‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 22 sur 27 · I. Le 7 novembre · texte numérisé non relu

I. Le 7 novembre

chambre représente assez bien l'état des opinions; et pourtant elle renferme d'autres ingrédients, des intérêts exigeants, des amours-propres blessés, des rancunes, des ambitions. Tout cela peut se combiner par coteries ou intrigues d'une manière embarrassante. Vous avez bon courage, c'est une chance pour la victoire. Comme d'autres, vous aimez le succès et le pouvoir ; mais ce que vous avez de plus qu'eux, c'est que vous ne craignez pas la peine: vous l'accepterez comme nécessaire, et ' même elle ne vous déplaît pas. » Il était ainsi pour moi un spectateur à distance, clairvoyant, judicieux, de sang-froid, et sa correspondance m'apportait tour à tour de sages inquiétudes ou d'affectueux encouragements.

On se tromperait si, dans les travaux et les épreuves de la politique active , on se promettait beaucoup de vrais amis ; il ne faut pas même être trop difficile ni trop exigeant avec ceux sur qui l'on a raison de compter : ils ont leur situation propre, leurs intérêts, leurs perspectives, leurs goûts, leurs fantaisies. L'union intime et permanente des âmes et des destinées est une de ces joies et de ces forces supérieures qui n'appartiennent pas à la vie publique; mais elle n'est pas dépourvue de liens

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puissants, ni d'attachements sincères, et celui-là serait injuste autant que malhabile qui ne saurait pas en sentir le prix et en recueillir les fruits.

Moins orageusement , mais aussi complètement pour lui que pour moi, la révolution de février 18&8 vint mettre un terme à la vie publique de M. de Baranle comme à la mienne; il ne pensa pas que le régime nouveau pût avoir pour lui aucune situation qui lui convint : il se retira à Barante avec sa famille , mais sans jrenoncer à l'activité de sa pensée et au service moral de son pays : il reprit son rôle d'historien et de spectateur politique. C'est de cette époque que datent qaelquesuns de ses plus importants travaux dans Tane et l'autre de ces deux carrières ; dans la première, ses Histoires de la Convention nationale et 4u DireC' toire exécutif, sa Vie politique de M. Royer-CoUard et les nombreux Essais biographiques qu'en 1858 et 1859 il a recueillis lui-même dans quatre volâmes publiés sous ces deux titres: Études historiques et bUygraphiques. Études littéraires et historiques. Cest à '^^ politique proj)rement dite', tantôt à la politique principe, tantôt à la politique de qu'appartiennent ses Observations sur les ifilrfiiiiifi'^ r des droits de l'homme et du citoyen, ses RtfUxiom &- ^

les cBuvres politiques de Jean-Jacques Rousseau et ses Questions constitutionnelles, essais publiés d'abord en 1849 et insérés plus tard dans les deux recueils que je viens de rappeler.

A ne considérer que les sujets et les titres , les travaux historiques de M. de Barante ont , dans le cercle où ils sont renfermés , l'histoire de France , un premier et frappant caractère, retendue et la variété : il a parcouru et retracé les âges les plus divers de notre vie nationale , le moyen âge pr^s de son terme, le xvu« siècle dans son éclat et son déclin , le xvin« dans son travail d'ambition et de décomposition pour la société française , la révolution, l'empire, la restauration, la monarchie de 1830, dans leurs élans et leurs essais. Sous la flgiire des ducs de Bourgogne, de Louis XTV, de la régence, de Voltaire, de Louis XVI, de Mirabeau et de Robespierre, de Napoléon, de Louis XVIII, de Louis-Philippe, il a suivi la France à travers toutes ses épreuves et toutes ses transformations jusqu'à Tavénement du nouvel état social qu'elle travaille encore à fonder. Et à côté de tant d'étendue et de variété , un second caractère , plus rare encore, apparaît : l'intelligence la plus libre et la plus parfaite équité régnent constamment dans oes

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