‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 27 sur 139 · BESTI VIRES · texte numérisé non relu

BESTI VIRES

Suite du tome III ( p. 203-288 ).

UNE BESTE QUI EST APELÉS OLIFANS '.

Une beste est qui est apelée olifans J; si est une grant beste, et fort et poissans de nature. Phisiologes nos dit que il porte bien une torde fustsor son dos, et la gent armée avoec en la tor, quant on li a fermée1 * 3 * par engien sor son dos. Ceste beste porte i bocl 4 par devant, dont il mangue. Et si est de tel nature que il vit,(,i 5 * ans, et si portent n ans lor faons en lor ventre. Et li dent de ceste beste est de tel vertu : se on i meist sus une linge drap et par desus ardans carbons, il ne poroit ardoir. Se ceste beste cbaistàla terre, jamais à nuljor neseroit relevé par lui meisme por tote la force qu’èle a en soi. Araon 7 li prophètes nos dit del olifant que il a en lui moult de sens. El tans que li malles velt engendrer lignie, il vient vers orient atote 8 sa feme, près d’orient, où Adans fu nés. Iluèqucs est i abres qui est apelés mande-

1 R. de ia nature del olifant.

1 R. éléphant (S. oliphant). Phisiologes dist que moult

a en lui grant sens. Ou temps que li males... Voilà plusieurs lignes supprimées tout d’un coup, et vraiment sans

grande perte. S. abrège à peu près autant.

5 Fixée, assujettie, arrêtée; ital. fermare, lat. fir-

mare.

1 Boyau, ital. budelle; catal. budell. On s’aperçoit bien sans doute que ce prétendu boyau est la trompe de l’éléphant. Aussi le miniateur du ms. P n’a pas tenu compte de cette bizarre description , et la peinture cor-

rige le texte. Mais la phrase dont se sert Pierre le Picard a été prise tout à fait au sérieux dans la miniature du ms.

français 7534 de la Bibliothèque du roi. Voyez la figure C S (t. H, planche xxv).

• Trois cents.

• Drap de lin, ital. pannolino , pour distinguer entre le drap de laine et les draps de toile (drapeau, draperie, etc), ou linge.

7 Nous verrons ailleurs encore (infra, p. 64), que l’on avait cherché à mettre sous le patronage du prophète Amos les doctrines de ce Bestiaire. Mais il me serait malaisé de dire comment le prophète avait mérité cet honneur.

8 Avec ; comme qui dirait : Et la femelle brochant sur le tout. — S. Si s’en va en Orient entre lui et sa femcle, jusques près du fluve de paradis. Illec est ung arbre...

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

gloire 9 ; la femèle mangue premièrement de cel fruit de l’arbre, après en done al malle <[ue il en manguche 10 et lors le mangue. Si tost comme il viennent ensamble et il en ont mangié, enraument " conchoit la femèle. Et quant li tans vient que èle doit feoncr ,2, èle vient à un estanc et entre ens 13 desi as mamèles, et iluec enfante sor l’aighe <4. Et la nature de la beste est tèle que dans aighe faone tos jors. Car si faon sont de tel nature se il chaoit à tere, que relever ne se poroit , que ses os sont droit et roit ,5 et entier 16 dès le ventre as pies. Et por le dragon qui tos jors le gaite, faone la beste plus volentiers en aighe; car s’il le trovait de fors laighe , il le dévoroit. Li malles ne se départ de la femèle tant com èle faone, ains la garde por le serpent. Et quant la femelle a faone, si repont sen faon où bot 17 ne culuevre ne sont ; que il le tueroient s’il i peusent avenir.

Cil doi 18 olilant, de male et de femèle, portent la samblance de Eve 19 et d’Adam qui èrent en paradis devant le mors 20 de la pomme: avironné de gloire, nient de mal sachant, ne désirant de covoitise ne d’asamblement. Quant la moiller 21 manga de la pomme del devée arbre , èle en doua à Adam. Si tost com il en orent mangié , il furent jeté 22 fors de paradis, et jeté en l’estanc palui 23 de moutes aighes ; c’est en cest monde qui est plains de moult de diversités 24 et de malset de tormens. Dont David dist 25 : Salve moi , Sire, caries aighes26 entrent dès à ni âme. Et en altre lieu redit 27 : Je atendansje 28 atendi Dam el De[u] , et il entendi et oi mes proières , el jeta moi fors de laide 29 misère. Quant Adam fut fors de paradis, il conut sa feme et entra 30 en la boe. Et por ce descendi Nostre Sires , comme pis et rnisericors,del sain de son Père ; et prist nostre char, et mena nos fors de l’estanc, et eslabli sor pieres nos pies 31 . JEt envoia en nostre bouche chant novel quant il nos ensegna à orrer 32, ce est

9 R. mandagloire, S. mandagoire (Mandragore).

10 R. menjuce, S. menjue.

11 S. maintenant conçoit.

12 R et S. faonner.

13 S. y entre , R. entre en fève de cic’as...

1 4 S. faonne dedens l’eane pour la paour que elle a du dragon qui la gaite. Car se elle faonnoit dehors l’iaue (sic) , le dragon ravir oit son faon et le mengeroit. — R. sor fève por le dragon qui toz jours la gaite. Car cil (s’il) la trovoil fors de fève, il la dévorroit. Ces deux mss. ont évité de donner une double explication d’un fait très-problématique à lui tout seul, et qui ne méritait point , par conséquent , ce luxe de justifications.

16 Roides.

16 Tout d’une pièce.

17 Serpent. Toute cette phrase manque dans R et S, sans que le sujet en souffre rien assurément.

18 R. cist (S. cil ) dui.

19 R. d’Adan et de Aive (sic). — S. ressamble.nl Adam et Eve.

20 Expression souvent employée au moyen âge quand il s’agit du péché d’Adam, et suggérée par l’hymne Fange

lingua gloriosi lauream certaminis :

« Quando pomi noxialis « In necem morsu ruit.

21 Femme; i.at. mulier; itac. moglie. — S. quant Eve menja.

22 R et S. boute ; ital. buttato fuora.

23 It. plains. — S. gcttè ausi comme en I estant plain de grant iaues ; du quel estanc le monde a la- samblance pour les gratis fluctuacions, etc.

24 J’aurais proposé adversitez , si R n’eût été d’accord avec P.

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