns de ces miracles touchent à des circonstances et à des personnages de l'histoire de France ; Espistolœ aliquot prœlalorum et monachorum Clara-Vallcnsium : ces lettres ne sontpas toutes dans les Historiens des Gaules ; Disputatio Guillelmi abbatisS. Theodoriciadversus Petrum Abelardum ; Epistola
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Heriberti Sardiniœ archiepiscopi : dans celte lettre, il décrit les dogmes pervers de certains hérétiques qui avaient paru depuis peu dans le Périgord. Les deux derniers volumes renferment Thistoire de la guerre des Albigeois, par Pierre de Vaux-Cernay, les cinq derniers livres de la fameuse chronique de Ilelinand et la chronique d'Otton de Freiscngen, avec la continuation de Radevic.
Telles sont les richesses que les éditeurs de la Bibliothèque historique n'ont pas soupçonnées, bien qu'ils citent en d'autres endroits, sans doute d'après des notes communiquées, cette édition de la Guerre des Albigeois, plus correcte que celle donnée par Duchesne, et la chronique de Helinand, sous le n° 16,721, avec cet étrange jugement, digne de figurer dans VAlmanach des Muses, annoté par Sautereau de Marsy : « Le style est grave et sententieux, mais fort chargé d'ornements et de figures. « Est-ce là ce qu'il faut pour nous apprendre jusqu'à quel point nous devons regretter la perte des quarante-quatre premiers livres de cette chronique, fort estimée autrefois, si tant est que ces quarante-quatre livres soient perdus? Il est vrai que la notice de dom Brial sur les ouvrages de Helinand n'avait pas encore été lue à l'Institut. Les éditeurs de la Bibliothèque historique s'occupent plus à juger le style des auteurs que les ouvrages mêmes, et nous devons les remercier lorsqu'ils ne nous égarent pas au lieu de nous guider. Ainsi, le n^ 17,058 m'avait alléché parce
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titre, trop grand prometteur pour tenir beaucoup : « La Cour du roi Charles V, surnommé le Sage, et celle de la reine Jeanne de Bourbon, son épouse (par le père Menestrier), Paris, Joîlain, 1683, in-l'i. » Un extrait du Journal des Savants ajoute : « Ce livre contient l'explication des deux tableaux. » Je me mis en quête pour trouver ce livre du père Menestrier, dans Fespoir que le docte jésuite y avait amassé autant d'érudition qu'un in-12peut en contenir; ma joie augmenta quand je m'aperçus, après bien des recherches dans les bibliothèques et les bibliographies, que rin-12 était un in-folio; mais je ne réussis pas à déterrer cet in-folio à la Bibliothèque du Roi, où les in-folio se perdent rarement. Enfin, je le regardais comme imaginaire, lorsque je rencontrai le livre désiré, collé en deux parties sur les gardes d'un Mézeray in-folio. Ce livre se composait de deux feuillets ou de deux gravures, au bas desquelles le père Menestrier avait mis son explication, c'est-àdire les noms des personnages représentés, comme dans la complainte populaire du Juif errant.
Je ne finirais point si j'énumérais les recueils de pièces et de dissertations qui n'ont pas été démembrés dans la Bibliothèque historique, où l'on a dédaigné pourtant d'introduire les moindres notices de la France littéraire de 1769 : je n'en nommerai qu'un , la Bibliothèque du Droit, de Bouchel, excellente compilation qui est pleine d'histoire de France et qui contient, parmi une foule d'emprunts faits à Pas-
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qiiier, h Faiichet et à Du Tillet, des disserlations^es discours, des traités, des piôc.es originales qui ne se trouvent plus ailleurs. La Bibliothèque du Droit n'a été mise à contribution que pour cinq articles : j'en indiquerai davantage dans le premier volume, et je me borne seulement à ceux qui me semblent manquer ôâns\2i BihUolhèque historique. On y chercherait en vain VAjournement fait au roi Edouard d'Angleterre, duc d'Aquitaine, de par le roi, en 1294, tiré des Olim du Parlement; on n'y voit pas non plus le Catalogue d'aucuns advocats du roy au Parlement de Paris, les Aliénations des Mens d'église en 1586, le Discours de la dignité et precellence des fleurs de lys et des armes des rois de France, le Traité auquel il est déclaré quelles étoient les machines et arlilleries du temps passé, par J. Rousseau ; la Description de l'ordre et police mise sur la grande famine et affluence des pauvres qui se trouvèrent., en 1 53 1 , dans l'ancienne et très-fameuse ville et cité de Lyon, le Plaidoyer de Lebret, si les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem font part du clergé, les Instructions envoyées au pape pour le roi concernant la citation de la reine de Navarre et les privilèges de l'Église gallicane, les Discours sur la conservation de l'annuel des offices, le Discours pour la maintenue de Vingénue liberté d'enseigner les lettres d'humanité, présenté par Guil. Girard à l'avocat général Sévin, etc. Fevret de Fontette, en sa qualité de conseiller au Parlement de Bourgogne, devait cependant avoir feuilleté ses livres de droit.
48 xMÉLANGES BIBLIOGRAPHIQUES.
Je pourrais citer encore bien des ouvrages de jurisprudence où Thistoire occupe la plus grande place, mais je me bornerai à en nommer trois d'un seul auteur, indispensables pour Thistoire de Bretagne et utiles pour l'histoire générale de France. Fevret de Fontette n'a mentionné de cet auteur, l'avocat Pierre lîévin, que la fameuse Lettre écrite pour réfuter la tradition de la mort tragique de la comtesse de Châteaubriant, sans indiquer, au sujet de cette tradition exploitée par Varillas dans son Histoire de François /^% le plaidoyer de Marrion et les titres manuscrits relatifs à la succession du comte accusé d'avoir tué sa femme. Fevret de Fontette ne savait donc pas que les Arrêts du Parlement de Bretagne, de Frain, annotés par Hévin, Rennes^ 1665, 2 vol. in-i°, les Consultations et observations sur la Coutume de Bretagne, Rennes, 1737, in-i*', et les Questions et observations concernant les matières féodales^ par rapport à la Coutume de Bretagne, Rennes, 1737, in-4«, sont d'admirables répertoires de documents historiques, plus intéressants encore pour les historiens que pour les jurisconsultes ? N'est-ce pas dans le premier de ces recueils qu'on lit l'anecdote de La Sicaudais et de Henri iV ? Hévin ne combat-il pas une opinion de Mézeray avec autant de sagacité qu'une glose de la Coutume?
Maintenant, il importe de faire mieux comprendre, s'il est possible, par un seul exemple, les omissions inexplicables qui déparent la Bibliothèque historique.
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Entre tontes ces omissions plus ou moins regrettables, j 'ai surtout à cœur celles qui diminuent la gloire de la France et des grands hommes qu'elle a produits : je suis surpris et mécontent de ne trouver ici aucune trace des plus ménîorables événements de notre Marine, ni l'Histoire de la première découverte et conqueste des Canaries, par Jean de Bethancourt, chambellan du roi Charles VI, en H02, ni les Voyages de Cousin, de Dieppe, prédécesseur de Christophe Colomb, ni le Journal da cajyitaine Parmentier dans les mers des Indes ^ ni les Navigations du capitaine de Gonneville , ni tant d'autres mémoires, imprimés ou manuscrits, qui font connaître les anciennes expéditions maritimes des Français. N'est-ce pas aussi de l'histoire de France que la judicieuse dissertation publiée à la suite de la Relation de Villaut de Bellefond, sous ce titre : Remarques sn.r les costes d'Afrique, pour justifier que les François y ont esté longtemps auparavant les autres nations ? Certes, si l'on ajoutait à la Bibliothèque historique un nouveau chapitre pour les découvertes de mer, il ne faudrait pas le placer avec celui de la Marine et du Commerce, qui est assez mal à l'aise entre les Finances et les Testaments des