‹ Mélanges Cagnat: recueil de mémoires concernant l'épigraphie et les antiquités romaines; dédie par ses anciens élèves du College de France à René Cagnat, à l'occasion du 25e anniversaire de sa nomination comme professeur au Collège de FranceChapitre 51 sur 66 · L. PoiNSSOT · texte numérisé non relu

L. PoiNSSOT

septimium aurelium antoninianum du municipium Septimium Aurelium Antoninianiim Alexandrianum Uerculeum Frugiferum Thignica (C. l. L., Vlll, 1406, cf. 1404). Les épithètes severianum antoninianum et seplimiuin aurelium rappelèrent de même parmi les surnoms de ïhubursicum Bure la mémoire des fondateurs du municipe (C. /, L., VIH, 1439, antérieur à la mort de Géta, 1427, 1426 =15259, 1438; inscription inédite trouvée en 1911).

Les villes qui ont été, au cours du règne simultané de Septime Sévère et de Caracalla, l'objet de faveurs spéciales portent donc assez souvent des surnoms rappelant à la fois la mémoire de l'un et l'autre empereur. Il ne semble pas néanmoins qu'il y ait eu à cet égard une règle générale. Vaga est dite septimia et non seplimia aurelia bien que la deduclio colonorum dont elle bénéficia ait eu lieu en 209 (C. /. L., VIII, 14395). D'autre part, bien que Carthage ait reçu avant la mort de Septime Sévère \qjus ilalicum, elle est dite simplement colonia Félix Aurelia Antoniniana Karlhago (C. /. L., VIII, 1220).

(1) L. Poinssot, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1911, p. 496 et suiv.

(2) Du régne de Commode date également un sanctuaire à Saturne qui semble avoir été dans le voisinage du forum (/. de T. 55, 244 et texte inédit).

(3) /. de T. 22 (= N. l. D. 10).

(4) /. de T. 19 (= N. l. D. 35) qu'il convient (voir plus haut) de compléter par /. de T. 25 décrit à part par erreur. /. de T. 23 et 24 se rapportent également au macellum. Nous comptons commenter bientôt les textes relatifs au macellum et au temple de Mercure.

CERERES

De toutes les inscriptions votives, découvertes dans les diverses provinces de l'Afrique du Nord, il en est peu qui aient piqué la curiosité des épigraphistes et des historiens de la religion autant que celles qui nomment les Cereres. Très rares encore, il y a vingt-cinq ans, les exemples de ce pluriel insolite se sont multipliés depuis lors. Et de la même allure les savants développaient leurs efforts pour les interpréter, soit dans des mémoires spéciaux (1), soit dans les lexiques et les ouvrages généraux qui traitent du culte romain (2). La question pourrait donc être considérée aujour-

(1) Doublet, Note sur deux monuments antiques de Tunisie. — I. Stèle de Bou Djelida, dans Bulletin archéoloffigue du Comité des travaux historiques, d892, p. 129-133; Aug. Audollent, Ceres Africana, Association Française pour l'Avancement des Sciences, Congrès de Carthage, 1896, t. II, p. 802-807; Carthage romaine 1901, p. 392-394; Gauckier, Note sur un cippe funéraire à bas-relief romain d'Henchir Souar dans Bulletin archéologique, 1902, p. 534.

(2) 0. Ilirschfeld, dans Annali dell" Instituto di corrispondenza archeolo- (jica, XXXVIII, 1866, p. 51 ; H. Jordan, dans Ephemeris epigraphica, III, 1877, p. 70; Preller-Jordan, Bômische Mytliologie, 3« édit., 1883, t. H, p. 46-47, n. 5; Th. Birt, s. v» Ceres, dans Rosciier, Ausfuhrliches Lexikon der Griechischen und RÔmischen Mythologie, t. I, col. 866 ; G. Wissowa, s. v° Ceres, dans Pauly-Wissowa, Heal-Encyclopâdie der klassischen Altertumswissenchafl, t. III, col. 1978-1979; A. Pestalozza et G. Chiesa, s. v Ceres, dans E. de Ruggiero, Dizionario epigrap/iico di antichità romane, t. Il, parte 1, col. 207 ; G. Wissowa, Beligion und Kulttis der Borner, 1902, p. 247-248 ; II. Dessau, Inscriptiones latinae seleclae, vol. H, pars 1, 1902, n"' 4455-4468; et surtout J. Toutain, Les Cultes païens dans l'Empire romain. — Première partie : Les Provinces latines. T. I. Les cultes officiels; les cultes romains et grécoromains, 1907, p. 345-354.

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d'hui comme épuisée. Si je la reprends néanmoins, ce n'est pas uniquement parce que des documents nouveaux sont venus s'ajouter, au cours de ces dernières années, à ceux que nous possédions déjà. Les textes qui ont ainsi accru la série existante offrent sans doute un réel intérêt; ils ne justifieraient pas cependant à eux seuls une dissertation de plus, si je ne pensais qu'il y a lieu de modifier la théorie au moyen de laquelle on les explique d'ordinaire.

Cette théorie, M. Toutain l'a exprimée avec beaucoup de précision. Diodore raconte (t) qu'en 396 les Carthaginois, désireux d'apaiser les déesses siciliennes, Dèmèter et Perséphonè, qu'ils avaient outragées, transplantèrent leur culte en Afrique et l'y entourèrent d'un soin assidu. M. Toutain rappelle ce fait, puis il poursuit : « Le culte des Cereres était donc, en résumé, un culte d'origine sicilienne, introduit dans l'Afrique du Nord au temps de l'indépendance et de la domination punique, célébré sous l'empire romain par les éléments provinciaux de la population. La colonisation romaine n'a exercé sur lui d'autre influence que de latiniser les noms des deux déesses, de la plupart de leurs prêtres, prêtresses et fidèles. Elle n'a effacé ni la physionomie grecque des divinités, ni le caractère provincial de leurs adorateurs » (2). Laissons de côté ce qui concerne les adorateurs et les desservants du culte. M. Doublet (3) et M. Toutain (4) ont assez insisté sur cette partie du sujet pour qu'il ne soit pas nécessaire d'y revenir. De même MM. Gagnât et Gauckler ont dressé une liste des sanctuaires (5) à laquelle il suffira d'ajou-

(1) XIV, 63,1 et 17,5.

(2) Op. cit., p. 351-352.

(3) Op. cit.

(4,) Op. cit.

(5) Les Monuments historiques de la Tunisie. I. Les monuments antiques : Les temples païens, Paris, 1898; voir aussi J. Toutain, op. cit., p. 343, n. 1.

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ter les indications fournies par les inscriptions exhumées depuis que leur ouvrage a paru (1). Je ne voudrais donc m'occuper ici que des divinités elles-mêmes, et lâcheT d'éclairer le sens du pluriel quelque peu énigmatique qui les désigne.

A vrai dire, pour la plupart des auteurs l'énigme n'existe pas. D'après eux, on vient de le constater, ce mot s'applique au couple Dèmèter-Perséphonè transporté en Afrique par les Carthaginois, au commencement du iv* siècle, et qui s'y maintint, à peine modifié quant au nom, à travers toutes les vicissitudes de la civilisation punique jusqu'au temps de l'empire romain. Cette interprétation a le mérite de la simplicité. Elle s'accorde bien en apparence avec le récit de Diodore ; et d'ailleurs elle se présente tout naturellement à l'esprit. On disait Castores pour désigner Castor et Pollux, les Dioscures, les deux frères ; pourquoi n'aurait-on pas dit également Cereres, en parlant de Dèmèter et de Perséphonè, la mère et la fille ? Malgré d'aussi favorables présomptions, je doute que cette manière de voir corresponde à la réalité des faits. En tout cas, ceux qui l'admettent ne tiennent pas

(1) Ces deux auteurs mentionnent : pour les Cereres, p. 35, un temple avec un portique à ^f^ôia (Aïn Iledja), ci-dessous n» 4 ; p. 33-36, un temple à Vaga (Béja), ci-dessous noo ; p. 36, un temple à Carthage, ci-dessous p. 372 ; p. 37, un « péribole autour d'un sanctuaire » à Henchir Salah. ci-dessous n° 61 ; p. 38, peut-être un sanctuaire à Henchir Negachia, ci-dessous n» 29; pour Ceres, p. 36, un « cdicule » (mieux vaudrait dire sans doute un temple, car l'inscription indique une porte sculptée {januam citm suis ornamenlis) sur le territoire de la Gens Hacchuiana (Bou Djelida), ci-dessous n° 54 ; p. 37, les « ruines confuses d'un temple » à Henchir el Khima, près d'Uchi Majus, cidessous n» 42 ; p. 37, un autel avec degrés et peut-être une aedes à l'Oued Zerga, ci-dessous n» 41 ; p. 38, un édicule à Lares (Lorbeus), ci-dessous n'63 ; p. 30-31, un temple à Henchir Belda, ci-dessous n° 45.

Il y a lieu d'ajouter aujourd'hui à cette liste : en l'honneur des Cereres, un édifice à Sidi Ahmed Djedidi, ci-dessous n° 12; peut-être un sanctuaire près de la route de Medjez el Bab au Bou Arada, ci-dessous n» 13 ; un temple à Thevesle (Tébessa), ci-dessous n" 14 ; en l'honneur de Ceres, un temple dans la région du Fahs, ci-dessous n' 66 ; un autel à Jemajeur, ci-dessous n» 67 ; un temple entouré de portiques à Thufjga (Dougga), ci-dessous n" 43 ; un temple et un autel à Thamuf/adi (Timgad), ci-dessous n"" 48, 49; deux autels à Auzia (Aumale), ci-dessous n°' 58, 59.

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compte de plusieurs documents instructifs, qu'ils connaissent, qu'ils ont même souvent cités, mais sans en tirer, je crois, tout le parti possible. Aussi me paraît-il nécessaire de rappeler brièvement l'attention sur eux, après avoir, au préalable, passé en revue les textes sur lesquels porte la discussion. De cette manière on aura sous les yeux toutes les pièces du débat et la démonstration en sera simplifiée d'autant.

Les inscriptions qui contiennent une allusion certaine aux Cereres sont les suivantes : je ne donnerai de chacune d'elles que l'essentiel, de môme pour toutes celles que j'aurai à reproduire plus loin.

Byzacène.

1. G. I. L., VIII, 580 =- 11732, Ilenchir Aïn Kedim, près de Bordj el Arbi. — Fa[/]^[rm] Fortunata saeerdos Cererwn vixit annis LXXIL...

2. G. I. L., VIII, 11306, Cillium (Kasrin). — ... sacerdoti magne Cereriim castissime matri carisswio cura[m) er/eru[ni] fïli ejus.

3. G. I. L., VIII, 11826, Mzc/«m(Maktar). — Numisia... saeerdos Cererum pia vixit annis LXXX. . . .

Proconsulaire.

4. G. I. L., VIII, 1548, Agbia (Aïn Iledja). — Cinciîis C{ai) f[ilius) Arn{ensi tribu) Victor... porticiitn templi Cererum vetustate consumptani a solo restituit.

5. G. I.L., VIII, 10569 = 14394, Vaga[^é]l\). — \\\GceUam cum pronavo vet\ustate collapsam qu\am Sacerdotales et Cerea[les refecerant exornavit et ad reficiendas statuas Ce]renim cum pro splendore coloniae [... contuMissent erogata siimma ex arca summam de suo intulit.

6. G. I. L., VIII, 10580= 14472, Bulla Regia (Hammam Darradji). — Valeriae L{ucii) f{iliae) Conccssae filii sacerdote (sic) publicae Cererum decreto ab ordine loco s[ua) p[ecunia) p[osuerunt).

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7. G. I. L., VIII, 12318, Bisica (Henchir Bijga). — C{aio) Sidpicio C{ai) Sulpici Pereais f[ilio) Arn[en.n tribu) Ampe[l]io sacerdoti Cererum Karthagini anni CXXX d{ecurionum) d[ecrelo) p[ecunia) p[ublica).

8. G. I.L., VIII, 12333, Gens Bacchuiana {Bon Djelida). — Aemilia Amotmicar sacerdos Cererum p[ia) vixil an{nis) LXXV, consacravit an[nis) XXXV.

9. G. I. L., VIII, 16417, Henchir el Oust. — C{aius) Ortius L[ucii) f[ilius) Corn{elia tribu) Liicisciis pra[?ef[ectus) j{uré)

d{icundo) sacerdos Cer]erum qq ludos {scyienicoys et\

epulum ciiriis et Caerealicis ex{h)ibiier[unt]....

10. G. I. L., VIII, 16693, Tiirratenses (Henchir elOued). — Caereres (sic) et Plutoni ai(g{usto) ou aug{iistis) snc{rîtm) . . . Tiirratenses s{ua) p[ecunia) l{ibentes) a{nimis) f\ecerunt).

H. Bulletin de la Société des Antiquaires de France^ 1902, p. 240, Utica[ïio\x Ghateur). — ... ius L[ucii) f{iliiis) Venustus aug{ustalis) Cereribus [v[otum) s(olvit) l(ibens) a(nimo)].

12. Bulletin archéologique, 1901, p. 143, n° 76, Sidi Ahmed Djedidi. — ...ex v{pto) ou ex v{isu) n{umini) deorum (1) Cereru\in\ s{uo) s{umptu) a so[lo]^ instruxit C{aius) Licinius Félix Abde{rensis?) Postumius.

13. Bulletin archéologique, 1902, p. CLXxvn, n° 3, près de la route de Medjez el Bab au Bou Arada. — .... C]ere7'îim aug[ustarum?)sac[rum)... Gargilius Q{uinti) [li]b{ertus) [A]gathe mer{us) s{iia) piecunia) restituit.

14. G. I. L., Vlil, 1838=16498, Theveste (Tébessa). — \C\ereribus Domno tutorib[us) janua[m) fecit Sutrius Primus stator templi s{ua) p{ecimia) f{ecit).

15. G. I. L., VIII, 4847 add. = Bulletin archéologique, 1896, p. 176, n° 61, Tipasa (ïifech). — Cultores Cereru[m] hi qui i[nfra) s{cripti) s[unt)

(1) Ce masculin ne doit être qu'une erreur du lapicide pour dearum. Cicéron écrit sans doute. De signis, XLIX, 107 : « Propter hujus opinionis vetustatem, quod horum in iis locis vestigia ac prope incunabula reperiuntur deorum... », en parlant de Cérès et de Proserpine; masi, dans les lignes précédentes, il a nommé aussi Dis pater, ce qui suffit à justifier le masculin.

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NUMIDIE

16. C. I. L., VIII, 3303, Lambaesis [hsimbëse). — ... Clementilla sa{cerdos) Cererii[m).

17. G. I. L., VIII, 6359, Mastar (Rouflach) .— Julia Credula. sacerdos Cererum loci primi v[ixit) a{nms) LXXV

18. C. I. L., VIII, 6709, Tiddis (Le Kheneg). — [S]ittim [Jan]uari[us a] sacr[is) [Ce]rerum [v[ixit)] a{nnis) C....

Dans ces dix-huit textes le pluriel Cereres est incontestable ; on peut le tenir pour presque aussi certain dans plusieurs autres (1), par comparaison avec celui que je viens de transcrire sous le n" 7. Gomme lui, en effet, ils portent une date (2) accompagnée d'ordinaire de la mention que le sacerdoce a été exercé à Garthage. En voici la liste.

Pboconsulaire.

19. G. I. L., VIII, 803, AvittaBibba (BouFtis). — Q{uinto) Agrinio Q{uinti) f[ilio) Arn{ensi tribu) Sperato Speratiano sacerdoti Cerer[um?) c{oloniae) J[idiaé) K[arthaginis) anni

CLXxxxvn....

20. Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1898, p. 268, Saradi (Henchir Seheli). — P[ublius) Julius Gibba sacerdos Cerer[um?) c[oloniae) c{....) J[uliae) [K{arthaginis)'\ annii) CXCVIIL...

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