CROSSES A DRAGONS DANS LA VOLETE , LE NOEUD OU LA DOUILLE
Fig. 104 bis.
protecteurs pour nous défendre, et voici que quatre saints, en chasublcantique, prient pour ceux que l’enfer menace.
Comme on le voit, l’art chrétien connaissait, même à de grandes distances, et suivait les types à la mode en variant les accessoires. Souvent l’œil de la volute subissait seul des changements. Dans une crosse conservée à St-Pierre de Sauniur {fifj. io3), à la place du péché et de la chute des anges se trouve le péché et la chute de l’homme. Vous voyez surgir du pied de la volute l’arbrisseau dont les fruits devaient empoisonner le monde, et Adam reçoit la pomnje des mains de sa compagne sous les regards du serpent, tourné du côté d’Eve comme pour donner à sa vanité les conseils quelle devait si bien suivre, ou pour rappelci; par quelle voie préférée il a séduit l’homme.
Fig. 104. (A. M., d'ap l’or.)
Fig. 103. (A. M„ d’ap. lor
4 'OOuSIM.
On voit, au musée du Louvre, deux crosses de même style etornées du même sujet it>4 et io5). Au lieu d’Éve coupable du malheur de toute sa race, apparaît la nouvelle mère des vivants, celle dont le pied doit écraser la tête du tentateur. Le livre des promesses à la main , Marie reçoit debout la salutation de l’ange, debout comme elle et tenantà la main le bâton des messagers [fig. io/j).
Tout autour du joyeux mystère ce ne sont que des Heurs ou des pierres précieuses, [/artiste a seulement suspendu au bas de son œuvre distinguée des serpents enroulant leurs queues garnies d’une seconde tête.
11 y a moins de fierté dans’le galbe, mais plus de mouvement dans les découpures d’or sur azur, et surtout plus d’idées dans la reproduction du même mystère sur la seconde crosse du Louvre (Ji<j. io5). Conformément aux anciennes traditions d’école, la volute finit en tête de serpent, et comme tout à l’heure nous remarquions un arbrisseau s’élevant entre Adam et Eve, ici, c’est-à-dire dans un mystère qui est la contre-partie du péché d origine, un autre arbrisseau part également des pieds de la volute et vient s’épanouir entre Marie et Gabriel. Le premier était l’arbre de mort : celui-ci, aux rameaux d’or sur émail vert, sera l’arbre de vie retrouvé. Il se divise en trois rameaux où il ne serait pas invraisemblable qu’on eût fait allusion à l’union du Verbe avec les deux autres personnes divines. Tandis que le dragon épuise en vain ses forces contre la tige en apparence si faible, lange descend des Cicux et foule aux pieds la tête du monstre en touchant la terre. A sa vue, le premier mouvement de Marie exprime 1 effroi de sa timidité : Trembler toujours, dit saint Ambroise, est le propre des vierges; mais docile autant qu’humble, elle accepte la maternité divine, qui ne peut altérer sa virginité, et l’arbre de vie est là, ce me semble, pour nous dire qu'elle cueillera son fruit afin de le donner au monde en donnant Jésus-Christ. De cette
manière, l’antagonisme des deux scènes se complète et s’explique. Le serpent mord l'arbre de vie, comme il essayait de mordre la croix, les pieds de l’agneau ou la queue du lion. La