STERNE RESISTENTES, STANTES REGE, TOLLE JACENTES
A côté des vues symboliques des liturgistes occidentaux on ne verra pas sans intérêt
savions. De quo dicit Apostolus: lu virga veniamad vos. Virga igilur pastoralis potestas intelligitur sacerdotalis quaiu Christus ei.s contulit quos aposlolosad prædicanduin misit, præcipiens eis ut baculos tollerent. Et ftloyses cum virga missus est in Ægyptum ( de hoc in prima parte dictum, in tit. De consccrationibns). Baculus ergo a lege et Evangelio sumitur, quia et virga pastoralis , et sambuca, et pedum, et ferula nuncupatur. Moyses enim ex mandato Domini virgam habuitquæ terribilia fecitin ccelo et in mari, quia cibum de ccelo, potum de petra produxit, et gregem ad terrain tluentem lacté et melle minavit. Adhuc per baculum doctrinæ auctoritas intelligitur. Ilac enim infirmi sustentantur, inquieti corripiuntur, errantes ad pœnitentiam trahunîur. Unde et pedum vocatur quod est lignum recurvum quo pastores pedes retrahunt animalium. Sane quoque baculus ex osse et ligno conficitur, quæ crystallina etdeaurata sperula conjunguntur. Os superius recurvatur, lignum inferius ferro acuitur, modice tamen retunditur. Siquidem os est duritia legis, lignum mansuetudo Evangelii, quæ duo conjuncta sunt sperula divinitatis Jesu Christi. Vélos severitas, lignum pontificis est levilas quas jungit in judicio per charitalem. Nam severitas, vel misericordia
multum destituitur si una sine altéra tencalur (45, Di disciplina). Ad quod significandum ferrum obtundilur, quia judicium misericordia temperatur. Baculus recurvatur cum pœnitentes ad pœnitentiam revocantur. Aliquando in recurvatura caput fonnatur, quoniam ad Deum conversis vila æterna promittitur. Quandoque etiam in curvalura scribitur : Cum iratus fueris, etc., ne, ob culpam gregis, ira turbel in pastore oculos rationis (6 q. tit . Ex merito). Aliquando in sperula scribitur: Homo, ut pontifex se hominem memorelur, et de potestate collata non elevetur. Aliquando etiam juxta ferrum scribitur: Parce, ut in disciplina subdilis parcat, et misericors a misericordia misericordiam prosequatur. Quod vero baculus est aculus in fine, reclus in medio, et retortus in summo, désignât quod pontifex debet pungere pigros, légère debiles sui rectiludine, et colligere \agos (47, Di necessi ; 48, Di disciplina, et Et omnis). Unde versus :
Colliije , sustenta, stimula: vaga, morbida, lenta.
Et reddendo singula singulis, versus iste commet oinnia præmissa : vel sic :
Attrahe per primum, media rege , punge per imum.
Le reste concerne l’usage du Souverain Pontife.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
celles qu’ont émises les orientaux au sujet du tau pastoral. La verge que porte le pontife, dit Simeon de Thessalonique (XVe siècle), dans son Traité des Sacrements (Max. Bibt. PP., t. XX), figure sa puissance spirituelle, la charge qui lui est imposée de soutenir, de diriger, de nourrir ses sujets, et l’obligation où il est de chasser les rebelles et de réunir ceux qui s’éloignent. Celte verge porte, à son extrémité supérieure, deux anses, une sorte d’ancre, pour rappeler au pasteur qu’il doit mettre en fuite les ennemis furieux qui menacent son troupeau. Enfin elle affecte la forme d’une croix pour qu’il ait constamment devant les yeux ce signe auguste par lequel nous triomphons, par lequel nous sommes dirigés et conduits, comme des brebis, dans de gras pâturages, par lequel nous sommes marqués du sceau des élus et attirés vers Jésus-Christ, par lequel enfin, vainqueurs de nos mauvais penchants, nous poursuivons nos ennemis et recevons des gages continuels de la protection de notre Dieu '.
I>es anciens liturgistes se sont contentés d’indiquer la forme générale des crosses; mais saint Charles, dans ses Actes précieux de l’Eglise de Milan, entre, à ce sujet, dans de minutieux détails. Il donne à la partie droite à peu près i mètre 68 centimètres, à la volute, un peu plus de 24 cent. La hampe doit avoir auprès du nœud i4 cent, de contour et 10 auprès du fer. Il affecte à la douille ou au nœud la forme exagone, et recommande de les orner de figures \
Ce serait ici le lieu de produire, après les descriptions, les monuments eux-mêmes dont nous avons pu recueillir les dessins ; mais les développements qu’a pris leur étude ont amené à en faire l’objet d’un Mémoire particulier qui suivra celui-ci. Nous terminerons par quelques mots sur les expressions employées au moyen âge pour désigner les crosses.
Un des mots les plus usités a été celui de cambula , riche de variantes dues à la prononciation ou à la négligence des copistes. On a dit: cambutta, cabuta, cambolla , camboia , cambuca , cambucca, camputa, capuita , coinbucca , cjabuca, sambuta , etc.1 2 3.
1 H p a?$o; S: rrJ yy.zvyy. z r,v E^ocotav Or,)oc zwj -rrvEÛpiaTo;, xai t'o ct'/iüzti/.ov toü /.aoü xac t'o rrocpavTix'ov xa': t'o oorjynv ouvaoGa:, xa t t'o Tra:Æêûs7v tou; à.TrEt’îouvTaç xa't ouvayE?/ e't; Eavxôv tou; pâxpocv. A:o xa't XaSa; wa w; ayxupa; aveoOEv tyù /.a': otor/.zrj tou; Ov,0'o>0£<; te xa: XupavTcxou;. xa': teXeutouov
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2 Aci. ccd. Med., 1. IV, til. De siipell. miss., p. 153. Baculus pastoralis a parte ima præaculus, a ntedio tolus rectus , a summo retortus esse debet.
Orario aul sudario non ornatur si episcopalis est ; quo iusigni abbalialis ab illo distinguitur.
Longitudine recta est cubitorum trium et unciarutn duodeciai , pars vero illius retorta totideni unciis et paulo altius eminet.
A somma reclitudinis parte est crassitudine orbiculari unciarum circiter septem; qnæ prope ad imam partent descendons paulatim diminulain unciis quinque constat ; in ipsa vero plane ima parte ferro vel argento, aliove metalli genere præaeuitur.
Pars recta baculi integitur laminis solidis arger.teis, cælatura ornatis, retorta laminis item argenteis cælatura elaboratis et fabri argenlarii judicio inauratis.
Connectitur autem cum ista parte recta, aliquo cœlati argenti opéré, certis locis inaurato ; quod sexanguli fonnam exbibens, sacris imaginibus ornatur.
L’once tracée par Gavanli {Thésaurus SS. Rit., pars V, p. 555 ) est à peu près de 2 centimètres, et il y en a 2A dans la coudée.
3 On trouve cambuta dans un vieux glossaire de Gorbie, dans Herluin, Orderic Vital, Théodore de Compiogne, vie de saint Magne, etc.; — cabuca se lit dans les visites de Simon, arclt. de Bourges (Baluz. Mise., t. IV, p. 208) ;
DES CROSSES PASTORALES
Cette expression, usitée dans les Gaules, dit l’auteur de la Vie de saint Didier de Caliors, paraît descendue du Nord avec les célèbres missionnaires envoyés par 1 Irlande à l'époque des Mérovingiens, et la racine anglo-saxonne indiquant un bâton recourbé nous paraît plus probable que l 'étymologie tirée du grec xx/ottco, bien que xstpn-jfo,, bâton recourbé, scloigne peu de carnbuta. Le sens de ce dernier mot n’a pas été exclusivement ecclésiastique. On lit dans le Vocabulaire de Papias (XIe siècle): Camputa, sustentamen , vel baculus flexus, pedum , crocia. Le mot indique des béquilles dé boiteux, dans la Clironicpie du Mont-Cassin (1. IV, ch. 7 f\ : Claudi cambutlas ante fores ecclesice suspenderant. Quand il a l’acception d’une crosse, il désigne quelquefois la crosse entière, quelquefois aussi la seule volute, comme dans ce passage déjà cité : cambulam arejenteam... cum baculo pastorali.
Le nom de férule (de/er/o), donné à une plante flexible de la famille des ombellifères, parce quelle servait à châtier les enfants (Juvénal , Sat. î) :
Et nos ergo manum ferulæ subduxiraus
a désigné plus tard les sceptres les plus simples des empereurs de Bysance , les verges symboles de l’autorité des officiers impériaux, et, comme nous l’avons vu, l’antique insigne des Souverains Pontifes. Que pour ces derniers la férule ait exprimé plutôt leur autorité temporelle que leur juridiction ecclésiastique, les laits déjà cités invitent à le penser; cependant il ne paraît pas douteux que, dans la haute antiquité, la férule ne s’est souvent distinguée des crosses que par la forme. En effet, le bâton pastoral des patriarches de Constantinople est appelé Nap9r,£ dans Pachymère ( Ilist 1. Il, c. t). — Celui des évêques est ainsi désigné dans une charte de 829 ( Hist . de S. Emmeran de lialisboime), dans une autre de 898 ( Hist . du Dauphiné, par Chorier, t. II, p. 227), et dans Durand de Mende (1. III, ch. i5), Ainsi se nomme la crosse des abbés dans la Chronique du Mont-Cassin (1. III, ch. 65), et dans Eckeard ( De casib. S. Galli , ch. dernier). Ajoutons que l’expression de férule ne nous garantit pas toujours la forme dont il s’agit, puisqu’elle est appliquée à des béquilles d’infirme dans le Livre des miracles de Bertliold 1 .
Les rapports de forme ou de signification entre la crosse épiscopale et la houlette des bergers ont rendu familiers les mots de pedum et pedalum, surtout dans les contrées où dominaient les souvenirs romains.
— camboca dans Eckeard : De casibus S Galli, c. 3 ;
— cambotta dans Walafrid Strabon , Le.; — cambuca dans Hugues de Saint-Victor, l. c.; — cambucca dans la vie de S. Didier de Caliors, ch. 19 : Baculus, y est-il dit, qui a Gallis cambucca vocatur ; et dans l’histoire d’Adam de Brême, c. 102 ; — camputa dans la règle de Chrodegand de Metz, ch. 26 ; — capuita dans Honorius, l. c
— combucca dans la vie de S. Odon de Bamberg, ch. 1 7 ;
— gabuta dans la Chronique de Milan, par Landulfe ;
— sambuca dans Durand de Mende , l. cit.
1 A. SS., t. VI. jul. , p. A88. Cum diu Luiloldus pauper fendis sustentantdius se omnibus per cellain notissimus traxisset... dimissis in eodem loco ferulis absque baculorum sustenlalione de ecclesia progressus est.
MÉLANGliS D’ARCHÉOLOGIE.
On rencontre peut-être plus souvent encore le mot générique de bacuhis , auquel se joint fréquemment la qualification de pastoralis ou episcopalis. 11 en est de même du mot virga, emprunté sans doute au style scriptural. Au mot de bacuhis correspond, chez les Grecs, celui de fiaxTr.piov, employé par Pachymère (1. Il, eh. t5).
Enfin le nom de crocia. qui a donné naissance à celui de crosse, remonte au moins au XIe siècle, puisque, dans une charte de 1086, dans les archives de Saint-Florent, il est question du baculus abbalis qui crocia dicitur. On trouve dans les anciens auteurs tantôt crocliia, croqua, crocula, tantôt crocca, crossea, croca , crossa.
I /étymologie est controversée et peut-être est-elle complexe. Les premières expressions crocliia et croqua pourraient, comme on la pensé, appartenir à la même racine septentrionale que croc et crochet, tandis que les dernières nous sembleraient, conformément à l’opinion du grammairien Papias, provenir de aux, en italien croce. Aujourd’hui encore les béquilles portent, dans le midi de la France, le nom de croce, expression populaire, dit le vieil auteur de la lielalion des miracles de S. Iiicliarius. Aussi, bien qu’aujourd’hui la crosse indique le bâton a volute, autrefois il désignait plutôt le bâton en tau, la béquille des malades, dont la forme est une des formes connues de la croix.
De ce coup d’oeil général jeté sur 1 histoire des crosses, nous tirerons, eu finissant, une conclusion tout opposée à l’opinion soutenue par Thomassin, Grancolas, Claude de Vert et d’autres liturgistes modernes touchant leur origine. D’après eux, cette origine ne serait pas autre que 1 usage des bâtons d’appui (sustentaculum , reclinatorium), d’abord simplement permis aux infirmes et aux vieillards, et peu à peu devenu général. Lorsque les stalles furent introduites dans les chœurs, les reclinatorium durent disparaître, et les prélats les auraient seuls conservés à titre d’insignes honorifiques. Ce raisonnement pèche par sa hase, s’il est vrai, comme nous lavons vu, que le baculus était un insigne de l’autorité pastorale dès le VIe siècle, et même dès le Ve siècle, tandis que 1 usage des reclinatorium a surtout fleuri durant les siècles suivants. Sans doute que la crosse pastorale, les tau surtout, ont dû souvent servir d’appui aux prélats des hautes époques, mais cela sans perdre leur principal caractère. Une critique plus large cherchera de préférence leur origine dans l’instinct qui a de tout temps porte les hommes à donner à l’autorité des symboles analogues. Celui-ci, en se modelant sur la houlette pastorale n’a fait que recevoir l’empreinte d’humilité et de douceur particulière au ch ristianisme.
L’abbé RA RR AID , Chanoine de Beauvais.