‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 24 sur 27 · iM lu Juin · texte numérisé non relu

iM lu Juin

de votre succès. » Les pensées et les sentiments religieux, et, pour appeler les choses par leur nom, les croyances et les espérances chrétiennes étaient devenues la préoccupation constante et dominante de M. de Barante ; déjà il ne regardait plus la terre et les affaires humaines que de loin , toujours avec le même intérêt affectueux , mais avec la sérénité qu'il puisait dans une atmosphère plus haute et plus pure. C'est dans cette belle disposition d'âme qu'il a quitté son foyer domestique, sa femme, ses enfants, tout ce qu'il a aimé ici-bas , et cette patrie qu'il a bien servie et honorée, et qui lui doit à son tour d'honorer dans sa mémoire l'un de ses plus distingués et plus dignes enfants.

Val-Richer, juin 1867.

Après la mort de M. de Barante, le conseil d'ad-? ministration de la Société de l'Histoire de France élut, à l'unanimité, M. Guizot pour lui succéder en qualité de son président; et le 7 mai 1867, dans la

aat MÉLANGES BIOGRAPHIQUES,

sê«inoe ^rnôrale de lu Société, M. Guizot prononça Iv discours siiiNaiU :

Messieurs,

u Vous m'avoz fait un honneur qui m*a pénétré do reconnoissaiu*o ou luo laissant priuéti^ de tristesse. Quoi do plus honorable que d*^trc appelé, par vos sulTra^os unanimes, h it'inplacer M. de Baranto? Quoi (W plus irislo ijuo de succéder à un anu« A un ami do plus de cinquante ans, sympatiquo et fulùlo pondant plus do cinquante ans, au milieu dos crises et dos vicissitudes qui, de nos jours, dans les idées comme dans les situations, ont si profondément a^ité les pei^onnes conuiio les l^.tats? (/est un bonheur nre qu'une amitié poi*sistanto vi inunuablo, quand tout chancelle et cliani;o autour dVlle. Ht les sources de ramilié qui nous a unis, M. de llaranto et moi, sont de colles diml on se complaît d retrouver, A cliaque {)as, la traco dans le long coui*s des années : une constante et intime analogie a existé dans nos goAls et nos travaux, dans nos idées et nos carrièivs. i\ous avons, Tun et l'autre, sérieusement aimé et servi les lettres et les alTaiix's publiques. iNous leur

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avons, Fun et l'autre, donné et partagé notre vie. Et dans ces deux carrières, nous nous sommes attachés, l'un et l'autre, aux mêmes études, à la même cause. Dans les lettres, l'histoire, dans la politique, le régime constitutionnel et libre ont été les objets préférés de nos pensées et de nos efforts. Quand M. de Barante, en 1808, publiait son Tableau de la Liltèrature française au xvin* siècle, je retraçais les débuts poétiques du xvii* siècle et les chefs-d'œuvre de Corneille portant tout à coup si haut la gloire dramatique de la France. Quand, en 1821, je traduisais Shakspeare, M. de Barante accomplissait pour Schiller le même travail ; il prenait même quelque part au mien, car il me donnait la traduction de Hamlet. Quand, de 1820 à 1830, je m'adonnai à l'étude des origines et du cours de notre civilisation, M. de Barante écrivit ï Histoire des ducs de Bourgogne, ressuscitant sous ses traits natifs l'une des grandes époques de cette série de siècles que j'essayais d'expliquer en les parcourant. Et lorsque, à partir de 1830, la politique a tenu, pour l'un et pour l'autre, la principale place dans notre vie, nous y avons, l'un et l'autre, constamment soutenu les mêmes principes, poursuivi le même but, et tour à tour con-

rii Mf-LANGKS BIOGRAPHIQUES.

couru aux mêmes succès ou subi les mêmes revers.

« Vous ne vous étonnerez pas, je l't-spère, Messieurs, et vous me pardonnerez si je m'arrête avec quelque complaisance sur ces témoignages de la sympatliio, je pourrais dire de l*hannoDîe dans laquelle ont vécu les deux hommes que vous avez successivement appelés à l'honneur de vous pi-ésider. Je prends un mélancolique plaisir à m'unir encore ainsi, en approchant de ma tombe, à Pami déjà descendu dans la sienne ; et les souvenirs de cette longue union sont, pour moi, la plus douce explication, comme ils ont sans doute été pour vous le principal motif de votre choix.

« Quand, il y a trente-trois ans, Messieurs, vous avez pris M. de Barante pour président de votre société naissante, vous avez eu un juste et profond sentiment du caractère de ses ti'avaux et de la parfaite convenance qui les unissait & votre dessein. Vous vouliez remettre sous les yeux de la France d'aujourd'hui, dans leur forme correcte et coiih plète, les principaux monuments historiques de la France d'autrefois, ceux où nos pères ont forte* ment empreint les traits originaux de leur vie, de leur âme et de leur sort. Vous pensiez, à bon droit«

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que la connaissance familière de ces monuments a, pour la France nouvelle, un grand intérêt à la fois de curiosité et d'enseignement. C'est Thonneur du genre humain, c'est le privilège qu'il a reçu de son créateur d'avoir seul une histoire, d'être une série de générations héritières les unes des autres et intimement unies entre elles par un lien général et permanent, non pas une succession de créatures isolées qui s'ignorent et s'oublient complètement à mesure qu'elles passent sur cette terre. Mais, pour que ce sublime privilège brille de tout son éclat et poile tous ses fruits, il faut que les générations humaines qui se succèdent se connaissent et se comprennent véritablement. Je dis plus : il faut qu'elles se portent un sentiment affectueux, et que chacune d'elles, en faisant librement, dans l'héritage de ses pères, le choix de ce qui lui convient, se souvienne fidèlement de ce qu'elle leur doit et leur rende une justice reconnaissante. C'est précisément là. Messieurs, le sentiment qui a constamment animé M. de Barante dans ses travaux historiques. Il avait toujours présentes à l'esprit la France ancienne et la France nouvelle; il les connaissait, il les comprenait, il Jes respectait, il les aimait Tune et l'auli^e; et il avait à cœur que les

toute préoccupation exclusive, de tout entêtement de classe ou de parti ; et quand il passait de la France d*autefois à la France d'aujourd'hui, quand il avait à raconter l'histoire et à apprécier les œuvres de la société nouvelle qui, depuis 1789, s'élève si laborieusement sur les ruines de l'ancienne société française, il portait dans ses impressions et dans ses jugements le même instinct patriotique, la même indépendance d'esprit, le même soin et la même habileté à démêler le bien du mal, à sentir vivement le beau sous ses plus variables aspects, et à espérer toujours beaucoup de notre patrie sans jamais la flatter. On peut mettre ses divers ouvrages historiques à une difficile épreuve ; qu'en face de VHistoîre des ducs de Bourgogne et du Tableau de la Littérature française au, xvni® siècle, on place les Histoire de la Convention nationale et du Directoire exécutif, les Mémoires de M"^^ de La Bochejaquelein, et la Vie de M, Royer-Collard ; on ne trouvera, entre ces récits et ces appréciations de temps et de faits si différents, aucune contradiction, arienne dissonance; partout éclate un filial et respectueux amour pour la France dans toutes ses fortunes et pour tous ses illustres enfants ; partout régnent un sens moral supérieur à toutes les illusions comme à tous les

subterfuges, une liaute et souple intelligence poliliiiue, une t^tiuili* sans sceptique indifTérence, et une inc^branlable it^solution de maintenir envers tous la justice et de dire, en tous cas, la V(*rité.

« Je ne parle et je ne dois parler ici que de l'historien : je veux pourtant faire entrevoir rhomme lui-inônie. M. de Barante était de ceujL qui prennent au sérieux ce qu'ils disent coniine ce qu'ils font, et qui ont besoin de mettre toujoui*s l'accord entre leur pensée et leur vie. A travers les complications et les transformations pinScipitées de noire temps, et soit qu*il fallût parler ou se taire, agir ou s'abstenir, entrer dans Farùne ou en sortir, M. de Barante a constamment obéi ft cette loi do rhonnéte homme et du penseur convaincu. En toute mati(>re et en toute occasion, en politique comme en littérature, en religion comme en politique, sa foi a gouverné sii conduite; sa conduite a rendu témoignage de sa foi. Api^^s plus de quarante ans de vie publique, il a passé ses vingt dernières années dans une retraite pleine de dignité, à son foyer natal, au sein de sa famille, Udële t^ ses idées, à ses affections, à ses souvenirs, et uniquement occupé de répandre, dans la popu-

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lation qui renlourait, les bonnes œuvres et les bons exemples. La population lui a dignement répondu, elle est accourue, elle s* est pressée autour de son cercueil, et ses obsèques ont été un hommage spontané que toute la contrée qui Tavait vu naître, vivre et mourir, a voulu rendre à sa vie et à sa renommée.

u 11 vous convenait, Messieurs, il vous appartenait d'appeler un tel homme à l'honneur de présider à vos travaux. Il a joui, pendant trente-trois ans, de cet honneur comme d'une juste récompense pour les services qu'il avait rendus à l'histoire, de notre patrie. Et aujourd'hui, puisqu'il vous a plu de transporter cet honneur de sa tête sur la mienne, je placerai ici, pour justifier votre choix, des paroles que M. de Barante a écrites luimême dans son testament : « Je ne terminerai « pas ces pages auxquelles sont confiées mes der- « nières pensées, sans nommer les amis qui me « restent. Je veux qu^ils sachent combien leur « amitié m'a élé douce, et qu'ils ne m'oublient pas <: lorsque je ne serai plus. Je prie donc que ce « témoignage soit transmis à M. le duc de Broglio « et à M. Guizot. »

u A cette dernière expression d'une si constanle

no Mr:LANGI.H UIOGIUPIIIQUKS,

«'iinilM!, je n'njoulrrai qu'un mot, MeHsiours* un H(iul mol (|uo Ai. (lo Hnrnnto m*, pinirait A entnndn; : son vœu ttcra Balit^ail; il nu sera pua

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