MK^A^r>KS inOGRAPHIQUISS
récits cl cos tnhleaux de temps si divers; l*auteur conlemplc et comprend en spectateur à la fois indépendant et sympathique. les idées, les mœurs, les faits les plus éloignés de notre état actuel ; la vérité a sur lui tant de puissance et pour lui tant de charme, qu*il se complaît à la présenter sous ses plus natifs et plus authenti(iues traits. Ne croyes pas pourtant qu'il s'arrête lii, et qu'il se contente de celle exactitude d'érudition et de cette fidélité d'imagination ; au fond, et môme quand il paratt ne se soucier ((uo de peindre, il veut et il fait autre chose encore; il a sur les sociétés humaines , sur leurs institutions, leurs gouvernements, sur les devoirs et les droits de tous ceux qu'elles rapprochent, grands ou petits, princes ou peuples, des idées générales qu'il fait entrevoir, ou qu'il laisse percer dans ses modestes et exacts récits. Ce n*est, (i vrai dire, ni un philosophe ni un politique ; il ne travaille ni à établir un systc>me ni à soutenir un ])arti ; mais c'est un moraliste en même temps qu'un narrateur. Dans sa libre et flexible allure, il garde constamment un flambeau qui Toclaire, un fil qui le guide, un but vers lequel il marche, et s'il reproduit les faits et les hommes comme dans un miroir, leurs images comparaissent devant on
juge éclairé et intègre qui, par sa seule attitude ou par quelques simples paroles , les qualifie selon le bon sens et le bon droit.
Quel jugement que cet hémistiche de Lucain pris par M. de Barante pour épigraphe à son Histoire de la Convention nationale !
Jusque datum sceleri; Le droit remis aux mains du crime.
Les plus éloquents anathëmes ne valent pas cette simple expression du régime de la Terreur, et les plus fanatiques apothéoses ne sauraient Tefifacer.
Les écrits politiques de M. de Barante , de principe ou de circonstance, son travail sur les communes et V aristocratie, ses Réflexions sur les œuvres politiques de Jean-Jacques Rousseau, ou, comme il les intitule aussi, son Histoire de Inégalité, en France, ses Questions constitutionnelles ou Essais sur la souveraineté, le suffrage universel, les emplois publics, la propriété, le travail, etc., offrent le même caractère d'étendue et de liberté d'esprit , d'équité impartiale et de fermeté morale. Il a des idées arrêtées et point d'idée fixe ni exclusive; il veut le respect de tous les droits-, il ne sacrifie jamais un principe à un autre principe, un intérêt à un autre intérêt;
il connaît la yariété et la complication des éléments de toute société humaine ; il tient compte de tous et ne perd jamais de vue le rôle et la part qui reviennent à chacun. Il accepte ainsi le problème social dans toute son étendue sans renoncer à le résoudre; il est étranger à tout scepticisme indifférent et chancelant, comme à tout dogmatisme étroit et tyrannique ; il n'admet pas que la raison savante et le bon sens pratique soient en conti-adiction, ni que l'ordre et la liberté ne puissent et ne doivent se concilier, sous des formes et à des degrés divers, selon les lieux et le temps. II persiste à poni^ suivre avec loi le grand but de la natore et de la société humaine , sans méconnaître la diversitt et la rudesse des routes, et en acceptant avec résignation la lenteur des progrès.
Ce sont là les caractères et les mérites qui font de Ai. de Barante l'un des plus fidèles représentants de ce grand et modeste parti que j'ai appelé le parti du sens moral et du bon sens, de ce parti si souvent méconnu, battu, attristé, décooragé, et pourtant invaincu, invincible et persévérant dans ses vœux et ses efforts , malgré ses douleurs et ses revers. L'humanité a des instincts profonds, plus puissants que ses plus amères épreuves, et aux-
quels elle obéit sans savoir combien elle aura de peine à prendre et de temps à attendre pour en obtenir la satisfaction. Telle est la condition du parti dont je parle : il est destiné à souffrir beaucoup et à ne jamais périr ; il a au fond , dans son droit et sa force, plus de foi qu'il ne s'en rend compte ; il espère encore quand il se croit désespéré; il travaille toujours, même quand il semble renoncer ; et si dans Tune de ses mauvaises saisons il rencontre un homme qui lui soit sérieusement analogue et qui lui ait donné, avec quelque éclat, sa pensée et sa vie, aussitôt la sympathie publique s'éveille et va chercher cet homme jusque dans son tombeau pour le distinguer entre tous et l'honorer hautement. C'est là la cause obscure, instincrtive plutôt que réfléchie, mais réelle et décisive, du sentiment qui s'est manifesté, à la mort de M. de Barante, dans la population qui avait assisté à sa vie, et même dans le public qui, de plus loin, connaissait son nom et ses œuvres. Il est mort populaire, comme un sincère et constant défenseur des idées, des sentiments, des intérêts et des espérances qui, en France, et je pourrais dire en Europe, vivent dans l'âme des hommes de bien et de sens, en dehors des luttes du présent et au-dessus des nuages de l'avenir.
^m Ml i.\m;ks ino<;u\i'HiQrKa.
M. i\v HaraïUe a-t-ii priwsoiUi la popularit(^ de son corouoil? I/at-il altribuiH^ i{ iv bon instinct public qui on osL [^ mes yru\, In prinoipalo oausof J'en douto. Kn momo tomps quo jusqu'A ses ilorni»nr joui*s il a ^tiwW touU's sos oonvictiouH mornloa oi liluW*aIos« il no laissait {Uia ira>oir, sur TiMat aciuoi dos osprits ot dos faits parnù nous « un sontlment do ti istosso ot d'inquitMudo. Il lui arrivait alors ce «lui arrivo au\ Anios d't^lito quand le uiunde no lour donno |)as tout vk' (lu'ollos ont soulmiti^ pour lui ot ospiW^f do lui; ollos diMournoni loui*» i^ogarda du niondo, ot doinandont A Diou do los ralTonnlr duna la conflanoo qu'ollos ont bosoin do porter A la naturo ot A la dostiniW' lunnainos. II y a prëcisdment un an, jo vouais dVnvoyor A M. do Baranto mes MiUiitations sur l'vdU actud ih la rditjion chrètiennô m Fnmir ; il nio n^pondit d*uno main drijA tremblanto * : <( Jo vous rouiorcio, mon cber oml, du livro (|uo vous avox ou la bonti^ do m'ouvoyer; II ost digno do vous ol fora iMwmcoup do bien. Le xviir si<>clo (Mail surtout soulovri contre rautorltë de la rolifçion ; uuunlonanl il s^a^it do Toxistenci^ de Dieu ; on on vio.nt do rolTol A la cause. Jo suis assuré