‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 52 sur 66 · Bulletin archéologique, 1909, p. ccvn, Garthage · texte numérisé non relu

Bulletin archéologique, 1909, p. ccvn, Garthage

(1) L. Poinssot, Les inscriptions de Thugga, n" 140, est tout à fait affirmatif à ce sujet : « II n'y a pas de doute qu'il ne s'agisse... d'un même sacerdoce, exercé à Garthage... »; cf. Toutain, op. cit., p. 348.

(2) Ce n'est pas le lieu de rechercher quelle est la valeur exacte de la date inscrite sur ces textes. Il n'est certes pas indifférent d'admettre avec Mommsen (C. I. L., VIII, 12318 et p. 1062; cf. Aug. AudoUent, Carthage romaine, p. 44) et la plupart des auteurs que l'ère en question part de la fondation de la seconde Carthage, en 44 avant Jésus-Christ, ou avec M. Dessau, {Inscripliones latinae seleclae, vol. II, pars 1, 4464) et M. Poinssot {loc. cit.; cf. Kubitschek, dans Pauiy-Wissowa, Real-Encyclopadie, s. v» aéra, col. 632) qu'il s'agit d'une ère proprement religieuse, commençant plus tard, lors de l'institution ou de la rénovation du culte des Cereres à Carthage. Mais pour la question très délimitée que nous envisageons ici l'examen de cette double théorie est sans utilité.

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M{arcus) Clodius M{arci) f{ilius) Arn[ensi tribu).... Caecilianus sacer[dos) Cerer\um?] ann{i) CXXXVIIIL...

22. Bulletin archéologique, 1909, p. cci, Furnos Minus (Ilencliir Msaadin). — Q[uinto) Paccio Victori Candidiano equo publ[ico) exornato mag[istro) sac[rorum) Cer€r[um?) anni CCLXIIIL...

23. Merlin et Poinssol, Les inscriptions d'Uclii Majus, 1908, p. 31, Uchi Majus (Henchir ed Douamis). — [... sac[erdos) Ce]rer{um?) anni CLXXXX...

24. Merlin et Poinssot, ibid., p. 38, Uchi Majus (Henchir ed Douamis). — C{aius) Lucilius C[ai) f[ilius) Athenaeus sacer{dos) Cerer{um?) c(oloniae) J[uliae) K{arthaginis) anni ce XXXV....

25. Merlin et Poinssot, ibid., p. 118, Uchi Majus (Henchir ed Douamis). — [...? Cae]cilian\us... s]a[c{erdos) C]er{eru?n ?) an[ni) CLXX. . . .

26. L. Poinssot, Les ijiscriptions de Thiigga, n" 140 [Nouvelles archives des missions, XHI, 1906, p. 103-355), Thugga (Dougga). — Sex{to) Pullaieno Sex[ti) f[ilio) Arn[ensi tribu) Floro Caeciliano praefecto jur[e) dicun[do) sac[erdotï) Cet^{erum?) anni CLXX duumviro flami[ni) perp[etuo) ciploniae) C{p ...) J[uliae) K{arthaginis) . . .

Si la lecture Cererum est exacte dans ces huit inscriptions, comme tout porte à le croire, il faut y joindre, par analogie, les doux suivantes qui leur sont étroitement apparentées.

Proconsulaire.

27. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1910, p. 135-139, Carthage. — Q{uinto) Voltedio L{ucii) [f{ilio) Arn{ensi tribu)] Optato Aureliano... aed{ili) praef[ecto) j{ure) [d{icundo) mag{istro)] Cer[ealium) sacrar{um) (1) anniCLXXVH...

(1) M. Héron de Villefosse restituerait volontiers [sac{erdoli)] Cer[erum) sacror{um) ; je préfère la lecture de M. Gagnât, Vannée épigraphique, 1910, n° 78, qui se fonde sur l'inscription suivante (n° 28) de Fuimos Minus.

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28. Bulletin archéologique, 1909, p. ce, Furnos Minus (Uenchir Msaadin). — L[iicio) Octavio Felici Octaviano decurioni col[oniae) J[uliae) Aur{eliae) Ant[oninianae) Kart[haginis) flamini divi PU magislro sacrorum Cerealium anni

Enfin, il est possible qu'il faille encore classer dans cette même catégorie un autre texte fort mutilé, que Mommsen restitue dubitativement ainsi.

Proconslilaire.

29. C. I. L., VIII, 14438, Henchir Negachia. — ...aug{mto) Ce?'[e7'i]b[îts] augiiistis) [Maii\ris a[ug[ustis)...]

C'est, au total, vingt-neuf spécimens se rapportant aux Cereres. Si nous défalquons le dernier, dont l'interprétation est par trop hypothétique, retenons du moins les vingt-huit autres : vingt-deux appartiennent à la Proconsulaire, trois à la Byzacène et trois à la Numidie; lot considérable qui ne peut manquer de s'accroître. Tel qu'il est, il prouve déjà très nettement quelle place tenait en Afrique, surtout en Proconsulaire, les divinités qui nous occupent.

Cette impression serait plus forte encore si, à ce groupe compact, nous ajoutions, comme nous y invite M. Dessau (1), une série d'épitaphes de prêtresses, uniformément qualifiées de sacerdos magna, sans nom de divinité.

Byzacène.

30. G. 1. L,, VIII, 505, Thala (Thala). — ...lia Amata sacerdos magna v[ixit) a[nnis C

Proconsulaire.

31. C. 1. L., VIII, 5149, rhagaste (Souk Ahras). — Claudia Rufina sacerdos magna pia vix{it) annis ClIL...

32. C. L L., VIIL 14437, Henchir el Faouar. — Maria Extricata sacerdos magna pia vixit annis CUL...

(1) Inscriptiones lalinae selectae, t. II, pars 1, 4467.

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33. Bulletin archéologique, 1891, p. 232, Ilenchir Sidi Bou Gossa. — Julia Zaba sacerda magna vixit annis n[umero)

34. Bulletin archéologique, 1896, p. 257, n° 138, Madauros (Mdaourouch). — Claudia Paula sacerdos magna pia vixit annis LXXXX

35. Bulletin archéologique, 1900, p. 106-107, n° 46; 1905, p.cLix-CLxii ; Clermont-Gannoau, Recueil d'archéologie orientale, VI, p. 377-390, Gales (Djebel Mansour). — Quarta Nyptanis f[ilia) Gale(ii)sis uxsor Céleris Manlis f{ilia) sacerdos magn[a).... vixit an{n)is LIX.

NUMIDIE

36. C. L L., YIII, 8353 = 20203, au nord de Gonstantine, près de Bcregli. — Aria Amidia sacerdos magna v[ixit) a[nnis) CL...

37. Gsell el Graillot, Explorations archéologiques dans le département de Constanline, n° 98 [Mélanges de VEcole de Rome, XIV, 1894, p. 39), Henchir Kraker. — ... moni?nentu[m) Caelie Date sacerde magn[ae) (1) vixit annis LXXXHL

Rapprochant ces huit textes de celui de Kasrin (n° 2) relatif à une sacerdoti magne Cererum castissime, M. Dessau en déduit que toutes les prêtresses de cette catégorie, en Afrique,, sont « sine dubio Cererum » (2). Il faut peut-être

(1) MM. Gsell et Graillot lisaient sacer{dotis) de[ae) magn{ae), c'est-à-dire prêtresse de Caelestis. L'interprétation que je propose, après M. Dessau, loc. cit., me paraît beaucoup plus simple. La forme sacerda existe déjà cidessus au n" 33.

(2) Il est à remarquer que toutes les prêtresses des Cereres que nous connaissons, qu'elles portent ou non l'épithète tnagna, sont des femmes âgées; la plus jeune a 39 ans (n" 35), les autres comptent 72 ans (n^ 1), 75 (n»' 8 et 17), 78 (n" 33), 80 (n° 3), 83 (n» 37) et 90 (n» 34); l'une d'entre elles atteint la centaine (n" 30), une autre va jusqu'à 101 ans (n» 36) et deux jusqu'à 103 (n"* 31 et 32). Enfin le seul prêtre des Cereres dont l'âge nous soit donné (n" 18) est lui aussi un centenaire. Il y a là, je pense, plus qu'une simple coïncidence; et on n'expliquerait pas suffisamment ces faits en alléguant qu'on vivait vieux en Afrique. Le plus probable est que ce sacerdoce était réservé à des personnes vénérables.

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attendre pour accepter sans réserve cette séduisante supposition que des découvertes plus nombreuses et plus explicites nous en donnent le droit. Elle n'est d'ailleurs pas indispensable, on a pu s'en convaincre en parcourant les listes i précédentes, pour nous permettre d'aiïirmer l'importance et la diffusion du culte des Cereres dans les provinces africaines. Nous pourrions nous étonner à bon droit de ce fait s'il était vrai, comme on l'affirme, que ces divinités se confondissent entièrement avec Dèmèter et Perséphonè. Leur séjour dans la Carthage punique ne suffirait sans doute pas à rendre raison d'une pareille vogue à l'époque romaine. Mais notre surprise cessera vraisemblement si nous parvenons à montrer que des liens plus étroits les rattachaient à ce pays.

M. Gsell a publié, il y a douze ans (1), une inscription votive de Gonstantine, où se trouve commémorée la restauration d'un sancluaire, en l'année 164 de l'ère chrétienne. La dédicace proprement dite est ainsi conçue : Mercuris au- (/{ustis) sac[rwn). Voilà un pluriel bien étrange. Aussitôt M. Gsell songe à le rapprocher des types Castores et Cereres, par lesquels, dit-il, on désigne Castor et PoUux, Gérés et Proserpine. Mais il constate en même temps que le panthéon classique n'offre « aucun dieu assez intimement uni à Mercure pour avoir pu lui emprunter son nom » ; et il ajoute en manière de conclusion : « Je croirais volontiers que l'un de ces Merciirii, qu'on adorait à Girta, était le Mercure grécoromain, et l'autre, une divinité punique, appelée par les Latins Mercurius; il s'agirait de Sakon ou de Taaut ».

Quoi qu'on doive penser de cette ingénieuse hypothèse, il me sera bien permis de la retenir pour rechercher si, par hasard, elle ne servirait pas à rendre compte du pluriel Cere-

(1) Bulletin archéologique, 1900, p. 386-387.

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res qui nous intrigue; en d'autres termes, s'il n'y aurait pas, cachées sous cette déaomination unique, deux divinités, l'une gréco-romaine, l'autre indigène ou punique. Or nous possédons précisément des textes qui nous amènent à envisager la question sous ce jour.

Je fais d'abord allusion à une dédicace qui provient du confluent de l'Oued Zerga et de la Medjerda^ en Proconsulairc (1), Un prêtre, d'un rang supérieur, semble-t-il, y rappelle qu'il a érigé un autel dans son propre terrain, sur l'ordre que lui en avait donné la déesse : Ex imperio Cereri

Graec[ae] sacrum M[arcus) Larti[di]us A[ ) [f[ilius)\ Ambu-^

gaeus sacerdos primiis aram qum grad[i]bus dedicav[it) in siw. M. Wissowa voit dans ces lignes l'affirmation expresse que la déesse adorée en Afrique n'est autre que la déesse grecque (2) ; c'est généraliser trop vite. Si M. Lartidius Ambugaeus a cru devoir ajouter ici au nom de la divinité un qualificatif qu'elle ne porte pas ailleurs, c'est apparemment parce qu'il la voyait sous un aspect difl'ércnt de celui qu'elle avait pour beaucoup de gens autour de lui. Chaque épithète accolée à un nom divin modifie dans une certaine mesure le dieu qu'il désigne; il reste « toujours identique au fond, mais changeant extérieurement d'aspect, suivant que telle épithète ou tel attribut a dominé » (3). En tout cas, celle que fit graver ici Ambugaeus prouve bien qu'on gardait en Afrique le souvenir des origines grecques de la déesse, si modifiée qu'elle pût être dans le panthéon romain.

Le texte de l'Oued Zerga est donc à rapprocher d'un autre, découvert à Rome (4), qui énumère les cultes très divers auxquels avait été initiée une personne de haute noblesse, Fabia Aconia Paulina, femme de Vettius Pretextatus, préfet

(1) C. I. /-., VllI, 10564 = 14381; cf. Dessau, Inscriptiones latinae selectae, t. II, pars 1,4461.

(2) Real-Encyclopàdie, t. III, coi. 1979 : « Dass die africanische Ceres die griechische Gôttin iat, sagt ausdrucklicii.. . »

(3) V. Bérard, De Voriyine des cultes arcadiens, p. 242-244.

(4) C. /. L., VI, 1780 ; cf. Dessau, loc. cit.

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de la Ville en 342, et consul désigné. La liste se termine par ces mots Graecosacraneae deae Cereris, allusion transparente à un culte grec(l). Mais l'éditeur du Corpus, qui fait ce rapprochement, ajoute un peu hâtivement, sans donner d'ailleurs aucune autre référence, u distinguebantur posteriore aetate Cereres duae Latina et Graeca ». Cette opinion est-elle fondée pour le reste de l'empire, je n'ai pas à le décider en ce moment. Du moins, pour ce qui est de l'Afrique, si des deux Cérès l'une était grecque, comme l'inscription de l'Oued Zerga tend à l'établir, l'autre n'était pas latine, mais africaine.

C'est ce qui ressort de plusieurs passages de Tertullien (2) que j'ai déjà eu l'occasion de mettre en lumière dans mon mémoire cité plus haut sur la Ceres africana (3). Il donne ce qualificatif à la déesse de la façon la plus formelle dans le traité Ad uxorem (4) : « Ceterum viduas Africanae Cereri adsistere scimus, durissima quidem oblivione a matrimonio allectas »; et encore dans le De exhortatione castitatis {jS) : « Novimus et continentes viros... ; feminas vero Cereri Africanae, cui etiam sponle abdicato matrimonio assenescunt, aversantes exinde contactum masculorum usque ad oscula filiorum ». Il décrit ensuite les pratiques auxquelles s'astreignaient certaines veuves par dévotion envers elle et le costume distinctif de ses prêtresses (6). Sans insister à nouveau sur ces particularités curieuses, je ne veux retenir ici que le fait de l'existence de la Ceres Africana en face de la Ceres

(1) Buecheler, Anlhologia lalina, II, IH, rapproche de ces mots un vers d'une autre inscription romaine (C. I. L., VI, 1179 d 29) Cererisque Graiae lu sacris dignam paras.

(2) C'est faute d'avoir connu les textes auxquels je fais allusion, que Tissot a pu écrire, à propos de la Ceres graeca de l'Oued Zerga, Le bassin du Bagrada, Paris, 1881, p. 97 : « Comme il n'existait pas de Cérès punique, la Ceres graeca ne peut désigner que la Démêler attique par opposition, soit aux deux déesses siciliennes, soit plus probablement à la Cérès romaine ».

(3) Voir ci-dessus, p. 359, n. 1.

(5) De exhort. casL, 13.

(6) Voir mon mémoire précité, p. 804-805.

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Graeca (1). Voilà bien les deux éldments au moyen desquels M. Gsell explique le pluriel Merciirii ; nous ne les imaginons pas par une conjecture plus ou moins spécieuse, ils sont solidement établis sur des textes.

Poursuivons notre enquête. Une inscription de Bon Djelida (2) nous apprend qu'une tribu de la Proconsulaire, la Gens Bacchuiana avait élevé un temple Saturno Achaiae aug[usto). MM. Gagnât et S. Reinach n'ont pas manqué de noter en l'éditant (3) que ce nom recouvrait probablement un Saturne différent de celui que les Romains substituèrent en Afrique à Baal Hâman, et qui est si connu par de multiples épithètes topiques, Balcaranensis, Neapolitanus, Palmensis Aquensis^ Sobarensis, etc. Entre ce cas et celui de Gérés, tel que nous venons de l'établir, le parallélisme n'estil pas complet? Nulle part, à vrai dire, Saturne n'est dénommé proprement « africain » ; mais toutes ces épithètes locales sont-elles autre chose qu'une estampille africaine et comme une marque d'origine ? De toute façon, s'il subsistait

(1) D'une cachette du quartier de Douïmès, à Carthage, M. Gauckler a extrait quatre statues de marbre, dont deux « figurent, dit-il, la Déméter grecque [et] la Ceres Africana romaine, qui a remplacé la phénicienne Tanit ». {Bulletin archéologique, 1899, p. clxii). Pour M. Perrot [Revue de l'Art ancien et moderne, VI, 1899, p. 11) Tune représente « la Déméter grecque, la Ceres africana romaine, qui a remplacé la phénicienne Tanit. Dans l'une des deux autres figures, on pourrait voir une Coré ou Proserpine ». M. Lechat [Revue des Études grecques, XII, 1899, p. 742) écrit : « le nom de Déméter, appliqué à la première, paraît exact ; mais le nom de Coré, pour la seconde, est bien incertain ». Cf. S. Reinach, Recueil de têtes antiques idéales ou idéalisées, 1903, p. 144, pi. 181. Mais M. L. Poinssot [Catalogue du Musée Alaoui, C, supplément) se borne à dire au n" 969 : « Statue de déesse debout et drapée. On y a vu une Déméter... », et au n" 971 : « Statue de déesse? drapée... » Il faut donc se contenter, je pense, de reconnaître dans la première la classique Gérés gréco-romaine, et renoncer à croire que nous possédons une représentation de la Cérès punique, si tant est qu'elle ait jamais été figurée autrement que sous les traits de Caelestis.

(3) Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions, 1885, p. 259 : cf. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d'Afrique, t. II, p. 599 : « Peutêtre a-t-on voulu opposer le Saturne grec (Kronos), auquel le temple aurait été consacré, au Saturne punique (Moloch), dont le culte sanglant avait été prohibé en Afrique ».

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un doute à ce sujet — pour moi il n'en existe aucun — ce doute ne saurait atteindre Cérès. Elle du moins est formellement gratifiée du titre iïafricana.

M. GscU cite ces deux exemples en face du pluriel Merciirii : dans l'un comme dans l'autre il constate l'opposition très nette de la divinité hellénique et de la divinité d'origine punique ou liby-phénicienne. Et pourtant, quelques lignes plus haut, nous l'avons vu maintenir l'équation traditionnelle des Cereres et du groupe Cérès-Proserpine. C'est une autre conclusion qui me paraît sortir de ces divers rapprochements, à savoir que le mot Cereres représente bien Démêler d'une part, mais de l'autre Tanit transformée (1). Ce pluriel marquerait donc une étape dans l'assimilation des dieux et la fusion des cultes. Deux déesses d'origine très différente sont rapprochées sous un même vocable, en attendant sans doute qu'elles perdent un jour leur personnalité propre pour s'absorber dans une autre plus générale et plus compréhensive, quand le syncrétisme triomphera (2).

Cette explication, partiellement soupçonnée, semble-t-il, par Birt (3), et qui repose, j'espère l'avoir prouvé, sur d'assez solides raisons, paraît cependant se heurter à une objection. Sur la colline de Rordj Djedid, à Carthage, le R. P. Delatlre a rencontré une longue inscription punique qui parle de la construction de deux sanctuaires, consacrés aux déesses Astarté et Tanit duLebanon (4). MM. Ph. Berger (o) et Gler-

(1) M. Toutain disait déjà, en 1895 {Les cités romaines de la Tunisie, p. 216) : « Sous les noms de Cérès ou des Cereres, les Africains adoraient surtout la grande déesse carthaginoise, Tanit ». La formule est trop générale sans doute; mais il faut en retenir une partie.

(2) Cf. Aug. AudoUent, Cet-es Africana, p. 806; Carthage romaine, p. 394.

(3) Loc. cit. « Ob hier [dans les inscriptions qui nomment les Cereres] vielleicht die Ceres graeca mit der Romana verbunden war? » M. Bérard, De l'origine des cultes arcadiens, p. 242, rapprocherait volontiers les Cereres africaines des Astarot des Hébreux. « La déesse est une ; mais elle apparaît plusieurs à cause de sa myrionymie et de son polymorphisme ».

(4^ Sur l'emplacement du temple de Cérès à Carthage, dans Mémoires de la Société des Antiquaires de France, LVIU, 1897, p. 1-26; voir aussi Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions, 1898, p. 99, 100, 153, 235-253.

(5) Reoue d'assyriologie et d'archéologie orientale, V, 1899, p. 11-25.

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mont-Ganneau (1), après une étude minutieuse du texte, les ont identifiées à Dèmèter et à Perséphonè, dont le culte, on s'en souvient, fut introduit à Garlhage au commencement du iv^ siècle. Il est avéré d'ailleurs qu'un temple des Cereres s'élevait en ce lieu à l'époque romaine. Mais M. Gsell a fait observer très justement (2) que ce fait n'autorise à tirer aucune conclusion pour la période précédente. Ce terrain était occupé par une nécropole au moment des guerres puniques, il ne pouvait donc recevoir en même temps des sanctuaires. Aussi bien, quand les Carthaginois importèrent de Sicile le culte de leurs déesses, ils eurent grand soin, au témoignage deDiodore, de lui conserver son caractère grec; ils en confièrent la célébration à des Grecs, afin que les rites fussent observés et que les divinités fussent exactement honorées comme elles pouvaient le souhaiter. Il n'est donc pas prouvé que les deux couples divins soient identiques. Mais le fussent-ils, l'interprétation de notre pluriel Cereres n'aurait pas avancé d'une ligne par cette constatation, et les arguments que j'ai fait valoir plus haut subsisteraient malgré tout. Il y a là en effet deux questions distinctes et qui doivent être résolues séparément, je veux dire l'identification des deux couples que proposent les sémitisants, et l'explication du mot Cereres qui seule me préoccupe en ce moment.

Une autre difficulté pourrait encore arrêter au premier abord un observateur superficiel; elle résulte des inscriptions en l'honneur de Cérès seule {Cereri), adorée en Afrique plus que dans tout le reste de l'empire, sauf en Italie (3).

(1) Recueil d'aj'chéologie orientale, III, p. 186-188.

(2) Chronique archéologique africaine, dans les Mélanges de VÉcole de Rome, XX, 1900, p. 95.

(3) Voir les listes données dans le Dizionario epigrafico de de Ruggiero, vol. II, parte 1, p. 210-211; cf. Toutain, op. cit., p. 345-346.

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Par la liste qui suit on se convaincra qu'elles ne sont pas moins fréquentes en ce pays que celles où figurent les deux déesses réunies [Cereres).

D'ordinaire Gérés n'est accompagnée d'aucun autre dieu.

Byzacène.

38. C. I.L., y m, 112, Capsa (Gafsa). — Vindiciae Th[eodorae sacerdo\ti Cereris au[gustae vixit] annis LXXX....

Proconsulaire.

39. C. I. L., VIII, 1398, Thignica (Ain Tounga). — Caereri aug[ustae) sac[rum) Fabius Caecilius Praetextatus fl{amen) p[erpetuus) cur{ator) reip{ublicaé) posuit.

40. C. L L., VIII, 1623, Sicca Veiieria (Le Kef). — Cereri aug[ustae) sacirurn) Valeria Saturnina sacerdos Major (1) flaminica posuere.

41. C. L L., VIII, 10564 = 14381, confluent de l'Oued Zerga et de la Medjerda. — Dédicace à la Ceres graeca^ donnée ci-dessus, p. 369.

42. C. L L., VIII, 26400, Henchir el Khima, près A'Uchi Majus (Henchir ed Douamis). — Cereri templum sacrum —

43. L. Poinssot, Les inscriptions de Thugga, 14, Thugga (Dougga). — Cereri aug[ustae) sacrum M[arcus) Licinius M{arci) L{ibertus) tyrannus et Licinia M[arci) l[ibertà) Prisca. . . [p]osuerunt .

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