‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 35 sur 139 · DE LA PIÈRE D’AIMANT · texte numérisé non relu

DE LA PIÈRE D’AIMANT

Phisiologes dist que une pière est qui est apelée aimans, et est en un mont d’Orient. Cèle pière èle luist par nuit 2, et ne mie par jor; car li solaus li toit sa clarté. Por ce ne poet estre

1 Pour suppléer au défaut de miniature, nous avons copié (fig. G M, pl. xxv ) celle que donne le ms. français 7536 de la Bibliothèque du roi , pour l’article du diamant; car aimant et diamant ont une parenté fort étroite dans la pen-

sée des hommes du moyen âge, qui ne connaissaient bien, à vrai dire, ni l’un ni l’autre.

2 Durant la nuit ; c’est le langage de la Vulgate : per noctem.

BESTIAIRES (PI. XXV)

trovée se par nuit non. Geste pière ne ia puist sormonter ne fust 3 4, ne fer, ne pière. De ccstui dist li Apostres 4 : Je vi l'orne ester sor le mur d aimant, et en sa main une pière d aimant.

La pière est example de Crist qui estora 5 sor les vives pières dont li célestiels Jherusalem est rédéfiés; ce sont li apostle et li prophète et li martyr que fus 6 ne pière, ne dent de beste neporent sormonter. De cèle verraie pière d’aimant sont dites les pières 7, altresi comme del non de Crist sont apelé crestien. Ce que li Apostres 8 9 dit : Je vi l'ome sor le mur daimant, et en sa main une pière daimant ; li aimans c’est example qu’il est Fils de Deu et d'ome , qu’il J prist en la virge nostre char. Ce qu il dit qu’il tenoit en sa main la pière d’aimant; c’est qu’il, tenoit soi ineisme en la gloire de la deité. Li nions d’Orient où la pière d’aimant est trovée, ce est Cris 10 * el Père, et li Père el Fil; dont il meismes dit " : Je sui el Père, et li Père en moi. Et en autre liu redit 12 : Qui me voit -, il voit mon Père. Ce que la pière n’est trovée de jor, sénéfie qui (rpie) li descendemens de Nostre Ségnor et l’incarnation fu célée as célestiens vertus. Car quant il monta ès ciels après sa resurexion, li angle qui estoient reniés ès ciels disoient à cels qui montoicnt avoec lui 13 : Que cist est (qui est cist?) rois de gloire qui vient atol son vestement rouge de sanc? Ce que la pière est trovée par nuit, sénéfie que il descendi ès ténèbres de cest monde, et enlumina tôt lumain lignage qu’il14 seoit en la nuit; cest en la région de mort. Dont li prophètes dist 13 : Por ce que tu enluminas ma lanterne , Sire Dex enlumine mes ténèbres. Nostres Sires voirement enlumina la lanterne, par son S. Sacrement ", que li diables avait estainte; ce est l’âme et le cors que li Sires vivifia par le mistère de la crois qui salus est à tôt le monde. C’est 17 que fers ne pot sormonter la pierre l8, ne nus ne puet encontre Dieu. Car par lui sont iotes coses faites , et sans lui nesl faite nule cose 19 ; car il fist tôt et cria de nient, et trestot le desfera alsi légiérement quant li venra à plaisir.

3 R. fuz.

4 R. li prophètes. Amos vu, 7, selon les i.xx.

0 R. La pierre c’est Cris; c’est li vrais aimans qui esta sor 'es vivez pierres, — ce sont li apostre, etc.

6 R. fuz, ne pierres, ne fer, ne puet sormonter.

R. les autres pierres aimantines, sicomme , etc.

8 Cette fois les deux mss. s’accordent à oublier qu’il s’agit du prophète Amos.

9 R. qui prist en la sainte vierge Marie nostre, etc.

10 R... trovée, sénéfie Dieu le Père de cui tout bien

naissant (sic). Dont saint Pol dit (I Tim. vi, 16) : Il

sens est sans mortalité. Ou quel la pierre est trovée ,

c’est Cris est el Père, etc.

11 Joann. x, 30; xiv, 10, 11.

12 Joann. xiv, 9.

13 R. qui est cis, etc. l’s. xxill, 8, 10 ; et Is. L.xm, 1.

14 R. qui.

15 Ps. xvtt, 29.

16 II s’agit, d’après le contexte, du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption.

17 R. ce que.

18 R... pierre, c’est que nule créature ne puet rien encontre Dieu.

19 Joann. i, 3. Là se termine l’article du ms. R.

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