‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 55 sur 139 · EGO TE BAPTI PATRIS AMEN · texte numérisé non relu

EGO TE BAPTI PATRIS AMEN

En toute autre circonstance, la forme prescrite par Notre-Seigneur 5 pouvait sembler indiquée suffisamment par la représentation du baptême de Jésus-Christ, où les trois personnes divines apparaissent consacrant, pour ainsi dire, la fonction que l’eau devait recevoir dans 1 Eglise. C’est aussi a quoi l’on s’est borné dans 1 ornementation de plusieurs cuves baptis-

1 Spicileg. /. cil. p. h.

2 Spicileg. , /. cit. p. 9, sq. : <■ Xolandum est quia impossible est quemquam ad pcrfectum justitiac sine regenerantis aquae inysterio aspirare; maxime quum opéra justitiae liane gratiain Cornelio caesariensi dure non poluerunt douce eutn cum omni familia sua salutari unda Pctrus innovavit, super ques Spiritus Sanctus antebaptisinum inaudito praceuniis graiiae exemplo cecidit; ut hac manifesta Dei virlute animatus Pctrus regnum Dei gentibus aperiret, queui cnm ceteris discipulis ne in viam Gentium abiret, Doininus ante monuerat.

« Unde colligitur quia quamübet juste et inno-

center quis videatur vivere, salvari tamen absque divini fonds lavacro non possit. Etc , etc. » Cf. ibid. , p. 57 , sqq.; 61.

Ekbert de Scliœnau [servi. VIII adv. Catliar. , 7; ap. Galland, XIV, A65) s’appuie sur le même fait pour reprocher aux Cathares les cérémonies profanes par lesquelles ils prétendaient remplacer le baptême. « ... Quod ergo aliud baptisma rcquiris, o infidelis Cathare? Si uno Deo potes esse cou tentus, unum quoquetibi baptisma sufBciat... Taie tibi baptisma sufficiat quale sancti apostoli administraverunt bis qui baptizati sunt ab eis. Si ignoras quali baptismate baptizaverint, lege scripturam Lucae evange-

listae quae intitulalur Actus apostolonan ; cui non minus creditur quam evangelio quod scriptum est ab eo. Lege, inquam, in eo loco ubi deconversione Cornelii et amicorum ejusscribil, etc. »

Les paroles inscrites sur le cartouche que tient la main gauche de saint Pierre (Ego (/iiis eram quipossem proliibere Deum), sont tirées des Actes des apôtres (XI, 17), et semblent rappeler à dessein l’intervention divine dans la conversion de Corneille ; comme pour donner une plus grande autorité à l’action de saint Pierre qui n’agit que par l’ordre immédiat du Ciel.

5 Spicileg., I. cil., p. h. Rcsponsio liaeretici : «... Servata hac justitia nullum opus esse baplistni; praevaricata veto ista , baptismum ad nullatn proficere salutem. »

4 Spicileg., i. cit., p. lü : « Verum utcumque originalis culpae aut propriae actionis reatu teneatur (guis) adstrictus, tamen fonte renatus, mundus et totius peccati sol de purgatusadeo innovatur, ut qui filius diaboli in fonte descenderat, Filius Dei renatus ascendat; qui filius praevaricationis descenderat , filius reconciliationis ascendat. Et ut cuncta colligam, qualetn primum hominem ex virginea terrae massa fmxit Sapientia creantis, talem etiam hune ex purificato fontis utero producit cletnenlia Redemptoris. »

5 Matlh. XXVIII, 19.

FONTS BAPTISMAUX DE LIÈGE

males Mais en face des hardis novateurs qui niaient l’efficacité de l'initiation chrétienne, on ne pouvait trop insister sur les moindres détails; et l’artiste l’a fait, comme le firent les docteurs de ce temps 1 2 *. Il (allait d’ailleurs, à cause de ces erreurs nouvelles, (aire bien remarquer que, simple symbole sous la main du Précurseur, cette cérémonie avait été élevée à un ordre bien plus haut par le Fils de Dieu \ Ce pouvoir nouveau, donné à l’inerte élément par [ institution du Rédempteur, est encore marqué sur les fonts de Liège, par la main divine qui bénit les néophytes plongés dans l’eau par les deux apôtres; vestige du symbolisme des premiers âges chrétiens, qui ne survit guère au xnr siècle, mais que nous retrouvons toujours plus usité en remontant le cours des temps jusqu’aux monuments des catacombes. Le sens de ce signe est bien clairement indiqué par les inscriptions qui l’accompagnent. Au-dessus de Craton, c’est Dexteha Dei; et sur la tête de Corneille : Cecidit spiritus sanctus super omnes qui audiebant verrum. Or, personne n’ignore que le Saint-Esprit est appelé : Digitus pa- * TERNÆ dexteræ. Le fidèle le moins lettré reconnaissait donc à cette marque distinctive, dès le premier coup d’œil, de quel côté était le vrai baptême signe sensible d’une grâce certaine, ou le simple rite figuratif et préparatoire dont toute l’efficacité était subordonnée aux dispositions intérieures du pénitent.

Nous avons vu, dans l’inscription du limbe inférieur de la cuve baptismale, que les douze bœufs placés autour de la base désignaient non-seulement les apôtres, mais leurs successeurs dans le ministère ecclésiastique. Cette transmission du pouvoir dans l’Eglise n’eût pas fait difficulté en tout autre temps; mais on avait à la rappeler tout particulièrement en face des Cathares, qui, en cela d’accord avec lesYaudois, disaient que la vertu des sacrements se perdait entre les mains d’un ministre dont la vie ne serait pas sainte4; comme si Dieu, en instituant ces sources permanentes de sanctification, eût fait dépendre leur action de la piété des hommes qu’il en faisait dépositaires

1 Cf. Messager des sciences et ails historiques de Belgique, 2e série , 1839, p. 139. — Bulletin monumental, t. XIII, 186.— Etc.

2 Spicileg., /. cil., p. 6 : « Cujus mysterium non aliter nisi sub Trinitatis designatione , id est Patris et Filii et Spiritus Sancti cognominatione completur. Unde Dominus ad discipulos : lie, inquit, docete omnes genles; baptisantes cos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. »

! Monela , l. cit. , libr. IV , cap. 1 (p. 281) : « Ecce quod per impositionem manuum descendit Spiritus Sanctus in baptizatos, non per baptismum Johannis. Istam auclo-

ritatem introducunt; credentes baptismum Ecclesiae romanae esse baptismum Johannis, quum Johannes in aqua materiali baptizaverit sicut Ecclesia romana. Hoc autem negamus; nonenim credimus aut dicimus quod baptismus quo utitur Ecclesia , sit baptismus Johannis : licet eiiim conveniat secum in materia, quia in aqua fit, tamen forma verborum ecclesiae nostrae est ista : Baptizo te in nomine

Patris et Filii et Spiritus Sancti; quant formam Dominus discipulis primo dédit Malthaei ultimo, v. 19 : Baptisantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. »

It. ibid. § 7 et 8 (p. 288, 289).

4 Spicileg., I. cit., p. k. Responsio haeretici: ' ... Si quis autem in baptismate aliquod dicat latere sacramentum, hoc tribus ex causis evacuatur. Una,quia vita reproba ministrorum baptizandis nullum potest praebere salutis remedium. Etc. »

Cf. Moneta, libr. V, cap. 5 (p. ti3ü-438).

5 Spicileg., I. cit., p. 6, 7 : « Quod quidem mysterium (baptismatis) .... sacramentum dicitur; quod ideo penes Ecclesiam fructuose agitur quia sanctus in eo descendens Spiritus eumdem sacramenti latenter operatur efifectum. Unde seu per bonos, seu per malos ministros intra Ecclesiam dispensetur , tamen quia Spiritus Sanctus mysticc illud vivificat, nec bonorum meritis amplificatur, ncc malorum vitiis atlenuatur. Etc. , etc.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Il ne faut pas setonner de trouver ainsi l’art confondu en quelque façon avec la théologie. C’est précisément ce qui fit sa vie et sa grandeur, tant que cette union fut comprise. Nous le ferons voir plus d’une fois (si Dieu nous prête vie et loisir), en montrant ailleurs que bien souvent le choix ou la forme de certaines représentations furent déterminés par une nécessité ou par une haute opportunité du moment. C’est uniquement sur cette voie que l’art peut arriver à devenir un auxiliaire vraiment utile de l’enseignement ecclésiastique, et s’élever ainsi lui-même non-seulement à une sorte de ministère tout à fait grave, mais à une puissance inespérée. Seulement il est bien clair que c’est à la condition de puiser ses inspirations dans des enseignements plus hauts que ceux de l’atelier. Car la forme , tout importante qu’elle est, vaut surtout par le fonds quelle fait ressortir; et le plus grand artiste du monde ne peut manquer de grandir encore, s’il est assez avisé pour mettre son talent au service de pensées déjà grandes par elles-mêmes.

Charles Cahier.

Ekbert. , serm. VII, 12 (Galland, XIV, A63). « ... Johannes Baptista laie... testimonium pronuntiavit , dicens :

Qui posl me venturus est, fortior me est Ipse vos

baptizabil in Spiritu Sancto et igné (Cf. supra, p. 1 0A, note 2). Ex his verbis securi sumus ipsum Dominum Jesum Christum esse communem baptistam omnium qui in catholica Ecclesia baptizantur in nomine Sanclae Trinitatis Inde est quod dicimus quia sive bonus, sive malus

sit ille per cujus manus corpus hominis... aquis visibiliter immergitur; non ex hoc plus vel minus operalur virtus baptismi remissionem peccatorum et invisibilem sanctificationem , in anima ejus qui regeneratur. » — IL Serm. X, 17 (Ibid. A76).

Cf. Augustin., in Joann. tract. VI, 7, 8 (Opp. t. III, P. II, 332 , sq.). J’abrège les citations là où plusieurs pensent que j’en abuse.

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