‹ Mélanges curieux et anecdotiquesChapitre 6 sur 35 · PRÉFACE. Y · texte numérisé non relu

PRÉFACE. Y

Les premières ventes publiques d'autographes, à Paris, ont été faites de 1815 à 1823. Dès cette époque, M. Fossé- Darcosse était déjà renommé parmi les amateurs. Le Manuel de V amateur d'aïUographeSy de J. Fontaine, et Vlsographie^ cet autre Manuel^ plus pratique, mentionnent sa collection comme une des premières qui aient été formées à Paris ; et dans un feuilleton du journal des Débats, Des ventes d'autographes, signé H. de F. (Hyacinthe de Fiers), son nom se trouve mêlé à ceux de MM. Barrière, Aimé Martin, de Monmerqué, de Châteaugiron, de Chambry, Leber, Lalande, Pixerécourt, Lucas de Montigny, Feuillet de Couches, Boutron, Bérard, Yillenave, Delort, etc., Télite des collecteurs il y a quarante ans.

La première pièce dont l'intérêt lui ait révélé Tattrait et l'importance de ce genre de collection, est une lettre de Robespierre le jeune à son frère, datée de Nice, le 16 germinal an II, et où se Irouve cette apostille : — J'ajoute auœ patriotes que je fai déjà nommés, le citoyen Buonaparte^ général, chef de V artillerie^ d'un mérite transcendant. — Ce dernier est Corse; il ne m'offre que la garantie d'un homme de cette nation, qui a résisté auœ caresses de Paoli et dont les propriétés ont été ravagées par ce traître. — Joseph Robespierre écrivait cela à vingt-huit ans, au début de la campagne d'Italie ; et ce jugement si clairvoyant porté par un homme jeune encore sur un officier de vingt-quatre ans, qui n'avait pu jusque-là se signaler que par des avantages médioci^s, avait naturellement de quoi frapper un esprit attentif, curieux de rapprochements et de singularités historiques. Cette pièce, qu'on a

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revue en 1840, lors d'une vente dont je reparlerai tout à l'heure, a donc été l'origine de la collection Me M. Fossé-Darcosse ; elle a été son chemin de Damas et sa langue de feu .

Qui décrira les joies vraies, pleines, rayonnantes, de ces trouvailles, de ces conquêtes disputées à tous les soldats de l'empire invisible, le mystère, l'obscurité, l'oubli, la destruction, le vandalisme? Charles Nodier affirmait à la fin de sa vie que nul événement ne lui avait rendu l'émotion pleine de délices du jour où il avait rencontré pour la première fois le Carabus auto nitens. Je veux le croire : mais enfin, recevoir à des siècles de distance la confidence d'un homme illustre ; toucher de sa main lé papier qu'il a froissé ; tenir sous ses yeux les lettres qu'il a formées lui-même; surprendre à un moment précis l'attitude de son âme et le mouvement de sa pensée, ce sont là des émotions aussi, d'un charmeincomparabIe,etqu'onn'échangerait contre nulle autre. Et il me semble même que de telles jouissances, sans être moins vives, sont autrement nobles^ autrement élevées que celles que peut donner la découverte d'une petite bête, fût-elle caparaçonnée d'or pur, comme le Carabus dé Charles Nodier, ou comme le scarabée du conte d'Edgar Poë.

Ces honnêtes jouissances ont été celles de M. Fossé- Darcosse pendant soixante ans. Elles ont été le côté splendide et joyeux d'une existence vouée aux austères devoirs du magistrat et du père de famille.

Né en 1780, d'une famille bourgeoise, àÉcouen, il fut admis dès l'âge de quatorze ans dans les bureaux de la Trésorerie, où il passa par tous les grades de la

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hiérarchie administrative. En 1829 il entra comme référendaire à la Cour des comptes, et, en 1837, reçut la décoration de la Légion d'honneur.

En 1840, sa collection, maintes fois visitée par les amateurs les plus considérables, MM. Renouard, H. de Fiers, Feuillet de Couches, etc., était une des plus importantes de Paris, lorsque des raisons toutes particulières le décidèrent à la mettre en vente.

M. Darcosse, ftgé de soixante ans, venait de se démettre de ses fonctions à la Cour des comptes, sans autre raison que celle-ci, que l'heure de la soixantaine est, pour le sage, l'heure de la retraite, et le moment de faire place aux jeunes gens. Dans cette vie nouvelle qui conmiençait pour lui, vie de loisirs et de modération, une grande bibliothèque pouvait être un embarras et une tentation; et il s'en défit philosophiquement, comme il s'était démis de ses fonctions.

Le catalogue, publié par Silvestre, annonçait, dès le titre, le soin d'un amoureux, qui n'a jamais assez de mots pour ennoblir l'objet de sa passion : — Catalogue d'un choix de livres tbès-bien conditionnés,.. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu de titre aussi éloquent et non plus d'aussi véridique. Âhl je vous en réponds, qu'ils étaient d'un beau choix et d'une bonne condition, ces livres triés pendant quarante ans sur le volet par un amateur-né, doué jusqu'à la suprême acutesse de tous les organes du curieux, vue, goût, tact, flair; ces livres choyés comme des bijoux et gardés dans des tabernacles; et enfin, ajoute encore le titre, presque tous reliés par Bauzonnet^ le roi de la reliure, un con-

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temporain de la collection, qui, après avoir servi le collecteur comme client pendant quarante ans, daignait encore travailler pour lui comme ami, après qu'il eut résolu de ne plus travailler pour personne. M. FosTsé- Darcosse avait un des premiers apprécié Bauzonnet ; il l'avait honoré de sa clientèle et de ses conseils, et Ton trouvera dans le présent Catalogue une lettre du célèbre artiste en reliure^ auquel l'équitable amateur a voulu donner place dans son Panthéon.

Les autographes entraient pour une part considérable dans l'intérêt de cette vente ; car, sur mille articles catalogués, trois cent cinquante environ étaient enrichis de lettres et de pièces manuscrites. M. Fossé- Darcosse est un des premiers amateurs qui aient eu l'idée de faire des exemplaires, en ajoutant à des Uvres , déjà précieux par leur mérite et leur rareté, des lettres et des pièces autographes, des gravures, portraits et autres documents inédits ou rares, qui, quelquefois, ea doublent le prix.

Dans ce catalogue, je remarque d'abord un superbe exemplaire des OEuvres de la Fontaine, édition de Lefèvre, 1822, en grand papier vélin, orné de onze portraits et de sept cent quarante-neuf vignettes, total des différentes suites de Nepveu, Simon et Coiny, Duplessis-Bertaux, Eisen, Moreau, Desenne, Bergeret, Percier, Johannot, Devéria, etc., etc., et d'une quittance autographe et signée de la Fontaine, vendue 386 fr. (en 1840);

Deux beaux Prece-s piœ^ manuscrits du xv* siècle y ornés de miniatures et arabesques , dont un relié aux armes du duc de Mortemart;

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