‹ Mélanges biographiques et littérairesChapitre 26 sur 27 · LE BARON ACHILLE DE DAUNANT · texte numérisé non relu

LE BARON ACHILLE DE DAUNANT

siégé dix ans, puis dix ans aussi dans la chambre des pairs, où le roi Louis-Philippe l'avait appelé en 1837; et dans tout le cours de cette laborieuse époque, sans prétention, sans effort, par le seul développement de ses mérites naturels, M. de Daunant s'est montré au niveau de tous les devoirs, de toutes les épreuves de la vie politique, aussi bien que de la vie judiciaire. La grande et généreuse idée de ce temps, la fondation de la liberté au sein de Tordre, le respect de tous les droits personnels des hommes en même temps que de tous les pouvoirs légaux, telle a été la pensée dominante de M. de Daunant, la règle constante de sa conduite. Protestant sincère, par tradition comme par réflexion, il a toujours témoigné à l'Église catholique un respect sérieux et équitable. En possession d'une situation sociale élevée, il a été constamment préoccupé des intérêts et des progrès populaires, ami des pauvres, patron des faibles, sans complaisance comme sans crainte devant les erreurs et les passions anarchiques. Nul n'a été plus

résolument monarchique et indépendant, conservateur et libéral, plus sincèrement appliqué à concilier les principes et les intérêts légitimes, quoique divers. Et ce n'était par aucun engagement do

ui mi:langes BioonAPiiiouEs.

parti, ni par aucune connivence d'amitié, ni par aucune vue (fanil)ition, c'était uniquement par conviction et patriotisme qu'il agissait ainsi en toute occasion, marchant droitau but, sanssesoneier des ennuis ni des périls de la route, et impertON bable, même quand il doutait du succès.

Los mécomptes et les revers l'ont trouvé le même ([u'il avait été dans les jours d'espérance : quand il a vu tomber le gouvof nomcnt qu'il avait servi avec affection, quand ii a cru sa dignité personnelle intéressée à sortir de la vie pilbllqtic , il s'en est retiré sur-le-champ, sans faste comtiie sans hésitation, on restant toujours un bofi et éclaire dtoyen< attaché A Tordre, étranger à toutfe rancune ëtfoltd, et toujo<irs soigneux, toujours actif pour les intérêts locaux de son département et de sa villes quoique n'intervenant plus dans les intérêts génëranz du pays. Il sf véca ainsi près de vingt BuBi tttSU mais calme, Adèle mais impartial, entouré de la considération publique, même do la bienTeilIanoe populaire, et jouissant de ces biens de la retraite comme il avait joui des faveurs do la fortune, à?ee une modestie simple, pleine de charme eomnie d'autorité.

C'est dans cette belle disposition d'àme et cette

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vertueuse pratiqué flè là vie que la nialàdie Fa atteint et affaibli fleii à pèti, sans altérer ractîvitë de son esprit, ïiî lai sëréiiité de sort humeur. Il avait coÈlnù leà grandes tristesses doîfiestic(ues ; il avait perdu d'abord ùti jeuîië frère, officier distingue, mort à jtfàdrid de§ stiHès de ses bîèsstires, dans la gtierre du premier éinpîîë ëù Espagne ; puis uii fils excellerit; déjà magistrat; et sa jpltié cîïèrë espérance; puië fa campagne dëvoilëê dé sa vie; puis ses dèui steursi, mariées à deui ffèfes, MM. de Gasparîri , daht l'un à pris |)làcé parmi lés grands sèrvîtetirs de TÉtat, tous deiii cilo^éniS aussi distingués, aussi fermes que fai , et qui étaient devenus pour lui d'îrttîmes àmîà. Ceiix-Ià aussi Tônt devancé l'un et l'autre dans la tombe. Ses deux filles dignemeiit mariées, leurs enfants et son frère cadet, Ji. Parades de D'aùnaiit, ^uî, en 4848, s'était retiré èonimë lui de là vie ^itbli^ûe après avoir administre, avec aiïiâtit dé âtictts que d'honneur, les départements dé là totfë et de la Charfente-Ihférieure, sont seuls restés autodf cfë liit daiis sai vieillesse, et lui ont prodigué les consolations comme les soins de la plus tendre affection. Il en a joui jusqu'au dernier moment, comme de la plénitude de ses facultés intellectuelles, et il s'est presque vu

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éteiiulre lui-môme, sans ivgi'Ct de la vie et en entraiil avec confiance dans Télernel avenir.

H a cUé, pondant plus de soixante ans, l'un de mes plus choies, de mes plus intimes et de mes plus fidèles amis. Je trouve, pour exprimer notre relation et les sentiments que nous nous sommes porlés Tun ù Tautre pendant ce long laps de temps, dos paroles que je n'hcfsite pas à emprunter, car je n*on imagine pas de plus vraies; il y a quarante-six ans, sur la tombe de M. Camille Jordan, H. Royer- Collard disait, avec une émotion profonde :

(( Adieu, mon cher Camille : nous sommes entités ensemble, il y a vingt-quatre ans, dans la carrière publique, et pas un seul jour, dans une si longue route, nous n'avons été désunis. Même but, niOuic pensée, môme foilune. La mort seule a pu nous séparer pour un temps. Adieu, noble esprit, cœur généreux , créature éminente , député- fidèle à la religion, au roi, au peuple. Adieu! ta mémoire sera chore ù la patrie. Que le Dieu de paix te reçoive dans son sein! »

Val-Richcr, 2 octobre 18C7.

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