‹ Mélanges critiquesChapitre 8 sur 11 · D'HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

D'HISTOIRE NATURELLE

Puisqu'une occasion s'offre à nous de parler encore de Miclielet, nous en profiterons pour défendre le jugement que nous avons, à plusieurs reprises, porté sur la nature do son talent. L'imagination, disionsnous, est la faculté maîtresse de Michelet, celle qui dirige toutes ses autres facultés, qui donne la vie à toutes ses pensées. Il ne possède pas son imagination, il en est possédé, et l'on peut dire sans hésitation qu'il représente, non pas telle ou telle forme de l'imagination, mais l'imagination même. Son esprit, apte à s'incarner dans toutes les choses et dans tous les êtres, n'a pas de préférences exclusives et ne connaît d'autre liberté que celle qui naît de sa docilité à obéir aux suggestions de l'émotion et de l'enthousiasme. Il ne domine pas ses sujets, il se laisse dominer par eux, enfermer dans leurs formes et teindre de leurs couleurs. Ni l'expérience ni l'étude , disions-nous encore, ne paraissent lui avoir donné une faculté de plus, ni une méthode pour diriger ses facultés. Il n'y a rien d'acquis en lui ; l'étude semble n'avoir fait autre

chose que fournir à son imagination le moyen de multiplier à rinfîni ses métamorphoses. Michelet, c'est la métempsycose brahmanique elle-même, et Henri Heine a dit sur lui le mot juste et vrai lorsqu'il a dit : c'est une nature d'Hindou. Ce jugement, que nous croyons fondé, a été contredit par quelques-uns des esprits les plus éminents de notre époque ^ Selon nos contradicteurs, Michelet n'aurait reçu de la nature que de faibles dons; il serait devenu ce qu'il est par le travail, à force de persévérance et à grands coups do volonté. Michelet serait donc, non pas un écrivain de race, mais un illustre parvenu, et cette imagination qui nous charme serait, non pas une fée de naissance, mais une humble fille de ses propres œuvres, ennoblie par son propre travail. Il est impossible d'être contredit plus complètement; ce jugement est l'antithèse même de celui que nous avions exprimé. Voyons cependant s'il n'y aurait pas moyen de répondre à nos contradicteurs, s'il ne serait pas possible de restituer à l'imagination de Michelet ces droits de naissance qu'on veut lui enlever.

Et d'abord je crains qu'il n'y ait quelque confusion dans les attributions qu'on prête à la volonté chez Michelet. La volonté a joué, je le crois, un grand rôle dans la direction de sa vie, mais non pas dans la direction de son intelligence. La volonté lui a proposé un but lointain ; elle ne lui a pas fourni les moyens de l'atteindre. Que Michelet très jeune se soit dit résolument : « Je veux être illustre, et je le serai », cela est possible, et certes il ne se ferait pas prier pour avouer qu'il a formé ce désir et qu'il a employé sa vie à le réaliser. « Produire et durer, disait-il un jour, avec cela on a raison de tous les obstacles. » « Il faut bien

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