PREMIER TOMBEAU
VINCENTIUS ET VIBIA. — DESCRIPTION.
Le premier ai cosolium est orné de peintures à l’extérieur et à l ’intérieur de l’arcade. A l’extérieur, on lit au-dessus du cintre l’inscription suivante, que je coupe ici en deux parties pour la donner en fac simile :
. . . . ncenti - hoc o ... . quetes - quot vides ■ plures me - antecesserunt - omîtes - expecto. manduca vibe lude et béni at me - cum vtbes - benefac - hoc - tccum feies.
Numinis - autistes - Sabazis - Vincentius - hic - est qui sacra - sancta. deum - mente pia - coluit.
ET NOSTRIS E-T A M I C IS A RCOSOLIO C V M P ARETICVLO SVO IN PACEM.
c’est-à-dire : Dormis cetcrnaiis Aurel ti Celsi et Aurélia Hilaritatis compatis me a. Fecimus nobis et nostris et amicis arcosolium cum parieticulo suo. In pace.
' Le P. Marchi a le mérite d’avoir fait connaître cette ancienne expression d’après une inscription chrétienne du musée Kircher, inscription que j’ai lue de la sorte :
DOMVS ETERNAUS AVR CELSI ET AVRILAR ITATIS CONPARI M EES FECIIVIVS NOBIS
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Au-dessous de l’inscription, et des deux côtés de l’ouverture, montent deux plantes en partie fantastiques; mais qui ne sont pas sans rapport avec le palmier. Autour d’elles grimpe en
spirale une branche légère qui pourrait indiquer l’amandier. Le palmier était consacré à Bacchus Sabazius et a Mithras; et l’amandier, à la déesse de la nature, la Cybèle phrygienne. Ce dernier arbrisseau tirait son origine du sang impur d’Agdestis, et Attis était né de son fruit.
On voit, dans l’intérieur de l’arcade, quatre peintures : l’une en face su r le mu r du fond, et les autres contre l’intrados de la voûte suspendue sur le cercueil. Nous commencerons par le sujet placé sous la voûte, à droite du spectateur. Nous avons devant les yeux un banquet de sept prêtres de Bacchus : le peintre a eu soin de nous l’apprendre dans la légende . SEPTEM PII SACERDOTES- L’usage d ajouter aux tableaux des inscriptions explicatives aujourd’hui si précieuses, remonte assez haut. On lit dans Pétrone (Amstel. 1669, p. 80), que chez Trimalcion : Omnia diligenter curiosus pictor cuin inscriptione reddiderat. Au moyen de la nôtre VINCENTIVS, nous savons que le pontife sabazien, indiqué comme le propriétaire du tombeau dans la partie métrique delà grande inscription, figure ici sous les traits d’un jeune homme imberbe et couvert d’un haut bonnet phrygien. La salle du banquet bachique est embellie, comme pour une fête, de guirlandes de fleurs suspendues au plafond, et le coussin d’appui autour de la table semicirculaire (<7typ.«) est splendidement brodé de perles. Des rangées de perles enrichissent aussi les quatre plats ou l’on a servi aux pontifes une oie, un lièvre, un pâté et un poisson. Huit pains ronds et divisés par des raies croisées et peintes en rouge accompagnent les plats. Tous les convives portent la tunique et le manteau, mais de diverses manières. L'un des prêtres tient un pain, trois autres des vases à boire. Deux sont imberbes et trois seulement ont la tête couverte d’une coiffure conique recourbée au sommet et descendant sur l’épaule gauche. Ces thiares et le manteau des mêmes personnages sont de pourpre.
VINCENTIUS ET VIBIA
Vis-à-vis ce premier tableau, à gauche du spectateur, se voit le suivant :
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Une jeune femme du nom de Vibia est ravie par Pluton et entraînée sous terre : ABREPTIO VIBIESET DISCENSIO. Le dieu des morts couronné de lauriers vient de saisir sa proie et de monter sur son char traîné par quatre chevaux bai-foncé, guidés par Mercure. Une barbe épaisse tombe sur la poitrine nue de Pluton et son manteau de pourpre flotte au vent. La longue robe blanche de Vibia a d’étroites manches et est recouverte en partie par un manteau vert. Le dieu psycopompe tient son caducée de la main droite, et de la gauche les rênes du quatrième cheval a gauche, pour diriger le char vers le lieu où doit s’opérer la descente aux enfers. Déjà son pied gauche a quitté le sol terrestre et s’avance vers un grand vase renversé, l’ouverture en avant. Mercure porte une courte tunique verte et un manteau de pourpre agrafé audessous de l’épaule gauche. Entre les deux sujets précédents se développe la grande scène du jugement.
Le Dieu père, DISPATER,est assis sur un trône de pierre avec sa compagne ABRACVRA. A leur gauche, l’envoyé infernal MERCVRIVS NVNTIVS, armé du caducée et de la verge', précède deux femmes où nous reconnaissons Vibia, suivie d Alceste : VIBIA. ALCESTIS.il les présenteaux deux divinités assises, etaux trois destins divins : FATA DIVINA. Pluton, couronné de lauriers dans son rapt de Vibia, est ici couronné de fleurs. Il porte le même manteau de pourpre, et sur les genoux une bande d’étoffe bleue. La déesse est vêtue en vert de mer. Les vêtements de Mercure sont de la même couleur que précédemment, et les cinq autres personnages sont peints, en y comprenant le visage, d’un vert pâle qui semble indiquer des ombres. On remarquera, parmi les FATA deux femmes séparées par un homme barbu1 2: tous les trois ont la tête
1 Quem caduceum et virgula Mercurium indicant (Apul. Miles., L. X., p. 3A6, Paris, 1688). C’était la manière ordinaire de représenter Mercure à l’époque de nos monuments.
Ici, comme dans plusieurs autres détails de ces peintures, M. Perret présente, dans son grand et bel ouvrage sur les Catacombes, des dessins un peu différents des nôtres. Je ne puis me dispenser de m’en expliquer devant le public. L’auteur a consacré sept planches de son Ier volume à nos monuments. Voici les titres :
PL. LXVIIL Plan de deux arcosolium. Élévation d'un arcosolium. C’est la peinture extérieure de notre deuxième tombeau et la scène du fond.
PL. LXIX. Une femme couronnée. Détail de la deuxième scène de notre deuxième tombeau.
Pl. LXX. Le Banquet mystique. Quatrième scène de notre premier tombeau.
PL. LXXI. Le Banquet mystique. Première scène de notre premier tombeau.
PL. LXXII. La Mort. Deuxième scène de notre premier tombeau.
Pl. LXXIII. Le Jugement. Troisième scène de notre premier tombeau.
Pl. LXXIV. Les trois figures à droite du trône. Détail de la scène précédente.
Voici les principales différences :
Pl. LXVIII. Point de guirlande supérieure ni de feuilles de laurier au-dessus de la porte.
Pl. LXX. Le deuxième convive tient une grappe. Point d’arbres verts. Deux plats seulement.
Pl. LXXI. Ni plats, ni pains, ni verres, ni guirlandes. L’inscription vincentius est plus rapprochée du centre. Le cinquième convive, que je crois Vincentius, a de la barbe, le sixième n’en a pas.
Pl. LXXII. descensio au lieu de DISCENTIO. Pluton porte un bonnet et une tunique dont le cou est carré. Le crater ne projette pas d’ombre.
PL. LXXIII Mercure est sans caducée et sans baguette, le trône n’a pas d’assises.
PL. LXXIV. Les trois fata sont trois femmes.
M. Perret a omis de donner les peintures placées sous l’arcade du deuxième tombeau, excepté un détail, la figure de la prêtresse. Je dois ajouter ici que je n’ai pas à changer mes dessins.
VINCENTIUS ET VIBIA.
couverte d’un voile, le front grave, abaissé vers le sol, et les mains mystérieusement enveloppées sous les vêtements.
Un dernier tableau sur le mur du fond complète les précédents.
Du tribunal suprême, nous passons au sein d’une campagne couverte de fleurs et ombragée d’arbres. Ici se réunissent deux scènes différentes, et Vibia figure dans lune et dans l’autre.
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VINCENTIUS ET VIBIA.
.\ gauche du spectateur, elle franchit le seuil du séjour des heureux, où elle est introduite par son bon ange, beau jeune homme qui porte sur la tête une couronne d’or, a autour du cou un collier de fleurs et tient une autre couronne de fleurs à la main. L’inscription est INDVCTIO- VIBIES, ANGELVS BONVS. La longue robe de Vibia , ainsi que la tunique ouverte du génie, est d’un vert pâle. Le manteau de celui-ci est bleu, et celui de Vibia est jaune. Cette première scène est, comme on le voit souventsur les bas-reliefs et dans les peintures, une sorte d’introduction à la composition principale. En effet, la même Vibia, dont nous venons de voir l’entrée solennelle, se montre de nouveau, un peu plus loin, à nos regards. Un banquet joyeux est servi à l’ombre desbosquets toujours verts. Six convives y sont assis, après avoir, comme Vibia, soutenu avec bonheur l’examen des derniers juges (BONORVM-IVDICIO- IVDICATI-) et la nouvelle venue occupe parmi eux une place d'honneur où une inscription la signale : VIBIA, comme nous l’avons vu, pour Vincentius.
Le bras gaucbe appuyé sur le coussin, les convives ont devant eux trois plats ornés de perles et renfermant une volaille, un poisson et, au centre, une sorte de pâtisserie. A leur gauche une amphore est soutenue sur son trépied ordinaire ( encilhecn ), et trois serviteurs occupent le premier plan. Toutes les attitudes sont à considérer. Le premier personnage à gauche est une femme dont la robe verdâtre, à larges manches, est décorée de bandes de pourpre et flotte sans ceinture. Cette femme porte une couronne et un collier de fleurs; et tenant de la main gauche un vase à boire, elle indique quelle va prendre la parole en formant le geste si nettement décrit par Apulée ( Metamorpli ., L.II, p. 3g, Bip.): Porrigit dexteram , et ad instar oratoruin conformât articulant : duobusque infinis conclusis digilis, cœteros eminentes porrigit, et infesto pollice infit. Près de cette femme est assis un homme vêtu de la même manière et qui, outre ses deux couronnes ou guirlandes, en élève une troisième de la main droite. Vibia vient ensuite, le front également couronné de roses, la robe verdâtre également sans ceinture. Elle n’a pas de collier de fleurs non plus que les convives suivants; mais deux larges bandes de couleur blanche descendent de ses épaules. A sa gauche est un homme en tunique jaune, une draperie blanche s’appuie sur son épaule droite, et il porte la main fermée sur son front sans couronne. Plus loin, au contraire, une jeune femme, vêtue de vert pâle, pose une de ses deux mains sur sa tête. A côté d’elle, un jeune homme en robe jaune à longues manches, le front et le cou sans parure, paraît adresser une demande aux serviteurs. De ceux-ci, l’un sert la volaille, un autre, un genou en terre, avance une main vers les fleurs de la prairie et porte l’autre à ses lèvres. Le dernier a les deux genoux en terre et étend la main vers son compagnon.
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