Sur un bronze delà Collection de M, le duc de Bïàcas
M. le duc de Blacas possède dans sa riche Collection un bronze antique parfaitement conservé, trouvé près devienne en Daur phinc, et qui a appartenu à M. Artaud, directeur du Musée de Lyon. Cette figurine , d'environ* 7 ponces de proportion , rejDrévsente un héros grec nu , le casque en tête et combattait. Sa pose a quelque. rapport avec celle de notre héros; mais le giierrier, sur la défensive et faisant un pas de côté, semble méditer le coup qu'il va porter et chercher l'endroit où il doit frapper. L'attitude de cette figure semble se retrouver dans la première statue de la Collection du Zeuxippe dé Constantinople, décrite au 5* siècle de notre ère par Chrislodore (Voy. AnthoLgr, palat.^ vol. r^, p. 37 ; AnnaL de Brunck, T. II, p. 4S6), et je crois qu'elle représente Déiphobe se défendant, la nuit du sac de Troie, contre Ulysse qu'il a rencontré inopinément. Le bronze de M. le duc de Blacas est trop beau et trop bien étudié dans toutes ses parties, pour ne pas permettre de penser que, si ce n'est pas le petit modèle ou la première pensée de cette statue
(.«3) sélèbre, c'est du mpins une réduction faite avec grand soin par ie statuaire lui-même ou sous son habile direction.
S, Sur les figures de jeunes filles qui, dans les bas-reliefs de 5b Cella du Parthénon , montent des chars avec déjeunes Athédiens. Tiré des Paît athénées. ( Vol. a du Musée de Sculpture antique et moderne; 5® livraison.)
M. C. O. MuUer ydans une notice sur les sculptures de la frise Je la Cella du Parthénon [de opère sculpta in Zophoro Cellœ ^anhenonis ; voy. i**^ vol. p. 221-226 de l'Institut de oorrespondânce archéologique , Rome 1 829), ne partage pas l'opinion ie Visconti sur ces victoires : cependant il ne s*en éloigne pas rasentiellement, il pense que ces jeunes filles peuvent être des divinités qui présidaient aux courses de chars, comme Jgona et ^ Paiestra aux exercices gymnastiques. Il me semblerait cependant que ces jeunes filles, qui pour la plupart sont en conversation familière avec les conducteurs de chars qu'elles accompa^ gnent, n'offrent, ni parle caractère de leurs costumes, ni par leur ensemble, l'idée de divinités des jeux, non plus que celle de la victoire ; cette dernière déesse se présente d'une toute autre manière sur les médaillés , et entre autres sur les beaux médaillons de Syracuse, où on la voit ailée et dirigeant des quadriges. Ces jeunes filles paraissent êti*e de la même nature que les autres personnages , et comme eux prendre part aux fêtes ; et ne se pourrait-il pas qu'il y eût quelques cérémonies de la pom|)e panathénaïque que nous ignorons, dont elles pussent faire partie? car on doit faire remarquer que ce ne sont pas encore les courses, mais qu'on ne voit que les préparatifs et la marche des chars : peut-être quelques prêtresses de Minerve, des Arrhéphores, avaient-elles le privilège d'être ainsi conduites comme en triomphe. On peut faire observer aussi que tous les chars ne sont pas ainsi montés par de jeunes filles ; que de ceux où l'on en voit, il y en a où elles sonfseules, sur d'autres elles Ont avec elles un jeune homme armé ou sans armes ; tantôt aussi elles sont armées du bouclier, il y en a même une qui porte le casque et le bouclier. Lorsqu'elles sont armées , le jeune homme ne l'est pas, et Fon dirait presque que ce sont plutôt les armes du jeune guerrier que porte la belle Athénienne que les, siennes. Ici elles conduisent les chars, tandis que
( '4 ) d*autres ont pour guides un ou deux jeunes Athéniens. Il m^ semblerait donc qu'il est permis d'admettre que ces jeunes fillei prennent part aux jeux des Panathénées. Et qui empêcherait de croire qu'elles figuraient dans la Pyrrhique ou dans quelque course armée ? On sait par Denys d*Halicarnasse qu'on comptait Minerve parmi les inventeurs de la Pyrrhique, et que cette déesse^ dans un transport de joie, la dansa après la défaite des géants. Les Panathénées célébraient les exploits gueniers de Minerve, et il était dans les convenances que de jeunes et belles prétresses de la déesse, armées comme elle, rappelassent par leurs danses celles qu'avait inventées la protectrice d'Atliènes. On voit d'ailleurs dans l'Expédition deCyrus,Xénophon (VI, 1, 7) et choK Apulée {Metam. X, p. 148 ed, Bip.)^ que les femmes et les jeunes filles dansaient ta Pyrrhique; personne ne met en doute que cette danse ne fût un des embellissemensou un des plai» sirs des Panathénées; il ne me paraîtrait donc pas improbable que les jeunes Athéniennes armées que l'on voit sur les chars avec de jeunes hommes fussent destinées à danser avec eux la Pyrrhique. Elles se montraient près de ceux avec lesquels, comme Minerve ou comme de nouvelles Amazones, elles devaient bientôt paraître en scène , danser la Pyrrhique et peut-être rappeler les anciennes guerres si célèbres des Amazones'et des Atbéuîens, dont la ville de Thésée, le principal héros de ces guerres et \fi fondateur des Panathénées, aimait tant à retracer les glorieux souvenirs. Et d'ailleurs on sait que plus d'une fois les femoies disputèrent dans les jeux le prix de la course des chars. Il est vrai que Pausanias [Lac. c. 8) attribue à Cynisca, fille du roi de Sparte Archidamus II, et sœur d'Agésilas II, l'honneur de s'être élancée la première dans 4a carrière olympique et d'y avoir remporté la première le prix ; exemple qui fut suivi depuis par plusieurs femmes et entre autres par les Macédoniennes. On ignore si cette princesse était née avant ou après Agésilas. Clinton, dans ses /asti keilenici , p. 211, c. a, n'en parle pas; mais rien ne s'oppose à ce que Cynisca fût de quelques années plus âgée que son frère qui régna de 3 98-3 61 av. J. C, et qui , étant mort à 85 ans, naquit vers 445 av. J. C. Le Parthénon fut terminé vers la fin de la 86* olymp., vers 4^3 av. J. C. En donnant à Cynisca seulement 8 ans de plus qu'à Agésilas, elle aurait eu alors 20 ans et eût été à l'Âge où l'amour de la gloire
( »5} et l'éclat de la pompe des solennités d'Olympie devaient le plus enflaaimer son imagination et exciter son ambition; elle aurait déjà pu y paraître et y triompher. Il serait , ce me semble, assez probable que, dans les Panathénées, on eût marché sur les traces de cette nouvelle Hippodamie, et que la sculp*ture se fût empressée d'embellir ses compositions de ces j«u^ nés conductrices de chars qui y ajoutaient tant de charmas. Pausatiias, au reste, ne parle que des jeîix olympiques , et ne se pourrait-il pas qu'il y eût eu dans les Panathénées des courses de chars conduits par des femmes avant qu'elles fussent admises à Olympie? Les succès obtenus aux fêtes d'Athènes leur auraient donné l'ambition et le courage de concourir dans les solennités qui réunissaient toute la Grèce. Des inscriptions grecques (Voy. Bœckhy e, Ins, «'* 1590-1591) qui paraissent être d'environ a5o av. J. C, montrent qu'il y avait alors aux Panathénées d«s courses ^e chars où. les femmes disputaient le prix, et elles citent comme les ayant remportés, Zeuxô et Ëucratée, filles d'un Polycrate, et une antre Zeuxô, fille d'Ariston de Cyrène. Ce qui se praticjuait alors aux Fanathénées a pu avoir lieu à une époque plus éloignée. Les auteurs ne con^rment pas qu'il en ait été ainsi , mais aussi né disentHJls pas le contraire. Les bas-reliefs du Parthénon ne pourraient-ils pas être invoqués sur ce point pour suppléer au sitepce des écri^ vains? Il est à remarquer jque la pompe des Panathénées n'offre pas armées les jeunes filles qui conduisent les chars, et que celles qui le sont ne les dirigent pas. Il me paraît donc, non-seulement vraisemblable, mais même positif, que ces jeunes filles ne représentent, ni des victoires, ni les divinités qui auraient présidé aux courses de chars , mais que Ton doit y voir déjeunes filles athéniennes ou étrangères, dont les unes doivent danser la Pyrrhique, et les autres montrer dans le stade leur adresse à diriger des chars.
7. jépoHonetdes Muses, bas-rel.; marb. ( n<* 656 bis) tiré de la
description des antiques du Musée royal et du Musée de
sculpture antique et moderne. V. a.
Cette composition offre , selon Visconti , Apollon en compagnie de trois Muses; selon cette hypothèse, la figure qui, le casque en tête, embouche une trompette, pourrait être une victoire ou un hérault : car on ne distingue pas trop quel est le
sexe de ce personnage, et il semblerait proclamer quelque suc* ces littéraire qu'obtint celui auquel on consacra ce monumenf. Ce bas-relief-ci est incomplet , et il en manque une partie sur la droite. £n suivant l'explication donnée par Yisconti, on ne voit pas trop ce que peut être la figure de ce côté; car certainement ce n'est pas une Muse, à moins que l'on n'admette qu'elle a été très>mal représentée, ce que rendrait assez probable un ouvrage qui, en général , est très médiocre de dessin et d'exéco* tion. — M. Raoul - Rochette (Mon. inéd, eic, v. i, pL aa etp* 71) reconnaît dans cette composition Achille au milieu des filles de Lycomède ; ce qui ne me paraît pas admissible : car avant d'être découvert par la ruse d'Ulysse, Achille caché parmi lesi filles de Lycomède sous le nom de Pyrrha, n'eût pas été à demi, vêtu comme on voit le personnage de notre bas-relief, il eût ét^ bientôt reconnu ; et il ne se montrait sans doute ainsi qu'à Déidamie, qu'il avait séduite. D'un autre côté, le costume de notre personnage et sa lyre ne conviendraient pas à Achille reconnu par Ulysse; alors, plein d'enthousiasme guerrier, il ne parais-, sait plus qu'armé et en héros. Dans tous les cas , déguisé ea^ fille^ ou redevenu Achille , la coiffure du bas-relief ne seraili pas la siçnne; elle devrait être plus longue , car il est probabt6i que le sculpteur de cet ouvrage du 3* siècle , en imitant quelque production plus ancienne, aurait suivi la tradition qui rapportait que la belle et longue chevelure d'Achille avait été, vouée au fleuve Sperchius par Pelée, pour, qu'il protégeât sonj fils eJt le fit revenir sain et sauf du siège de Troie. Il est vraii qu'AcJiille n'était pas encore parti pour se joindre aux Grecs;, mais cependant, lorsque Thétis et Pélée l'envoyèrent à ScyroS| pour le dérober au sort qui l'attendait devant Troie , ils savaient, bien qu'ils ne faisaient que suspendre les effets des arrêts da destin, et qu'ils étaient inévitables. Troie devait être prise, cl, elle ne pouvait l'être sans Achille. En le voyant s'éloigner pour aller se cacher chez Lycomède, Pélée ne devait pas douter que les dieux ne conduisissent son fils à Troie. N'étant pas initié, , comme Thétis aux décrets immortels , et n'ayant pas la pres^ cience de la déesse des mers, fille du vieux Nérée si versé dans la connaissance de l'avenir, Pélée pouvait, ce qui est bien naturel à un père, conserver quelque faible espoir de revoir son fils; il adressait ses vœux à tous les dieux pour détourner le
( 17 ) coup qui le menaçait. Achille en partant pour Scyros faisait efrectiveroeut les premiers pas vers Troie, et ce fut alors que le malheureux Pelée dut vouer ses cheveux au dieu Sperchius. — La coifînre et le costume, tels qu'on les voit à Apollon sur p|u< jiieurs monumens antiques, tout enfin concourt à faire reconbaître ce dieu et des muses dans le bas-relief dont nous nous kcupons. Je dois aussi faire observer que le dessin que ionne M. Raoul Rochette est inexact , et que par conséquent K>n explication, du moins dans cette partie , l'est aussi. Selon ilii , la %ure que Ton voit courbée sur la droite du bas-relief in premier plan est Ulysse qui vient de déployer aux yeux. TAchille déguisé différens objets; il donne à sou prétendu Dlysse un casque, coiffure qu'on ne voit Jamais à ce héroset qui ^e lui convient même pas s'il est travesti en marchand. Mais p'ailieurs , ce personnage est une femme et une femme âgée , ^o'il est aisé de reconnaître à la draperie , peut-être une es- ^ce de cécryphale qiii lui enveloppe les cheveux ;elle a toutli-fait le costume de femme, et même la manche gauche de sa tonique lui laisse, à découvert l'épaule gauche. Si ce bas-relief leprésentait les fille» de Lycomède, ce que je ne crois pas, cette pmme pourrait être leur mère ou leur nourrice. B. Sur AÛu^nagore et sur Tatien. — (Tiré des parties inédites
du MosÉE DE SCULPTURE antique et moderne , etc. ) ' On cite souvent, au sujet des artistes anciens, la défense les chrétiens qu'Athénagoras adressa à M. Aiirèle et à ComjDode , l'an 177 de J.-C, Mais tout co que cet écrivain, qui nous I transmis des faits historiques et mythologiques très-curieux , apporte des arts ou plutôt des statues qu'il ne considère que pomme des idoles, et non comme des productions plus ou noins remarquables de la sculpture , se réduit à très- peu de shose , et ne contient que quelques lignes. Il n'en traite pas m homme qui s'occupe des arts et qui cherche à en établir les époques ou à en suivre les progrès. S'il cite quelques statuaires, test à peu près comme ils se présentent à sa mémoire, sans les Masser, et ce n'est que pour montrer que lef» Dieux-statues ju'on adorait, n'étant que des ouvrages de la main des lommes, méritaient encore moins des hommages que ceux |ui en étaient les auteurs. Pas un seul mot indique qu'il ('arrête à la beauré des ouvrages, et peu lui impot*tait pour
( '8 ) la cause qu'il soutenait ; sa manière d'en parler montre assez que les arts n'étaient pour lui qu'uli accessoire, et qu'il n'en avait ni le goût ni la connaissance. Il ne cite en tout que 1 3 statuaires et 9 de leurs ouvrages. Parmi ces artistes, il en est trois, Saurias, Craton et Coré, que l'on ne trouve que chez lui. H^'i Pline, ni Pausanias n'en. disent rien; on les chercherait vainement dans les auteurs plus anciens qui, bien qu'ils n'aient pas fait des arts l'objet particulier de leurs études et de leurs ouvrages, cependant s'en sont plus occupés, à ce qu'il parait, qu'Athénagore , puisque, ce que ne fait pas cet éciivain , ils citent les sources d'où ils ont tiré leurs documens. Il me semble donc que l'autorité d'Athénagore , sur laquelle on s'appuie souvent , est de très-peu de poids et ne doit pas détruire celle de Pausanias , lorsqu'ils diffèrent, on ne peut pas dire d'opinion , puisqu'Athénagore n en émet aucune au sujet du petit nombre de statuaires et de statues dont il dit un mot es passant , mais quand ce dernier parle d'artistes qu'on pourrait suspecter d'après le silence de Pline, à qui la lecture d'ui grand nombre d'auteurs grecs avait fourni ses nomenclatures, et celui de Pausanias. Ce voyageur, en parcourant toutes la parties de la Grèce, vit avec soin une quantité considérable de; monumens , d'inscriptions; et les ouvrages anciens ou les traditions qu'il consulta durent lui faire recueillir beaucoup de noms et de faits qui avaient ra^>port aux arts.
On peut avoir de Tatien , contemporain de Pausanias e( d'Athénagore, la même opinion que de celui-ci; dans sa diatribe contre les Grecs, la statuaire n'est pour lui qu'un moyen de dé* montrer la futilité de leui*s arts, et qu'ils n'ont, presque tonjours, été employés qu'à conserver des souvenirs qu'on eut plutôt dû chercher à détruire. C'est bien plus dans Je dessein de se moquer des arts que de les louer qu'il en parle , car il ne cite (|ue vingt- cinq statuaires et trente de leurs productions, et sur ces trente statues il y en a vingtcinq de courtisanes ou de jeun<^ gens de mauvaise vie. Cependant son témoignage me paraît pla^ important que celui d'Athénagore ; il mentionne plus d'artistes et plus d'ouvrages , et quoiqu'il ne les traite pas mieux, cependant il est plus utile, en ce qu'Athénagore ne cite que des statues de divinités, ce qui n'indique pas les époques des artistes; tandis que Tation, s'attachant , pour déprécier la statuaire
( »9 ,) des Grecs, à donner la liste des courtisanes don tel le a cou:»acré les statues, il peut servir à fixer les époques où vivaient les aiv tistes par celles de ces femmes dont une partie est connue. Et d'ailleurs p. ia3, Tatien affirme qu'il ne parle pas de ces statues d'après des ouï-dire , ou diaprés ce que d'autres en ont raconté , mais que c'est en témoin oculaire et comme les ayant toutes vues à Rome ou dans ses voyages , en parcourant une grande partie de la terre. Il paraîtrait même qu'il n'était pas étranger aux arts, et qu'il les avait pratiqués avant de se livrer à la philosophie. Ce qu'il dit porterait à penser qu'il avait été peintre ou seulptepr; ïnais comme il ne s'occupe que (les sculpteurs , je croirais plus volontiers qu'il avait exercé la
^sculpture; la manière dont il s'y arrête serait un reste du goût de son premier état, tandis qu'il ne dit pas un mot de la
I peinture ou d'aucun tableau. Les tableaux d'ailleurs n'étant pas des objets de culte comme les statues, ont dû. probable-
, ment moins attirer les regards et la critique de Tatien ; il n'attaquait pas les arts, mais seulement l'emploi que l'on en faisait, et si la statuaire n'eût pas contribué à main--
i tenir, contre les efforts du christianisme, le culte des faux
I dieux , il est à croire qu'elle n'aurait pas excité le courroux et le mépris de Tatien , et qu'au lieu de mériter ses reproches elle eût reçu tous ses éloges.