IV
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Le témoignage d’innocent III devenu pape en 1198 est d’ailleurs formel : il écrit au ch. 62 de son livre: De mysleriis missœ : Romanus Pontijex pastorali virga non ulitur, et il en donne pour raison l’envoi que saint Pierre aurait fait de son bâton à saint Eucher, premier évêque de Trêves, pour ressusciter Maternus qui devint le successeur d’Eucher. Ce bâton, ajoute le Pontife, a été conservé jusqu’ici avec la plus grande vénération par l’église de Trêves. Saint Thomas d’Aquin, rapportant le même fait pour répondre à la même question (Q. 3, A. 3, I). 24, 1. IV, Sentent.), termine par cette remarque : et icleo in diœcesi Treverensi papa baculum jiortat, et non in aliis.
Innocent III revient sur le même fait dans une lettre à un patriarche ( Décrétales , 1. 1, titre 1 5), et suppose , outre l’explication historique, une raison mystique qu’il 11e fait, d’ailleurs, pas connaître; mais les commentateurs et les auteurs liturgiques ont essayé de suppléer à son silence '.
Ce n’est pas, ont-ils dit, au maître du troupeau, mais au simple berger qu’il convient de tenir la houlette pastorale. La crosse n’cst pas seulement une marque d’autorité, mais le souvenir d’une leçon. En la remettant au nouveau prélat, le consécrateur lui rappelle ses devoirs : ut sis in corricjendo pie sæviens. Or, conviendrait-il d’adresser des leçons au Pontife suprême? D’autres motifs sont tirés de la volute du bâton pastoral. La volute leur paraît, dans sa forme circulaire, l’emblème de la juridiction circonscrite des simples évêques. S’il appartient au berger d’un simple troupeau de retenir ou de ramener avec le crochet de sa boulette les brebis fugitives ou rebelles, celui dont l’autorité s’étend sur tous les lieux na pas à craindre que ses sujets sortent de son empire.
Quant à l’usage tle la férule adopté par les papes, les faits abondent. Une ancienne représentation de saint Grégoire-le-Grand (VIe siècle), communiquée par le savant Alphonse Cbacon, l’ éditeur d’Anastase, aux frères Magri ( Hierolexicon , éd. Ven. V. Baculus et milra ), représentait 1 illustre Pontife ayant en main un bâton surmonté d’une petite croix.
On lit dans Luitprand (Xe siècle) que quand le pape Benoît, anti-pape aux yeux de l’historien, comparut, en 964, devant les évêques convoqués pour procéder à sa dégradation, ce Pontife était revêtu de ses ornements, et tenait en main la Jérule: Post liœc (Benedictus) pallium sibi abstulit cpiod simul cum pontifcali ferula t/uam manu rj est abat Domino Papœ Leom reddidit ; quam ferulam idem Papa frecjil elfraclam populo ostendit. ( Hist 1. VI, c. 1 1 •)
Dans une miniature du Vatican , contemporaine du pape Gelase II (XIIe siècle), et produite par les frères Magri (/. c.) , ce Pontife, assis sur son trône, tient un bâton droit surmonté d’un ornement ovale.
Baronius raconte de Paschal II, d’après un auteur anonyme, que, après son élection
1 Voyez Gonzalez, Lacoste, Hauteserre, Jean André sur les Décrétâtes , saint I bornas, Durand de Mende, Duranti de Toulouse, etc.
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qui eut lieu eu 1100, conduit dans le palais patriarchal : est locatus in utrisque curulibus, sedibus scilicet eburneis , et data est ei féru la in manu.
Le douzième des Ordres romains publiés par Mabillon renferme des détails semblables (c. 48 , n° 79, p. 21 1) : Ubi ventum est ante basilicam ipsam..., idem eleclus sedet ad dexteram in sede porphyrica , ubi Priai' basilicœ Sancti Laurentii de palatio dat ei ferulam quœ est signum recjiminis et correclionis , et claves ipsius basilicœ et sacri Lateranensis palalii , quia specialiter Pelro, apostolorum Principi, data est potestas claudendi et aperiendi , etc. L’auteur de cet Ordo est le cardinal Censio, devenu pape lui-même, en 121b, sous le nom d’Honorius III. On retrouve les mêmes circonstances au n° io du Cérémonial romain de Grégoire X, le treizième dans le Recueil de Mabillon, et au n° 20 de XOrdinarium du cardinal Gaëtan qui fait suite au Cérémonial de Grégoire X. Ce dernier est de la fin du XIIIe siècle, et celui de Caëtan appartient au commencement du XIVe.
On voit enfin, dans le récit de la prise de possession du palais de Latran par Léon X, récit dû au maître des cérémonies Pâl is de Crassis , que les mêmes usages s’observaient encore de son temps: Itum est , dit-il , ad capellam Sancti Sylvestri , et primo sedens et quasi jacens , Papa accepit a Priore canonicorum claves primo, deinde ferulam, in quo cictu idem Pnor, cum daret ferulam , dixit certa verba ad propositum illius aclus videlicet: dirirjere, sanclijicare et regere, ut ego edidi in meo libro ceremoniali , etc. La cérémonie de la tradition de la férule paraît tombée en désuétude lors de l’élection de Sixte-Quint.
Par Y antique férule des papes faut-il entendre un insigne de leur pouvoir spirituel ? Nous ne le pensons pas. On aura pu remarquer, dans les témoignages précédents, que la férule ne figurait que dans la prise de possession du palais de Latran , et jamais dans les fonctions ecclésiastiques. L’autorité quelle signalait d’après Censio: signum regiminis et correctionis , était vraisemblablement une autorité temporelle, et il .est à croire que cette férule des Souverains Pontifes correspondait moins à la crosse des évêques qu’au r,ï, férule portée par les empereurs de Byzance.
20 Les Évêques. — Quelques auteurs ont prétendu que les évêques ne se servirent de crosses qu’au IXe siècle. L’erreur est manifeste. On voit, dans le testament de saint Rémi (Ve siècle), rapporté par Flodoard ( Hist . Eccl. Rem., 1. I, ch. 18; Marlot, Metrop. Rctn., t. I, p. 1 83 ) , que le saint lègue, entre autres choses, à son neveu Prétextât argenteam cabotant figuralam. Il semble peu probable qu’un bâton aussi orné fût un simple appui. D’après* une relation du sacre de Philippe 1er, publié par Ducbesne (t. IV, p. 1 G 1 ), et par Marlot (/. c., p. 118), on voit qu’au XIIIe siècle la tradition locale regardait ce bâton comme une crosse pastorale, puisqu’au moment de sacrer le roi, 1 archevêque Gervais, le montrant au prince, déclare que ce bâton avait été envoyé à saint Rérni par le pape II01misdas, en le créant primat des Gaules, et que de là provenait le droit de sacrer les rois,
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privilège du siège de Reims. Ce bâton existait encore du temps de Marlot (en 1666), et se voyait couvert de lames d’or dans le tombeau de saint Rèmi.
Les textes du VIe siècle sont plus formels. Il est question , dans la vie de saint Césaire d’Arles , des miracles opérés par le bâton du saint, et que ce baculus fût un insigne sacré, on peut le conclure, ce semble, de ce qu’il le faisait porter devant lui par un clerc du rang des notaires AA. SS. t. YI, Aug. p. 79 : (Juin ecce vir Del... ad aliain ecclesiarn pergeret, clericus cui cura eral baculum illius portare (quod notariorum officium erat) oblitus crat... etc.
Plus de doute possible touchant le témoignage d’Isidore de Séville, au commencement du même siècle. Parlant de la consécration des évêques (De Officiis , b II, c. 5) : Iiitic , dit-il, dum consecratur , datur baculus ut ejus indicio subditam sibi plebem vel regai, vel corrigat , vel infirmilates infirmorum sustineat.
D’après le quatrième concile de Tolède de l'an 633 (Cnn. 27), en rétablissant dans ses droits un évêque injustement déposé, on devait lui remettre en main trois insignes : orarium, annulum et baculum.
Et, en effet , lorsque Ebbon eut repris, en 84o, possession de son siège de Reims, trois évêques suffragants, ordonnés pendant son absence et sans son consentement, eurent à le prier de ratifier leur élection,- ce qu’il fit en leur rendant à l’autel l’anneau et le bâton pastoral qu'ils avaient dû lui remettre. Nous le lisons dans une lettre de Cbarles-le-Chauve an pape Nicolas. ( Labbe. Conc. t. VIII, p. 879, col. 1 .)
Si l’usage delà crosse remonte très-haut, il est douteux que la formule liturgique prononcée par le consécrateur ait la même antiquité. Accipe , doit-il dire d’après le Pontifical rorilain , baculum pasloralis officii , ut sis in corrigendis viliis pie sœviens,judicium sine ira tenens, in fovendis virlulibus audilorum animas demulcens , in tranquillilate severitatis censuram non deserens A la vérité], cette formule se rencontre, ainsi qu’une autre, dans un Mss. du Sacramentaire de saint Grégoire, écrit par Ratolde, abbé de Corbie, en 986 ; mais on ne trouve ni l’une ni l’autre dans les Mss. plus anciens.
Ainsi que les évêques latins, ceux de l’Église grecque portent aussi le bâton pastoral, au témoignage de Goar. ( Not . in Eucli. græc., p. 3 1 3. ) L’anneau et la mitre leur sont inconnus ; mais, dans la cérémonie de leur consécration , 1 officiant leur donne une croix contenant des reliques, et leur confère, comme principal ornement, le bâton pastoral, en les excitant â conduire, en pasteurs fidèles et bons, les brebis de Jésus-Christ. Ce bâton est appelé nxrspw.aax, pour désigner la sollicitude paternelle, et àr/.vvr/aov, pour indiquer l’amour de la* justice. D après Goar, nul évêque et nul abbé 11e se dispensent de le porter, et comme ce bâton est court et rarement d’une matière précieuse, mais plutôt d’ivoire et d’ébène, il leur sert dappui hors de l’église, aussi bien que d’insigne durant les offices.
Ce témoignage semblerait contredire celui de Balsamon, auteur du XIIIe siècle , qui range
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le bâton pastoral parmi les insignes des patriarches : Baculus et saccus et polystauriam patriarchalem sanctitatem solam nobililant (Juris orient., t. i, p. 446)- On conciliera les deux assertions en admettant ce qui est vrai, à savoir que le bâton patriarcal diffère de celui des évêques par la grandeur, la richesse, le nom et l’usage. La plus grande distinction du patriarche de Constantinople est aujourd'hui de faire porter devant lui, par un prêtre ou un diacre, un grand tau orné de compartiments d’ivoire et de nacre.
A l’usage et au caractère religieux du bâton pastoral se rattache, en Occident, la grande question des investitures données par les princes. A s’en rapporter a une ancienne vie de saint Romain, archevêque de Rouen vers 6a3, dès cette haute époque l’investiture commençait à se donner avec la crosse: Rex... convocatis tam episcopis quam abbatibus, baculum illi conhtlit pastoralem.
3° Les Abbés et les Abbesses. — A défaut de preuves directes on pourrait établir l’antiquité des crosses d’abbés par ce seul fait qu’en accordant à un grand nombre d’abbés le privilège des insignes épiscopaux , les Souverains Pontifes désignent Sa mitre, l’anneau, les gants, les sandales, et jamais la crosse. Les bulles relatant ces privilèges remontent au XIIe au XIe, au Xe siècle : on en peut même citer une du VIIe ‘. Il est clair que s’il n’y est pas fait mention de la crosse, c’est que les abbés la portaient déjà. On le sait d’ailleurs par l’histoire, et les documents remontent au moins au VIe siècle. Xous lisons, dans la Vie de saint Gai par Walafrid Strabon , que des difficultés s’étant élevées entre ce saint et son abbé, le célèbre saint Colomban , celui-ci se retira en Italie et mourut à l’abbaye de Bobbio, située sur les confins du Milanais. Avant de mourir, Colomban recommanda d’envoyer à son disciple Gai en signe de réconciliation son bâton : baculum quem vulejo cambotlam vocant. De son côté, S. Gai, averti miraculeusement de la mort de saint Colomban, avait envoyé à Bobbio, en 6i 5 , le moine Magnoald , auquel l’insigne relique fut remise. (A. SS. Ord. S. Ben. Sœc. II, p. 23o.)
Au VIIe siècle, la crosse entrait dans les cérémonies de la consécration abbatiale. On lit dans le Pénitential de Théodore, archevêque de Cantorbéri (1. III, c. 3, ap. D'Acbery Spicil. t IX, p. 5a); In abbatis ordinatione, episcopus débet missam aqere et eum benedicere, inclinato capite, cum duobus testibus vel tribus de fratribus suis et dat baculum et pedules. La collection de Théodore ne renferme pas de formule liturgique non plus que le Sacramentaire de saint Grégoire, le Missel de Gellone (IXe siècle), et le Pontifical d’Egbert d’York (Xe siècle). La plus ancienne que nous connaissions se trouve dans un Rituel de Moissac du Xe siècle,
4 Celle de Théodore Ier, de l’an 643, adressée à l’abbé nore Ier, fait pape en 626. ( Chronicon , S. Won. Casin., de Bobbio. Il y est dit que le même privilège de la mitre, p. 445, g. de l’anneau , etc. , avait été précédemment accordé par Ho-
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et est ainsi conçue : In nomine D. N. J. C. accipe baculum pastoralem ad cuslodiendns greges et reddendos Pastori pastorum. Amen
Quelques abbayes faisaient exception à la règle., par exemple celle de Sainte-Geneviève. Dans un MS. de cette abbaye, lu par Martènc {De ant. eccl. rit., t. III, p. 4), on lisait : Sciendum est... quod nostra consuetudo abbatibus nostris baculum nullo modo concedit.
Ainsi que l’investiture des évêchés, celle des abbayes se donna de bonne heure par le bâton pastoral. En citant, au XIe siècle, un fait de cette nature, Orderic Vital {Hisl. Eccl., 1. VIII j et Du Cange, GL V. Baculus) s’expriment ainsi : Per baculum pastoralem , ut eo lempore moris erat, cœnobii curam comrnisit.
Ingulfe, qui écrivait également dans le XIe siècle, rapporte, dans son Histoire du monastère de Croyland en Angleterre, que l’abbé Brichtmer étant mort en io/(8, on porta son bâton au roi Édouard, qui s’en servit immédiatement pour donner à Wlgate l’investiture du même monastère, et l’auteur ajoute: A multis..-, annis relroactis milia electio prœlalorum erat more libéra et canon ica , sed ornnes dignitates lam episcoporum ipiam abbatum per annulum et baculum, regis curia pro sua cornplacentia conferebat. (Martène, De ant. mou. rit., 1. 5, c. i, n° l\i , p. 663.)
Çà et là se produisaient des efforts d’émancipation que le pouvoir ne repoussait pas toujours. Ainsi voyons-nous, dans la Chronique de Glaber, terminée vers io45 (1. V, c. i), qu’un abbé ayant offert un excellent cheval à Robert, roi de Sicile (Xe siècle), celui-ci le fit venir, prit sa crosse, et la plaçant entre les mains d’une statue du Sauveur : Fade , lui dit-il, et suscipe ilium de manu omnipotentis regis, nec sis ultra pro eo debitor alicujus morlalis, sed libéré utereeo, ut decet culmen tanti nominis.
Signe du pouvoir juridictionnel et instrument reçu des investitures, soit pour les évêques, soit pour les abbés, la crosse devait servir de symbole dans les abdications ou les dépositions des prélats. Dans les abdications, on la remettait entre les mains de ceux dont on la tenait1 2, et dans les dépositions ignominieuses on la brisait sur la tête du coupable.
1 Martène. {De anticj. eccl. rit., t. III , p. 2?.) On peut voir, dans la même collection, d’autres formules de haute antiquité (p. 1-A9) :
Dans un très-ancien Pontifical de Besançon: Accipe baculum\ pastoralem, et animarum libi commissarum gere sollicitudinem pro guibusDeo redditurus esralionem (p. 28) ;
Dans un Pontifical de Cuença (XIIe siècle) : Accipe baculum pastoralis o/ficii, ut sis in corrigendis vit iis pie saviens, judicium sine ira tenens , in fovendis virtutibus audit or , animas demulcens , in tranc/uillitale severitatis censurant non deserens (p. 29) ;
Dans un Pontifical de Sens et un autre de saint Rémi de Reims (XIIe siècle) : Accipe baculum pastoralem (juem pr ce fer as catervce libi commisscc ad exemplum justce severitatis et correct ionis (p. 31 et 37);
Dans un Pontifical d’Arles : Accipe baculum pastoralis officii ut sis in corrigendis viliis pie sceviens , et cum iratus fueris misericordice mentor eris (p. /il ) .
2 Nous traduirons ici un récit intéressant de l’abbé Ailred : {De vila et mir. Edwardi, apud : Decem scriptores, col. A06, cd. Twysden) : Saint Wulstan , évêque de Worcester à l’époque de la conquête normande , était accusé d’incapacité auprès de l’archevêque Lanfranc de Cantorbéry , peut-être à cause de son ignorance de la langue et des usages des Vainqueurs. Appelé à un synode tenu à Westminster, il reçoit de l’archevêque l’ordre de déposer sa crosse et son anneau pour subir une déposition autorisée ou plutôt voulue par le monarque; mais dans l’humiliation l’homme de Dieu sent toute sa dignité. Soumis aux volontés du synode, il dépose sa crosse, non entre les mains
DUS CROSSES PASTORALES
L’Eglise faisait partager aux abbesses les privilèges des abbés. Dans le Sacramcntaire de Moissac , dont nous avons cité la formule, il est dit en titre que les mêmes cérémonies et les mêmes formules doivent servir pour les abbesses (Martène, Le., p. 28). On voit, en effet, dans une charte de 915, publiée par Muratori {Ant. it. med. œvi, t. V, col. 525) des religieuses en corps remettre à une nouvelle abbesse élue, nommée Atruilda, la règle et la férule comme les insignes de son pouvoir, ce qui se trouve répété dans une charte de l’an 9G0. {Ibid., col. 535.)
Ce n’est plus la communauté, c’est l’évêque qui remet la crosse à la nouvelle abbesse dans la cérémonie de sa bénédiction, d’après un Pontifical de Sens du XfVe siècle et l’ancien Pontifical d’Arles ( Martène, /. c., p. 23 et /\T). Cette tradition de la crosse était accompagnée d une formule explicative de son sens symbolique; mais ce rit n’a pas été introduit dans le Pontifical de Clément VIII , ce qui n’a point empêché qu’un grand nombre d abbesses aient continué depuis à porter la crosse dans les cérémonies religieuses. Dans l’ordre de Cîteaux, elles ne devaient s’en servir que dans les processions, d’après un décret du chapitre de l’an r 2 5 1 . {Monasticon Césterc., p. 58 1.)
De nombreux monuments des derniers siècles du moyen âge nous montrent des voiles , vélum, orarium, sudarium , attachés à la douille des crosses. Il en existe encore, et l’on en peut voir deux à Cologne dans la collection de M. l’abbé Bock. Ceux-ci ont, au sommet, une partie plus solide, à peu près triangulaire et destinée évidemment à protéger le dessus de la main lorsqu’elle se servait du vélum pour saisir la crosse. Ce vélum était-il un attribut exclusif de la crosse abbatiale ? On n’en saurait douter à s’en rapporter aux Actes de l’Église de Milan qui ont tant d'autorité: Orario , y est-il dit (1. II, De bac. past., p. G27), aut sudario non ornatur (baculus)? si episcopalis est, cpio insigni abbatialis ab illo distinguitur. Cependant des faits qui paraissent contradictoires ne sont pas rares. Le docteur Rock ( Tlie cliurcli of our fathers , t. Il, p. 21 1 ) cite le tombeau de John Waltham, évêque de Salisbury, à Westminster, celui de l’évêque Branscomb, et celui de l’évêque Oldlam, à Exeter. Sur ces tombeaux les vélum sont roulés en spirales autour du pied. D’autres tombeaux d’évêques offrent des crosses à vélum à Winchester, à Salisbury, à Rochester, à York. Pour la France, nous pouvons citer le tombeau d’un évêque du Puy, placé sous la tour de la cathédrale, où le vélum est également roulé contre la hampe.
de l'archevêque, mais sur le tombeau de saint Édouard, du roi qui l’avait jadis appelé à l’épiscopat malgré sa résistance; puis, dépouillé de tous ses insignes, il se range parmi les simples moines. Cependant la crosse, fixée sur le tombeau par une force miraculeuse, résiste à tous les efforts de ceux qui tentent de l’arracher. Lanfranc fait inviter le roi à venir contempler le prodige, et fait, eu
sa présence, de nouveaux et toujours d’inutiles efforts. « Viens, mon frère, dit-il alors à saint AVulstan, approche de ton maître et du nôtre ; sa sainte main , qui nous refuse ta crosse, te la rendra sans doute. » AVulstan s’avance : 0 Me voici , mon roi Édouard , dit-il , c’est moi qui en ai appelé à votre justice, » et sans peine il reprend sa crosse.
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La loi n’a donc pas été toujours suivie, surtout dans nos contrées dù Nord, à moins de dire que le vélum n’était donné aux évêques que lorsqu’ils étaient en même temps abbés. Envisagé comme le privilège de ces derniers, on en comprendrait plus aisément l’origine. En effet , lorsque ceux-ci ne jouissaient pas des insignes épiscopaux , parmi lesquels figuraient les gants, ils avaient à tenir de la main nue leur crosse souvent de métal ; on conçoit que le soin de la propreté ou la crainte du froid leur ait conseillé l’usage d’un voile de lin ou de soie interposé entre la main et la hampe.
La plupart des liturgistes ont encore indiqué comme un signe distinctif des crosses d’évêques ou d’abbés la direction donnée à la volute en la portant. Les abbés , a-t-on dit, la portaient tournée en dedans, c’est-à-dire vers l’épaule, parce que leur juridiction ne s’étendait pas au delà de leur monastère, et les évêques, au contraire, la portaient en dehors, vers le peuple de leur diocèse. Et au fait le cérémonial des évêques(l. II, c. 8), recommande aux prélats, en allant à l’autel, de tenir leur crosse in manu sinistra , parte curva baculi ad populum versa, en même temps qu’ils doivent bénir de la main droite. Mais ici encore les monuments sont loin de se trouver d’accord avec la théorie des rubricistes modernes. Le docteur Iîock, qui s’est donné la peine de la vérifier sur un grand nombre de sculptures et de miniatures anglaises, l’a trouvée souvent en défaut (/. c., p. 208); de semblables observations ne nous manqueraient pas à nous-même,
La position de la crosse à la droite ou à la gauche du prélat n’a pas fait loi davantage dans l’antiquité, bien que, selon Gavantus (/. c., pars II, tit. 1, p, 1 5o), l’évêque doive la porter à gauche, pour quelle soit plus proche de son cœur.