‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 5 sur 139 · QVIETET EX ARCA NOSTRA — TV NE VELUS ALIENA MEMBRA IN · texte numérisé non relu

QVIETET EX ARCA NOSTRA — TV NE VELUS ALIENA MEMBRA IN

qvietare iacentis. Mais dans une inscription comme celle-ci, où le style n’est pas sans distinction, il m’a semblé que l’écrivain aurait trouvé trop rude de dire : hoc quod vides, pour exprimer : hoc quod remanet — lias reliquias.

Je savais que d’autres lisaient : éimcenti, hoc oro, tu- Qve des, en supposant que Vibia avertît le pontife survivant de léguer à sa mort de quoi faire célébrer, à son exemple, le repas funèbre : mais la transmutation du T en D (des pour tes) ne s’opérait pas si indifféremment dans l’orthographe de cette époque.

J’ai supposé ensuite un dialogue où Vibia aurait inculqué à Vincenlius les maximes morales qu’il avait à enseigner aux siens. Elle lui aurait dit, en montrant en quelque sorte sa tombé : Geci, ô Vincenlius! est la porte d’entrée au séjour du repos : vincenti hoc ostium q vêtis qvo d vides. La difficulté d’admettre ce supplément ne provenait pas de l’apostrophe; car il n’est pas rare, dans les inscriptions, d’entendre les morts adresser la parole aux vivants. On lit sur un monument bien connu : tyciienianvs dicit, fatis abreptvs me iaceo, etc. ; et sur un autre du Musée Kircher, quia été mal lu par Marini (Fr. an\, 56k) : soce, aïs, lvoas, hortor, etc. ; et dans Orelli (L. c., n. 71) ; titvlvm posit ante æternam domvm ivlia avgvsta tavrinorvm, dicit : qvære cessavi, etc. Mais l’ensemble de l’explication ne se soutenait pas. Vibia ne serait plus : plvres me antecesservnt, etc. ; Vincenlius serait également mort : hic est. Ce serait donc un dialogue des morts, et l’un des deux donnerait à l’autre des conseils qui concernent la vie: mandvca, bibe, etc. , tecvm feres.

J’ai préféré supposer que les sentences étaient adressées au passant, ce qui est naturel et d’ailleurs ordinaire dans la phraséologie épigraphique des tombeaux.

VINCENTIUS ET VIBIA.

analysaient en quelques mots la doctrine et l’enseignement du pontife sabazicn, enterré au même endroit. Le premier mot FôîcENTI se détacherait des autres et formerait, comme on le voit ailleurs, une sorte de titre. On pourrait lire locus Fine ENTI comme on lira sur le troisième tombeau LOCUS CARICI. Rien de plus commun que de trouver le nom du mort au génitif, et Ton supplée, selon les occurrences, locus sepulturœ, ou bien Dismanibus, ou, quand ce sont des sentences, comme dans les épitaphes connues qui commencent par Iowtwpoç, MapxéMou. .le passe aux paroles suivantes :

HOC O... QVETES-QVOT VIDES-PLVRES ME-ANTECESSERVNT-OMNES-EXPECTO-

MANDVCA- VIBE-LVDE ET VENI AT ME

Figurons-nous un moment que les premiers mots n’existassent plus. A en juger par le sens du contexte, il serait assurément naturel de supposer quelque chose d’analogue à ceci . Souviens-toi , passant, que tu viendras ici : beaucoup m’ont précédé, tous me suivront. En attendant, mange, bois, jouis, et viens me rejoindre. D’après ces données, je remplis ainsi le vide de la première ligne : HOC O lira /reQVE/iTES-QVOT VIDES. Frequentare était à cette époque un synonyme de venire, ingredi. Hoc sepulcrum a me fréquentent est une phrase épigraphique bien connue.

Les mots MANDVCA, BIBÊ, sont des maximes répétées par les païens, sous toutes les formes pour exhorter les vivants à jouir de la vie. Après VIBE je supplée sans crainte LVDE d’après les traces encore visibles, et je ne doute pas que les trois plaisirs recommandés ne le soient dans le sens ordinaire aux anciens.

AMICE, LVDE, IOCARE, VENI : ainsi se termine l’épitaphe de Modius et de Gemina (De Boissieu , lnscr. ant. de Lyon, p. 4y3).

Es, bil>e, animo obsequere mecum, atque onera le hilariludine, dit quelque part dans Plaute le vieux Périplectemène {Mil. glor., III, i, 83).

« Pardalas, dit une inscription grecque du colombarium de Livia, mange, bois, jouis des délices et des voluptés, car il faut mourir, et le temps est court '.

Axiomes immondes servant d’écho à celui de Sardanapale : « Mange, bois, amuse-toi ; tout le reste ne vaut pas un claquement des doigts2. »

C’est assez de ces exemples pour déterminer le sens du mot LVDE, sens d’ailleurs adopté le plus

» nAPAAAA EC0IE UINE TPÏ<PA nEPIAAMBANK ©ANEIN 2 (At|)Cn. DiptlOS., XII, 7.) 'EgOiz, ir:V£, ira t'Ç£. Ce que CE aei o fap xponoc OAirüC. Ainsi lit Salvini , qui l’ex- le Scholiasted’ Aristophane explique par E<j0te, irtve, S^evs. plique par deliciare, amplectcre. Je propose TP et AC cf. Herculan. Bronzi, t. II, p. 170, n. 5.

UEPtAAïVlBANE, c’est-à-dire delicias ampleciere.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

souvent par les poètes latins'. Je ne serais pourtant pas surpris qu’il fût rejeté par certains critiques, qu’une je ne sais quelle indulgence porte habituellement à excuser les païens. Pour prendre LVDE dans un sens honnête, ils pourraient ici s’appuyer sur les mots suivants :

CVM VIBES- BENEFAC- HOC-TECVM-FERES.

Je crois au contraire que ces derniers mots, tout en paraissant contenir une maxime morale, ne signifient, à bien les entendre, rien de moins mauvais que les précédents. Qu’était-ce que bien faire sinon bien jouir, pour des sectes si profondément perverses, que 1 initié tenait, comme nous le verrons plus bas, des écoles de volupté, et pouvait s’en applaudir1 2? Eussent-elles été pures à leur origine, les institutions des mystères ont dégénéré avec le temps, et enchéri, nous le croyons, sur la corruption universelle. Pouvait-il être surprenant que pour des hiitiés surtout : bene vivere, beate vivere, bene libi facere et aussi benefacere, fussent l’équivalent de animo obsequi, jenio obsequi, onerare se hilariludine? Rapprochez de l’expression : Dum vives benefac , lioc tecum feres, 1 inscription athénienne :« Pour les jours qui te restent, vis d’une belle vie3. » Qu’on se rappelle encore cette autre formule publiée par Marini : «Qui sibi clam vixit fecit ubique bene, » et l’explication que peut fournir Pétrone : Ego sic semper et ubique vixi ut ultimam quamque lucem tanquam non redituram consumèrent, id est in tranquillitate. Ajoutez les remarques d’Avellino sur le Vixi dum vixi bene 4; enfin ces deux vers de Térence5:

Fuit dum vixit, et qui sic sunt, liaud multùm heredem juvant.

Sibi liane laudem relinquunt : vixit dum vixit bene.

Sur quoi Douât dit précisément : Sententia est liortantis ad délicate vivendum. Réunissez tous ces textes, et vous croirez sans peine qu’après MANDVCA-BIBE-LVDE, le mot BENEFAC signifie tout simplement : et hoc benefac. Je sais que mon savant ami le chevalier de Rossi a exprimé une opinion contraire dans le Bidletin de l'Institut archéologique, et qu’à ses yeux le sens est : Jouissez; mais en même temps faites le bien : vous n’emporterez que vos bonnes oeuvres. C’est une version (jue je ne saurais accepter. Rien d’analogue à de telles conclusions morales ne se rencontre dans les monuments païens, où c’est toujours le désir d’une vie de plaisir qu’éveille l’idée de la vie. Reproduite ailleurs sous tant de formes, cette pensée est visible ici, selon moi, malgré

1 Catull. Manlii Epithed., 212. — Petron. Satyr, p. 3 U, u. A, Amslel. 1669, etc.

2 Je n’insiste pas ici sur le système commode de la puri-

fication des âmes au moyen de la jratft'a et de lV,«îôvw,

d'après Musée et Eumolpe, dans Platon (Polit. II, 36A); j’en parierai plus loin.

5 ZH01 ton EniAEinoN bion KAA02. Bœck, c. 1 , A69. —

Furlanetto, Lap. Patav., p. A89, n. 800. Sur le sens du mot Zîjv.Cf. Lettonne, Revue archèol, T. V, 360, 61. — Quinlilien, Inst, orat., VIII, n. 4A0, éd. Capperon.

4 Dullet. arch. Nap., II, 56. — CL Petr. , 35, 197, Bachmann. — Buonar. Vetri, p. 205.

5 Hecyra, III, v. 10, 11.

VLNCENTIUS ET VIBIA.

l’absencedu jeu de mots; et CVM VIVES-BENEFAC me paraît l’équivalent de cLum vives bene vive.

Dira-t-on que dans le syncrétisme des Sabaziens quelque souvenir des maximes évangéliques peut s'être mêlé à celles du vice? C’est ce qu’il faudrait bien établir. Citerait-on Julien 1 Apostat et sa lettre à Arsace, prêtre païen en Galatie? Cette lettre n’a que faire ici. Outre quelle est, selon nous, postérieure de près de deux cents ans, l’empereur ne recommande aucunement la décence et la charité en vue de la vie future, mais uniquement pour rivaliser avec les chrétiens \ Bref, que les mots : HOC-TECVM FERES concernent MANDVCA et BiBE, aussi bien que BENEFAC, et soient également pris dans un sens épicurien , nous le voyons par tous les textes si connus où la vanité de la vie est présentée comme une raison d’en jouir: Duru vivimus vivamus. — Ergo vivarnus dum licet esse bene. — Vivamus , moriendurn est. Etc., etc.

Et ne sera-t-on pas frappé du rapport entre les mots HOC-TECVM FERES, et l’épitaphe île Sardanapale traduite par Cicéron ( Tuscul . V. 9)?

Flæc habeo quæ edi, quaeque exsaturata libido

Hausit, at ilia jacent multa ac præclara relicta.

Comment ne pas voir qu ils rappellent singulièrement l’inscription de Patron, publiée par le P. Secchi et par M. Welcker1 2 : « Tout ce que les hommes trouvent agréable je l’ai goûté, et tout ce que j’ai possédé dans ma jeunesse je l’ai perdu, excepté les plaisirs dont j’ai joui en vivant bien? » C’est la morale des anciens mystères et de nos tombeaux; c’était la religion de Martial (vm, 5o) :

Exhilarant ipsos gaudia nostra Deos.

Tibulle ne parle pas autrement (L. I, el. 3) :

Sed me quod facilis tenero sim semper amori,

Ipsa Venus campos ducet ad Elysios.

Hic juvenum sériés teneris immixta puellis Ludit, et assidue prælia miscet amor.

L’inscription finit parce distique :

NVMINIS - ANTISTES - SABAZIS - VINCENTIVS - HIC - EST QVI SACRA - SANCTA - DEVM - MENTE PIA - CO luit.

1 Epist XLIX, p. 90, éd. Heyler, Mogunt. 1828.

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S022A BPOTOI2IN F.PA2MIA FIANT’ETEAESSA 0<I>PA KAI EN AIAH TEIINON EXOIMI T.OnON,

KAI (OSA) EN NEOTHT1 KATEK.THN OXHTAI UAHN A IIP'N ZON AIlEKAPniS'AMEN.

Le sens des deux premiers vers se retrouve ainsi exprimé par C. JDomitius Primus (Momms. I. N. 3099) :

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