PRÉFACE
On in*a demandé de réunir ces essais biographiques publiés en divers temps et dans divers recueils littéraires. J'y ai consenti avec un sentiment mêlé de douceur et de tristesse. A l'exception des deux études sur Gibbon et sur Philippe II, tous les essais que contient ce volume sont pour moi des souvenirs personnels, les images de personnes que j'ai connues et avec qui j*ai vécu, soit dans rintimité, soit dans de longues et agréables relations sociales. M™° de Rumford, M™* Récamier, la comtesse de Boigne, la princesse de Lieven, , M. de Barante, M. de Daunant ont tenu dans mon âme et dans ma vie des places très-inégales, mais qui restent vides depuis qu'ils ne les occupent plus, et ce n'est jamais sans émotion que j'y\ois reparaître ou que' j'y rappelle moi-même leur
ombre.
Il p:u:face.
Quand, à rapproche du terme de la vie, on reporte ses regards en arrière, on compte, avec une surprise à la fois reconnaissante et douloureuse, tout ce qu'on a possédé et perdu. Que de trésors précieux et précaires ! Que de liens puissants et rompus! Que de relations charmantes dont le temps pâlit le souvenir s'il ne TefTace pas! Pétrarque disait, il y a cinq siècles, dans son tendre et méiancolique langage : .
O nostra vita, ch*è si bclla in vista, Com' perde ageTolmente, in un mattino, Quel clié'n molt' aaui a gran pena s'acquista!
« O notre Tie, qui est si beUe en perspective, comme eHe perd aisément, en un jour, ce qui ne s'acquiert qu*en beaucoup d'années et à grand' peine ^ ! n
Un sentiment analogue inspirait oa^uère M. de Lamartine lorsqu'il s'écriait:
Éternité^ néant, passé, sombres abîmes.
Que faites-vous des jo,ui*s que vous engioutissex? Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez •
Les poètes sont les interprètes du sentiment géuéral et intime de l'humanité ; elle n'accepte pas
1. Pétrarque, sonnet 22î); édit. de Vo^iiso, 1751. Q. Lanmtinc, MéiVdalions poéliques, 1. 1, p. '.i'.).