‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 121 sur 139 · PLANCHE XXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIX

Au tombeau carlovingien et quelque peu barbare d’Ailaloch , nous faisons succéder l’élégant sarcophage de Clément II. Il se trouve à Bamberg, au milieu du chœur occidental , et en face du tombeau de Gunther, que nous avons déjà publié dans ces Mélanges (t. II, PI. XXXV).

Clément II, appelé Swidger , et d’origine saxonne, était évêque de Bamberg, lorsque Henri III, désireux d’avoir sur le Saint-siège un prélat de sa nation , lui procura la tiare. Consacré en io4G , le jour de Noël , il bénit le même jour le mariage de l’empereur avec Agnès ; mais sa fortune fut de courte durée. Neuf mois après son exaltation , il rendait le dernier soupir et son corps était reporté à Bamberg.

Si l’histoire de l’Église a gardé peu de souvenirs de Clément II, Bamberg ne pouvait oublier 1 illustration d’un de ses premiers prélats et les faveurs quelle lui avait valu. Cependant, le monument que nous publions est loin de remonter à la mort du pontife; il appartient évidemment à la reconstruction de la cathédrale, commencée au XIIe siècle et achevée au XIIIe.

Les deux tombes sont en marbre blanc, Venu d’Italie et probablement travaillé sous son beau ciel. On le soupçonnerait à la seule vue de la disposition générale, qui a de frappants • rapports avec celle du tombeau de Frédéric III à Palerme, c’est-à-dire que le massif carré, élevé pour porter à hauteur d’appui l’effigie du pontife, était surmonté d’un ciborium porté sur six colonnes. De ces colonnes, il ne reste plus que la partie inférieure, engagée dans le massif par la base : le ciborium a été renversé et l’effigie brisée par les protestants durant les guerres de religion du XVIe siècle. L’inscription qui se lit aujourd’hui sur la dalle qui couvre le tombeau est en effet moderne, ainsi que le style et la paléographie en font foi. On lit : iv. " 1

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

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Nous n’avons donc à étudier que les bas-reliefs des quatre laces verticales, qui ont causé quelque méprise au docte P. Papebrock {AA. SS. Propylaeum maii, p. 187). Nul aujourd’hui ne saurait hésiter à voir dans les quatre premiers groupes les quatre \ertus cardinales: la Force, la Prudence, la Justice et la Tempérance.

La Force est une jeune fille aux longs cheveux qui \ient d’attendre, tranquillement assise sur le roc, l’assaut d’un lion furieux : comme Samson, comme David, elle saisit sa mâchoire et la déchire ( Judic ., xiv, 5, 6). Dilaceravit leonem ipiasi hœdwn. ( I /le g. xvii, 35 ) apprehendebam mentum eorum et suffocabam.

La Prudence est une femme voilée. Un long voile protège son bras gauche, tandis que de la main droite elle tient un dragon par la gorge. Le dragon fantastique était de la famille du serpent, le plus rusé des animaux de la terre {Gen., III, 1). On dirait que la vertu cherche en ses yeux ces secrets de conduite qui ont fait naître l'adage évangélique : Soyez prudents comme des serpents {Mattb. x, 1 61.

Trois traits caractérisent la Justice. A sa toque cannelée et attachée sous le menton, coiffure presque obligée au XIIIe sipcle pour les dames de haut parage, vous reconnaissez son autorité et sa puissance. Distributive, elle tient et examine la balance où sont pesés les mérites, et vindicative elle a le glaive en main : mais, comme elle ne doit s’en servir qu à contre-cœur, elle en détourne la vue.

Au lieu d’une seule figure, l’artiste en a consacré deux à la vertu de Tempérance, comme s’d avait fallu insister sur une vertu en certains lieux plus difficile. L’homme nu que vous voyez assis sur les rochers est un fleuve antique, versant, selon les vieux usages, les Ilots de son urne penchée : Ilots d’une eau pure qu’il montre du doigt à la vertu de Tempérance comme le breuvage sans danger qui doit au moins tempérer ses vins trop généreux. Vous voyez que la voix du fleuve a été entendue, et que la Vertu docile répand l’eau dans son vin avec une prodigalité tout à fait rassurante.

Nous ne saurions expliquer avec la même sûreté les deux petits côtés. Le premier, où Clément II est sur son lit de mort, paraît faire allusion à quelque anecdote oubliée. Un ange apparaît au Pontife, comme pour lui intimer les paroles d'Isaïe à Ezéchias (IV Jleg ., xx, 1). I oici Ce (pie dit le Seigneur : Mets ordres aux affaires de ta maison, car tu vas mourir. Et le pape, le doigt baissé vers fa terre, répond, si je ne me trompe, en indiquant le lieu qu’il choisit pour sa sépulture; cette église de Bamberg, qu’il regrette peut-être d’avoir quittée pour des honneurs si sublimes, mais si courts.

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