‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 21 sur 66 · CYBÈLE PROTECTRICE DES EAUX THERMALES · texte numérisé non relu

CYBÈLE PROTECTRICE DES EAUX THERMALES

Tous les dieux des mystères sont des dieux Sauveurs (l). Cybèle est la Mère de Salut, Mêter Sôteira (2), Mater Salu- TARis. « Elle sauve ce qui naît et ce qui meurt » (3). Par la puissante vertu de ses tauroboles elle sauve et conserve les hommes, les familles, les villes, les empires. Mère et «nourricière de vie » (4), elle a des grâces particulières pour les nouveau-nés; les mères lui vouent leurs enfants et vont les poser dans ses bras (5). Pour ses mystes, elle est Celle qui sauve des enfers (6), c'est à dire de Téternelle mort. A Tâme purifiée selon sa loi elle promet une félicité sans fin, dans la contemplation de sa radieuse beauté (7). Plusieurs médail-

(1) Cf. Wobbermin, Religionsgesch. Studien, p. 34; Wendland, Suttip, dans Zeilschrifl fttr Neutestam. Wissensch. V, 1904, p. 335 ss.

(2) Orph., //ymn.XIY, 7 et 12; CIG. 4695, dédicace votive à Meter Theôn Sôteira Epekoos.

(3) Julian., Or. V, p. 166 C.

(4) Orph., Hijmn. XXVIl, 13.

(5) Diod. Sic. III, S8, fait allusion à ce rite quand il dit que Cybèle se plaisait à bercer les petits enfants dans ses bras.

(6) Daraascius, Vita Isidori excerpta a Photio (cod. 242, éd. Bekker p. 345 a). (1) « Accorde-nous la douce espérance de parvenir jusqu'à toi » ; Julian.,

l. c, p. 180 fin.

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Ions de la première Faustine portent, au revers, l'image de Cybèle, avec dédicace à Mater Deum Salutaris (1). Sur l'un d'eux, figure également Attis; c'est la première apparition du Dieu phrygien dans la numismatique des Césars. Le beau pasteur se tient debout, à gauche de la déesse qui trône entre ses lions. Il se tourne vers celle dont l'amour l'a sauvé et qui, sur son char, l'a conduit au divin séjour. Il la contemple, comme pour indiquer aux mystes qu'elle doit être l'unique objet de toutes leurs pensées (2). Sa petite taille, qui contraste avec la majesté surhumaine de la Mère des dieux et des hommes,, rappelle à ces derniers qu'il vécut, comme eux, d'une vie mortelle et qu'ils peuvent tous, comme lui, participer à l'immortalité bienheureuse.

Mais les dieux Sauveurs sont en même temps et tout d'abord des dieux Guérisseurs (3). Avant d'être Notre Dame de Salut, Cybèle fut Notre Dame de Santé. Jusqu'à la fin du paganisme, le titre de Salutaris conserve cette double signification. On l'implorait aussi sous le vocable d'iATROs, Iatriné (4), qui est celui des dieux médecins; et peut-être l'épithète complexe d'Iatros Hymnôdos (5) fait-elle allusion à des chants-médecines. Ses Galles sont médecins, comme les prêtres d'Apollon. C'est surtout à une clientèle de malades qu'ils donnent des consultations par les songes (6). A Hiérapolis de Phrygie, ils forment une sorte d'institut médi-

(1) Cohen, 2= éd. II, Faustina Senior, 229, 230, 306; cf. Donaldson, Arckit. ntimism. p. 83 ss et pi. XXI. Type et légende sont reproduits sur des contorniates du iv^* siècle : Cohen, 2« VllI, p. 277 ss., n^^ 26, 94, 304; Robert, Phases du mythe de Cyb. et d'Attis, pp. 43-45 et pi. IV, 3-S; Gnecchi dans Rivista numism. ital. VIII, 1895, p. 300, n» 73.

(2) Cf. Julian., l. c, pp. 166 C et 169 D. Cybèle obligea, dit-il, Attis à se tourner vers elle et à la regarder; allusion à leur attitude iconographique.

(3) Cf. Dionysos Hygiatès. Voir Weinreich, ©sot èTz-r^-Aooi, dans Ath. Mittheilungen XXXVII, 1912, pp. 1-68.

(i) CI. Ait. III, 134, 136, 137.

(5) Diogen. Trag., Fragm., I, 5.

(6) Sur Cybèle Oniropompe et Onirophante, cf. Artemidor., Onirocr. II, 39, p. 139 (éd. Hercher, 1864, p. 145); de même, au Plutonium d'Acharaca, Strab. XIV, 1, 44.

cal (1). On vient les trouver de préférence pour telles maladies, que l'on sait être envoyées par Gybèle même. « Si le malade imite la chèvre », déclare Hippocrate, « s'il grince des dents "et si son côté droit est en convulsion, c'est la Mère dos Dieux qui l'a mis en cet état » (2). Certains fous étaient qualifiés de Môtroleptes (3). Mais la déesse qui envoie le mal livre également le secret de la guérison (4). La science des Galles est de révélation divine. Ils ont ainsi la réputation de guérir l'épilepsie, la folie (5), les fièvres (6) Thydropisie (7) et les maladies des petits enfants (8). En Grèce, on associait volontiers le culte de la Grande Mère à celui d'Asclepios. On adora la déesse dans l'Asclepieion d'Athènes, sur le versant méridional de l'acropole (9). A Sicyone, sous le portique de l'Asclepieion, Pausanias vit un « xoanon » de la Mère des Dieux (10). Epidaurc l'avait accueillie près de son Asclepios, comme elle accueillit Apollon Sôter et Artemis, autres dieux guérisseurs. De l'enceinte sacrée du dieu provient un autel à « Meter Théôn Mégalè » ; il est l'œuvre du prêtre Diogénès, qui vivait à l'époque des Sévères. Au nordest de l'Asclepieion et non loin du portique supérieur, dans un édifice romain, des figurines votives de Cybèle voisinaient avec les statuettes d'Asclepios et de Pan (11). D'autre part, Asclepios était vénéré dans un Metrôon proche de Tanagra,

(1) Il y avait là un véritable collège de Galles, qui seuls pouvaient entrer impunément dans le Plutonium, Strab. XIII, 4, 14; cf. les prêtres-médecins attachés au Plutonium d'Acharaca (sources chaudes : Athenaios II, p. 43 A).

(2) Ilippocr., De morb. sacr., 2, éd. Kuehn, I, p. 592; éd. et tr. Littré, VI, p. 360.

(3) Hermias, In Phaedr., p. 105.

(4) Diogen. Trag. dans Athenaios XIV, 636,

(5j Aristoph., Vesp. 115; Euripid., Hippol. 141 s; cf. Foucart, Assoc. relig. chez les Grecs p. 171.

(6) Juv. VI, 517 ss.

(7) Pers. V, 187.

(8)Diod. Sic. III, 58.

(9) Milchhoefer, Die Miiseen Athens, 1881, n^s 45 a, 48 b.

(10) Paus. II, H, 8.

(11) CIG Pel. 1, 1034, 1037, 1038; S. Reinach, Chroniques d'Orient, I, p. 279.

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au pied du mont Soros (1) ; et nous le retrouvons avec la Meter dans l'île de Kéos (2). Enfin, comme toutes les divinités qui guérissent, Gybèle assume la tutelle des eaux thermales et minérales.

Dans le culte complexe de la Grande Mère, tel qu'il nous apparaît aux âges historiques, survivent les traditions préhistoriques d'un culte des eaux. La Cybèle anatolienne, aussi bien que la Rhéa grecque, est la Dame des sources qui naissent dans les montagnes, s'épanouissent en nappes sur les plateaux et alimentent les rivières des vallées. Selon l'une des plus anciennes théogonies de la Grèce, Rhéa était fille d'Okeanos (3). Son culte reste étroitement lié à celui des Nymphes et des dieux Fleuves. En Asie Mineure, le rite si grossièrement naturaliste de Pessinonte, que rapporte Arnobe, fait mention de la « source familière » d'Agdistis (4). On va célébrer des orgies annuelles vers des cours d'eau ou des étangs sacrés ; ces solennités passèrent en Occident avec le rite de la Lavation. Quelques-uns des primitifs sanctuaires de « Mêter Kubilè » se dressent à proximité d'abondantes fontaines, de lacs, d'étangs. A Boghaz-Koï en Cappadoce, à Ibriz et Efflatum-Bunar en Lycaonie, l'image de la divinité regarde la source, qui lui baigne le pied (5). Près de Smyrne, la statue rupestre de la Sipylène domine un petit lac, alimenté parles sources de la montagne (6). Alliérapolis, renommée pour ses fontaines pétrifiantes, en Apamée, la cité des eaux,

(1) Koerte dans Ath. Mitlh., III, 1878, p. 390 ss.

(2) Bull. Corr. Hell. XXIX, 1905, p. 358.

(3) Cf. Gruppe, Griech. Myt/ioL, p. 421 .

(4) Arnob. V, 6 : « familiarem illi fontem ».

(5) Cf. Sarre, Beise in Phrygien, dans Ai'ch. epigr. Millheil. XIX, 1896, p. 40 ss; Reber, Phryg. Felsetidenkm., 1897, p. 4 s.

(6) Frazer à Paus. V, 13,7 ; Comment. 111, p. 554; probablement l'ancien lac Saioé.

à Limnobria sur un lac Ascania, à Koretapa sur le lac Aulindenos, à Synaos et Milctopolis sur les lacs de môme nom, il y a corrélation certaine entre les attributions de la Mêter et le site de la ville. Dispensatrice de santé, Cybèle tient plus spécialement sous son empire les eaux douées de vertus curatives. C'est à ce titre aussi qu'on l'adorait dans Alia, Apamée^ Attouda, Dorylaion, Hiérapolis, Laodicée, en Phrygie; à Magnésie du Méandre, à Traites, à Philadelphie, en Lydie; à Glazomènes, en lonie; à Tarse, enCilicie; à Prusa (Brousse), en Bithynie.

Transportée en Occident, la Grande Mère y garda toutes ses attributions. Elle y devint la Dame des eaux, comme elle y fut la Dame des monts et la Dame des forêts, qu'exploitaient ses Dendrophores. Nous lui connaissons de nombreux sanctuaires sur les bords des lacs italiens (i). On lui consacra de préférence les eaux médicinales. Entre Rome et Tibur elle prit sous sa protection les Aquac Albulae ou Eaux Blanches (Bagnidi Solfatara), sources sulfureuses très fréquentées par les gens de Rome. La voie tiburtine, entre le premier et le second milliaire, franchit le « fossodell' Acqua Bollicante » ; près de cette source chaude s'élevait un autel de la Mère des Dieux (2). A Verulae (Veroli), Anagnia (Anagni), Nomentum (Mentana), Falerii (Cività Castellana), l'existence d'eaux sulfureuses ou ferrugineuses peut expliquer en partie le développement de son culte. Il en est de même à Centumcellae (Cività Vecchia), dont les Aquae Taurinae furent captées par Trajan dans un magnifique établissement thermal ; à Reate (Rieti), voisine des Aquae Cotiliae, dont on vantait fort l'efficacité; et, tout au nord de l'Ombrie, à Sarsina (Sassina),

(1) A Alba Fucensis, sur le lac Fucin ; à Verulae, chez les Herniques, sur un lac disparu ; à Anguillara, sur le lac de Bracciano ; à Vulsinii, sur le lac de Bolsena ; au Lago di Paola, au pied du cap Circé ; à Volceii, en Lucanie, près du Lago di Buccino ; àCôme; peut-être à Angera, sur le lac Majeur; chez les Camunni, au nord du lac d'isée ; à IMalcesine et au pied du « monte Brione », sur le lac de Garde.

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dont Martial compare les eaux à celles de Baies. Sous le vocable topique de Mater Baiana, l'orientale Cybèle protégeait pareillement Baies et ses sources thermales, les plus célèbres de toute l'Italie.

Nous la retrouvons, avec Attis, dans les villes d'eaux de la Gaule romaine. Elle s'était installée à Vichy, oii nous rencontrons aussi Jupiter Sabazios et Isis. Peut-être fut-elle mise en relation avec les sources de Royat; car on a découvert ses traces sur le territoire d'Augusta Nemetum (Clermont- Ferrand). Au pied des Alpes, en Tarantaise, elle exerça son patronage sur les eaux de Salins et de Brides-les-Bains. Son culte prospéra dans la région de Riez, qui possède la station thermale de Gréoulx, Griselum. Au pied des Pyrénées, chez les Convènes, oii abondent les sources médicinales, où déjà les eaux voisines de Lugdunum (Saint Bertrand de Comminges) et celles de Luchon attiraient une nombreuse clientèle de malades, elle a pris place auprès des Nymphes bienfaisantes. Dans la haute vallée de l'Aude, Aletest l'ancienne Electa ; et l'établissement thermal de cette petite ville repose sur les ruines de thermes romains. Or le seul temple que nous y connaissons appartenait à la Mère des Dieux. Le plus souvent, celle-ci vient se juxtaposer simplement aux Mères et aux Génies des fontaines sacrées. Ces dieux topiques ne perdent rien de leur popularité et gardent leur autonomie. A Vichy, c'est aux Mères des sources et aux Génies du lieu, devenus un Mars, une Vénus, que s'adresse de préférence la reconnaissance des malades. A Gréoulx, la souveraineté des eaux reste aux Nymphes Griséliques. La femme du consul T. Pomponius Vitrasius Pollio, sous le principal de Marc-Aurèle, y fit une cure. Elle manifestait beaucoup de dévotion à la Grande Mère et lui avait érigé de ses deniers un temple en Campanie, près de Gales ; mais ce fut aux Nymphes de Gréoulx que, pour témoigner sa gratitude, elle dressa un autel (1). De môme, sur le terri-

toire des Convènes, les dieux romains ne font poinl oublier les divinités prégaiiloises de Saint-Bertrand de Comminges, de Siradan, du Val d'Aran, de Luchon, qui continuent à vivre de leur vie propre et indépendante. Qu'étaient toutefois, auprès de la Grande Mère Phrygienne, Idéenne et Palatine, ces humbles divinités de la Gaule qui souvent n'avaient pas même l'auréole d'une poétique légende, et dont la renommée ne dépassait guère l'horizon prochain? Tantôt donc certaines Mères topiques, aussi souples que tenaces, se rapprochent d'elle et deviennent ses parèdres de moindre rang. Ce n'était point seulement par esprit de flatterie et pour faire œuvre de loyalisme à l'égard de Rome ; c'était surtout par mesure de prudence et pour mieux assurer leur vitalité. Les eaux de Brides et de Salins, près de Moutiers en Tarantaise, sont le domaine des Matronae Salvennae ou Salvennehae ; mais les Matrones ont accepté la suzeraineté de Mater Deum, qui figure avec elles et au premier rang sur les dédicaces votives. Au siècle des Antonins, chez les « Vicani Massavenses », entre Nevers et Gosne, Mater Deum n'est pas seulement la voisine de Dea Glutoida, fée d'une source oii l'on va boire encore pour chasser la fièvre (i). Des rapports se sont établis entre leurs cultes ; car à Fontaine-la-Mère, près d'Autun, Dea Glutoida reçoit des cymbales en ex-voto (2), comme si elle n'était plus qu'une manifestation locale de la Mère universelle. Tantôt, par suite, la Grande Mère finit par détrôner complètement les Mères topiques et se substitue à leur médiocre personnalité. Il semble bien que la Dame fontainière d'Alet ait disparu, cédant la place à Mater Magna. Celle-ci, de même, est toute puissante à Lectoure ; son temple y domine la Fontélie, source sainte dont elle a dépossédé l'antique divinité. A

(1) C. /. L., XllI, 2896; BuUiot et Thiollier, Culte de S. Martin dans le pays édiien, 1892, p. 291.

(2) BuUiot et Thiollier, op. L, p. 290.

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Belley, Gybole et Attis pourraient bien avoir recueilli comme protecteurs des sources la succession de dieux locaux.

Les faits que nous constatons en Italie et en Gaule se sont renouvelés dans les régions les plus variées de l'Empire. Partout où esclaves et affranchis phrygiens, marchands levantins, soldats et officiers d'origine anatolienne ont importé leur Grande Mère, elle fut mise en relations avec les eaux qui guérissent. En Germanie comme en Gaule, elle tend à se substituer aux « Matres Medicinae » , très nombreuses et très populaires dans le bassin du Rhin. On lui a dédié des sanctuaires à Baden, Aquae Aureliae, où tenait garnison la XXVP cohorte de citoyens volontaires, à Kreuznach, dont on exploitait déjà les eaux salines et iodées, peut-être à Wiesbaden, Aquae Mattiacae, en compagnie de Sirona et de la Diana Mattiaca. Au pied du Saalburg, camp retranché où elle eut son temple, elle dut exercer sa tutelle sur les eaux salines de Homburg. A Cannstatt, sur le Neckhar, elle présida aux destinées des sources minérales qui ont fait la fortune de cette ville. Probablement aussi étendit-elle sa protection sur les eaux de Niedernau et dlmnau, près de Rottenburg, sur celles d'Ems, près de Coblenz, sur celles de Godesberg, consacrées à Esculape et à Hygie, près de Bonn. Nous savons en effet qu'à Sumelocenna (Roltenburg), Gonfluentes (Coblenz) et Bonna, s'était propagé le culte phrygien. On suit ses traces des deux côtés de la Meuse, tout le long des routes qui relient Cologne à la Belgique Seconde. De Vlytingen, près de Tongres, de Juslenville, près de Spa, proviennent des figurines de Cybèle; c'étaient sans doute les eaux médicinales de Tongres et de Spa qui l'avaient attirée en ces lieux.

Dans les provinces danubiennes, où le culte phrygien prit encore plus d'extension que dans les provinces rhénanes, où l'orientalisme pénétrait directement par la voie fluviale et par les routes stratégiques et commerciales, il est vraisemblable que Cybèle exerça son coutumier patronage sur les

eaux curativcs. Les sources ferrugineuses et sulfureuses abondent dans toutes ces régions, en particulier dans le voisinage d'Aquincum (eaux de Bude), de Brigetio (eaux d'Almâs), de Carnuntum (eaux de Deutsch-Altenburg), de Vindobona (Thermae Pannonicae, à Baden) ; et l'on pratiquait les mystères de Phrygie dans toutes ces places fortes, qui s'échelonnent le long du Danube. Sur la côte mésienne, Cybèle fut très très populaire à Tomi (Kustendje), qui possède des sources sulfureuses. En Thessalie, son culte n'a laissé que peu de vestiges; mais il en subsiste dans la station thermale d'flypatè, au pied du mont Oela. Enfin, à une autre extrémité du monde romain, en Portugal, les Romains utilisaient déjà les eaux sulfureuses de Caldas de Vizella; on a découvert près des soui'ces, une dédicace aux Dieux Omnipotents, qui ne peuvent guère être que Cybèle et Attis.

En résumé, la Mère des Dieux, dispensatrice de vie et de santé, est une divinité de la médecine. Dans son pays d'origine, son culte se rattache étroitement à celui des eaux qui fertilisent et des eaux qui guérissent. En Italie et dans les provinces romaines oii la déesse fut importée, elle devint l'une des nombreuses protectrices des sources thermales et minérales. Dans beaucoup de localités qui possèdent des eaux médicinales, on a retrouvé ses vestiges. Il y a généralement corrélation entre la présence ou la popularité de son culte et l'existence de ces eauxcuratives.

Voici une liste de localités oii le culte de la Grande Mère est ou paraît être mis en relation avec les eaux médicinales. Pour les références, je renvoie à mon étude sur le Culte de la Mère des Dieux à Rome et dans l'Etyipire Romain (abréviation : Gr. ; le chitï're suivant indique la page).

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