‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 30 sur 66 · I. Histoire de la vallée supérieure du Tessin · texte numérisé non relu

I. Histoire de la vallée supérieure du Tessin

La vallée supérieure du Tessin forme à elle seule la plus grande partie du canton actuel du Tessin. Elle est comprise entre le massif du Saint-Gothard au nord, et le Jac Majeur au sud. Limitée de chaque côté par des chaînes de montagnes élevées, coupées de vallées latérales d'accès difficile, elle a dû être, dans l'antiquité, presque complètement fermée : on ne pouvait y pénétrer qu'en longeant les rives presque toujours très abruptes du lac qui obstrue son extrémité sud, ou en remontant latéralement le val d'Agno, depuis le lac de Lugano. •

Aussi, n'est-il pas étonnant, que cette vallée soit restée longtemps inhabitée. Pendant tout l'âge de la pierre et celui du bronze, elle fut parcourue, seulement à de longs intervalles, par de rares chasseurs, dont on retrouve de temps en temps les armes égarées.

C'est au début de l'âge du fer, c'est-à-dire tout au plus vers 800 avant notre ère, que quelques familles prirent définitivement possession de ce sol (1).

Deux cents ans plus tard, environ, les échanges commerciaux entre la vallée du Pô et celle du Rhin prirent une activité plus grande. Jusqu'alors, la route du Grand-Saint- Bernard avait suffi aux besoins (2). Une nouvelle voie de communication plus directe entre l'Italie et les pays du nord

(1) Nécropole de Rovio et quelques tombes de celle de Cerinasca.

(2) C. Jullian, Histoire de la Gnule, 1, p. 48. J. Heierli, Urr/eschichte des Wallis, in Milleil. antiq. Gesell. Zurich, XXIV, 3, p. 105, 142 et la carte.

GlUBIASCO

devint nécessaire : elle remontait le cours du Tessin, puis celui de la Moësa, à quelques kilomètres au nord de Bellinzona, gagnait à l'est le col du Saint-Bernardino, et de là, le lac de Constance par la vallée du Rhin supérieur (1).

Une population stable et pacifique vint s'établir le long de cette route, en particulier aux environs de la petite ville actuelle de Bellinzona. Ses morts reposent dans une dizaine de cimetières comptant ensemble près d'un millier de tombes (2). Ces événements se passaient aux environs de Fan 600 avant J.-C.

Pendant près de deux cents ans, ces petits groupes vécurent en paix dans leur vallée sauvage, s'occupant sans doute du transit des marchandises, des lacs italiens au lac de Constance : des traces de leur civilisation se rencontrent tout le long de la route, dans la vallée du Rhin postérieur (3).

D'après le mobilier funéraire retrouvé dans leurs tombeaux, ces tribus devaient être proches parentes de celles qui occupaient à la même époque les plaines du Pô, et vraisemblablement d'origine ligure (4).

Vers 400 avant J.-C, le nord de l'Italie fut bouleversé par l'arrivée de bandes guerrières appartenant à un nouveau peuple, les Gaulois. Ils conquirent rapidement toute la vallée du Pô et en 390 prirent Rome (5). A la môme époque un groupe de ces Gaulois remonta le cours du Tessin et vint s'établir au milieu des habitants de cette vallée. Comme les nouveaux venus étaient d'humeur belliqueuse tandis que les anciens habitants du pays étaient essentiellement paci-

(1) J. Heierli, Urgeschichle Graubundens, in Milleil. aniiq. Gesell. Zurich, XXVI, 1, p. 10 et la carte.

(2) D. Viollier, Le Cimelière préhislorirjue de Gitibiasco, in Anzeiqer f. schw. AU., 1906, p. 97.

^3) J. Heierli, Urqesch. Graubundens, p. 10.

(4) D. Viollier, Le cimelière préhistorique de Giubiasco, p. 99. — Du même Les fibules de Vdf/e du fer en Suisse, in Anzeiqer f. schw. Alt., 1907, p. 178.

(5) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celtes, Paris, 1904, p. 147. — P. Guiraud et G. Lacour-Gayct, Histoire romaine, Paris, 1903, p. 72.

232 D. VIOLLIER

fiqiies (1), il ne semble pas que ces derniers aient tenté quelque résistance. Les Gaulois s'établirent donc dans le pays, apportant avec eux leur civilisation particulière que les premiers possesseurs du sol ne tardèrent pas à adopter : on constate, en effet, dans les sépultures de cette époque, d'abord un mélange des deux civilisations, puis peu à peu, celle des Gaulois gagne du terrain et finit par rester seule maîtresse de la place.

Les deux groupes de populations vécurent donc en bonne harmonie pendant plusieurs siècles et, en quelques générations, les Gaulois achevèrent d'absorber complètement les anciens possesseurs du sol.

Lorsque, deux cents ans plus tard, les Romains pénétrèrent dans cette vallée, ils la trouvèrent habitée par une tribu appartenant à un peuple gaulois, les Lepontii (2). Comme, pendant cette période de deux siècles, la civilisation et les rites funéraires de cette région présentent une remarquable unité, nous sommes fondés à admettre que, durant ce laps de temps, il ne se produisit aucune modification dans la population. Ce seraient donc des Lepontii qui, aux environs de 400, auraient occupé la vallée du Tessin.

En 222, les Romains, après avoir dans les années précédentes conquis peu à peu toute l'Italie centrale, soumirent à leur domination la plaine du Pô (3). La conquête des vallées alpestres leur demanda plusieurs années ; ce n'est qu'entre les années 201 et 176 que ces tribus guerrières furent plus ou moins définitivement vaincues (4).

Les Romains élevèrent alors dans la plaine un certain nombre de places fortes destinées à tenir en respect leurs nouveaux sujets. Mais c'est seulement à partir des premières

(1) On ne trouve aucune arme dans leurs tombeaux.

(2) H. d'Arbois de Jubainville, Les Celles, p. 459.

(3) P. Guiraud et G. Lacour-Gayet, Histoire romaine, p. 95. C. Jullian, Histoire delà Gaule, 1, p. 506 et s.

GIUBIASCQ 233

années de l'empire que les vallées alpestres furent effectivement occupées par les forces romaines. Jusque-là, leurs habitants vécurent dans une liberté relative.

Page 1