Sur /è bas-relief d'Àgamemnon du Mmée Royal, n
I et sur une figurine en bronze de la collection de M. ie comte de Pourtalès- Gorgier,
M. le baron dé Stackelberg (InstUuL de corresp, archéoL Y. i, P' 2ao) , dont on connaît les longs et fructueux voyages en
I Grèce , ainsi que les observations remplies de sagacité , et les intéressans ouvrages qui en ont été ou qui en seront les pré-
ucieux résultats, a émis sur notre bas-relief une opinion qui, au premier abord , paraît assez spécieuse pour qu'on soir tenté de l'adopter. Il pense que «'.e curieux bas-relief, l'un des plus anciens , si ce n'est le plus ancien t]ui nous soit parvenu , faisait partie d'un siège demi- circulaire , ou d'un petit hémicycle et pouvait servir de tribunal à des magistrats pour rendre la justice. Le peu de hauteur de notre bas-relief, les ornemei^s qui le terininent dans sa partie supérieure et dans le bas , celui qui Tencadre sur la droite concourent à rendre très-plausible
^ ao ; la manière dont M. de Stackelberg en a essayé la> restitution dans le dessin joint à ses observations ; car, à ses connaissances eri archéologie, €e voyageur unit les talens d*un hahile dessinateur, et c'est un avantage cjue Ton désirerait à tous les voyageurs et aux personnes qui s'occupent d'archéologie et surtout des productions des beaux-arts de Tantiqnité. On voit souvent avec regret des érudits^ déployant avec profusion toutes les richesses qu'ils ont empruntées aux anciens et aux modernes , s'exprimer avec admiration sur ce qui en mérite le moins, et passer très-tranquillement près de ce qui arrêterait le plus un artiste ou quelqu'un qui aurait, si ce n'est la pratique, du moins le sentiment du dessin et du caractère de l'antiquité. Et d^ailleurs un dessin , un croquis même fait sur place avec esprit et vérité, comme ceux de M. de Stackelberg, en disent plus que la'plupart des descriptions et des disserta ticms. Peutêtre, dans l'intérêt des beaux-arts et des lecteursi en interprétant un monument, vaudrait-il mieux être, d'un côté, plus sobre en citations, en rapprochemens qui, parfois, ne laissent pas d'être forcés; et de l'antre, se montrer plus fécond en aperçus utiles aux arts. Il serait bon de prouver que ce n'est pas seulement dans les livres, comme pour les sciences mathématiques, mais un peu dans les ateliers et en étudiant les monumens et les chefs -d'oeuvres antiques , que l'on a formé son goût et ses yeux. Le style riche d'expressions et d'images, auquel on a recours ne serait plus alors de ces phrases toutes faites, propres à un sujet aussi bien qu'à un autre, et sous lesquelles on cherche à voiler avec artifice la faiblesse de ses idées sur les parties essentielles des beaux-arts. Mais, au reste, ce n'est pas ce dont il s'agit en parlant de M; de Stackelberg. Peut-être, en adaptant notre bas-relief à un siège circulaire, n'a-t il pas fait attention à la forme de la dalle de marbre sur laquelle il est sculpté, car il aurait vu qu'elle est plane et nullement bombée, et que pour occuper la place qu'il lui assigne , elle devrait être légèrement courbée dans le sens de la largeur. Il se pourrait cependant que ce siège, en le supposant d'une grande dimension, n'eût d'ari^ondi qu'une portion de son contour, et que les deux parties antérieures de chaque côté fussent droites. Mais deux motifs m'empêcheraient d'admettre cette supposition ; d'abord, autant que je puis me rappeler la forme et le travail de la dalle avant qu'elle fikt en-
castrée daps la muraille ti uo peu eii<loiDiiiag«e en quelques endroits par la maladresse d*un ouvrier (i), elle est inégale et raboteuse au revers; ce qui ne convient pas à un siège, oik ce qui sert d'appui devait être uni, à moins que M. de Stackelberg ne suppose que cette dalle et celles dont elle faisait si^ite ne fussent enchâssées dans le pourtour extérieur de Thémicycle, et n'en formassent le revêtement, ce qui serait très-possible. Le second motif contre l'opinion du savant voyageur me paraît plus concluant : il existe un dessin ou n>ème une gra^ vure assez mal faite de ce bas- relief à l'époque où il fut décoa>
; vert ; et elle était destinée à l'ouvrage de M. le comte de Choiseul Goufïier. Ce dessin montre qu'il y aurait eu à la
: jJroite du bas-relief un retour en arrière et d'équerre , et que
(l) Il est hors de doute qne ce bas-relief ait été luutilé dans la partie droite, car il existe an plâtre moulé par M. Dubois où on la voit en sou entier, et il est fort à regretter qu*on ne Tait pas mieux conservée. Mais cependant noe notice sur ce monument, Faisant partie du 3* vol. pag. 35-
I 4o de VAmalehœay par M'. C. O. Millier ne rend pas un compte exact de
! Kctat actnel de ce bas -relief; il eàt été à désirer qne lors des visites que )*easle plaisir défaire avec lui au Musée royal, et où je lui eus beauconp d*ob]iga lions pour les services que me rendirent sa vaste érudition et son
I obligeance, il eut été à désirer, dis-je , qu'il eût en le temps de porter un examen plu» attentif sur ce Bionnmeut et sur plusieurs inscriptions qu'il.a
; copiées pour M.Bœckh, et qui font partie du magnifique lecueil que celaici publie à Berlin. La gravure que M. Mùller donne à Tappui de sa notice y aarait gagné certainement en exactitude ; il aurait vu que Tornemenlde la partie supérieure du bas-relief qu'il regrette , n'a pas été détruit; que celui du bas n*est nullement bien rendu dans sa planche, et qu*on peut en dire autant des trois figures qui , par leur ensemble et par leurs détails, ne retracent en rien le caractère de Toriginal ; ce qui frappe an premier coup-d*oeil. £n accordant quelques momens de pins à ce monument, il ent été très-aisé à M^. Maller de reconnaître qne |e nom d*AGAMF.MNON ou NONMEMAFA, offre un O et 1409 on O. Cette lettre est parfaitement formée et bien conservée , les crochets en sont longs, recourbés, légèrement tournés vers la barre gauche de TN , et il V a an centre du cercle un petit point renfoncé , où portail la pointe du compas qui a servi à le tracer. Ainsi , quelque opinion que Ton ait sur ce bas*relief, Texistence de VCk ne peut plus être discutée; les plâtres qne j'en ai fait prendre le montrent de manière à ne laisser lien & aucua doute, et il y a long*temps que M. Dubois avait vérifié ce fait.
c'en eut été un autre ou la suite de Gelui*ciy ce qui suggère Ticlëe, ce me semble, d*une frise qui régnait autmir de quelque raonuïttént , quoiqu'il ne soit pas très-facile d'ajuster l'espèce d'animal fantastique qui en formait l'angle. Ce qui me donnerait encore des doutes sur la restitution de ce monument proposée par M. le baron de Stackelberg, ce serait la composition du basrelief. Agamemnon, Talthybius et Ëpeus, en occupent Tex- .rémité , et il me semblerait que si ce fragment antique appartenait à un grand siège demi-circulaire, le roi des rois et ses deux héraults auraient dû figurer au milieu de la composition , plutôt que d'y être ainsi relégués dans un coin. On pourrait cependant supposer qu'elle était formée d'une suite de sujets où Agamemnon se trouvait plusieurs fois dans diverses circonstances et groupé avec différens héraults. M. de Stackelberg aurait d'ailleurs à m'oppoSer avec raison beaucoup de bas-reliefs antiques, où les personnage^ principaux ne se présentent pas au milieu de la composition ou à -la place qui semble la plus apparente, et entre autres notre bas-relief de la rançon d'Hector, oà Achille et Priam sont placés à l'une des extrémités de cette grande scène. Pourquoi ne supposerait-il pas aussi que le milieu de la composition demi -circulaire était rempli par les Dieux qui s'intéressaient aux Grecs et aux Troyens, et que, d'un côté, étaient les héros grecs , et de l'autre ceux de Troie?
Il me semblerait donc que ce qui s'opposerait le plus à l'ingénieuse restitution de M. le baron de Stackelberg , ce serait la forme de la dalle et le retour d'équerre. Si cette dernière circonstance était réelle , en y réfléchissant bien on voit qu'elle ne permettrait pas de supposer, ainsi que j'y serais porté , que ce fragment de bas-relief faisait partie d'un irapézophore ou d'un de ces soutiens de table massifs très-ornés, tels que l'on en vo\f, au màsée de Naples et au Vatican. Cet animal fantastique , ré(>été à l'angle du morceau qui manque au monument et qui n'eût pas éré plus considérable que celui qui nous reste, se combinerait assez bien avec la forme d'un de ces soutiens dont le bas-relief aurait fait la partie supérieure appuyée sur un soubassement terminé de chaque côté par les pieds de cet animal ; il est très- aisé de se figurer ce que présenterait cette restitiiliou. Mais que faire de cet autre bas-relief que l'on prétend avoir existé sur une autre face ? J'avoue qu'en consi-
( »3 ) (lérant le nôtre , j'ai de la peine à admettre ^ue le marbre que Ton a cru en faire la suite pût lui appartenir. Celui du Musée Royal n'était pas fracturé à l'angle de droite , ainsi le basrelief de la gravure inédite était sur un autre morceau de mur. bre qu'on s'est figuré à tort faire partie du même monument. Et d'ailleurs^ en rétablissant par la pensée l'ensemble des quatre côtés de la frise dont notre bas^relief aurait été une portion et ime extrémité , on ne peut pas se refuser à admettre que la masse de chaque face devait être sen»blabie à celle des autres; On voit que, dans notre bas-relief, les personnages s'arrêtent à quelque distance de la droite ; pour établir la symétrie , il en aurait dû être de même à l'angle de gauche de la face en retour, oii eût été répété en sens invei^se l'animal fantastique. Comment alors pouvoir y faire arnver à angle droit et y adapter ces formes curvilignes très- prononcées qui terminent U surface plane du monument, mais que présente seulement la tranche de la dalle dont te profil regardée par devant est formé de lignes courbes , tandis que vue de côté cette frise est sur un plan vertical? On sent qu'il serait impossible que deux faces termiuées de cette manière pussent se réunir et s'ajuster, à moins d'encadrer ces formes courbes par une ligne droite et verticale ; ce qu'on, ne peut pas se permettre , puisque le corps arrondi et sinueux de l'animal , avant qu'on l'eût dégradé, dessinait le profil du monument , et que rien n'indiquait qu'il y manquât quelque partie. On est donc autorisé , ce me semble, à douter que le morceau dont j'ai parlé, dépendît de notre bas-relief et que celui-ci fat une frise, et l'on , aurait , je crois , à choisir en attendant mieux , entre la restitution en hémicycle de M. le baron de Stackelberg, et celle vers laquelle j'inclinerais et qui ferait i*egarder notre fragment comme celui d'un trapézophore. On pourra même observer que, dans cette hypothèse, en ne donnant au bas-relief, lorsqu'il était <lans toute son intégrité , que le double, ou à peu près, de la partie qui en avait été conservée, il aurait eu au moins 3 pieds de longueur, et se serait trouvé assez grand pour servir de sou- > tien à une belle table de marbre. En outre , en admettant que la portion qui manque contint trois ou quatre personnages, Agaraemnon eût o<*cupé la partie apparente de la composition, au milieu des principaux héros qui forment son conseil.
11 est beaucoup question du ba»>relîef d'Agameinnon dans le Musée de sculpture antique et moderne. Vol. a , p. 19 et suivantes.
Puisqu'il s agit d'uu monument d'une hante antiquité, il ne sera peut-être pas hors de propos , quoique ce nouveau sujet ne se rattache pas positivement à celui dont on vient de s'occuper, de dire quelques mots d'une petite figure en bronze qui, depuis longues années , jouissant d'une grande célébrité , a été préconisée par plus d'un savant, et a servi de texte et d'appui à de profondes recherches. Mais peut-être cette autorité était-elle moins vénérable qu'on ne l'a pensé jusqu'ici ; je serais même tenté de croire que ce petit monument n'a pas été examiné avec assez de soin, et que bien des personnes n'en ont parlé que sur la foi des autres et ne l'ont jamais vu. Cette célèbre figurine de cinq pouces de haut, qui peut représenter Apollon ou toutautre personnage, ce qui ne fait rien à l'affaire, a passé de la collection Nani de Venise, dont elle a fait long temps partie , dans celle qu'a réunie mon ami le comte de Pourtalès Gorgier, avec un goûtetun choix dignes d'un véritable amateur. Il est trop connaisseur, et son cabinet d'antiques formé par lui est trop bien composé et trop riche en monumens d'un grand mérite, pour qu'il craigne et se formalise de voir mettre en doute celui d'un objet auquel on a peut-être fait une trop haute réputation, et qu'il n'a pas choisi lui-même, mais qui n'est tombé entre ses mains que par l'acquisition de la totalité de la collection des bronzes de Nani. Mais venons au fait : cette figurine est entièrement nue, la tête, ceinte d'une bandelette, a les cheveux longs et noués ou retenus par derrière de manière qu'ils roirvrent en grande partie la largeur des épaules et retombent sur le dos ; les bras sont étendus le long du corps et les mains s'appliquent sur les cuisses ; la pose est droite et le pied gauche se porte un peu en avant du droit, ce qui, comme on le -sait, dans les anciens ouvrages grecs , de même que pour les figures égyptiennes , indique le mouvement. Sur la plinthe est écrit en caractères grecs :
nOATKPATEM ANEeEKE pour nOAYKPATHS ANEeHKE.
Polycrate a consacré. — Paciaudi a donné ce petit monument dans ses Monumenta pehponesia. V. 9., p. 5o. Lanzi en parle et sans aucune réflexion, dans son Essai sur la langue et^snr
' ( >5 ) Itt sculpture des Étrusques. V. i^ p. io3, et'daDs.9es notices préliminaires à la galerie de Florence » S a , il offre cette petite figurine comme un ouvrage grec d'une haute antiquité. Il pa-^ raitméme croire^ dans le premier passage cité, que rinscription gravée sur sa plinthe regarde Polycrate, tyran de Samos, mort 53a ans avant J.-C. , puisqu'il ne combat pas Tidée qu'elle peut suggérer au premier coup-d'ceil. Cependant il fait aussi remarquer, que, par la forme de ses lettres, elle n'indique pas une époque très- ancienne, ,et c'en serait une si elle datait du temps du célèbre tyran de Samos. Au reste, ce savant, dont le tact et le goût sont ordinairement si sûrs , n'entre dans aucun détail sur cette figurine ; il ne parle pas de son style , et Ton pourrait douter avec quelque raison qu'il l'eût vue. Winckelmann [Histoire de fart^V, i,p. i3, ed, allern de Schulze,) n'en dit qu'un mot; mais il la place parmi les plus anciennes figures grecques en bronze , et elle lui sert même à fixer le caractère de la sculpture des temps les plus reculés. Les savans annotateurs de Winckelmann ne font aucune rei marque sur ce passage de leur auteur, qui ne revient plus sur cette figurine dans le cours de ses ouvrages. Il me semble cependant qu'elle devait, à ses yeux, avoir une grande importance, puisqu'il y trouvait une preuve de son système sur l'origine et sur la marche des arts du dessin chez les Grecs. Mais peutêtre mootrerai-je que cette figurine est loin de présenter le style pour lequel Winckelmann la citait comme exemple. M. Panofka, dans son intéressant travail sur les Samiens ne manque, pas, p. 54 9 après avoir parlé de Théodore de Samos, «de citer notre figurine, offrande d'un Polycratej et comme elle se trouve mise par lui entre trois ouvrages de Théodore de Samos , l'un, le superbe cratère d'or pour Créftus; l'autre, un vase en or placé chez le roi de Perse, et le trobième, la célèbre bague de Polycrate, gravée par le même Théodore, il me paraîtrait assez évident, que non-seulement il fait remonter cette figurine au temps de Polycrate, mais que même , sans s'expliquer positivement , il l'attribue à Théodore , quoiqu'elle soit, solon ses expressions, d'un art plus rude et beaucoup moins avancé que les cratères. £n effet, en discourant sur
(i) Iles Samiorum, — Scripsit Tbcodoros Panofka, philosophise doctor, arttnm liberalîam inagister. BerolÎDi, MDCCCXXII. In Itbraria Manreriana.
(.6) les ouvrages ée Théodore, |>ourquoi citerait-il celui qu^au* rait fait pour Poljcrate un autre artiste <lont il faudrait savoir le nom pour le distinguer de Théodore ? Il semblerait donc que, suivant M. Panofka, cette figurine serait un ouvrage de Théodore consacré par Polycrate, l'heureux tyran de Samos. C'est un beau titre pour ce monument, et s'il était bien authentique , il n'y a pas de musée qui put offrir dans ses archives des preuves aussi respectables. M. Panofka met, pour le travail, cette figurine bien au-dessous des cratères d'or de Crésus et dn vase du roi de Perse. Pourqaoi lui faire ce tort ? Ce ne peut être que d'inspiration qu'il porte ce jugement sévère ; ou bien aurions-nous par hasard quelque plâtre moulé sur ces cratères pour pouvoir établir une comparaison entre ces vases et le petit bronze du comte de Pourtalès? — Hérodote , au reste , 1. i. 5i. 2, ne fait pas du cratère d*or de Crésus un éloge aussi flatteur qu'on a bien voulu l'avancer. Il dit tout simplement qu'il n'était pas d'un travail ordinaire; c'est tout ce qu'il nous en apprend , et Ton ignore comment ce vase était orné , on même s'il l'était. Je serais même porté à croire qu'il ne l'était pas oa qu'il ne l'était que très peu , car si un cratère si colossal eut été enrichi de beaucoup d'ornemens, il eut été trop reroarqùable pour qu'Hérodote ne lui accordât que quelques mots, et qu'il se bornât à dire que ce n'était pas un travail ordinaire. Cependant ce qu'ajoute plus bas cet auteur, au sujet d'autre vases qu'avait donnés Crésus et qui étaient sans omemens,. montre que le cratère d'argent n'en était pas dépourvu. Mais, par sa grandeur seule, car il contenait 6oo amphores (i),
(i) Varaphore, selon M. Letronne (^Tabulée octo nummorum, et«. , T. I, de Martial, Coll. de Le Maire), contenait a 6 litres 4 décilitres, qoi, multipliés par 6oo, donnent i5,84o litres on près de i6 mètres cobes. Il s*e8t glissé, au %ujet de ce vase, une inexactitude dans la tradaetion d*Héfodote par M. Miot : il ne donne qne A amphores de capacité aa lien de (\oo que porté le texte. Il est vrai qne ce nombre parait énorme et qn*nn cratère qni contenait i5,84o litres, et qni de pins étaiic en argent et devait avoir la grandeur d*ane de nos caves, n'entre guère dans nos idées. Mais ce vase servait anx théopbanies des Delphiens , solennités qui attiraieot an grand concours des peuples des environs ; oo y mêlait Tean et le vin qn*on distribuait dans ces fêtes , et il ne serait pas étonnant qn'on en but pins de i6,ooo bonteilles. Ce qui est surprenant, cVst qu'un tel cratère qui , en lui supposant un mèlre de profondeur,
( »7 ) ce qui ofTre une Capacité de près de i6 mètres cubes , il méritait bien- d'attirer Tattention d*un voyageur tel qu- Hérodote , et il faut qu'il fut habitué a de pareils ouvrages pour n'en pas parler
devait en avoir près de i5 de tour oa près de 5 de diamètre, fat en argent» Mais ona*habitoe ik cette idée lorsqu'on pense que c'était un présent de Crésaa, le prince le pins riche, le pins fastueux de l'Orient et celni dont Tespoic et la crainte prodiguèrent le plus lea offrandes an temple de Delphes. Un cratère d'argent qui n*eut contenu que 6 amphores on 148 litres , n'aurait pas été digne de sa magnificence. Le cratère en or qn*j)l avait donné à Delphes pesait 8 talens 4b mines. Le talent, d*après les derniers calculs de M. Letronne ( tables citées , pi. IlL Voyez aussi Musée de sculptun antique et moderfte, F. Il, p. 228 ) pesait i6kil. 175, ainsi les 8 talens 4a mines présentent un poids de ^3y kll. 722, et en supposant l'or de ce cratère à o,goo de fin on val. 3, 100 fr.. le kil. , on trouve qu'il en contenait pour 736,988 fr. Il me semblerait probable que Grésus, en offrant à Apollon de Delphes un vase d'argent , voulut lui faire un présent qui, malgré la valeur moindre du métal, fiât anssi magnifique que celai qui était en or. L'exécution de cet immense cratère suppléait en effet à ce qui manquait à la richesse de la matière. Les calculs qu'on établirait snr ce point ne peuvent pas être d*nne exactitude rigoureuse , puisqu'on ne connaît pas la forme de ce cratère; mais on peut opérer d'après sa capacité connue, et qui était à peu près de 16,000 litres, et, en supposant sa valeur égale àc^lle du cratère d'br, savoir qnel devait être son poMs. SiàrépoquedeCrésus, Tor était  l'argent comme i3 : i, ainsi qu*il Pétait du temps d*Hérodote, selon l'abbé Barihélemy, i livre d'or valait f 3 liv. d'argent, ainsi en multipliant par i3 les ^37 Vil. 722, que pesait le cratère d'or, on trouvera que celui qui était en argent, pour avoir ta même valeur, devrait peser 3,090 kil. 386. Nous avons admis que Tor du cratère étai( à 0,900 et valait 3, 100 livr. le kil., et d'après la proportion^de i3 : i, l'argent étant aussi à 0,900, le kil. vaudrait a38 fr. 46, qui, multipliés par 3,090 kil. 386 , donnent pour résultat an cratère d*argent la même valeur intrinsèque que celle du vase d'or. La pesanteur spécifique de Targeni à 0,900 « ou alliée d*nn 10^ de cuivre ronge, étant de 10,1049 , en divisant par ce nombre 3,090 kil. 386, on trouve que le métal employé dans «e cratère, en adoptant nos premières données, offrait une masse de 3oadécini. 833 cubes, on 8,8336 pieds cubes, ou près de 9 pieds cubes. CeUe quantité serait plus que suffisante pour faire un cratère de quelque forme qn'il fût avec sa base, pour laquelle, ainsi que ponr les anses , on aurait asses de métal en donnant 0,006,77 m. ou trois lignes d'épaisseur au corps do vaa(e qui contiendrait 1 5,840 litres. Soit qu'il (àt d'une fonbe évasée, soit qu'on compensât moins de largeur par plus de hantenr, Toà pourrait le réduire à la forme et à la capacité d'une cuve cylindrique
davantage. Mais j*en reviens à dire que rien de ce qu'on trouve dans cet écrivain ne fournit le moindre point de comparaison entre les cratères de Crésus, faits, disait-on, par Théodore de Samos, et la petite figure du comte de Pour talés. Si c'était un ouvrage de Théodore qui nous fût ainsi parvenu après a4oo ans, nous serions beaucoup plus heureux que Pausanias, qui déclare qu'il ne l'a jamais été assez^pour voir un de ses ouvrages , et qu'il pense qu'il n'en existait plus en Grèce. Je suis même étonné qu'on n'ait pas cru retrouver dans riotre figurine une copie réduite de la statue de l'athlète Arrhachion; elle est absolument dans la .même pose que celle de ce vainqueur olympique, les bras étendus le long du corps et u» pied un peu plus avancé que l'autre , et la bandelette qui ceint sa tcte convient à merveille à un athlète victctrieux. Sa victoire date de la 60* olymp. C'est |>récisément l'époque de Polycrate; et puisque quelqlies archéologues ont fait remonter cette figure à ce roi, qui lui aurait fait l'honneur d'y inscrire son nom, pourquoi n'aurail-çlle pas été consacrée par lui comme un souvenir de la victoire d'Arrhachion. On ne connaît pas sa patrie , et ne pouvaït-îl pas être de Samos tout aussi bien que de tout autre en- ' droit de la Grèce? Nous aurions alors un petit monument qui, à lui seul, réunirait des avantages si rares qu'un seul suffirait pour le rendre célèbre; ce serait la copie, ou qui sait, peut-être le premier modèle de la statue d'un vainqueur olympique d'an nom et d'une époque précis, l'ouvrage d'un statuaire des premiers temps, de Théodore, dont les anciens ne connaissaient la ouvrages que par ouï-dire et une offrande de Polycrate. Cette
de 5 mètres de diaanèire sar an de profondear. L% superficie |des parois et da fond de cette cave n*est que de 3i8 pieds carrés. En divisant les 9 pieds cubes en plaques d'an pied carré ei de 3 lignes d'épaisseor, on cb aurait 43a ; ainsi si Vou en employait 3 18 pour le vaw, il en resterait I94 «m plus de a x; 3 pieds cubes d'argent pour le pied du vase et pour les anse». ^ L'on voit qu'un tel cratère en argent, quelque immense qu'il fût, ne senit pas bors de proportion avec les ricbesses et la prodigalité de Grésns, et que quand il n'aurait été qne très-peu décoré, il offrait asses de diffîcalté ^ soit à la fonte, soit an travail an martean , pour qu'Hérodote le regardât comme un ouvrage qui n'était pas ordinaire, et qui était assez remarquable ponr que l'on pnt croire qu'il avait été exécuté par un artiste aussi habile et aussi expéiiiucuté que Tétail Théodore de Samos.
figurine, à laquelle saus doute le nom de ce prince, fatigué rde son bonheur , aurait servi de sauve-garde pour tra veiner 24 siècles , rappellerait et ferait croire Taventure merveilleuse de cette bague, gravée par Théodore , et .que Polycrate,, pour se donner un chagrin que la fortune lui refusait, jeta à la mer,
et qu'il retrouva dans un poisson servi à sa table Mais voyons
si, en conscience, on peut laisser à cette figurine la réputation de haute antiquité que lui ont faite Paciaudi, Passeri, "Winckelmann , Lanzi , et si elle nnérite à bon titre Thonneur d'être placée par M. Panofka parmi les ouvrages de Théodore de Samos, et d'être citée par M. Thiersch, qui peut-être ne Ta pas vue^ comme un des ouvrages [expias anciens et iespius authenU^ tiques, ( Vo][. Époques des beaux-arts chez les Grecs, 2® édû. in'^^^p. 55, en allemand,) Il ne sera peut-être pas difficile de prouver que cette réputation est entièrement usurpée , ou plutôt qu'on en a gratifié cette pauvre petite figurine sans qu'elle y fût pour rien , et que si l'on veut à toute force lui rendre les hommages que mériterait un ouvrage grec des premiers temps., il faut absolument renoncer aux idées que les statues d'Ëgine , d^utres figures, et le bas- relief d'Agamemnon , peuvent nous avoir données du plus ancien style grec.
Pour démontrer ce que j'avance , il est indispensable de se livrer à un examen minutieux de cette figurine sous les rapports de son style, de son exécution et de sa conservation :* ces recherches pourront paraître futiles ; mais les pièces d'un procès et leur nombre ne sont pas toujours en raison directe de son importance. Considérons notre petit bronze dans son ensemble. Y trouvons- nous ce caractère de dessin que nous offrent et les statues d'Égine auxquelles on donne une moins hante an ti> qui té, et d'autres ouvrages des premiers temps, ou qui en sont du moins des imitations? Y voit-on ces contours secs et arrêtés qui les distinguent et qui tiennent de l'ancien style égyptien ? Tïon, cette fiigure, quoique raide et droite dans sa pose, montre au contraire, dans les profils de ses épaules, de ses hanches et de tous ses membres, des formes assez arrondies ; ce ne sont piis ces épaules carrées, cette poitrine relevée, ce corps se rétrccis- «ant fortement vers les hanches , et ces hanches larges que l'on voit à des figures d'anciens bas-reliefs et de médailles , et entre autres au Neptune de celles de Posidonia ou Pestumet aux per-
(3o) sonnages des monnaies des Orestii. La sculpture des premien temps avilit plus de rudesse et faisait pins sentir, plus ressortir toutes les parties. Il règne dans notre figure une sorte de mollesse qui ne sent pas son antiquité reculée, et à son premier aspect un sentiment intime et spontané qu'on éprouve plus facilement qu'il ne l'est de l'analyser et d'en rendre compte , ne vous force pas de vous écrier redolet antiqtdtatem ! — Qu'on examine la tète ; offre- t-elle cette largenr aux tempes; ce menton pointu et détaché en avant que présentent les statues d'Égine et des têtes de Minerve de ronde-l^osse , ou celles des médailles d'Athènes imitées de l'ancien style , et qui , bien que de profil , laissent reconnaître en partie ces caractères. Winckelmann donne comme ceux des yeux des figures du premier style d'être peu ouverts, longs et convergens, ou ayant les coins extérieurs un peu relevés, comme ce que l'on appelle des yeux chinois , ainsi que nous les offrent la plupart des figures égyptiennes, celles d'Égine et des bas-reliefs choragiques imités de l'ancien style. Les sourcils de ces têtes sont élevés , arqués, très- minces, et marqués par une saillie très fine. L'auteur de l'Histoire de l'art propose notre figurine comme un exemple de ces différens caractères, et cependant, qu'on la regarde avec soin et l'on verra que ses yeux sur la même ligne sont très-ouverts , que les sourcils, à leur place ordinaire, né sont que peu indiqués et ne donnent pas à la figure et au regard cet aspect singulier que présentent celles que je viens de citer. Les oreilles devraient aussi être placées beaucoup plus haut qu'elles ne le sont dans notre figurine. La bouche des têtes de style très-ancien a un caractère tout particulier. Elle est assez ren*foncée , les lèvres minces ont les coins très-relevés ; le milien de la lèvre supérieure est anguleux et pointu , de manière que de face la bouche montre une espèce de sourire forcé, et que de profil elle est très-relevée dans les coins et presque parallèle avec la ligne inclinée de l'œil. Ces caractères connus , très-distinctifs, et que les statues d'Égine , les figures du puteal du capitole, les bas- reliefs choragiques et le grand au tel tri angulaire du Musée royal , permettent de constater, ne se trouvent nollemeni dans la bouche de notre bronze qui, de face et de profil, n'offre rien qu'on ne voie à des têtes ordinaires on mal faites de tous les temps et qui n'ont pas un style particulier.
Les cheveux nous fourniront aussi )e 9uj(>t de quelques re* marquas. On voil aux têtes d'ancieo style de plusieurs figures que j'ai déjà citées , que la partie des cheveux qui cou^vrent le front sont contournés en petites boucles ou spirales, et que ceux du revers de la tête se réunissent et sont noués à la hau> leur des épaules et retombent sur le dos. Cette dernière portion forme une masse légèrement arrondie et qui, dans les tètes casquées, sonde dessous la partie du casque qui protège le derrière du col ; si les têtes qui n'ont pour coiffure que leurs cheveux, cette manière de4es ajuster ressemble assez, vue de profil, à celle dont on les réunissait autrefois lorsqu'on portait la queue attachée très-bas. Us ne suivent pas la forme de la tête, et toute leur masse se compose d'ondulations fines , alongées et serrées ; plus tes têtes sont anciennes , plus ce travail doit être simple. Les cheveux dé notre figure sont loin d'offrir cet agencement et cette simplicité. Les mèches ou plutôt des tresses divisées en compartimens sont entremêlées d'une grande quantité de petits cercles qui semblent indiquer de petites boucles ( plo^amoi) dont se composerait sur tous les sens de la tête une grande partie de la coiffure ; ce qui ne me paraît pas conforme au goût des temps auxquels on voudrait faire remonter cette figurine. Les cheveux qui couvrent le front se prêteraient à une observation du même genre , ils sont disposés en masses onduleuses, se divisant des deux côtés à partir du milieu du front, ce que n'offrent pas les têtes de très-ancien style, telles que celles d'Égine et d'autres dont il a été question.
Les pieds et les parties sexuelles n'ont pas non plus la forme qu'on leur voit dans les ouvrages d'ancien style. On trouve, au sujet des pieds , une singulière idée dans Passeri , Osserva" zioniy etc., p. xxvii. La plinthe sur laquelle pose notre figurine a été percée d'un trou pour qu'on pût la fixer sur une base dans l'endroit, où l'on suppose qu'elle était consacrée. Passeri disserte sur cette consécration et sur le petit trou, et il conclut que le sculpteur , pour que l'on pût établir sa figurine sur sa base, a eu le soin de placer un des pieds en arrière du trou. Quelle ineptie ! On dirait que ce trou était indispensable , qu'il n'eût pas été fait après la figurine , et qu'il n'y eût pas dix autres moyens de la fixer pai^tout où cela pouvait convenir.
Je doute aussi qu'à l'époque primitive de l'art de foudre les
( ^a ) métaux et de les èonvertir en statues ou en petites fif^ures, on eût ou assez d'adresse pour en modeler et fondre une aussi petite que celle-ci de ronde bosse , dont les bras très-minces, laissent entr*eux et le corps un vide très-étroit , très-net , ce qui annonce la grande habitude du modelé, du moulage et de ta fonte. On la retrouve de même dans la délicatesse des doigts des pieds et des ongles, et pour que des parties aussi petites pussent bien venir a la fonte, il fallait beaucoup de pureté dans le métal et de finesse dans le moule. La manière singulière et pins que naïve dont les rotules sont indiquées par des lozanges en crenx , ne peut pas, je crois, passer pour un signe positif de haute antiquité ; d'autres parties sont assez bien dessinées pour faire croire que l'auteur de cette figurine aurait cherché à approcher uu peu plus de la nature et k mieux rendre la forme de ces parties. Ce trait d'ignorance ou de manque de pratique me paraît une espèce de ruse préméditée, et le but en eut été de persuader qu'à cette époque l'art n'en savait pas davantage et n'était pas en état de mieux modeler ces rotules. Mais une mauvaise petite figurine en bronze de mon modeste cabinet d'antiquités , et qui certainement n'est pas très-ancienne , a les yeux formés de la même manière que les rotules de la figurine du comte de Pourtalès, par des lozanges, qui ont leur longueur dans le sens de la verticale, et il me semble avoir vu dans la belle collection de M. le duc de Blacas une petite figure dont l'anti- * quité ne repose probablement pas sur des titres bien anciens , et où les rotules sont faites de la même manière.
Ce qui peut aussi réveiller des doutes sur l'authenticité ou sur la haute antiquité de cette figure, c'est sa conservation. Quelr ques heureuses circonstances, il est vrai, que l'on ne saurait détermiuer, peuvent contribuer à conserver, pendant une longue période de temps, des monumens des injures de l'air, des atteintes des hommes et de tous les agens qui travaillent sans cesse à les détruire. Mais cependant, même sous l'heureux climat de la Grèce, il est peu de pays où le ciel^et les monumens s'accordent, pour ainsi dire, comme en Egypte, pour garantir de toute altération les objets qui leur ont été confiés. Cette figuriue en bronze a dû être trouvée en Grèce dans la terre, et il est à croire qu'elle a été attaquée par l'humidité, par les sels et par les gaz qui en font partie. Ne semblerait-il
|ia& trèfirc^tva^ditiaire tfn**îUe ait pu résister À tontes çeB CïHl- ^1 Si ce n'est de de^trnctioD , du moins de grande aHémlimi , et aittraversé, presqrn^ saine et sa»vc,'viii§t-d6ux on vingt trois ÂÏècles.pour nous arriver dans un «lat> de conservaition dont t^dient très-.flattés des momimens en bronze €(m ne ckitiefiit qoe 4» 7* pu 8^ siècle. La patine qui, du «reste, va. et. là me paraît assez, suspecte, pei*metd€ voir, aux endr&itS'OÙ.eUe'm«nque,le métal dans ton {e son intégrité, il est poli et laisse à. peîtte apercevoir quelque trace légère de ootTOsrqn. Dans les parties les |)las délicates , aux doigts des pieds ^ aux oofgiés , aux mèches 4e l^ chevelure^ aux angles delà plinthe et des lettres, les traits ^tpurs, les fonds sont net» et lesarètes. vives ,preisqiie auitantque.si le travail sortait d« la main du ciseleur.. A. moins Ame que des documens bien authentiques n'apprissent que cettt^ l^gurine a été pendant tant de siècles, avant sa découverte, enfermée comme^épuis, avec soin, daiis quelque boîte à rabri jde toutes les influences qui pouvaient, lui nuire, il me semble H^e Ton sera toujours tenté de la trouver bien fraîche, potu- }!ige qu'on veut l^i donner. Je ferai aussi observer, qu'on ij^nore jjloù ellc'CSt venue airichir le Musée Nani; il est vrai que l'un fp connaît pas mieqx Torigine d'autres QW)num^s, £lle ; a fait pu t)ruit d^UQS le .mondée au commencement du j 8? sièe&e, et f^pendamt Maffei , dans sa FeroBa ilUiiseratai en i^Biay^t de^ pais lui Zaneti , Edouard Corsini^ P^s^ri ^ «n 17^9^ Paciaitdi , im 1 76 j , WincKelmann etifia, aiiQun <ies écrivains qul^ont cé> lébré cette figurine , ji'pnt dit.un mot ni de son appiantion , ti it l'endroit où ce précieux, monument, caché aeust^iire- pendant une longne suite.de siècles , avait été raiidu à la lumière et à l'admiration des antiquaires. N'est-âl pas assez extraordinaire |oe l'anoi^ral Nani , qui avait recueilli dans ses voyages. la plus grande partie des mpniunens de cette ^ootlection ,i n'ait pas , coinme pour, d'autres qui ont jeté moins d'éclat ^ laissé des renseignement sur la découverte d'un objet ainqûel on >do«sait tant d'importance.
i^ On. établit aussi 4'antiquité de cette figurine en 'offrant pour ftreuve rinscriptipn qui y est. gravée, «t. dont ks lettres ont, il est vrai , des formes tir^s-ancieuiies ei en rapport avec l'or^ ^ographe, où Ton v^oit: dans les mats-nOAm^ATES ANEdE* UN pour nOATKPAXU2 AN£e9K£9(„ Te ^ la place de I'h qui
fut efiiplo7é.à uoe époque postérieiire h celle île TE , et qiri ^ remonte qu'àTan 4o8av.J.C, soim rArrhotitstt d'fiuclide; le « oik le petit trait est remplacé par-H, est aussi d'une formcffr^ aDcieime, de- même qiiele il au lieu de 2, et ("N dont la hmtn de droite est «pbcé» beaucoup plus haut que celle de gauche # dans une direetimi divergente. Ces lettres ont , pour la plupairt des formes anciennes , quoique TA ne soit pas tel que le présentent des inscriptions qbe l*on peut croire du ^* on du 7^ siècle av, J. C. ; non plus que le P (rhA) dont la partie supè Heure ou la bonde est ronde , tandis que sor de très-ancieis mônumens elle est triangulaire et souvent accomp.'tgnée el'um queue très-courte comme Tancienne It romaine , TR pélasgiqae. Le n a aussi la barre de droite plus longue que ne l'offrent d'anciennes inscrip tiens, oà même il s'éloigne de cette fbrme et ressemble à un A tronqué dans un de ses côtés. L'L ou A formée par une barre perpendiculaire h , avec laquelle un petit trait dans le milieu et qui se dirige vers le bas à droite , fait un angle très- aigu, iserait peut-être un exemple unique de cette lettre ainsi tracée. On ne la trouve de cette manière ni dans la Paléographie, de Montfaucon, ni dans les Tables dé LanKi, Sa^gê^, etc. St elle est seule de son espèce, ce ne serait pas encore une preute positive de son auttienticité et de sodi ancienneté , lorsqu'on la voit en compagnie de lettres qui nei portent pas le caractèi* d*UBe époque très-reculée; et au hh cette inscription de Peifrrntes semble un mélange de lettres de difT&i^ens Ages, et Ton eb ferait aujourd'hiii une du même genre en rënnissiint du gothique à de Téctituré plus moderne. ^CHirratt-on d'aillenrs donner «ne entière conftatice à' lai forme des lettres, pour 6xer d'une manière irréfragable les épo-' ques, lorsqu'on sait qn*il y en eèt où la tnode avait mis en vogué' l'archaïsme, et où l'on se plaisait, dans la sculpture et dans lesi inecriptions, i^ rappeler Ws temps prihdltifk des art» et à en rc- 1 ttacer les ftiMies les plus kinsit^es. Hadrien n'afmaii- vl pas ai faire imiter et à reproduire les monumensdes temps reculés, ij Sous Marc^Aurèle, ne vôit*on pas Hérode Atticus avoir le gbutji le pJus ptofioneé pour tes productions des vieux âges , et, k\i\ premôèro inspection y quelques uttes des inscriptions qu'il nous 1 a tÉiskéei ne' ]^i«iissctar-'elles pas l'avoir précédé de plusieurs 1 siècles. Et c-esl à un tel •point, que i^ colonnes d'Héfode At- \
( 35 ) HfBS otil fuiirhi k Montfaircon , pour sa paléognipliic grecque, des excmi^es âe lettres archaïques on d'une haute antiquîlté ; ttitr'autres leeou thêta, avec la croix, qui 'dans rîmcriptîon éx Pf^cr^ies ée notre figurine, est la lettre que Ton pourrait (Hfe dater de Tépoque la plus ébignée. Il seraît cependant dîfloile de bien établir ses titres , puisque Von trouve cette lettre 8ttr des monumens du second siècle de notre ère , et entr autrw sur ces colonnes d'Hérode Atticus où elle est répétiî^e huit fois, et i! serait facile de citer quelques autres exemples peur justifier mes doutés. Ne sait-on pas aussi par les auteurs mciéhS'^ que de leur temps , pour donner plus de prix à des ourrages , on y mettait "des noms ou de personnages célèbres ou flûtistes anciens d'une grande réputation ; tels que Myron , felyclét»» Il est bien certain qu'alors on imitait dans les îns- ;nptions récriture des -temps où on les plaçait, mais ce ne fut [MS toujours avec assez d'adresse pour que Ton ne s'en aperçût Ms. Cette inscription, IIOATKPATES ANEÔEKE, ne peut donc ervir d'un appiii bien soUd« à l'opinion qui voudrait faire re- Dimaitre \à figurine dn Mnsee Nani pour le plus andeii molomeBt connu en» bron^. Rien n'enf^pécherait qiie ce ne fût ine iftiitation , mais une îmitAtton libre dfe Fancién style, faite kl temps d'Ôadrien ou d'Hérode AtticuS. C'était alors leur gohique comme nous avons le n^tre. Ils rimitaient comme fis mitaient le style égyptien, mais sans s'astreindre à une pariîle conformité avec leurs modèles; comme nous singeons fe othique en Tarrangeant à notre manière et en lui étant soii rai caractère. C'est beaucoup si j'accorde à cette figurine cette Dtiqtttté,cai*je serais fort tenté de penserquecè peut être une rau de savante du i6*ott da •17'* siècle. Que de brotizes, que e |werres gravées prétendus antiques, n'a-t-on pas alors prboits? A combien de dissertations et de doctes îFfustra fions 'ont-ils pas donné lieu avant que l'on en eût reconnu la fauspté. Les restes de Tantiquité étaient très-recherchés , on s*éidiaît à les imiter dans le secret , et à en faire dn même genre ; '^aitun métier, et il était bon.Smivent les faussaires laissaient, Biifts'en apercevoir, passer un petit bout d'oreilles , et l'on déouvrait la supercherie. Cest ce qui est arrivé à plus d*un mchliment, »l sortmit à des bronses et à des pierres gravées. Ip'après les: considérations qui viertnent d'être exposées et qui
demanJerakiit peut-être à être traitées avec plus d'<éieiidtie, il ne semble que j'ai sjusi , dans la figurine de Taivcien Musée Nani , quelques particularités de son caractère génàral et de ses détails^ qui oiontrent ce petit bout d*oreille. Je croinis donc que sa haute antiquité peut être très-fortement révoques en doute , et que, si cette figurine iCest pas une fraude du i# ou du 17^ siècle ^ ce que je n'oserais affiroier, malgré toute l'e** vie que j'en ai ., elle ne remonte non seulement pas aux temps où on lui a fait l'honneur de la placer, mais qu'elle ne date pas de plus loin que le règne des derniers Antonins. Ce n'est qu'une imitation libre et sans caractère de quelque > figure àt l'ancien style , ou c'est plutôt une figurine dont on n'avait pai le modèle, et que l'on a cru , en lui donnant u«i style approchant de celui de J'Égypte, faire passer pour une productifm do premiers temps de la sculpture grecque.
«Sur deux opinions de M, Raoul-Roeàeite , r/e i'yécéidémk des Inscriptions^ etc^ au sujet des vnses de la collection ds, prince de Canino. — Jour», des $00,, févr. ,t81o, p» ii4-ia5;
Athénée, dans son banquet des savans, Li. XI, p. 466, £,1 467, B, parle, d'après Ëubulus,. de vases sur lesquels étaieiic{ gravées ou empreintes des inscriptions* qui en 1 disaient uoCi classe distincte de vases connus sovs-le nom de y^yi^oL-né inmiiara» parce que, dit l'écrivain , ils portaient des lettre^ gravées. N'est-il pas à présumer que ces vases, pour méri^ d'être classés d'une maqière particulière, devaient, comme ceisl que l'on attribuait JEîaussement à Nestor, offrir des inscriptions de quelque in^r^t, d^s consécrations en vers , des souvenifs, quelque hommage aux dieux, à l'amitié, à La beauté, ou rappeler, ainsi qu'on le voit sur des vases très*précieux, les jeux de la Grèce dont ils avaient été le prix. Serait-îl ausa trop hazardé de croire que ces inscriptions, quelles qu'ell« fussent, devaient être en évidence et annoncer, dès -l'abord, à celui qui considérait le vase, ce qu'on avait io* térêt à lui faire connaître? et n'est-il pas très*vraiserobiable qu'on ne les plaçait pas de manière à forcer pour les déj couvrir, de tourner et retourner des vases qui souvent n'étaieor que des objets de -ponsécration ou d'ornement ? Quelques collections, entr'autres celle de M. le dut: de filaoas, offrent! plusieurs vases de Nola ou de la Campagnie, sous. le. pied desquels se trouvent des mots gravés, ou, si l'on veut, égrati-
^lés âfec'Uiie ponite, quelques noms propres et même des mots; tels cpte îf^nA, K.AAni2, qui hîdiquent-deux formes de vases, YEydfia. et la Calpîs(i). Ces vases, on ne peut en douter, portent 4 une manière- ou d\ine autre, peu importe, des mots gravés; |éouc ce sont des ypapip-aTi** ^xirwfAara; It'S lettres, ypap.fi.aTa , y sont gravées, lyksxapoTH^^va; ils remplissent les conditions indi- Ifttées par Athénée, et l'on ne peut douter, du moins selon M. Raotil-Roehette, que ce ne soit cette classe de vase^s si répandue (l'auteur grec ne ledit pas) dans la Grèce, et dont il est question ^ians son ouvrage.* Suivant un exemple rapporté par Alhéiiée il on pent'croire que Tinscription indiquait quelquefois le dieu «4iaqi.ie4 4e vase était consacré; d'autres fois elle avait pour « objet de designer la forme du yase[]ii souligne), et c'est poiVr f cela q«r'elle se trouve le plus souvent sous le pied du vase, « afin qiie l'ouvrier, chargé de l'exécuter, reconnût «i celte n marque l'intention du fabricant ou de l'artiste; nous en avons 9, la preuve ( je souligne ) sur deux des va^es de la précieuse ,« collection de M. le duc de Blacas, l'un desquels offre les let ' il très ÏAPI ...» Tautre les lettres KAA. . . , traitées de cette ma- ■* nière sous le pied de chacun de ces vases , pour marquer « qu'ils devaient être exécutés le premier en forme àthydfia , f le second en forme de calpis , et dans ce cas il ne saurait être l» douteux (je souligne) que les lettres dont il s'agit, isolées * ou groupées, ne fussent des signes qui avaient rapport à la « fabrication, etc. » .l'ai cru devoir rapporter en entier, en soulignant quelques endroits, le passage du savant archéologue qui renferme une théorie et des notions si extr^i ordinaires «ur |k fabricaÛQxi.. des vases, que j'ai pris le soin de g^nmir de' ||uilleiiiet& tout . le passage , de crainte qu'on ne m^en crût ooupable.
J'en demande bien pardon à M. Raoul-Rochette , mais il hfie permettra de croire qu'en écrivant tout ceci, il avait entièrement perdu de vue la suite des procédés que l'on emploie dans |la fabrication des vases d'argile; peut-être ne serait il pas hors de propos de les lui remettre sous les yeux on de lui en rafraîchir le souvenir? Qui ne sait que pour y procéder le potier prend un morceau de terre bien pétrie qu'il place sur la roue horizontale, machine aussi admirable qu'elle, est simple, qu'il
(i) Voyei l'imércssanl ouviagc de M. Thtod. Pauofka aiir Us noms
fî»)
fait prendre U forme de vase à cette-au^se d'argiW aU atoye» des doigts » de petits outib en bois ou en fer, et de (libres 4Ht de profils pour les moulures; ordinairement le pied est tourné séparément , on l'ajuste ensuite au vase auquel on donne une dernière façon sur le tour. Il est aisé de voir que les. ancien» suivaient cette marche pour la fabrication. Mais il y a'beau^ coup de vases dont le pied n'a pas été fait séparément ^ d'autres ^ui n'en ont pas , et dont le fond est orné, en dessous, de nnuolureS ou de cercles très-bien faits, et dont le* travail montre que ce n'est pas le résultat d'un moule mais celui du tour ou de U roue. On voit qu'après avoir été tournés sur la roue dans un sens , on les a replacés dans le sens opposé et le fond eu dessus pour leur donner la dernière main. Comment peut-il venir à la pensée, quand on a vu faire un seul vase, qu'on ailla preuve^ qu'il ne puisse pas être douteux^ que les lettres que l'on trouve gravées sous le pied des vases fussent des signes qui avaient rapport à la fabrication, et qui indiquaient à l'ouvrier la formé qu'il devait donner aux vases (i)? Ces signes, ces noms
(i) Je «ais étottoé qae M, l« dooteor Panofkâ, daiis sén cari^ax oavrage tnr les vastf ( Recherches sur les véritables noms des vases et sur leurs dijférehs nsagesp «te. , Parîi iSîo ), émette à peu près U m^ne opinion, et qn'ii pense qae les noms de VMses qne Ton ne troave qae «ur qaelqnes-nns et en très-petit nombre, serTaient â indiquer & TouTrier à quelle espèce de vase appartenait le pied qii*il avait tonmé séparément. D*8bord les onvriers ont, dann les opérations maonelles de lenrs métiers, nne telle pratique et nne telle habitude , qu'ils i|*ont pas besoin d^avoir recours à de pareils expédiens, et qii*on potier n'a arait jamais présenté à «■ TiiMini pied deatiné à tm antre. Il y a des moules de statues qui sont oeBip^MB de plus èa x,5oa moraeaax, pour fai plupart asses petits ; ils m aofit paa noaiéTOléa, souvent même lorsque le moule est démonté ils sopt en désordre et pèle mêle : eh bien! les mouleurs retrouvent très-vite et presque sans y penser , la place de chacun d eux. -^ Une jeune personne, dont le père sculpteur de mérite, a d^ns ses ateliers à Paris plua de a,ooo modèles d'ornemens en carton pierre, les sait tons par <:oenr, le numéro qu'on lui indique loi rappelle rornement , on romement le numéro. Ainsi il est plus qne probable que les anciens potiers n'avaient pal besoin d'inscrire sons le pied du rase le nom de celui qa'Ils avaient a faire, et d'atitant moins qne l'on devait en exécuter en même temps uu certain nombre de la même fome. Et d'ailleurs, en supposant qu'il eut écrit ce nom sur le pied séparé du vase, le nom n'y sefait i>as resté; car. pour adapter le pied au vnfi9 ^ il fallait Vj ajuster lorsque la terre était encore asser, mulle , aiin qu'en remettant la pièce sur la roue , les deux
(3«) ifaraiept iWoc été inscnift sujr rai|{ile.i]ioU«.«A iaSthne tkvmg^t ^'on la pU^^à^ sur la roue uu le tour^ conuaejat auraîentMls pu s*y coQ^rver et ne pas diipamtiie s««0 le po«b do cette terre moUe , tt d'ailleun» ne faudirait-il fias que le dessoiK des pieds fat plat «i uniytandisiqu'^n général ils sont évidés etqii.'o» y voit quelques ceircles? A quoi bon inëiquei^ sous Jefoad d'nn vaae la forme qu'il doit avoir, si, dès le premier oioneat du travail, ees signes comniémoratiii» sobL perdus de vue par l'ouvrier» 'et s'il ne doti ks.revokir que lorsque son. vase, étast fim, il s'apercevra, un peu tard^ que la mémoire lui aiwlli et, ^pL*'û s'est trompé de ibrœe. Yrairaeiit ce scNit de ces hypodwscs que l'on'désireraUne pas avoir & réfuter. Cûmmeoi peut-eu
parties pusAetit se joindlre et s^incorpôrer inliinemeut Vunc avecl'aatre. Ou donnait encore qotolqties tours de-roue pour ragréer et raccorder tout' r«ltfleiiible du vâse. Dafts cette opération , Toairrier devait totiebtn' nàûè CMsc 1« pitd du ▼«««, pMir en twaiîtier au d«boi>< et au d«dàiis lu fbiMdt) p^or TMoir» le drenaer et loi docifter ia dernière laçoB. Aiosi, dans is «aiaà».«n comtueuçaBt hon vasci ou le pied, il aurait écrit au'detsoaa aon nom et celui du vase, ces noms auraient été emportée p^r le travail. Quel besoin, d*aUleurSy de conserver le nom du vase. lorsqu'il était termiaé. Si on l'y trouve quelqueful», ainsi que celui du potier, ce ne saurait être qne TefTet d'un caprice ou d'an badinage d'ouvrier , qui peut être, carient et servir à déteriuiner le nom qu'on Assignait à certaines formes de Vases. J'aurai bientôt Toccasion de revenir sur quelques parties dé l'otiVrag^e deM.i^koofka, qui a traité son sujet aveu autant de sagad«é que d^ érudition. Mais peut-être , pour le dire en passant, séduit par des idées 4!t des rapprochemens ingénieux, a-t4l un peu trop éttndd Ifl a<»*> menciature des vases antiqaea de nos collections, dont il croît àvoiv retrouvé les poms daua Athénée, Héaychius, Suidas, eti}. Rien n'est moine détaillé et plus indécis qvtè ce que rapportent en générai ees anteors sur les formes des vases. En suivant leurs descriptiçns vagues , dix dessinateurs produiraient souvent pour chaque vase dix formes 'différentes et dont chacune Cadrerait avec le texte de l'écrivain ancien. Qu'on examine avec attention les planches très-bien faites qui sont jointes à l'ouvrage dé M. Pauofka, et qui, dessinées avec gont, y ajoutefat beau* coup d'intérêt , et qu*on juge, les auteurs à la nlaîn, s'il peut y avoir des descriptions assez exactes et assex circonst^meiées, p6ur qne Ton soit fondé, eu les prenant pour guides, à éubUr des difiTérences marquées et qui dirigeraient un dessinateor, entre le Cratères thériciéen et YHolkeioB, le Caiaihùs et VH^imos^ le Petàchnon et la Lépa&té^ et entre quelques antres v^ises que je me propose d'examiner un jour avec tout le soiu que oiéiitent les havantes et intéressantes recherches de M. Ponofks.
(4o) faire aue'clMS« imporUote de vases, de ceux oà Touvrier distf se sera amiisé à écrire avec un clou, son nom et celui de son vase, et admettre que \^ manufaetore ait vourlu indiquer , de cette mantère, à l'ouvrier, la fcrrme très-*cunnue de vases dcnat oo se servait habituelkmentet qui, fait» en fobri^ne, devaieof s exécuter en grand nombre à la fois t^Croira-l-on qu'un de nos paliers écrivit sérieusement sur ses pots, ceci 0$t pute €u\*€têe,* ceci est une cruche ou une saucière } L'on pourrait, d'ap^ cette' liéef iftàore- vme classe des monumens sur lesquels on reneoBtre leurs noms écrits, comme, ceux des vases, avec une |>oiDte; car mon ami Mazois et moi , dans le temps que je faisais fatro^ des fouilles k la basilique de Pompéi, noua avons trouvé écrit trois ou quatre fois sur le mur de cet édifice , qu'il avait d^. jugé être la basilique, le mot BASILICA. Cette découverte quî^ confirmait son apinioo nous fit grand plaisir^ mais il ne lui vint pas , que je sache , à IVsprit que ces mots constituaient une dasse . particultère de monumens et que probablement ils avaient été inscrits par l'architecte pour rappeler aux ouvriers que c'était bien une basilique qu'iU avaient à construire.
D'ailleurs est- il bien positif que les vases inscrits, éY^^sx^^^T' puiva, d'Athénée fussent des vases du genre de ceux dont parle M. Raoul- Rochette, et que cet écrivain eût en vue de la poterie en terre parmi ceux qu'il cite ? Les vases sur lesquels il donne le plus de détails, et il en est très- sobre, sont en or ou en argent, et il en est un qui méritait bien d'être signalé, car.il était consacré à Diane dans un temple de Capoue, et Ton y avait inscrit plusieurs vers d'Homère en or. incrusté dans Vaillent. Ce travail délicat retidait cette offi^ande très-remarquable , et il est à présumer que c'étaient des vases de ce genre qn'Athé-' née jageait dignes d'attirer l'attention et de former une classe à jiart, et non de ces vases de terre d^un travail très- ordinaire, sur lesquels il était si facile au premier venu d'écrire tout ce qui lui plaisait.
M. Raoul Rochette pense aussi que les mots EnoiH^EN,il fai- W^, ErPA<I>EN, EVPA^iej^ yïi peignait, précédés des noms» des artistes, indiquent, non l'ouvrier qui a fait le. vase, et le peintre .qui l'a orné de figures ou d'autres sujets, mais que le premier de ces mots doit s'appliquer au peintre qui avait composé le dessin,; etle second , à l'artiste eu sous-œuvre qui l'avait exécuté d'après les cartons ou les poncifs du maître. M. Raoùj Rochelle ne croit
(4. ) pas qu'on eût. permis à l'ouvrier qui avait tourné le vase d'y inscrire, son nom , et il décide que cet honneur ne devait être réservé, qu'au -peintre qui avait l.e talent de la composition , et au dessinateur assez habile pour produire des copies d'après lies ouvrages du maître. Mais d'abord on tro.uve de ces inscriptions sUr des vases où lés sujets n'offrent guère de talent ni de composition , ni d'exécution, et belui qui les a dessinés y a pu très-bien les composer. Il s'agirait aussi de savoir si -. fous les vases se faisaient en fabrique, et si, attachant aux faits qu'ils représentaient beaucoup plus de prix qu'aux formes qu'on lenr donnait , on Ue regardait celui qui était chargé de cette partie que comme un ouvrier dont le nom ne méritait pas d'être conservé, tandis qu'on n'accordait le droit d'inscription qu'au peintre et au dessinateur à qui l'on confiait la décoration des vases. Mais ne se pourrait^il pas aussi que souvent un potier travaillât pour son compte, et que fabriquant lui-même, il f&t associé à un dessinateur, et ne serait-il pas à présumer qu'ayant, pour son talent, tout autant d'estime que pour celui de son collaborateur, ii ^cùt la vanité de trouver son nom aussi digne que celui du peintre,de figurer sur des ouvrages qu'ils exécutaient ensemble? Des va^es de terre d'une certaine grandeur et où il s'agit de réunir rélégancc des formes à la finesse et à la légèreté de la matière , ne sont pas d'une exécution facile et sans mérite. £t croira-t-on que les habiles 'potiers de Corinthe, les descendans de Débutade ; ceux de Nola , des autres villes de la Campanie , de la Basilicate, de la Grèce, de TÉtrurie^, les Figlini de Rome qui formaient une grande corporation , n'eussent pas une haute idée de leur savoir faire, et que s'estimant d'un rang ' très-inférieur à celui des peintres de vases, ils fussent disposés à leur en abandonner tout l'honneur ? Cela n*est pas probable. Si Ton trouve sur un grand nombre de briques antiques, les noms des fabricans, même ceux des ouvriers qui les ont faites, pompeusement suivis des noms de consuls qui nous apprenent la date de ces briques , on peut bien aduiettre que les potiers qui fal^riquaient des vases d'une grande beauté et qui étaient très-recherchés, n'auront pas mis moins de prix à leurs ouvrages que les mouleurs de briques aux leurs^et que, comme eux, ils ont eu l'a mour-propre, bien naturel , d'inscrire leurs, noms sur les productions de leur talent.
Et d'ailleurs; pour que la distinction qu'établit M. Raoul-Ko-
(4a) chette entre fiHOlUZRN et ETPAVEU fût exacte, il faudrait que le premier mot ne se trouvât jamais ^ue sur de* vascsomés de ligures. Ou d'autres sujets dont la coraposition indiquerait un peintre* Mais M. Millingen connaît des Tase» entièremeot noirs ou sans sujets peints, et sur lesquels on voit rEnoïKZBN, ce qui certainement doit désigner comme fabricant du vase , celui dont le nom «st joint à ce mot. Il paraîtrait' donc que, jusqu'à ce que M. Raoul-Rochette apporte des preuves qui établissent d'une manière irrécusable le sens qu'il atlaciie aux motsEOOIii* 2EN, ErPAVEN et ErPA4>EN que Ton troiive sur des vases de la collection du prince de Cauino , on peut croire avec M. Panofkaque le premier de ces mots se rapporte au fabricant, et les autres au peintre de ces vases , et je serais asses porté à regarder le Tremias dont Le nom est inscrit sur un vase de la collection de M. le duc de Blacas, TPEMIOEMl ( je suis Vouvrage de ïrémias)} , comme -étant le fabricant du vase et non la propriétaire, ainsi que le pense WL Râoul-Rochette, et il en serait de même pour le nom de Cftron que Ton voit sur un vase de la collection de M.Carelli à Naples.
N^'Sîi du Musée royal des Antiques. M. le docteur Pauofka ( Instit de corrcsp. archéol. , V I, p. SgS ) pense que ce basrelief représente Latone avec ses deux cnfans, et que la jeune personne est la nymphe Ortygie qui porte Diane, que peut faire reconnaître, dit-il, pour une petite fille le bonnet dont elle est coiffée. L*idée est ingénieuse et me semblerait assez admissible, mais le dessin produit à l'appui de cette conjecture n'est pas exact. La tète de cet enfant ne montre sur le marbre aucune trace de cheveux ni de ce bonnet que le dessinateur de M. Panofka a terminé par un bouton dont l'original n'offre pas la moindre indication. Je ne sais, ensuite, si ou aurait représenté comme un enfant ordinaire, faible et emmailloté, Diane, qui, à l'instant de sa naissance, fut, dit-on, assez forte pour aider sa mère à mettre au monde Apollon. £t d'ailleurs, d après le passage de Strabon, 1. XIV, p. 640, cité par le savant archéologue, c*était, dans l'ouvrage de Scopas, Oitygie qui tenait les deux enfans. Il me semble donc qu'on peut s'en tenir à l'opinion de Visconti, et ne voir sur ce bas- relief qui ne se dislingue par aucun accessoire caractéristique, qu'une mère avec ses oufans. Pcui-étrc en nourrissait-elle un et une
( 4» ) nourrice Taulre, et elle l'aura jointe à elle dan» cetterepo^^entation d'une partie de sa famille dont sa reconnaissance faisait hommage aux dieux. Cette explication est iiu peu simple > mais en serait -elle moins plausible, vi n'explique t-on peut-être pas trop souvent par des sujets mythologiques des composition» oii les Anciens n'ont offert que des scènes de la vie ordinaire ? M. leD'Panofka fait observer avec raison, que le dessinateur de la planche 2o3 de mon Miisée de sculpt, ant. et mod, ,
i a omis la manche fermée par des fibules, la plus jolie partie du costume de la femme, qu'il nomme Latone. Cette omission est
: réparée et une autre planche remplacera celle qui était défectueuse ; mais si quelques fibules ou de petits boutons donnent de Télégance aux manches antiques , un trop grand nombre peut la leur ôler; au lieu de trois fibules que présente le basrelief, M. Panolka a permis à son dessinateur d'en mettre six. Ce n'est pas exact , non plus que le bonnet, je ne doute pas qu'il ne suive mon exemple pour la planche de son ouvrage.
I • N^ aÔp. M. le docteur Panofka et M. le due de Luynes
! [Ànnai, de i' inU.de corresp. archéol, V. i, p. 3g3 et 397), croient
que ce bas-relief, au lieu de représenter, selon l'opinion de
; VisçQDti , la naissance de Bacchus , nous offre celle d'Erichtho-
nius que rend à Minerve la Terre au sein de laquelle il
était né, lorsque^ se dérobant aux ardentes poursuites de Vul-
cain , la. chaste déesse repoussa loin d'elle les élans obscènes'de
son amour. D'après t^tte e&plication, appuyée de celle de la
peinture d'un beau vase du prince d^ Canino^ où M. Panofka
voit le même sujet, le grave personnage assis à la gauche de
la conàpositioD serait ou Neptune ou Jupiter; celui qui est
appuyé contre le pilastre ne serait plus une nymphe, mais
Vulcain, et la déesse qui recuit i'enfant deviendrait Minerve.
M* PaDofkOuSe refuse à reconnaître pour une femme le fragment
de ûgure adossée ad pilastre, parce que sa robe, selon lui^
laisse ses jambes ^/i ^'•^«^e partie à décoince rt; cependant, ce
que l'on en apperçoii s'arrête très^peu' au-dessus des chevilles,
ell'on trouve bien des figures de femmes, même dos muses, dont
la robe découvre beaucoup plus les jambes. La masse des plis
très -considérable me semble offrir le caractère d'un costume
de femme plutôt que celui d'un vêtement d'homme. Le dessin
des cuisses y des jambes et des pieds me parait aussi appartenir
- ( 44 )■' à «ne femme plutôt qu'à un homme. Ce manteau n'est pas un tribonion ainsi que le désigne M. Panofka ; le tribonîon était un manteau usé et écourté, celui-ti est très-ample, et Ton peut y reconnaître le diplox. Peut -on trouver aussi , avec M. Panofka et M. le duc de Luynes , que le dieu assis n'ait pas l'air de prendre part à la scène qui se passe près de lui , et qu'il détourne la tête ; ce qui leur fait croire que la composition , telle que l'indique notre bas- relief, n'est pas complète et qu'il y manque au moins un personnage. Je sais que la tête de notre .Tupi ter est rapportée , qu'elle n'est pas en harmonie avec I le reste du corps , et qu'elle n'a pas le caractère qu'elle devrait avoir, mais la ])ose n'en est pas mauvaise. Qu'on considère notre bas-relief, n° 3îi/|, on y verra .Tupiter absolument avec la même attitude que sur celui qui nous occupe; on dirait que ces deux figures ont été copiées d'après le même original. La composition du beau bas-relief, n*^ 82/1, est complète, et il me semble qu'il en est de même de la naissance de cet enfant quel qu'il soit, bien que la disposition ne soit pas corn-' binée de la même manière. M. Panofka établit aussi comme démontré ce qui demanderait à être mieux^)rouvé, c'est-à-dire que, d'après l'explication qu'il donne des sujets qu'il croit offrir la naissance d'Erichthonius, les anciens artistes ne le représen-^ ta ient pas avec les jambes faites en forme de serpent. Il est possible qu'ils n'aient pas temi à cette tradition fabuleuse y qui n'est même rapportée que par peu de mythologues , et dont ne parlent ni Apollodor^, ni Pausanias; cependant elle ^t trop dans le goùtd« la hante antiquité, qui se plaisait an merveilleux, pour qu'il ne semble pas très-vraisemblablequesielle a existé, les arts aient du la regarder comme copsacrée et la suivre aux plus anciennes époques. C'est à tort que jusqu'à présent la figure de la Terre de noti*e bas-relief a passé pour porter une couronne crénelée: un examen attentif m'a convaincu que je m'étais trompé, ainsi que Visconti et M. Panofka. Cette déesse n'est pas couronnée et elle n'a pour coiffure que ses cheveux qui forment une sorte de bourrelet, ou de grosse natte tordue autour de la tête. Aux yeux de M. Panofka une figure jeune, la tête ceinte d'une couronne, et que présente devant Vulcain un bas-relief du musée Chiaram<>nti , pi. 44? serait* encore Erichthonius; mais, certainement, à en juger parles proportions de la tête, aussi forte que celle de la femme qui est auprès, ce
( 45 ) n'est pas un enfant Si le- monuinent était entier^ il nous offrirait ce jeune personnage assis et au^si )$rand que cette femme ; sa téte^ d'ailleurs , n*est pas celle d'un jeune garçon , et le caractère des formes convient à une jeune femme ou à une déesse. M. Panofka regardant eoiflme un gland de chêne l'objet en forme d'oeuf qui surmonte sa couronne, pense que cet attribut indique^ Erichthonius , fils de la Terre i» et au fait il désignerait très-bien un Autochthone, ^né de la terre» selon les anciens, comme les glands dont il faisait sa nourriture. Mais, d'après la forme et la grandeur de cet ac> cessoire, et en le comparant avec les glands qui sont très-distincts dans la couronne, cet obj-et n'est pas un gland, il ressem-ble plutôt au fruit du lotus tel qu'on le voit sur la ^téte de 1*1sis grecque. Cette figure me semblerait donc être Cérèis k laquelle on donnait souvent les mêmes attributs qu'à Isis; il était juste que la couronne de la bienfaitrice du genre humain se formât du gland dont elle détourna les homme.s et de l'épi de blé qu'elle leur apprit à employer. La déesse qui est près d'elle, peut être sa sœur Vesta; de même que Yulcain elle présidait au feu , il est naturel de les voir réunis, et ce bas-relief, lorsqu'il, était complet, devait, ainsi qUfB le pensent MM. Phil.- Aurel. Yiscouti et Jos.-^Aut. Guattani,, représenter une assemblée des dieux plutôt qu'un sujet relatif à Erichthoniiis selon l'opinion de M. Pauofka.
RÉPLIQUE A un écrit de M. Félix Lajard, intitulé Réponse de M. Lajard h un article de M, le comte de Clarac^ sur le bas-r relief mit hriaque du Musée royal du Louvre^ w*^ 76, inséré dans le numéro qui doit paraître du Bulletin universel des sciences.
Il s'est élevé, il y a quelque temps, une discussion ^ntre M. Lajard , aujourd'hui de l'Académie des inscriptions, et. moi, au sujet du grand bas-relief mithriaque du Musée royal du Louvre, n** 76, et qu'ont fait naître non-seulement \ei& nouvelles observations qu'il a fait paraître en i8a8 (i), mais encore la manière dont il s'est expliqué devant l'Académie des inscrip-
(i) Koavcileè observatiotts snr le grand bas-relief mîthrîaqae de la coUaction Botghèke , etc;. par M.' Félix Lajard. Paris, Firinin Didor, imprUn. da Roi et de riastimt , me Jacob , n° a4 ; 1818.
( 46 ) lions sur ittes travaux ou plutôt siir la négligence et le peu (Inexactitude que je mettais dans l'examen des monumens antiques confiés à mes soins. La conviction intime de ne pas mériter ce grave l'eproche , que ne m'avaient jamais adressé de savans académiciens , qui ont autant , pour le moins , que M. Lajard étudié les débris de Tantiquité , m*a persuadé qu'il était convenable que je relevasse le gant qu'il m'avait jeté. Je m'en étais occupé lorsque des afTaires importantes , des voyages assez longs me firent, pendant plus d'une année, perdre toutà-t'ait de vue, et la réponse que je comptais faire, et même ce que j'en avais déjà écrit. Mais, en travatilant à une nouvelle édition de la description des antiques , qui sert de guide aux amateurs dans le Musée , les idées tout-à-fait singulières que M. Lajard avait professées sur les arts et les inscriptions dans ses nouvelles obserpations sur le bas-relief mithViaque , me revinrent à la pensée ; je ne crus pas pouvoir me dispenser de les réfuter, et d'en montrer le vide, sans cependant entrer dans de grands détails. Il me paraissait aussi qu'il était en quelque sorte de mon devoir de défendre les saines doctrines de Visconti, auquel , malgré les insinuarions de M. Lajard , je ne me flatte que d'avoir succédé, sans avoir jamais pensé à pouvoir le remplacer. Avant de faire paraître cette description du Mnscc des antiques , qui est sous presse , j'en tirai quelques articles ainsi que des extraits des livraisons encore inédites de mon ouvrage sur la sculpture ancienne et moderne, et je les publiai dans le Bulletin universel, etc., de M Je Baron de Férussac ( février i83o). M. Lajard se hâta de répondre à mes remarques ou plutôt de faire semblant d'y répondre, car ses argumens ne sont pastrès-péremptoires, et ses nou<>elles idées sont peut-être aussi légères que ses nouvelles observations. Il crut apercevoir de l'aigreur et des arrière-pensées dans mes remarques. Il n'y avait pas , o«i il n'y avait que peu d'aigreur. Quant aux ariière-pensées , c'est différent : mes articles ont paru au moment où l'Académie des inscriptions allait s'occuper de la nomination de plusieurs membres. Pourquoi dtssimulerai-je que j'aurais cni rendre service à ce corps savant, et même à M. Lajard, si j'avais contribué à lui faire, attendre le, moment où des travaux plus solides lui auraient donné plus de droits à en faire partie. C'était sans intérêt personnel et en lui rendant justice comiiie à
( 47 ) «oi-inétne, puis4|ue je n'ai jainHis cru avoir ik^s (itres siinisnns pour lîoe présenter à rAcadémie avant «Ips personne» anxqiieffo^ j eo reconnaissais de plus positifs.
Voici, an reste, Téttit de la question par rapport à notre bîisreiief: il ne s*a{ât que de ce qiii le concerne soua le point de vue lies arts et non sous celui de la doctrine mithriaque sur inquelle M. Lajard a dit, dans ses noftveiles obsetifations y des choses très-intéressantes , mais qu'on trouve , pour la plupart, dans les ouvrages italiens ou allemands de Zoéga, d'Eîchhorn , de MM. deHanottier, Welcker , et des autres auteurs morts ou vivans que cite ce dernier écrivain. Mais on n'en doit pas moins beaucoup d'obligation an savant académicien qui a pris la peine 4c nous )es faire connaître en les traduisant de ritalieu et de rallemand.
Qaanfc au bas-relief en lui-même , et sous le rapport de sa corapositTon et de son exécution , le savant académicien le place au temps des premiers , Césars , c'est-à-HJire vers la 5o* année ^e notre ère. Cette opinion , qui appartient bien et tout> à- fait à M. Lajard , ^ï qui certaii»ement est une des dëcoirvertes i les plus neuves de ses noupclles observations^ me paraît tout-à- I fait erronée ; j*espère le prouver, et les antiquaires, qui unissent à la sci^tee des Hvces la connaissance des monumens et le sentiment du dessin , seront, je crois, de mon avis.
Une autre partie de notre bas-relief sur laquelle M. Lajard a fait des méprises encore plus fortes, vu qu'ici ie présentent des points de fait, ce sont les inscript ioins que l'on y trouve. J'avais voulu , dans la conversation, lui montrer lettre par lettre qu'il se trompait entièrement, et qu'il prenait pour des inscriptions antiques des griffonages du i6^ siècle , reconnus pour tels à la première vue par MM. Lelronne, Welcker , Millingen, Panofka> Cbampoilion jeune, qui avaient souri de ces inscriptions antiques. M. Lajard n'en a pas tenu compte, et dans sa réponse à mes remarques , il soutient son dire de manière à faire douter de la .vérité de ce que j'avance et même de l'existence de ce que je dis avoir vu et examiné. Il autorise entièrement par là ma réplique, et ne -doit pas être étonné si je cherche à proiiver qu'il n'est pas trèsr-famiiiarisé avec les inscriptions latines.
La réponse de M. Lajard est très-courte; ce n^ sont pour ainsi dire que des sentences qu'il laisse tomber de la hautenr où
(48) ra placé sans doute le grand oiwrage qu'il promet depuis si long'temps sur Vaiiliqué religion de la Perse : elles portent coup , comme ces apophtegmes dès anciens sages qui faisaient .loi » et qui auraient pu lui rappeler le célèbre connais-toi toimême de Delphes. Mal heure Ussement pour moi et pour mes lecteurs, je n'ai ni assez de talent, ni assez d'autorité pour être aussi laconique , et j'ai besoin de donner un peu plus d'étendue à ma défense.
Le savant orientaliste , dans sa réponse, tirant une singulière conséquence de Taveu que j'ai fait de m'être trompé dans l'explication" d'un bas-relief, en conclut que c'est une raison de douter de mes autres interprétations; c'est du moins une garantie de ma franchise à reconnaître mes erreurs. Qui ne se trompe pas? Et l'on peut voir, dans le peu que j'ai écrit, que je ne fais jainais de difficulté d'avouer que telte opinwn que j'ai émise sur un sujet ti'est pas sou teoable. Certes je serais trèsdisposé à admettre La justesse des . nouvelles - obserpatitms que pourrait faire paraître M. Lajard, si je le voyaisreconnaUre €[u^y dans les premiért^s , il s'est trompé sur l'époque , le style , les inscriptions de notre bas -relief mithriaque, et s'il convenait que pour écrire sur les monumens. antiques il est bon de les examiner avec des y-eux d'arlisie et d'antiquaire et avec un es^ prit de critique .
. Alex an dre-le- Grand se trouvait on jour chez Apelle , et comme un conquérant qui avait assez vu le. noonde , eoR>me le fondateur de belles et grandes villes, et comme protecteur des arts auxquels sa gloire avait inspiré tant de chefs-d'oei.ivre , il se crut en droit de parler à tort et à travers sur la peinture. Il esta présumer que le goût du héros macédonien avait un peu perdu de sa pureté grecque dans ses voyages aux ludes , en Perse , en Arménie , et qu'il ne raisonnait pas aussi bien sur les arts que sur la guerre. Parlez plus bas,. lui dit Apelle, de peur qu'un des jeunes gens qui broient mes couleurs ne vous entende et ne rie de vos propos. Le conquérant reçut très-bien le conseil amical du peintre, et parla d'autre chose. Au fait, qui- peut, être propre à tout ? Non^ omnisfert omnia Teiius, et un savant orientaliste,que rien, ne saurait tromper sur les monumens persans^ arméniens , et de tou^ l'Orient , peut , malgré toute sa sagaeité , ' être d'un goût moins sûr, loi^squ'il s'agit des ouvrages des Grecs
(49) et des Romains, et 11 ne serait pas impossible qu'il y trouvât les beautés et leur assignât clés époques sur lesquelles ceux qui Ée se sont occupés que des arts de notre pauvre Occident, ne ieraient pas tout-à-fak d*accord avec lui. Mais je croirais' alors |8e, sans être un Apelle , on peut se permettre de faire des obtervations au savant voyageur qui n'est pas un Alexandre.
Il me semble entendre M. Lajard discuter sur notre bas-relief bithriaque avec quelque sculpteur auquel il tient à persuader |ue , malgré les mutilations et les dégradations que notre monu" ^nt « éprouvées , il doit encore être considéré comme Vun des pLtJS pmÉciEUX chefs-d'œuvre que nous ait légués V antiquité ^maine; et que nous en devons la conservation' à quelque heureuse circonstance qui empêcha le préfet de Rome Gracihus ( Tan 377 de J. - C. ) qui détruisait les monument ^ayens du temps de saint Jérôme , de faire tirer ce bas^relief ^e la grotte du capitole, déplacement quiy à la vérité y aurait pùgé des machinés et beaucoup de temps (nouv. observ.,p. i5t7 ). Mais, Monsieur, répond le sculpteur, je conçois très-bien, kt je sais par expérience qu'il faut des machines et du ien^ kour placer ou déplacer un .bas-relief à la conservation duquel Wi attache du prix. Mais lorsqu'il ne s'agit que de détruire, -et bue ce n'est pas, comme la bande noire ou vandale, pour se l^rvir des matériaux, je ne vois pas qu'on ait besoin de machibes et de beaucoup de temps. Des marteaux 3 des pics, des [cailloux ont bientôt fait l'affaire; en quelques minutes, on ré-iduirait en éclats le chef-d'œuvre qu'on eût mis plusieurs années \ produire, et il n'en faudrait pas davantage pour qu'il n'y eût iplus de Laocoon. Mais ceci importe peu au fond de la discussion^ let il est inutile de rechercher ce qui a pu sauver, en partie, des mains destructrices de Gracchus notre bas-relief mithriaque, et inousle transmettre dans un état assez reconuaissable , malgré ^>e que l'on peut y regretter. Vous trouvez donc. Monsieur, que c'est un chef-d'œuvre et l'un des plus beaux legs que nous ait [transmis l'antiquité romaine. — ^ Comment, si je le trouve! jet vous, après l'avoir bien considéré^ pouvez-vous douter un instant que ce bas-relief soit , sous le rapport de Vart , moins digne de notre attention que sous le rapport des particularités qu il présente. Comparé à tous les mùnumens du même genre ^ sans en excepter même ^ peut-être y celui de la Filla Albani, le
has^reîief de la grotte du Capùole leur est infiniment supérkm par son style , sa composition et son exécution. Ne voyez-vom^ pas que son stjrle, la disposition du sujet principal, les formes t le mouuemerét.des animaux surtout , ^jffrertt cette sitnpHtité, ce^ noblesse, cette élévation , qui rappellent les souvenirs de la bonm\ école grecque, et que Cou ne troupe déjàphts an même degré ^ pureté dans les monumens romains du %^ siècle de notre ère. E soyez bieq snr que o'est cette observation et plusioisrs autres gm f'exposerai snccessivement dan» Totivrage in«4^ q^^ j^ promeft depuis long* temps, etqtie je ferai bientôt par^ûlre, qui me poê tent à fixer V époque de ce précieux bas-relief au temps des prù miers Césars^ et à le considérer comme le plus ancien de tous te monumens mithriaques que nous connaissons dans l'empire romain, — Ah! Monsieur Lajard ! — Quant à V exécution , je sas bien qu'elle est peu finie dans quelques parties ; irn^ïs ne la trou* ▼ez-vous pas admirable , dans les chevaux et dans le taurem principalement ? partout elle est large , franche ^ et d'une granA manière^ pour me servir de V expression des artistes, et cette su périorité que je viens de signaler^ et dont voiis êtes eertainemenl eonvainçri , dans les formes et r exécution des animaux , nes^ pas seulement particulière à ce monument , on la retrouve dam tous les monumens mithriaques romains. Et quand vous le von drez je vous montrerai à Tchehelminar ou Persépolis^ des ta»^ reaux, des lions, des griffons sctdptés avec une perfection comparable peut-être à celle des plus beaux modèles, de Vantiquiu grecque. — Ah! Monsieur Lajard! Tamour du persan voui emporte. Pour le moment, je n'ai pas le temps de v^o^ns siiivn à Tchehelminar ou Persépolis , et je me borne à ce que noui avons sous les yeux. Mais, je vous en prie, faites attention à c< que vous avancez. Parlons plus bas, car j*ai là quelques éièvei qui sont malins, et quoiqu'ils n'aient pas encoro un an d'atelier, ils s'y connaissent assez pour ne pas être de votre avis. Je ▼ous avouerai même, qu« s'ils jugeaient ainsi la sculpture grecque et la sculpture romaine, je serais fort inquiet pour leurs progrès, et peut-être les engagerais-je à choisir une autre carrière. «^-Fort bien. Monsieur, ce ne sont pas là des preuves, vous avez votre opinion, j'ai la mienne, les opinions sont libres, et il n'e^t pas moins positif que le bas-relief mithriaque est nn chef-d'œuvre, et que dès le second siècle de notre ère la sculp-
tnre romaine n'avait plus assez de vigueur pour produire^des
Îiivrages aussi grandement traités. — Vous voulez peut-être ire grossièrement, — Non, non Monsieur, je suis maître de mes expressions. — Eh bien ! puisque vous m'y forcez, il faut que M5 me défende. — Vous aurez de la peine. — A to«t seigneur, ipxyt honneur, et je devrais commencer mon examen par Blithra et ses acolytes; mais il paraît que vous y tenez assez neu, que vous en faites bon marché, et peut-être conviendrez- ▼ous aisément que ces figures sont courtes et lourdes de proportion, que les draperies sont fort médiocres d'ajustement, et que l'exécution en est très- grossière. Je ne vois pas que l'on puisse faire remarquer la composition de ces figures et la mettre audessus de celle des autres bas-reliefs mithriaques, puisqu'à très- peu de chose près ils offrent tous la même disposition de figures et les mêmes attitudes. Je vous avouerai même, quoique certainement je me trompe , puisque je ne suis pas de votre avis, que si parmi tous ces bas-reliefs mithriaques , qui, aux yeux de tous les sculpteurs , passeront toujours pour les pro- ~ ductions antiques les plus médiocres et de ces ouvrages faits en fabrique, il fallait faire un choix , je serais très-porté à donner . ja préférence pour la composition et l'exécution au bas-relief de la Villa Albani et à celui de la cour du Musée royal. Peut-être ne l'avez-vous pas vu. — Ah! par exemple! — Eh bien, regardez-le encore avec soin, et vous verrez s'il ne l'emporte pas sur notre grand bas-relief par la conservation de ses accessoires , qui, s'ils ne sont pas d'un travail très-recommandable, ont du moins le grand avantage d'exister , tandis que ceux dont vous vantez la richesse» dans le grand bas-relief sont dus en grande partie à des restaurations modernes. N'est-ce pas célébrer la fortune de quelqu'un et lui en offrir les détails après qu'il la perdue, et vous renouvelez tous les regrets de votre pauvre Mithra. — Point de plaisanteries, Monsieur, dans un sujet aussi grave. Et les animaux seront-ils assez heureux pour trouver grâce il vos yeux ? — Je sais que vous comptez beaucoup sur eux pour soutenir l'honneur de notre bas- relief ; j'y arrive. — . Et ce sont là les accessoires du sujet principal. — Eh bien , Monsieur, je ne conçois guère que vous puissiez accorder à ces animaux , pour le mouvement et les formes, le style enfin , la supériorité sur ceux des autres bas-reliefs. C'est probablement
un jeu de votre imagination^ cela bc gagne en Orient, car la plupart n'existent plus et les autres sont très-mutilés. Sur ces six chevaux, qui conduisent à travers les rochers les chars du soleil et de la lune, ce qui, soit dit en passant, est en sculpture une composition de très-bon goût, et qui sans doute rappelle le beau temps des écoles grecques, sur ces six chevaux donc, que vous trouvez admirables ^ il n*y en a qu'un qui ait conservé sa tète et elle est très -médiocre, les cinq autres sont modernes. La plupart des jambes , celles qui se détachent le plus du fond, le sont aussi, de même qu'une grande portion du corps ; il n'y a dans tout cela rien qui justifie Tépithète admirable y et si vous remployez dans cette occasion-ci, on ne voit pas trop^ du moins dans nos pauvres langages de l'Occident, les termes dont vous vous serviriez , si vous faisiez la description des chevaux du Parthénon , de ceux de Balbus ou de celui de M. Aurèle.
Mais passons au taureau dont vous faites un si grand éloge et qui doit avoir sa bonne part de Vadmirable, Il ne faut pas avoir beaucoup vu et étudié les animaux pour reconnaître qu'il manque lout-à-fait de proportion dans la partie postérieure. Il est impossible de retrouver à placer la longueur de la cuisse et de la jambe, entre le grasset de celle cuisse et le sabot qui existe; l'espace est trop court. Le ventre et les parties environnantes sont nulles sous le rapport du modelé, et je les crois, si vous le permettez, mieux rendus dans le petit bas-relief de la cour du Musée royal. Si nous entrions dans des détails plus minutieux sur le dessin de cet animal , on verrait que l'oreille est mal placée, que l'épaule n'est pas bien accusée, que l'emmanchement du bras du taureau avec l'épaule est beaucoup trop haut et qu'en Gn cette belle victime de Mithra serait incapable de remuer ni pieds ni pattes s'il prenait envie à ce génie divin, la source de la vie, de lui donner l'existence. Malgré tout votre enthousiasme pour cet admirable taureau je doute que vous pussiez le comparer avec avantage pour le dessin , le style et Texécution , à ceux que nous offrent , au Musée royal, le bas-relief des suovetauriîiày n* 176; celui qu'immole une Victoire, n® aa3; la marche des victimes, n*^ aaS; un autre sacrifice du même genre qui est dans la cour , n** 761 , et même un bas-relief qui représente un lion dévorant un taureau. Tous ces animaux , du moins aux yeux des sculpteurs.
(53) remporteront le prix sur celui que vous trouvez admirable^ et cependant. Monsieur, ils sont tous de travail romain et probablement à peu près de Tépoque que vous assignez à votre cbef-d*œnvrc de sculpture romaine. Je ne serais donc pas étonné que les connaisseurs ne lui conservassent pas la place distinguée que vous lui assignez parmi les plus beaux ornemens du Musée royal. Quant au chien de notre bas-relief, ne m'en veuillez pas si je ne vous en parle pas. Il ne pourrait être question que de la place qu'il occupe puisqu'il est certainement
i moderne. Je n'ignore pas qu'on le voit dans les planches de Beger ( Specilegium , etc., pi. xxi ), de Dom Martin ( pi. vi), dont la première est d'après le dessin de Pighi. Il est à croire que ce chien existait alors, mais depuis il a disparu; et malheureusement pour lui et pour vous, il ne peut plus, comme celui de la cour du Musée royal, servir d'exemple pour prouvée la beauté que
! vous trouvez au mouvement et au style des animaux de la suite de Mithra. Mais, Monsieur, j'abuse de votre temps et de voire patience. Je suis un peu long. — Il est vrai que vous n'êtes pas
I court. Mais bientôt, j'espère, j'aurai mon tour et je vous attends.
[ Eh bien comment trouvez-vous le serpent ? Il a été en grande partie restauré ainsi que la jambe droite du taureau, et l'on voit
' d'après le dessin de ?ighi qu'il n*était pas comme l'a fait la restauration , et qu'il s'élevait le long de l'épaule du taureau ainsi que dans le bas-relief de la cour du Musée royal et dans celui de la villa Albani. — Il résultede ce que vous me faites l'honneur de me dire que, puisqu'il n'existe que quelques fragmens de la partie inférieure de ce serpent , nous ne pouvons pas trop juger de son mouvement et de son style; cependant, d'après les trois tronçons qui en restent, il me semble qu'ils ont tout simplement la forme d'un gros rouleau couvert d'écaillés , et que, sous le rapport du dessin, ils ne sont pas propres à faire regretter ce qui a été détruit. Mais une particularité à laquelle vous tenez, je crois ^ plus qu'au serpent, qui se trouve dans tous les bas- reliefs mithriaques, c'est la chouette, qui ne s'y, voit nulle part, et qui, selon vos savantes observations , ajoute beaucoup à la valeur de notre monument. On la voit, m'avezvous djl, sur des médailles de Cilicie que l'on croit frappées parles rois de Perse, par conséquent elle a tous les droits de faire partie de cette sccno, ox vous m'avez, d'ailleurs, aflirmé
(54) qufc 7fous vous étas assuré qu'à la vérité le corps de cette chouette a éprouvé une fracture , mais qu'aucune partie de F oiseau n*esi moderne. Vous ne croyez donc plus à Fexactitudc de Pighi , de Beger, de Montelaticci, de Dom Martin, ils ont perdu votre confiance puisque vous chassez le corbeau qu'ils donnent dans leurs dessins, et que vous le remplacez par une chouette. Il est cependant à croire que l'oiseau, quel qu'il fut, existait dû temps de Pighi , le premier qui ait publié un dessin de ce bas-relief. Ne me dites pas qu'il a pu copier cet oiseau d'une manière inexacte et faire un corbeau d'une chouette , ce qui ne se ressemble guère. Vous lui feriez tort dans mon esprit, et vous autoriseriez à croire qu'il a pu voir aussi inexactement d'autres parties du bas-relief, et cntr'autres une certaine inscription. Car si l'on prend une chouette assez grosse pour un corbeau, on peut bien lire quelques lettres pour d'autres, surtout lorsqu'elles ne sont qu'à peine indiquées ; mais ce n'est pas mon affaire. Au reste, je me permettrai d'affirmer aussi démon côté que j'ai examiné cet oiseau avec le plus grand soin , et de très-près, et qu'il n'y a d'antique et tenant au rocher que les pattes, le corps est entièrement moderne. Ce qu'il est facile de vérifier à la jonction des parties. Ce n'est pas une fracture mais bien une pièce rapportée, je croirais même d'un autre marbre et d'un travail différent. Et j'ose affirmer encore que, malgré la beauté d'exécution que vous accordez aux animaux de notre bas-relief, il est fort douteux qu'elle ait été portée, dans le rendu des détails, au i)oint qu'il fut possible à un naturaliste de décider d'une manière aussi positive que vous seriez, je crois, tenté do le faire , que ces pattes appartiennent plutôt à une chouette qu*à un corbeau. 11 me semble donc que, malgré l'imposante autorité des médailles de Ciiicie en faveur de la chouette, il est très-permis aux sculpteurs, qui auront à restaurer des compositions mithriaque^, de laisser au corbeau j'avantage d'y figurer , honneur dont il jouit dans tous les reliefs que nous connaissons. Ils pourraient bien aussi y faire/entier des pins , mais ce ne serait pas en s'autorisant de l'exemple de notre monument où vous reconnaissez pour des pins, des arbres qui n'y ressemblent pas plus qu'à des pommiers. Ce n'est même pas ainsi que le pin est indiqué dans les bas-reliefs antiques , et voilà comme on écrit l'histoire et comme on décrit les
(55) xnoQumens antiques; et vous ne voulez pas que je soutienne «IM^i Be 6ufBt pas de s'éVce enfoncé dans les profondeurs des an- J^iquités persanes pour parkir sur la sculpture ^ maù fu'ii/ma ^nonre ej^miner l^s monumens antiques avec soin , avec des y eux €C<atute ei an esprit de critique.
Je suis cependant trèô^oin de ne pas Regarder notre basrelief u^ithriâque comme un des plus précieux monumens du SlUsée royal» mais je suis eneore plus loin de convenir avec V6US qu'il soit beau, que ce soit un. chef-d'œuvre, et qu'il remonte à l'époque des premiers empereurs. Il n'est beau qu en le comparant avec ceux dont la composition, lestyleeti'exéoU^ âion sont encore plus mauvais. Je ne saurais donc vous accotder «|ue ce soit an des plus précieux chef s-rd* œuvre que le ciseau an^ tique nous ^it transmis. Je douté qu'on. soit tenté, pourvà^ ' qu'on ait le sentiment de la sculpture ou du dessin, d'établir «n parallèle entre.^re bas-relief, qui ressemble plutôt à une ébauche 4;rossièi*e et salis proportion qu'à un travail terminé, et les bas '-reliefs' de la belle base de marbre de Pouzsoles , oii ceux de l'arc de Titus qui sont des premiers empereurs ; et je ferais déserter mon atelier si je mettais ce bas>relief en comparaison avec ceux de la colonne trajane- ou d'autres productions du temps des .Antooins. Vous avez en outre, avancé , Monsieur, que ce monument offrait une grandeur, une élévation^ unn pureté de Jstyley qui sentaient la bonne école grecque, et qu*XHi ne retrouve déjà plus dans la sculpture romaine au second siècle de notre ère^ Mais autant que je me le rappelle, Trajan^ Adriea, Antonin Pie sont de ce temps , et Commode^ le dernier des Atttonins, don^^les règnes ont été si brillans pour les arts, est. mort quelques années (en i92)avantla fin du second siède; et. je croirais qu'en conscience vous leur devez une réparation. Vou» vous tireriee mieux d'affaire avec les successeurs de Septim« Sévère , mats encore bien mieux avec Dioclétien , Constantin et les autres empereurs t|ui l'ont suivi. Ils ne pourraient pas trouver mauvais qae vous attribuassiez à quelque sculpteur de leur temps., où les arts étaient en décadence, un ouvrage qui en porte tous les caractères, et qui, par la médiocrité de son dessin et lé peu de noblesse de ses formes, figurerait très-bien à coté des bas-reliefs dont ils ont chargé leurs arcs de trioni-^ phe et leurs monumens.
(56) Mais y Monsieur y Je vous prierai de remarquer que vous ape% bien voulu reconnaître que la tête moderne qui a été ajustée au corps du taureau, était belle, quoiqu'il vous ait contenu d'appe- 1er le mùnumeut un très-médiocre ouvrage des derniers temps de V antiquité romaine. Or, je le demande , aurait-on confié cette restauration au sculpteur habile qui l'a exécutée pour le musée de la villa Borghèse , si les antiquaires et les artistes de Rome n* avaient préalablement Jugé que le corps du taureau était luimême d'une belle exécution. Fous ne pouvez ignorer que le défaut habituel des restaurations exécutées sur un modèle antique^ n* est pas (^effacer les beautés de V original, £t il y a dans le haut du bas-relief des portions assez belles pour justifier et la belle restauration de la tête du taureau et P opinion que plusieurs célèbres antiquaires ont eue à l'égard du style de ce monument, et je vous avoue que je n'ai pas cru devoir m'éloigner de leur opinion. — Vous auriez pu vous en écarter, Monsieur, sans crainte de reproches. On sait très-bien que souvent des antiquaires trèshabiles sous plusieurs rapports, ne Tétaient pas autant sous celui du dessin, et qu'on peut rabattre de leurs éloges. Quelques particularités rares et curieuses ajoutaient à leurs yeux Jieaucoup à la beauté d un monument. Les raisons que vous venez d'apporter, pour prouver «elle de notre bas-relief et la haute opinion que l'on en avait, ne me paraissent pas très-concluantes. Il est vrai que rarement les restaurations remportent sur les parties antiques auxquelles on les associe, et que souvent par leur médiocrité elles nuisent à l'ensemble et font disparate par le manque de style; mais ce n'est que lorsqu'il s'agit de très-belles productions de l'antiquité ; il est toujours très'difficile et très-dangereux de les réparer et l'on reste or^ dinairement au-dessous du modèle. Les ouvrages médiocres n'exposent pas aux mêmes risques , et un sculpteur de quelque talent les restaurera de manière à ee qu'on se méprenne sur les parties qu'il aura restituées. Si d'ailleurs il y a de l'infidélité à faire moins bien que ne le sont les restes antiques que Ton ragrée , n'y en a-t-il pas aussi à faire mieux. D'une manière ou d'une autre, le monument en souffre et perd de son harmonie : on unit à une étoffe très- fine un morceau grossier, ou une pièce d'un b^au tissu à une étoffe très-rude; notre bas-relief est dans ce cas. Le sculpteur à qui l'on en aura confié une des
(57-) restaurations y car elles paraissent de plusieurs mains , aura suivi les idées de quelque antiquaire enthousiaste, et il se sera plu à exercer son talent. La tête moderne du taureau , quoique ce ne soit pas un chef-d'oeuvre, et que l'on puisse en trouver de meilleures dans les monumens antiques que je vous ai cités , est d'un dessin et d'une exécution hien supérieurs à ce que présentent le corps du taureau , les autres animaux et tout le reste du bas-relief, elle attire trop les regards, et, en dépit de Pantique Mithca , de sa suite et de ses mystères , tous les honiieurs sont pour la tète moderne de sa victime. Je ne vous parlerai plus des autres personnages de cette scène , puisque vous reconnaissez leur infériorité , et que vous pensez que si on les y maintenait c'était pour rester dans l'esprit des mtmumens perlans oh les animaux sont mieux que les figures humaines. Mais ta supériorité du taureau et des animaux sur les autres personnages du bas-relief, fut-elle aussi incontestable que vous rétablissez, ne prouverait rien, puisqu'elle ne s'exercerait que sur des figures très-médiocres ; mise en rapport avec d'autres projductions antiques , cette supériorité serait même réduite à de la Médiocrité, et il me semble que ce n'est pas assez pour que je m'écrie, avec v©us, que ce bas - relief est un des plus précieux thtfs^*oeuvre que nous ait légués la sculpture romaine du temps des premiers Césars.
Telle est peu à près, ce me semble , la conversation qui pourrait avoir lieu entre un artiste et M. Lajard dont j'ai rapporté )es propres expressions; et si je me suis permis de faire parler mon sculpteur, je crois pouvoir répondre qu'il n'y aurait pas d'artiste qui ne fût de mon avis.
Mais ce qui touche le plus vivement le cœur du savant académicien , ce sont les inscriptions gravées sur notre monument, et •u fait, d'après son système, ce doit en être la partie la plus importante puisqu'elles lui servent à en établir l'époque ; reste à savoir s'il a réussi dans cette tâche difficile. Je ne diraiqu'un taot du fameux NAMA SEBËSIO, auquel ses connaissances profondes dans le pehlvi , le zend , la langue antique des Persans, lui font donner une autre interprétation que celle d'Anquetil, qui savait aussi un peu le zend et le pehlvi, et qui traduisait ces mots par hommage à la verdure, M. Lajard ne veut pas en entendre parler, et il est étonné que ce savant académi-
. ( 58 ) • cien ait fait dt Sl&Bitsiuâ un prétendu mot persan latinisé pour arriver à atve interprétation aussi forcée* II se peut que M. Lajard ait raison et que ces mots signifient : hommage à SébémUts 49if à Sabasius; et qu'il ne fût pas plus difficile ide se rendre raison de la signification précise de ces mots y qu'on rte serait embarrassé de comprendre les phrasés dans lesqueUes Anquetil dit, ^n traduisant d'anciennes litanies persahes : Je fais Né€iesch •à Mithra, je Jais Jesclu à Mithra^ J6 fais Jzeschné à Mithra ^ je fâi$ Nama à Sébésius. On verra faeilement que dans l'an et Vamtre cas^ il s'agit d'expressions sacramentelles qu'on a conservées dans leur forme originale^ de peur den' altérer ou d'en affaiblir le sens en essayant de les traduire » Ces paroles mystérieuses et sacrameatelles pouvaient être très-expressives piour des initiés pei^ans , mais en était-il de même pour ie^ adeptes romains à l'époque où. ce bas-relief a été exécuté : cela peut paraître douteux d*après ce que dit M. Lajard au sujet de Vïu- "scription iDeo soli inpicto Mitrke, Cette formule, dit le savant académicien (p. a8) se retrouve sur un grand nombre de mo^ numens mithriaques ; elle prouve qae quoique Mithra. , dans U système du Zendr-As^sta^ fât une dîpùiité supérieure au soieilet très<listincte de cet astre , son culte chez les Âomains , et très^ probablement aussi dans l'Orient, aidait fini par dégénérer en un culte matériel^ dont le soleil physique était C objet ^ etc. . . . - • Ces expresions ^ avait fini par dégénérer ^ indiqueraient que ce fut long-temps après son établissement chez les Romains cpie le «;«Ue de Mithra dégénéra de son antique pureté. Mais comment ponrrait-on admettre que cette altération eût eu lieu dans ies. cent premières années de l'introduction, de ce culte mystérieux^ à Rome , lorsque ses adeptes étaient dans toute leur ferveur ; lorsque^ d'après les recherches . de M* Lajard { p, la, i3 obsi )<f cette divinité avait été placée dans le temple qui lui fut consacré sous le Capitole et ne s'y. était pas introduite furtàfemént^ comme tant d'autres divinités étrangères^ et qu'elle s'y éta^ élit au mépris des édits du Sénat et des décrets nombrenx ^ui proscrivaient les religions étrangères; lorsque loin d*apoir aucun obstacle h surmonter , les prêtres de la nouvelle divinité purent bientôt , à l'aide d'une protection toute puissante qui leur avait pertnis de percer le rocher du Capitole , attirer dans leurs sanctuaires ce nombre prodigieux de prosélytes qu'attestent la mul-
iiptîcité des nionumens mithriaques trouvés à Rome et sur les divers points de V empire. Ce culte pouvait-il être dégénéré, lorsque sous les premiers Césars et surtout sous les règnes de Claude et de Néron, les mages jouirent à Rome d'une faveur toute particulière. Peut-on croire que le culte de Mithra, ainsi protégé, établi à tlome 70 ans avant J.-C. ait fini pair s'altérer vers Tan 5o de notre ère, quand tout concourait à lé maintenir clans son antique pureté. Et n'est-il pas vraisemblable, même d'après le système exposé par M. Lajard, que l'altération de ce culte a du être beaucoup plus tardive. Ne peut-on pas adnaettre,* lorsqu'on y est autorisé par le style et l'exécution des monumens, que ceux dont les inscriptions rabaissent Mi thra *dn*étre plus que le soleil physique, au lieu d'être le soleil inteliectuel ,» l'âme du monde, doivent éti-e d'époques très-postérieures à celle de l'établissertient de son culte chez les Romains? n n'est donc pas à craindre que Ton soit taxé de faire tort à l'antiquité de ces bas-reliefs, lorsque, du temps des Césars, où les place M. Lajard, malgréi toutes les raisons que peuvent lui opposer leur composition et leur travail , on les fait descendré au siècle de Dioclélien ou de Constantin , aux temps de décadence desquels leur knédiocrité semble les assigner.
Mais puisque j'ai prononcé le grand nom de Mi thra , je dois confesser un tort dont m'accuse M. Lajard et qui au fait est très-grave'. On ignorait avant lui qu'il était très-important d'établir une différence entre MITHRE et MITRHE , cependant un habile orientaliste dont il ne dédaignerait pas , je crois , l'opinion , est porté à croire que c'est par erreur que l'on a écrit sur le monument le mot de MÎTRHE au lieu de MITHRE, ce qui pourrait faire penser qu'à l'époque où ce bas-relief a été exécuté on ne savait même plus trop bien écrire le nom de ce dieu. Malgré cette autorité, je suis de Tavis de M. Lajard , et je trouve qu'il y a eu faute à peindre en rouge le mot de MITHRE puisque le marbre porte MITRHE ; on doit respecter les inscriptions , même dans Ieui;s erreurs. Auasi ne puis-je m'empêcher de plaindre Visconti d'avoir fourvoyé le public en permettant de tracer avec une encre rouge coupable le mot MITHRE au lieu de MITRHE ; car il faut l'avouer, quandoque bonus, et c'est à ce grand antiquaire qu'est due cette grande faute qui n'avait jamais choqué les yeux d'aucun orientaliste
avant M. Lajard > et ce savant doit jouir sans partage de U gloire de l'avoir fait remarquer. J*avoue même que , d'après son observation et la trouvant juste, je me suis empressé de la corriger; il est vrai que ce fut bifin vite et sans bruit ( rép. p. 5), en laissant tout simplement couler l'encre rouge dans les lettres antiques qu'on avait retrouvées tout-à'coup. Et canimenl voudrait-il que je fusje assee insensible pour que cette rectification n'eût pas contrarié un peu mes prétentions. Quelle obligation ne dois-je point lui avoir lorsque je le vois recohnattrt maintenant qu'il eut le tort bien grave de ne pas songer à ménager mon amour-propre. Oui , c'est aux pieds de Mithra que je déplore tous mes torts, je déclare, dût la modestie du savant académicien en être un peu embarrassée, qu'au lieu de corriger, bien vite et sans bruit ^ peu de jours après la publication de son fatal mémoire y l'erreur de Visconti qui était devenue la mienoe,: j'aurais dû faire publier à son de trompe, par un héraut , à la manière antique, et, d'après les usages modernes, dans tous les journaux de l'Europe, faire même inscrire en lettres d'or, siir le monument, que c'était à M. Lajard que l'antiquité persane,] grecque, romaine et tout le monde savant devaient rincompa-| rable bienfait de voir rétablir dans sa pureté, au lieu du nom de MITHRE celui de MITRHE qui est bien d*un autre intérêt , ainsi que l'apprend M. Lajard à tous les orientalistes passés et présens, et à tous ceux qui marcheront un jour sur ses traces. !
Dans ce que M. Lajî rd rapporte de Zoëga au sujet du nom de Mithra , il s'est laissé aller à quelques légères inexactitudes qu'il n'est pas inutile de relever. Page 3o de ses nouvelles observations, il dit : « Smet et Zoëga sont les deux seuls antiquai- '< res qui n'aient pas lu MITRHE dans l'inscription dont je viens « de parler, ils ont placé l'H après, le T, et leur copie porte « MITHRE, etc. » Page 32, au sujet d'un autre mot : « On peut « d'autant moins hésiter à proposer la rectification de la lec- « ture de Smet et de celle de Zoëga, que ces deux auteurs pâte raissent avoir examiné le monument avec quelque négligence, « puisqu'ils n'ont pas copié le nom de Mithra comme il y est « gravé, et qu'ils n'ont pas relevé -complètement les autres in- « scriplions que porte ce bas-relief. » D'abord, s'ils n'ont pas copié ces prétendues inscriptions, ils ont très-bien fait, et
(6t) ■ Àt, ainsi que Yisconti, agi en antiquaires qui connaissant Wir affaire, ne se sont pas donné le ridicule de publier,, omme antiques, des mots qu'à la prenaière vue ils auront reonnus pour modernes. Ensuite il est bien vrai que Zoëga, dans bs dissertations publiées par M. Welcker, p. 14B , écrit EtTHRË ; mais on pourrait facilement admettre que c'est une kute d'impression , car si M. Lajard eût bien voulu poursuivre es recherches jusqu'à la page 402 , il aurait vu que Zoëga , |aî , pages 142-157, n'avait dit qu'un mot de cette inscription, rvait écrit quelques notes sur la marge de son exemplaire de k grammaire sanscrite de Paulin de St.-Barthelemy. Après melques observations sur les mots NAMA SEBESIO, ou SE- KESION, il dit expressément qu'H faut remarquer que le nom de Éithraest écrit MITRHE et non MITHRAE, comme le donne le père Paulin. Il paraîtrait donc que c'est par inad'vertence que,
ge 142, ce nom a été imprimé MITHRE;"M. Lajard doit être .
rté à la pardonner, puisqu'il a à se reprocher celle de ne pas
oir vu ce qui justifiait Zoëga , et c© qui prouve qu'il a droit à éclamèr l'honneur d'avoir examiné sans négligence ce monument et d'avoir bien lu le nom qui y est inscrit. Il est à croire lussi que, ne pénétrant pas aussi avant que M. Lajard dans bs connaissances mithriaques, il aura eu la bonhommie de regarder comme une faute peu digne d'être relevée , la manière font le nom de Milhra est inscrit sur notre monument, tandis ^'elle a fourni au savant académicien une nouvelle occasion Ée faire preuve de son savoir dans les anciens dialectes de la Perse.
Je pourrais cependant atténuer un peu la gloire de M. Lajard et diminuer l'intérêl de ses observations grammaticales sur le Zend, si je me permettais de faire remarquer que dans un travail spécial qui l'occupe, dit-il , depuis dix ans y il n'a pas mis tout le soin qu'il se flatte d'y avoir apporté , et qu'il exige de ceux qui , rendant hommage à tous les dieux de l'Olympe, n'ont pas voué à Mithra un culte aussi exclusif que lui. Pour le convaincre de son peu d'exactitude dans ses recherches , il me suffirait de rapporter une de ses phrases. P. 29, il dît : « Je ne terminerai pas celte digression sans faire observer que l'inscription DEO SOLI mVICTO MITRHE, qui l'a motivée, présente tine particularité que l'on ne rencontre sur aucun autre monu-
(6,) fncnL » G^tte particularité, celle du mot MITKHË, ii*est cepeivdant pas si particulière à notre bas-relief que le pense M. Lajard. S'il avait pris la peine de consulter un ouvrage publié en 1795, atli de fratelli arvaU% par un auteur fort connu , l'abbé. Marini, il y aurait trouvé, p. 34i , une petite inscription latine
ainsi conçue : VAL MARINYS PATER SIGNV INYICTI
MITRHE (sic) EX YOTO POS ce qui prouve, ce me
semble, que le fameux MlTRHE se trouve , à l'insu de M. Lajard, sur un autre monument que celui du l^usée royal. D'un autre coté le (sic) montre que Tabbé Marini avait fait attention à la manière dont ce nom était écrit, et malgré ou en raison de sa profonde érudition, il n'aura, pas plus queVisconti, attaché aucune importance à celte orthographe, qu'il a prise sans dpute pour une faute , comme l'Y de MYTHRA dans une autre inscription donnée parDellaTorre, il/o/2;/w. veU Antii., p. a4o. Ne pourrait-on pas aussi faire observer que ces MITRHE étaient inscrits sur des ouvrages de sculpture , de même que l'IMBEPREHENSIVILIS BEI , {Zoçgqs Abhandl. p. 1*46 ), auquel on ne comprend pas grand'chose; et n'est-il pas à croire que, dans le premier cas, on doit voir des fautes de sculpteurs peu familiarisés avec les mots persans, plutôt qu'une inflexion d'un nom zende ? D'après ce motMITRHE estropié, et le NAMA SE6ESIO qui s'explique aussi bien ou tout aussi mal par le grec que par le persan « sera-t-on disposé à y voir, avec M. Lajard , une nouvelle preuve de la haute antiquité des traditions d' après lesquelles notre bas -relief fut composé^ ©t ne le laissera-t-on pas jouir tout seul du plaisir de croire que ce has-reliej (des bas temps de la sculpture romaine) e&t^ et il le répète y le plus ancien monument du culte de Mithra. chez les Romains? . .
Dans un autre endroit de ses nouvelles ohserwttiansy p. a6, 31. Lajard, après avoir fait remarquer queMithra tient élevé vers le ciel le mufle du taureau qu'il immole, ajoute « que ceci achève de « démontrer que le sacrifice de Mithra est réellement offert à une « divinité d'un ordre supérieur et qu'il est fondé à rapporter à A Jupiter sebesius ou Ormuzd l'offrande de ce sacrifice.» L'on voit dans la note que des dessins qu'il a reçus d'un bas-relief mithriaque , sont venus con6rmer pleine^nt cette opinion. 31. Lajard aurait du en faire hommage à Zoëga, qui l'a église
(63); léng'tmips avant lui, et qui, p. 37, v. a, de ses itefssl riUepiy etc., lit qu'il est très-naturel de voir dans cet acte de Mithra un grand It solennel sacrifice , que, comme médiateur et même comme Keu victorieux, ce que peut rappeler son titre à^imdnc^ble jy il kfre à des divinités supérieures; et, p. 27, Zoëga dit encore q<i*en ■onsidérant la nature de Mithra, il paraîtrait qu'il ne peut adres- 1er le sacrifice qu'à Ormuzd, père des bons génies, au nombre desquels était Mithra ; ceci ressemble assez à tout ce qu'a dit » de- ^is^ M. Lajard. Ce Zoëga est un bon fonds à exploiter, le savant ^'adémicien le sait bien , et y puise avec succès ; mais il serait ^ien de reconnaître ses emprunts, et les fréquentes obligations {l|u'il a contractées envers le savant Danois et bien d'autres. ' Mais ce qui appartient entièrement à M. Lajard, c'est sa fiouble explication du caractère de Mithra. P. !i8, il nous le; ^présente comme la personnification de la chaleur solaire à l'ébainoxe du printemps, et p. 29^ d'après le môme bas--relief, nous le voyons figurer le soleil au solstice d'été; il faudrait cependant se ^décider entre ces deux saisons , et notre Mithra aufrait trop à faire, si, sur le même monument, il est à la fois le sym* Pbole du soleil à l^une et à l'autre de ces époques de sa course, f H. Lajard, p. 16 , n'admet pas que l'on puisse douter « que [tilô mithraeum souterrain du Capitole ne fût considéré, par sa f «seule position, comme le véritable siège du culte de Mithra à i «Rome y » et il ne veut pas qu'il soit permis de supposer que ce
! n'est pas contre ce temple que fut dirigé lezèle dont Gracchus était animé en faveur de fa religion chrétienne. Mais sainf; Jérôme , dans sa lettre à Laeta , non plus que Prudence contre Symmaque, en louant le ^èle de Gracchus,- ne disent uq mot [tie la grotte dû Capitole, et ce qu'ils rapportent n'autorise pas à croire que ce fut là le grand Speleum de Mithra. Il est même à présumer que si c'eut été le principal sanctuaire decette I tlivinité que Gracchus tenait tant à détruire, notre bas-relief ' n'aurait pas résisté à ses coups , et qu'il n'en serait pas resté I trace. Oans son ardeur iconoclaste et religieuse il eôt surtout ' fait disparaître ces inscriptions qui, mettant hors de doute que c« monument -avait été consacré à Mithra , et le rendant encore plus précieux à ses sectateurs eussent pu suggérer l'idée de le rétablir. Rien, dans les auteurs romains du temps des premiers empereurs, ne donne lieu de penser, malgré les asser-
tions de M. Lajard , p. i3 , que le culte de Mithra fût solennellement inauguré dans Tenceinte du Capitole , et qu'il fût en très-grande faveur sous les premiers empereurs romains. Suétone et Pline, en parlant du goût de Néron pour les vaines superstitions de la magie , ne disent pas un seul mot de Mithra. Le nom de cette divinité, qui, selon M. Lajard, jouissait d'une si grande faveur, ne se trouve pas dans leur^ ouvrages , et il p'est même prononcé par aucun des écrivains latins de l'histoire auguste, quoique certainement le culte de Mithra fût en vogue sous les règnes qu'ils ont décrits , et qu'il soit question dans la vie d'Héliogabale , par Lampride, et dans celle d'Aurélien , par FI. Vopiscus , du soleil , de sou culte et de ses temples. Il y a un mot sur Mithra dans Plutarque, qui dit que, lors de la guerre des pirates par Pompée, on fit connaître aux Romains le culte de ce dieu; et un autre mot.dansDion Cassius ( aucom« mencement du second siècle de notre ère ) au sujet de Néron. Mais dans le passage de Dion , cité par M. Lajard , p. 14 , pour prouver que le culte de Mithra était très en honneur à Rome sous cet empereur, c'est Tiridate , roi d'Arménie , et non Né^ ron, qui parle de Mithra. Ce prince dit à Néron qu'il l'adorera comme son dieu Mithra; ce qui ne prouve pas que Néron l'adorât aussi, quoiqu'il consultât les mages. Dans les inscriptions qui portent des dates ou que Ton peut croire du temps des premiers empereurs ( voy. le recueil d'Or elli, v. i^ p. , /i^ 1906- 1982 et n°^ 234o-!i355 ), il n'est pas question de Mithra, elles portent seulement deo soli invigto; dans d'autres il y a dbo sOLi INVIGTO M. ou DEO soLi INVIGTO MiTHR^E ; mais rien, n'en indique les dates, et elles peuvent être du a® et du 3* siècles tout aussi bien que du i®'. Celles dont on peut assigner l'époque et qui offrent, des noms d'empereurs et de consuls sont des règnes de M. Aurèle, de Commode, de Septirae Sévère; de Caracalla , d'Héliogabale, et peut-être de Victorin, (264-268 de notre ère ), et d'autres empereurs jusqu'à l'an 890. Rien ne prouve donc d'une manière irréfragable que , bien que le 'Culte de Mithra eût été admis à Rome vers Tan 6S av. J.-C, il y fût en très- grand honneur sous les premiers empereurs , puisque les inscriptions montrent que de leur temps c'est au soleil , tel que les Romains l'avaient adoré de tout temps , deo soli iv-
ncYo , qnilB adressaient leurs Y<ttux et qu'ils ii*y joignent pas le lom de Mithrà.
Le style des mônumens mithriâques nous autorisant c^rtai^ lement k les placer à des époques où Ifs arts étaient en dé*- «dence chez les Romains, ne serait-il donc pas h présumer q\ït es idées nouvelles des gnostiques qui prirent fareur vers ta fin hi second siècle de notre ère^ concoururet|t à donner plus dé rogue au culte mystique de Mithra? ce fut alors qu'on le con* [bndit avec celui du soleil. Le mystère répandu sur les cércmonies secrètes dut exciter la curiosité, et lui attirer des parti* sans. Ce fut probablement alors que se multiplièrent dans 1er lecret et dans les ténèbres ces représentations mithriaques. ÎA culte des dieux de TOlympe des Grecs et des Romains , atta^ f|ué de tous côtés , marchait à grands pas vers son déclin, et il est bien à croire que l'on aura mis moins d'importance qu» dans les premiers temps , à empêcher Mithra d'élever ses autels près de ceux de Jupiter, dont le trône était déjà vacillant. On peut s'être servi de quelque ancierinc excavation, ou d'une grotte naturelle , comme on en trouve dans tous les pays volcaniques , ipour y introduire Mithra; car il paraît que le sanctuaire du Capitolû n'était qu'un antre, ttn ipelé&um, qu'il plaît k M. La^ jard de transformer éh un temple souterrain , probablement magnifique et d'un^ grande dimension , rival de celui de Jupiter Capitolin. Saint Jérôme ne l'appelle que specus^et ce tetïueypAS j)lus que spelœum , n'indique mém^ pas une grotte ou une tk^ Verne très-grande. M. Lajard fait observer que Centrée du che« min souterrain qui conduisait au spelasutn était tournée Vers le nord, et qu'en cela, d'après Porphyre , on s'était côUforrilé à l'usage des Persans; et il fait remarquer que \é grand pottiqnd de Persépolis est situé an nord (p. la ). If « se pourratt-il pas que, pour établir \e sanctuaire de Mithra^ on eût profité d» jeette dircfction que l'on aura trouvée à d'anciennes eitCâvatio^S itt qui doit se rencontrer fréquetnment éktii dès pays chtmàâ^ tehque l'Italie^ où l'on cherche à se mcfttre k fabri du vent lumidi? Ne serait-il pâs ptésumable'autet que lorsque leckrâf^ iaoisme commençait à se propager, se<r partisans ne se fuséent ^posés qu« faiblement à l'établfsseinént do euite d« Mitbrai et
P'ils l'etfssent presque favorisé? T^'ét jJÂt'-<îé pa^ pôtt* ett« un xiliaire,pnisq(i'il faisait désert«>r les autels im sincièns^diéuic?
( 66 ) Il contribuait à discréditer le polythéisme des divinités de VO— lympe , et disposait à l'idée d'un seul dieu ; c'était des énneiDis de moins à combattre. Lorsque le christianisme eut acquis assez de force pour renverser entièrement le paganisme , sous Constantin et ses successeurs, il put tourner avec plus d'avantages tous ses efTorts contre le culte de Mithra , qui , se propageant dans l'ombre du mystère , dut résister assez long-temps à ses coups , et qui finit par être renversé sous les décombres des grottes où il se cachait. Il est bien à croire que ce n'était pas dans ses commencemens, sous la fin de la république romaine ou sous les premiers empereurs , lorsque, suivant M. Lajard, ce culte jouissait d'une grande faveur à Rome et en Italie , que Mithra était contraint de réunir ses adeptes dans des souterrains , ou des grottes d'un accès difficile. On voit par plusieurs inscriptions que les mystères mithriaques se célébraient, non seulement dans des grottes, des spelœa^ mais que le dieu avait aussi des temples. Les inscriptions n'indiquent pas, qu'ils fussent souterrains, et il est même à croire qu'ils ne l'étaient pas puisqu'on met une différence entre templum et spelœum, La faveur dont M. Lajard fait jouir Mithra sous les premiers «;mpereurs devait le mettre à l'abri des persécutions ( Observ.^ p» i3 ), et il lui fallait plus ^'espace que n'en pouvaient offrir des grottes telles que devait être celle du petit rocher du Capi tôle 5 /7oiir attirer dans son sanctuaire cette foule prodigieuse de prosélytes , quC atteste la multiplicité de monumens mithriaques trouvés à Rome et sur divers points de t empire.
Le savant académicien , p. 5 de sa réponse , pense , probablement avec raison , qu'il est fort à regretter que je n*aie pas jugé utile d* énoncer mon opinion au sujet des traces qWU avait retrouvées d'une ligne moins apparente au- dessous de la dédicace à Mithra, et qui avait échappa à mon attention quoiqu'elle eût été indiquée tlafis plusieurs ouvrages. Il me pardonnera de n'avoir pas fait attention à une ligne effacée, puisque le nom sacré de MITRHE, nettement imprimé, a échappé à sa scrupuleuse attention. Il est vrai que , ^nême après ce qu'en dit M* Lajard dans ses nouvelles observations , p. 3o , j'avais cru
et j« crois encore que ces lettres N Ë OS ne mé-
ritaittnt guère d'occuper sérieusement. Beger et Dom Martin n'y attachaient pas , ce me semble ^ un grand intérêt. Le pre*
( 67 ) mier en dit bien un mot dans son texte, en citant les lettres âSseK inexactement , mais il ne les a pas marquées dans sa gravure y et il est à présumer qu'elles n'avaient pas paru fort intéressantes à Pighi , puisqu'il ne les avait pas mises dans son dessin qu'a copié Beger. Dom Martin n'indique ces lettres , ni dans sa planche ni dans son texte. Quand un premier examen du moment n'aurait pas fait apercevoir ces caractères à Visconti , il est à présumer que ce qu'en rapporte Beger a dû engager l'habile antiquaire à revoir le marbre avec plus de soin ; et pensét-on que sa sagacité et son immense érudition n'eussent pas été excitées en voyant des lettres qui étaient à la suite de Deo soli inviçto Mitrhe? Ne devaient-elles pas lui suggérer l'idée que c'était les traces de quelque, consécration ? et ce savant, qui déploya si souvent tant de tact dans la restitution des inscriptions, ne se serait-il pas fait un plaisir et un devoir de rendre à celle-ci le service dont tant d'autres lui étaient redevables ? Il eût été certainement bien récompensé de ses peines s'il avait cru pouvoir espérer, comme le savant-académicien , de recon- , naître dans ces débris de lettres les noms d'un ou de deux consuls, Tib, Claudius Nero , et P. Quintilius Varus ^ consuls l'an i3 avant J.-C, et s'il eût eu l'ingénieuse idée de' changer en VAR le NAR , qu'avait vu S met sur le marbre, et dont il ne reste que l'N ; ensuite, de supposer que par l'effet d'une cassure et des frottemens qu'aurait éprouvés le monument , toutes les autres lettres avaient disparu , et laissaient le champ libre aux hypothèses. Mais je ne serais pas étonné que Visconti, qui né s'entendait pas trop mal en inscriptions, n'eût pas jugé celle ci digne d'exercer sa sagacité. Peut-être aura-t-il vu que les lettres en étaient suspectes, que cette forme allongée de l'O àxs. fragment OS n'était pas celle que l'on voyait habituellement à cette lettre, et je crois que l'on aurait de la peine à montrer des O ainsi figuré» de l'an i3 avant J.-C. Peut-être aussi Visconti aura-til regardé ces lettres comme des commencemens de mots qui n'a* vaient pas été terminés. Il a eu certes bien raison de ne pas voir ce .qui n'existe pas, et de ne pas attribuer la disparition prétendue I de lettres à des frottemens imaginaires. Un savant, dont l'œil était si exercé à l'examen des monumens , ne pouvait , comme M. Lajard, admettre qu'il y eût un C avant OS; ce qui aurait donné COS, ( consule, ou consuUbus ),en voyant que le marbre
était parfaitement sain et qu'il n avait pas ^té altéré par le froltemeot. Si M. Lajard eût considéré cette partie avec. le soin scrupuleux qu'il se flatte d'avoir donné à ses recherches sur le monnaient et avec des yeux d'antiquaire^ il aurait vu que YE et VOS sont gravés d'environ une ligne de profondeur, et qu'il aurait fallu , pour faire disparaître le C , non seulement que le frottement eût enlevé près d*une ligne de marbre y /nais même qu'il l'eût attaqué ou usé plus avant. Car, lorsqu'une lettre est entaillée au ciseau et au maillée ^ 1ç fond en est refoulé parla percussion f et y pour en détrqire la trace, il ne suffirait pas d'oter du marbre jusqu'au fond de la lettre, il faudrait encore en détacher une couche légère. C*est ce qui n'a pas eu lieu sur notre monument, où le marbre , ainsi que je l'ai fait reniiarquer à uo habile académicien , est parfaitement intact et de niveau avec Ja'partie supérieure du creux des lettres. II. ne peut pas y avoir eu de C avant TOS, et, sur ce point, les conjectures de M. Lajard , et les deux pages ( 3o-32 ) qui les contiennent, ne sont pas plus heureuses que celles que lui ont inspirées les autres inscriptions. .
XI en est une , si du moins elle existe encore, que le savant académicien regarde comme > très- importante et sur lacfueUe il me reproche de ne pas m'étre expliqué ( rép. , p. 5 ). « On voyait autrefois, dit-on , sur la plinthe du bas- relief., les mots C. C. AVFIDII. JANUARIUS , qui auraient disparu sous une plinthe nouvelle, lorsque le monument a été encastré dans le mur du Musée. Je n entrerai point en discussion pour savoir si Pighi avait bien lu le xlcrnier mot et si ce n'était pas plutôt JAÎ7TJARII comme le donne Zoëga. » Peu importe , et quel intérêt peut avoir une inscription que M. Lajard pense avoir dà être tracée d'une manière aussi peu visible que les mots écrits sur la cuisse du taureau ? Est-ce ainsi qu'on aurait gravé la cod* sécration du monument, ou rien de ce qui y eût eu rapport? De telles inscriptions ne se mettaient-elles pas plus en évidence ^ et ne se faisait-on pas honneur de cette dédicace ? Et quand cette inscription serait authentique, que prouverait-elle pour l'âge du monument? On sait qu'il y a eu, de Tan 71 avant J. C jusqu'à r^in 200 de l'ère chrétienne , quatre consuls de la famille AnriDiiw ; mais cette famille a sans doute encore existé après eeiCe dernière époque. Un grand nombre dinscriptions portes!
(«9) Uboib 4es Àufidii, et oa ignore quel est le temps que Foii peut leur assigner. Ainsi, rieri ne dit qu'il n'y en eût encore sous Dio-' clétien et sous Constantin , sous les règnes desquels le surnom de Januarius paraît avoir été plus en vogue que dans les temps qui les ont précédés. En supposant même que C. Aufidiai Jor^ Huarius èàt été un des initiés aux mystères de IMîthra , et qu*il ne fût pas tin de ces curieux qui oi\l inscrit leurs noms sur ce monument, on conviendra probablement qu'il ne nous en apprendrait pas l'époque; et quoiqu'il eût été mieux de laisser son nom à découvert, il serait très^notile à présent de cherchera le faire reparaître , comme le désirerait M. Làjard. Si on ne dégage pas ces mots du plâtre qui les recouvre, ce ne sera certainement pas, ainsi qu'il le fait entendre ( rép., p. 6 ), par des motifs particuliers , qu'ii ne cherchera pas à pértétteTf ni par la crainte ^ju'on ne retrouvât dans cette inscription quelques témoi" gnoffcs qui permissent de reculer d'un siècle ou deux tdge que M. fie Clarac assigne au monument»
Mais nous voici arrivés à des parties essentielles, à des inscriptions qui appartiennent presque eu propre à M. Lajard ; l'une'par l'éclatante auréole dont l'ont embellie sa brillante dissertation et ses découvertes , l'autre par la gloire qu'il s'est , acquise en la publiant le premier et en l'illustrant pai* ses docte» hypothèses. Je ne reproduirai pas toutes ses suppositions ; mais il lient certainement trop aux puissan» argumens dont les traits acérés devaient me réduire an silence, pour que je ne croie pas lui faire plaisir en les reportant ici < Ce sont des armes contre moi , et il y a peut-être de la témérité à me livrer ainsi à leurs terribles atteintes. Voici donc, en son entier, ce que me répond le savant acadénttcien , p. 6-7. « M. de «Clarac a trouve plaisant, je pense, de se dédommager du « désagrément de ne les avoir aperçus ( les noms ^Amycus Se-- •ronesis et de M. Antonius Altèrius) qu'après avoir lu mon mé- ■ moire , en déclarant , que ces deux noms avaient été tracés «par une inain moderne. Il a voulu y reconnaître un certain « M. A.migo de Vérone, dont il a , dit-il , beaucoup entendu par- «ler en Italie, et un autre personnage du XVI® siècle, Marco- « Antonio Altieri de Rome. Il n'y a que quelques légères difli- < cultes à opposer à une décision aussi formelle et cependant si • peu motivée. La première , c*est qu'il est malheureusetnent im" •possible de faire de VS de seronesis un F pour trouver api es le
(70) «I nom J'Amycds Vadjeetif yja^oviMSTA dont le savant critique apait « besoin pour justifier son assertion. Le témoignage du marbre e&t « fiosîtif: on y lit très-distinctement et on ne peut y lire que St.- « EONEsis et non Veronesis, ^it second lieu , je ne suis ni le seul , « ni le premier qui ait lu Seroztesis; et Pignoria, qui avait, je « crois, une aussi grande habitude de lire des inscriptions que
• celle que s'attribue M, de Clarae , n'aurajt certainement pas lu <i Amycus Seronesis, si le marbre eût porté Amtgus VEROiTESi&y « pas plus qu'il n'aurait copié ce nom comme appartenant aux « inscriptions antiques du bas-relief, si la forme des lettres avait
• pu lui donner lieu de soupçonner qu'elles avaient été tracées « par une main moderne , ainsi que M, de Clarac n'hésite pas à « Vaffirmer, J'avoue que je suis encore à concevoir l'aveugle- 4 ment qui a fait prendre pour un Y, PS la mieux caractérisée que « l'on ait jamais rencontrée sur les monumens. J'avoue aussi que «je ne puis comprendre qu'un bourgeois de Vérone ^ dont après « tout il faudrait constater V existence y ait eu l'idée et l'espoir de <i faire reconnaître le nom d'Ajuioo, sous la forme mythologique
• Amycus,
« Quant au nom de M. Antonius Alterius , que , dans l'in- ^ « térét du sujet de mon mémoire, il ne m'importait nullement « d'admettre ou de ne pas admettre pour antique, je ne com- (^ prends pas davantage que M. de Clarac ait pu s'autoriser du « fait qu'il cite d'après Boissard , pour avancer que ce nom est « celui de Marco - Antonio Altieri $ personnage considérable de
• Rome, qui vivait aju XVI® siècle. Une serait pas facile^ en effets « de s'expliquer comment y en pleine place publique et sur un mihc. nument qui ne lui appartenait pas et qui ne lui a jamais appar- « tenu, un grand seigneur romain aurait écrit ou fait écrire son « nom dans un endroit du bas-relief aussi peu en évidence et avec « des caractères si légèrement et si négligemment tracés , qu'à hi % moindre distance on ne peut les apercevoir, M. de Clarac ne « me semble pas avoir prévu êfitte objection y ni même s'être fait « une idée bien juste des inscriptions sur lesquelles il a prononcé « avec tant d'assurance, »
Ce que j'ai trouvé plaisant n'est pas le moins du monde ce que met en avant le savant académicien, mais c'est de voir que bon gré malgré et contre toute évidepce il veuille voir des inscriptions et des noms probablement d'initiés aux mystères de Mithra^^ diins ces mots tracés, ainsi que le reconnaîtront
(7« )" toutes les personnes habituées aux inscriptions antiques , à des époques modernes et sans autre prétention que celle d'éctire son nom à côté de ceux de tant df autres sur un monument. Se* Ion M. Lajard ^ il est malheureusement impossible défaire de i'S de Seronesis un V^ etc. ; et o/i ne peut lire que Seionesis et non Feronesis , et U ne saurait concevoir Vaveugkment qui a fait prendre pour un F CS la mieux caractérisée que l'on ait jamais rencontrée sur les monumens, Il Assure d'ailleurs que Pignoria ne s'y serait pas trompé et qu'il n'aurait pas pris une lettre poor une autre , comme si cette méprise ne pouvait pas lui être arrivée ainsi qu'à bien d'autres, puisque Ton peut la reprocher même à M. Lajard , qui a cru Pignoria sur parole , sans se donner trop la peine d<î vérifier la chose. N'a-t-Jl pas avancé de même, un .peu légèrement peut-être, que le nom de Mithua ne se trouvait écrit Mitrhe que sur notre bas-relief , tandis qu'une autre inscription partage malheureusement avec la nôtre l'avantage de cette précieuse faute d'orthographe ? Mais j'ai examiné plus de dix fois le prétendu mot seronesis^ et , de craintequ'il n'y eût préoccupation de ma part ou aveuglement, ou même d'être influencé par l'imposante opinion et les nouvelles observations de M. Lajard, j'ai fait scruter ce mot par d'autres yeux beaucoup meilleurs et plus sûrs que les miens, par ceux de MM. Welcker, Panofka , ChampoUion , et dernièrement par ceux de M. Letronne, qui, en fait d Inscription s, en valent bien d'autres , et tous y ont vu, comme moi dans mon inconcevable aveuglement, un V et Veronesis, aii lieu de l'S, si bien caractérisée , et du Seronesis de M. Lajard , qui ne s'est pas aperçu que du petit losange qui sépare les deux mots , se détache une ligne très-faible qui, en rejoignant le bas de son S, forme un V assez mal tourné comme toutes les autres lettres de ces mots.
Ceci ressemble assez au procès de Figaro, il y a où, il y a ou, mais l'affaire est bien différente. Il ne s'agissait que d'épouser ou de ne pas épouser une femme âgée, assez à son aise ; ici, c'est bien autre chose. Dans ce démêlé entre l'S et le V, il s'agit du puissant Mithra , d'augmenter ou de diminuer le nombre de ^ ses adorateurs , d'encourir sa colère ou de mériter ses faveurs , et Ton sait qu'elles peuvent mener très-loin celui qui s'est voué à son culte. Enfin l'S'èt le V voient sous leurs bannières, d'un côté celui qui combat pour une ville, un peuple de Seronesis inconnu, il est vrai , mais qui, sans doute, méritait de briller
( 7» ) ^Y^if p(i]($ d'éclat; <>( de loutre ^ çiçi qui lu^te p^ur c^tefaa*vrcr ville de y^RO^R i laquelle on veut ravir un de se» d^oj&nsp, qui oertaioemeiU t bien qu'il ait-égratigpé avec son stylet ou ub «Iqu la cuisse du taureau sacré , eût été digne « par te prix qu'il Httacbait ik passer avec lui à la postérité , d'être un de ses plus fhauds adorateurs et un digne initié de Mittira» s'il eût vécu seulement 1200 ou i3ooans plus tôt. Mais quel désagrénaent pQUr ce bon M* ^migo ou plutôt ^rnico de n'être qu'un citoyen d^ Vérone y au lieu de se dire un illustre S^roihek, et de ne $fi, trouver qu'un bon bourgeois « quand M, Lajard » rétablissant la généalogie 9 serait prêt à lui faire compter parmi se& ancêtres quelque Amycvs, parent du roi des Bébryces^ s*il détail même X->as ce héros. Mais enfîn^ quel que soit celui qui a tracé ^insi son nom, Séronien ou Véronais, il est très -mal à lui de ne l'avoir pas mieux écrit. Ne devait^l p^s, d'après les ptinçipes fixés par M. Lajard, p. 7» qui V€ut nbsolmnem qu'on constate Vexistencff de tous ceux dont on iraupe les nams dans les inscriptions f n'aurait- il pas dû, ne fut-ce que par égard pour les antiquaires qui devaient faire partie de sa posférité> ou de celle dâ.ses>amis ^ établir mieux ses pitres, et nous apprendre par le menu tout ce qu'on pouvait désirer d« lui» %o^ nom , sou état , son ège et sa demeure ? N'est-ce pas ainsi que^ront tenus à l'avenir d'en agir toi^sceux qui écriront leurs «oms sur les murs et sur les monumens ? ce serait alors des états civils très-commodes et très-agréables i\ consulter. Il est fâ-* cUeux que Lycurgue, SolQn, Numa et Zoroa&tre n'aident pas p^lisé à faire k ce sujet une bielle et bonne loi. Ëjle nous eût été très-utile, et Amycus ou M. Jmico aurait l'avantage inappréciable de nous apprendre quelle était sa manière d'être à Vé* rone^ ou chez les Séroniens selon l'habile orientaliste. Au reste^ qii'on ne s^avise plus de décrire un monument sans passer en frevue les noms et prénoms d«s curieux qui se sont amusés à les y inscrire. Les antiquaires n'oublieront pas aussi , d'après la loi portée par M. Lajard, de rejeter toutes les inscriptions qui leur c^ffri raient les noms de personnages d^fHit ils ne pourraient pas ' con3ta4:er l'existence, lis nous rendraient un grand service ea nous débarrassant de quelques milliers d'inscriptions grecques et latines qui sont dans ce cas de réproballon et auxquelles on a encore la bonté dé tenir.
Quoique je n'aie pas personnellement beaucoup entendu par-
br de U. àmicQf ç%mm» le prétaid M. Lajini, p. 5, je sais C9p^4aut, gFMe au dieiioonaire biographique » qu'il y a eq ju i6^ siècle beaueçup de personnes distinguées de ce nom eo Italie. li peut en avoir existé à Vérone ; et puisque M. Lajard ae paraît pas étonné que ses deux sectateurs de Mithra, Amy» («s ^EJioirEsis et Marcus Âltekids, aient gardé l'incognito et ne ooDs aient rien appris de leur position sociale, il nous permettra de leur accorder le même privilège, et il ne doit pas trouver mauvais ni étonnant qu'ils soient aussi discrets après leur métamorphose en M. Amco et M. Altieei.
M. Lajard , p. 7, ne peut comprendre qu'un bourgeois de Vérone ait eu Cidée et tespoir de faire reconnaitre le nom imcQ ^Qus U forme mjrthQl^fgique Awtcus. Je ne vois pas trop» ce qu'il entend par ces paroles , ni ce qu'il y a de si miytholo- ^ue daiis le mot AMYCUS. M. Ahigo, en traduisant son nom (*o latin, comme c'était assea l'usage aux i4% i5^ et 16* siècles, n'y mettait certainement pas de malice. Il est même bien à croire qu'il ne connaissait que très-peu l'Amycus r<H des Bébryces^ou les au très ^^/cii5 des temps héroïques, que nous rappelle l'érudition de M. Lajard. Il serait sans doute fort étonné de se voir attaqué coiqiBe cherchant à se faire une fausse généalogie. On sait qu'aux, époques où il vivait on n'était pas très-fort sur l'orthographe ; on peut s'en assurer dans les lettres italiennes que ren* ferme la vie de Laurent de Médkis par Roscoe. Il était très^ I ordinaire dse mal écrire les mots latina. £t, qui sait ? cet Amieo \ était peut-^tre un jeune homme peu instruit, ou qui crut donaer une toui^nure plus latine, ou qui convînt mieux à un nom 'propre en mettant au sien un Y au lieu d'un I, comme l'on a écrit M. X'^/«y pour M. L*Jmi, Et> d'ailleurs, pour suivre l'idée de lil. Lajard et voir Amycus sous une forme mythologique, peut-être M. Amico était-il lié avec des Hect»r, des Achille j des Hélène^ peut-être n>eme avec Palladio et Jérôme Mercuriale; et voyapt qu'ils se donnaient les airs de porter des noms mythologiques , ce qui doit paraître extraordinaire à H. Lajard , a-t-il eu la faiblesse d'essayer, au moyen d'une lé-* gère altération, de faire prendre à son nom une tournure my^^ thQlogique , et d'insinuer par-là qu'il descendait de quelque prince asiatique dont la famille avait choisi Vérone pour sa ucuvelle patrie. Et voyez où mène l'ambition. Il faut avouer qu'il n'y a rien de plus amusant que les argumens de M. Lajard.
Quant au nom de M. AvTÔifivs Alterius , l'un des initiés de Mithra de la promotion de M* Lazard , ce savant est trèsétonné que je puisse m'autoriser d'un fait cité par Boissard^part. V, pi. 18, pour avancer que ce nom est celui de Marco Ah- TOKio AiiTiE&i , personnage considérable de Rome qui vivait au 16* siècle. Il me semble cependant qu'il n'y a là rien de bien étonnant; et ce. l'est même beaucoup moins que de croire, avec M. Lajard , qu'un Romain de la fin de la république ro- . maine, ou du temps des premiers empereurs, M. AKTOiaiTS At- TERius, aurait écrit son nom en caractères que tous les savans reconnaîtront pour être du 16* ou 17* siècle. Ceci sans doute serait une merveille et une inspiration due à Mithra. On sait qu'au 16^ siècle, en Italie, on écrivait plus en latin qu'en italien , et lorsqu'on apprend, par Boissard , qu'un Marco Antonio Altieri avait fait effacer les prénoms d'une inscription antique, où était le nom d'ALTERlVS, pour y substituer les siens et ceux de son fils , n'estil pas assez probable qu'il pouvait avoir la manie de s'inscrire sur les monumens, et, qu'ayant trouvé une belle place vide et lisse sur la cuisse du taureau du dieu persan , il n'aura pas laissé échapper une si favorable occasion d'y tracer son nom ? Ceci est d'autant plus vraisemblable qu'il y avait alors à Rome, dans un palais Altieri, deux bas-reliefs mithriaques, et il est assez simple que Marco Antonio Altieri, qui sans doute les connaissait, en supposant qu'ils ne lui appartinssent pas, ait écrit son nom sur un troisième monument du même genre; ne'fût-ce que pour constater qu'il ne lui était pas étran. ger, et c'est ordinairement ce'qui engage ^ tracer son nom sur les monumens , c'est pour ainsi dire une carte de visite:
Mais j'arrive à une objection terrible, que je n'aborde qu'avec une sorte de tremblement, et que sans doute le savant académicien avait réservée pour le coup de grâce; aussi a-t il bieo raison de penser que je ne l'avais pas prévue. Et comment prévoir des argumens de cette force , de cette portée ! c'est une de ces objections irrésistibles qui vous abattent leur adversaire comme d'un coup de foudre. Après les avoir trouvées ou seulement prévues, je ne dis pas repoussées , on peut s'écrier : Rare et sublime effet d'une imaginative, Qui ne cède en vigueur à nulle ame qui vive. '
ou avec Horace :
Siiblimi feriam sidéra verfice.
, (75) «u autres choses encote ; c'est enfin , le qu'il mourût^ le quoi \qu*ottdie des objections. Elle est si attendante qu'il n'y à peut- [être pas de générosité à l'employer, et qu'on ne devrait pas se [présenter au combat avec des armes si bien émoulues lorsqu'il ne
li'agit que d'une joute avec armes courtoises Je n'avais donc
pas prévu que M. Lajard m'objecterait qu'il ne serait pas facile de s'expliquer comment , en pleine place publique ^ et sur un monument qui ne lui appartenait pas et ne lui a jamais appartenu, un grand seigneur aurait écrit ou fait écrire son nom dans un endroit du bas-relief aussi peu en évidence, et avec des caractères si légèrement et si négligemment tracés^ qu'à la moindre distance on ne peut les apercevoir, — On voit par ces derniers motsquc Yisconti , tant d'autres et moi nous sommes très^excutsables de n*avoir pas aperçu ces noms , et que dans le cas où ils seraient antiques , les initiés de Mithra se faisant honneur de leur visite à ce dieu, ne les auraient probablement pas écrits de manière à ce qu'ils échappassent à la vue.
Mais que de choses neuVes renferme la victorieuse objection de M. Lajard , et que n'y apercevront pas les antiquaires I Us 'pourront tirer de ses nouvelles observations et de sa réponse 13a code archéologique. Écrire son«om sur un monument, et sur un monument qui ne vous appartient pas et sur une place publique j cela ne s'est jamais vu , quel crime abominable, inouï avant et depuis Marco Antonio À-ltieri ! ! et je soutiens :
Que tout homme est pendable après un tel forfait. II est heureusement bien à présumer, et nous devons l'espérer pour le salut de leurs âmes et pour la morale, que tous ceux qui, dans les temps anciens et modernes, se sont permis d'é-, crire leurs noms sur le colosse de Memnon , sur les monumens de Pompeï , le Colisée , etc., les chevaux de Venise, etc., Notre- Dame, le Panthéon, etc. etc. etc., étaient persuadés eu conscience que tous ces monumensleur appartenaient et qu'ils avaient droit d'y figurer. Sans cette idée consolante, trop de coupables seraient enveloppés dans le crime dont M. Lajard charge notre pauvre Marco Antonio 4ltieri, et qui retomberait aussi sur son initié Marcus Antonius Âlterius , à moins qu'ils ne prouvassent Tun et l'autre qu'ils regardaient en conscience le monument comme leur propriété.
Et d'ailleurs, pourquoi M. Lajard veut-il que Marco Antonio Altieri fût un grand seigneur romain, qu'il suppose probable-
(7fl) ment en pompe et eo grand costume, alUnt en eérémoctie, en-« touré dé toute sa eUeivCèle, écrire son nom sur la cuisse do taureau de Mithra, et qui, selon \m^ aurait dû le graver d'une manière plus ostensible ? Qui dit qu'à l'époque où le seigneur Ikfarco Antonio Altieri se permit ce qu'avant lui M, Amico de Vérone et tant d'autres s'étaient permis, et bien d'autres depuis, il fût déjà un grand personnage de cette famille illustre des Altieri ? peut-être était-il encore très-jeune , et il exerçait déjà pour les inscriptions le goût qu'il développa depuis. El quand c'eût été déjà un grand seigneur romain à Fàge de la maturité, combien ne trouverait-on pas, à Rome et partout, de gens consî^ dérables, qui, ne respectant pas les monnmens, même ceux qui ^ ne leur appartenaient pas, y ont inscrit leurs noms? Peut-on sérieusement, ou sans vouloir exciter rhilarité de ses lecteurs, donner de telles raisons comme une objection dont TOtre adversaire n'a pas prévu la force?!. . . Risum teneatis^ etc.
Ce qu'il y a de po^tif, c'est que 'ces noms, ainsi q%%e le fait remarquer M. Lajard, n'ont pas été viss par Smet et Pighi, mais ce n'est pas par la raison qu'il en donne, et parce que le monament n^ ayant pas eêé encore transporté sur ta place du CapitolCy lis n'aoaient pa IWjsaminer qu'au fond de la grotte , éest^'dire dans un lieu dont l* obscurité ne devait pas permettre de déamtfrir des noms tracés peu profondément sur une partie du bas-relief oà l^on ne pouvait soupçonner que des insctiptions eussent été gradées.
Cependant puisque Smet et Pigfei avaient frowvc de» inscriptions sur l'épaule et sht te ventre, où il n'est pas ordinaire d'en placer, iis anratent eu quelques raisons de soupçonner fpi'il y en avait encore sur des parties qui n'y étaient pas plus destinées que les autres. S'ils ne les y ont pas vues, ce n'est pas l'obscurité qui> les ei» a empêchés , mais tout simplement par rexcellente raison que ces noms n'y étaient pas encore de leur temps. Il est bien cert^iin que, 'vers 1606, loi-sque le monument était sur fa place du Capiiole, si Pignoria n'y a lu qu'AMYCUS, etc., c'est ^fue Marco A ntonw Altieri n'y avait pas encore tracé son nom;; et que, par conséquent , celui de M. Amico date probablement de la fin du ï6® siècle, après les visites de Smet et de Pighi, et celui d'Altieri est postérieur à l'an 1606, après l'examen qu'en fit Pignoria. Croira-t-on qu'un antiquaire , auquel M. Lajanl accorde du talent et la grande habitude des inscriptions, n'en
I eÂt pas vu et relevé une qui touche celle qu'il dounè ti qui est écrite de la même manière, et avec des caractères au moios aussi visibles? Pignoria ne s'explique pas sur les mots ^mycus Seronensis , et ne dit pas s'il les juge antiques ou modernes. Après les avoir considères on voit qu'il est évident que ce savant s*est trompé en copiant le dernier, et d'après ce qui vient d'être exposé il l'est encore plus que notre savant académicien a pris pour appui de ,son érudition archéologique des noms modernes qu'il a cru et qu'il soutient être antiques. Je ne ferai pas à mes lecteurs Vinjure de supposer qu'ils attendent de moi une réfutation sérieuse des argumens que le savant critique s'est cru autorisé à tirer de la lecture de deux noms que lui seul a crus antiques, ce que irês-probàblement personne ne croira après lui.
Cette phrase de M. Lajard, dont j'ai pensé pouvoir me servir , ici , n'est pas tout-à-fait ainsi dans l'endroit ( rép. , p. 8 } où il l'applique , après avoir dit qu'u'^ne méprise que j'ai faite et dont je suis convenu, dans l'explication d'un bas- relief , n'augmente* rait probablement pas la confiance qu'on pourrait encore être tenté d'accorder à la prétendue lecture de deux noms qui , de mon propre aveu , sont tracés très-légèrement et en caractères de deux lignes de hauteur^ dans lapins grande profondeur des plis
du manteau , au*dessus de l'épaule de Mlthra^ c'est-à-dire à dix ou douze pieds du sol. M. Lajard termine sa phrase en ajoutant que je suis le seul qui ait lu ces mots, que irè&-probablement personne ne lira après moi. Il paraît, par-là , mettre en dotitc que ces noms, que j'affirmais avoir lus, existent, ou faire sup • poser que j'ai pris une chose que j'attestais pour une autre. Il est bien'ccrtain que si j'avais annoncé que, placé à dix ou douze pieds de ces mots presque imperceptibles et de deux ou trois lignes de haut, je les ai lus et que j'en donnasse la copie et l'ex* plication , je permettrais bien volontiers à foutes les personnes qui me connaissent de^ douter un peu et même très- fort de ma prétendue lecture. Mais ce n'est pas ainsi. que j'examine les mon Dumens, et que j'ai découvert à Pompeï des inscriptions d'une grande iinesse et que personne n'y avait aperçues depuis trente ans qu'elles étaient ^ ou qu'il en paraissait quelques lettres ,< dans un passage ouvert à tout le monde , et très-éelaiTé ; j'y regarde de plus près. Il existe ày Musée royal et dans quelques autres endroits une machine très^simple, très-ingénieuse, qu'il
serait aisé de décrire, et que , soit dit en passant et poor faire de l'archéologie , nous devons à Capanée , qui Tin venta au siège de Thèbes, et que vulgairement on appelle une échelle. A l'aide de cette commode machine , j'ai pu m'élever plusieurs fois à cette hauteur prodigieuse , de lo à la pieds du sol , qui effraie M. Lajard, et j'ai vu , revu et copié les noms dont il doute ; et, bien plus ^ je ne suis pas le seul à les avoir vus. M. Letronne a eu l'audacieuse complaisance de se hasarder aussi à cette élévation sur la tremblante machine de Capanée , et, comme moi, il a vérifié, sur l'épaule du dieu persan, l'existence contestée de TOJMTAS PIS BONONIES, et de CORALLVG, dont j'ai bien assez parlé plus haut, p. 7.
Je tiens assez peu à ces noms, quoique, selon M. Lajard , ce soit cependant la précieuse découverte , si découverte il y a , à laquelle se rédak en définitive le résultat des investigations auxquelles je me suis livré depuis un an ^ ce qui , au fait, si cela était, serait peu de chose,' et on les comparerait peut-être un jour en définitive aux investigations et aux précieuses découvertes que nous promet depuis dix ans M. Lajard. Mais cependant ces mots, tout petits qu'ils sont, prouvent deux choses; d'abord , que M. Lajard n'a pas examiné dans toutes ses parties notre has*relief avec le soin scrupuleux dont il se vante ; ensuite, comme Thomas de JPisan de Bologne , et Coral de Lyon , ont écrit leurs noms en caractères beaucoup plus petits que ceux à'Amjrcus et ^AUerius^ on voit que ce n'était pas à tâtons que les curieux des 14® et i5^ siècles visitaient la grotte de Mithra , et qu'à l'aide de torchés elle était assez éclairée pour que l'on put y écrire en traits tins, mais assez nets. Il sera donc constant aussi que Smet et Pighi n'auront pas été sans lumière dans cette grotte , pas plus que l'infatigable et excellent d'Hagincourt dans les catacombes de Rome, pour^ étudier les peintures et les inscriptions j ou que M. Champollion jeune et ses dessinateurs dans les tombeaux égyptiens pour nous en rapporter les curieux et nombreux dessins des hiéroglyphes et des bas-reliefs qui les peuplent. Et il sera prouvé aux yeux des archéologues que , s'il y avait eu , lors des recherches de Smet et de Pighi, des inscriptions sur la cuisse du taureau mithriaque, elles, ne leur auraient pas plus échappé que celles de l'épaule et du ventre, qui sont en partie effacées. Il sera surtout dé-^ montré que M. Lajard a vu , avec négligence et sans esprit de
ritique, le monument qu'il a décrit, et que ses recherches^ ^ méditations, profondes, pendant dix ans, n*ont abouti, en §finitive ,"-qu'à loi faire répéter , dans ses nouvelles observat>ns, ce que d'autres avaient dit avant lui, et à enrichir la coHec* m des inscriptions antiques, de deux inscriptions modernes. Je ne crois pas avoir dit ni même pensé et laissé entrevoir nlle part qu'à moi seul , ainsi que s'exprime M. Lajàrd ( rép. , 5 ) , était réservé d'examiner les monumens antiques avec iin , avec des yeux d'artiste et un esprit de critique , et ne vois pas où ce savant académicien a pu voir que je douis que Pignoria eût une aussi grande fiabitude de lire les scriptiohs que celle que je m'attribuais. Je suis très-lû^in de l'attribuer rien de ce genre. Mais il y aurait aussi trop dô motie à se croire moins d'habitude et moins d'habileté , sous rapport du dessin et des inscriptions , que M. Lajard , avant et même depuis son entrée à l'Académie des inscriptions; et d ailleurs , pourquoi toucher un chapitre qui n'est nullement son fait et qui n'est' jamais entré dans ses études? Ne peut-on pas être un très-habile homme, se tirer à merveille de toutes les diflBcultés qui enveloppent Mithra, Ormuzd, Arrhimane, et n'avoir jamais lu et encore moins déchiffré , dans sa longue carrière archéologique, une inscription grecque ou latine? Sans avoir la prétention d'être Smet, Pighi, Pignoria, Gruter ou Vis- . conti , on pourrait se hasarder à offrir à la sagacité du savant académicien telle ou telle inscription du Musée royal , et il serait assez curieux de voir s'il ne trouverait pas celte épreuve de son savoir plus pénible que celles des mystères et des initiations mithriaqucs. Peut-être ne s'en tirerait-il pas d'une manière aussi brillante que de ses recherches, et.des nouvelles obieruatlons ^ pour lesquelles ne lui ont pas nui le Zend-Avesta d'Anquetil , et les ouvrages de Hyde , de Zoëga , de MM. Haromer , Welcker et de quelques autres véritables savans de grand mérite. S'il sortait victorieux de cette épreuve , et qu'il fût parvenu à distinguer les inscriptions modernes des antiques, peut> être y aurait-il encore quelques nouvelles observations 'à faire sur ses interprétations et sur le jugement qu'il porterait des productions des beaux-arts de l'antiquité. S'il tenait encore, à' toute force, à ne pas s'écarter de la route qu'il a suivie jusqu'à présent, on pourrait et l'on devrait même en conscience et dans ses intérêts lui répéter , qu'iL est hQ>v d'examiné» les moku-
MEUS AVtlQUÈS AVXG DKS TROX d'aRTISTB BT »'AHTIQUAY«m Krf
AVEC Uir BSPRIT DE CRITIQUE (l).
(i) M. Lajard, p. t de sa réponse, dit que qnelqaes épreav^s qtze j*ai fait tirer à part de Tartlcle sur ks nouvelles observations, etc. » que j'ai mis dans la description du Mnsée royal , n** 76, ont été distribuées pai^ mes soins avant roébie qne rimpression de cet article fût achevée ( o*éac^ à-dire publiée ), et avec un empressement qui fait honaetir à moa aiuoor ponr la vérité. On a pu voir plus haut, p. 46» les causes de cet empressement. Et d'ailleurs, ior«qn!on tire à part un article qui doit paraître dans quelque livraison d*an ouvrage périodique tel que le Bulletin uni' versel de M. le baron de Férussac, que Ton met souvent un ftiois et plos k imprimer , il est assez ordinaire que Tarticte tiré à part soit dîstribné avant la publication de la livraison dont il doit faire partie. C*e&t ce qui se voit toas les jours; maïs ce qui se voit moins, c*est que dans une discussion toat>à-fait scientifique, on cherche, lorsqu^on est dé/a si fotf par soi-même, dès auxiliaires dans an autre Journal q^e le tieti, et j*ai dk être étonné, de voir que pour venir an secours de M. Lajardy V Unii^ersel f excellent journal qui n*a besoin de personne pour soutenir toute espèce de discussion, ait emprunté, le 2a mai, au journal le Temps ^ rarticle suivant qui probablement ne s'est glis&é dans Y Universel qu*à rinsu du rédacteur.
« M. Lajard vieut de publier une réponse â un article de M. le comte «de Clarac, inséré dans le Bulletin universel des sciences. M. le comte de «G4arac avait cru remarquer daùs les observations sur le grand bas-relief « mîthriaqne du M uséeroyal, quelques bévues échappées à M. Lajard. Après « la lecture de la réponse de. ce dernier, imprimée chët M. Flrmin Dldot, «le public jugera de quel c^té il 7 a bévue. »
Je serai loin d'en agir ainsi et de citer deux articles <|ci, le 14 et le 17 mai, ont paru sur M. Lajard et sur son ouvrage en expectati^ty dans bR jpurnal très-bien écrit, et qui exerce la critique littéraire avec beaucoup d'cspri^et de talent. — Ces articles ne laisseraient pas d'avoir quelque iu" floence , mais je me garderai bien de les faire connaître à ceux qui ne les ont pas lu», et je ne nommerai même pas le journal. — Mais après avoir ya le petit emprunt fait an Temps par V Universel, je n*ai pu m*empéchfr de dire tout bas: tantœne, etc.
Dans Tartiele sur Mitbra, p. 6, ce que j*ai dît de Smet'et de Pîgbi an sujet des mots amycus, etc; , M, Jntoniits, etc. , est inexact, et M. La' jard a relevé avec raison cette erreor dans sa réponse. Staiet et Pighî n'ont pas plaa parlé de Tune que de l'autre de ces prétendues inscrip*' tiens antiques, ce qui contribue à prouver ( voy. p. 76 ), que de leur temps ces mots n'étaient pas encore mscnts sur la cuisse do taureau mythriaqne,
J»^RX9< — mPRIHÉ&lE OE A.PUHIlEr OlDOT^ nUB JACOA , V? ^4