‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 107 sur 139 · A. D. M • CCC • L • I · texte numérisé non relu

A. D. M • CCC • L • I

FOVS • E • BACLS • iSTE f DNO • EB • D’ • BRADIS • ABBE NON . PSiDNTE.

.le suppose que le noble abbé Brandis, qui ne résidait pas, est agenouillé aux pieds delà Sainte-Vierge et que son suppléant aura prolongé la tige pour y trouver une humble place au-dessous de l’ange.

Je rapprocherai des crosses précédentes celle du célèbre antipape Félix V ( fig . 12 7). Elle me leur

Fig. 127. (A. M., d'ap. l'or.;

Fig 126. (A. M., d'ap l’or.)

CROSSES A DÉCORATION ARCHITECTURALE, cède assurément pas en richesse de travail et en beauté. Le château de Ripaille, où s’écoulèrent les derniers jours de Monsieur de Savoie, comme on l’appelait, était proche de l’abbaye de Saint-Maurice. Le prince légua à ce lieu de pèlerinage, célèbre par le martyre de la légion Thébaine, les meubles de sa chapelle, dont le plus important est la crosse. Comme dans celle d’Oxford le pommeau est conçu selon l’ancien usage; mais uniquement pour servir de base aux arêtes à crochets qui s’épanouissent en encorbellement et portent un édifice octogone à trois étapes. On dirait une sorte de défi jeté à l’architecture qui aurait, ce semble, quelque peine a ajouter, dans les dimensions dont elle dispose au luxe de décoration étalé par l’orfévre dans un espace aussi restreint. Les balustrades, les galeries, les fenêtrages, les dais, les pinacles se montrent parés à l’cnvi des plus fines dentelles , bien mal rendues dans le croquis. Au sommet de l’édifice se dresse, comme une (lèche, la tige de la volute qui se recourbe eu s’amincissant et finit par former un cercle complet. Le vide est rempli par la figure équestre de saint Maurice.

Le type des crosses précédentes fit longtemps loi dans l’art. Pendant que l’architecture, cessant d’apprécier la grandeur des lignes simples et perdant le goût d’une sobre magnificence, tendait de plus en plus à étonner la vue par la multiplicité des détails ou à la séduire par leur délicatesse, comme pour rivaliser avec l’orfèvrerie, l’orfèvrerie soutenait la lutte en amincissant ses colonnettes et en multipliant sans fin ses découpures afin de rendre son œuvre toujours plus inimitable.

Sans présenter toute la délicatesse de la crosse de Félix V, la suivante, conservée à la cathédrale de Lyon (fig. i 28), mérite d’être citée pour la délicatesse du travail et l’élégance des proportions.

Bien que l'art appartienne à une époque de décadence, les lignes générales rappellent les beaux siècles. J’aime la courbe de l’encorbellement, les dentelles des arcades, les pierreries étincelant au sein des étoiles et ce serpent, que nous avions perdu de vue, reparaissant à lextrémité de la volute pour attaquer la nouvelle Eve. Ses mâchoires, si cruellement

Fig. 128 i M., cL'ap. l’or., 1/3.)

MÊLA \ G F.S D’A RG H liOLOGIE.

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armées, essayent en vain de se rejoindre, ses six langues aiguës se sont dressées en vain : une force céleste les a brisées.

Et la Vierge sans tache, privilégiée par son Fils, reçoit les divines caresses sans se soucier du monstre vaincu.

Comptons encore parmi les plus belles crosses à décoration architecturale celle qui porte le nom de saint Bernward (fig. 129) et que j’ai vue, dans les grandes fêtes, entre, les mains de l’évêque d’Hildesheim. Et le nœud et la volute sont en ivoire et d’une forme primitive que l ien n’empêche d’attribuer au saint artiste; mais une piété plus ou moins bien éclairée a dénaturé le monument au XVe siècle. Elle a introduit entre le nœud et la volute deux étages de délicates galeries; elle a couvert la tige de pierreries enchâssées dans des fleurs d’or, et l’antique tête de serpent a fait place à saint Bernward porté sur des fleurs , entouré de rayons et tenant pour attribut la belle croix pattée que l’on conserve encore aujourd'hui dans l’église de Sainte-Madeleine comme l’œuvre de ses mains.

Les crosses précédentes sont de grand prix; cependant l’art avait aussi de toute nécessité ses productions de prix inférieur ou l’architecture était traitée avec plus de simplicité tout en conservant une place importante. J’en donnerai pour exemple un monument du cabinet Chalandon (fig- 1 3o). Ici, aussi bien que sur la crosse de Cologne, l’extrémité de la volute porte en se relevant un plateau oii la Sainte-Vierge est assise de profil et semble attendre un hommage «pie renfermait, je pense, la composition primitive. Nous avons vu plus d’une fois les symboles remplacés par leurs contraires, il en est de même ici, et au lieu d’être soutenue respectueusement par un ange, la volute qui porte la Vierge écrase la tête du dragon. J’ai cru

voir sous des arcades en accolades, les vertus de Marie symbolisées par des figures de reines assises sur des trônes et terrassant les vices.

Sur beaucoup de crosses courues d’après le même type l’édicule se réduit a une tourelle à six pans. La tourelle a parfois deux étages comme dans ce dessin ( fig . 1 3 t) copié sur un tableau du XVe siècle, à la Couture du Mans. On reconnaît dans une volute mal fermée le sujet si populaire de saint Martin partageant son manteau avec un pauvre. Plus souvent encore la tourelle n’a qu’un étage comme dans les crosses suivantes. La première {fig. 1 3a) est sculptée en marbre sur un tombeau d’abbesse dans l'église de Saint- Martin, à Laon. Je pense que

Fig 130. (A. M., d ap. l'or.)

rtiste intelligent songeait à une de ces allusions qui sont à 1 esprit cequ une forme giacieuse t à l’œil, lorsqu’au lieu de faire soutenir la volute par un ange ou un dragon il repiésente

2UU MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Ève attirant à elle le feuillage pour en couvrir sa nudité et faire ainsi sentir la déchéance dont la femme ne sera relevée que par l’Évangile. Comme la peinture des XVe et XVIe siècles, dans les Flandres surtout, s’est complu dans les détails des meubles, il serait aisé de multiplier d’après elle les crosses plus ou moins ouvragées d’orfèvrerie architecturale : en voici

Fig. 133.

quelques-unes d’après la peinture sur verre où l’art semble avoir l’art pour but et se borne à des tourelles et des fleurs (fig- 1 33, i3/j, i 3 5 , i36). Sur la dernière il ne reste plusquun chapiteau sous les fleurs. J’ajoute ( fig . 137) une crosse en bois trouvée dans les tombeaux de Saint-Germain-des-Prés , et publiée par M. Albert Lenoir dans sa Statistique de Paris ; elle fait partie de la collection de M. le comte de Lescalopier.

CROSSES A SUJETS DE l'IÉTÉ.

Fig. 138. (A. M., d’ap. Vor .)

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