BATONS PASTORAUX PRIMITIFS. CROSSES, TA F, FÉRULES
La plus ancienne incontestablement des représentations de la crosse ecclésiastique serait celle du verre suivant (fig. i), trouvé dans les catacombes, s’il était vrai que le personnage représenté en or fût un évêque; mais rien n’est moins certain et nous devons plutôt voir avec Buonarotti ( Vetri anticlii , PI. X VIII, p. 128), entre les mains d Amaciiius, le liluus augurai. Bien
que l’usage du baculiis ecclésiastique remonte à une haute antiquité, rien n’établit positi IV. 21
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vement qu’il fût reçu dans la liturgie à l’époque des catacombes. Il est. même fort douteux que le souvenir de la forme connue du lituus ait été pour quelque chose dans le choix de la forme usitée plus tard par les évêques. Emprunter aux païens un tel symbole était impossible de leur part : tout au plus 1 auraient- ils adopté à l’imitation des empereurs de Bysanceet comme un emblème de commandement, si ceux-ci l’avaient pris pour sceptre après en avoir hérité comme successeurs du grand Pontife romain ; mais les monuments connus ne nous permettent pas de l’avancer. Le seul que je puisse citer et qui ne présente rien d’assez concluant est le grand disque d’argent d’Almendralejo, conservé à Madrid et publié par M. Delgado ( Madrid , 1 849)- Arcade, assis à la droite de Théodose, tient à la main un sceptre terminé par un pommeau recourbé (fuj. 2). Si d’autres monuments plus significatifs venaient à appuyer la conjecture ({lie j’émets, on y trouverait une nouvelle confirmation d’un fait d’ailleurs avéré, je veux dire, de l’influence de certains usages de la cour bysantine sur ceux de l’Occident.
Un Mss. espagnol des plus curieux, conservé au Bfitisch Muséum , et renfermant un commentaire de Y Apocalypse, met entre les mains de l’apôtre saint Jean les deux crosses que nous donnons ici comme des spécimens des deux principales formes du bâton devenu insigne ecclésiastique (fig. 3, fuj. 4). Il est vrai que le Mss. ne remonte qu’à l’année 1109, où il fut
Fig. 3. (A. M., d’après l’original.)
Fig. 5.
peint dans le monastère de Silos de la vieille Castille, diocèse de Burgos (L . le Catalog. des additions de la Bibl. de Londres, p. 4). Mais nous tenons de MM. les Conservateurs des Mss. du
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Britiscli Muséum que, pour les miniatures comme pour le texte, l’ouvrage est une copie fidèle d’un autre Mss. espagnol possédé par lord Asliburnam et attribué avec fondement à l’époque des Gotbs. S il en est ainsi, nous avons devant les yeux quelques-uns des monuments les plus anciens où soient dessinés les bâtons épiscopaux en forme de tau ou de crosse. Le tau fleuri donné à saint Jean ( fuj . 4) a pu se trouver quelque peu transformé par une intention d’art; on le retrouve sous sa forme classique, dans le même Mss., entre les mains d’un ange ( ficj . 5). Il est à remarquer que le tau de saint Jean ne peut s’assimiler à une béquille ni faire l’office de reclinatorium , puisqu’il s’élève à la hauteur de la tête, et l’on observera aussi que la volute de la crosse a déjà son développement complet.
Des caractères tout semblables signalent les tau et les crosses (fig. G et y) publiés par Mabillon {Annales, t. I, p. 528), d’après un Mss. de l’abbaye d Elnon, exécuté dans la seconde moitié du VIIe siècle, à en juger par un nimbe carré donné à saint Amand. Les prélats qui ont souscrit
S mVMOLEN; s ReOLüS
Fig. 6.
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au testament du saint abbé sont représentés les uns avec la crosse, les autres avec le tau, ' comme indifféremment, qu’ils soient simples abbés, évêques ou archevêques. Ainsi, le tau
I OH RNNES
S.BERTINVS RBBKS
est porté par l’archevêque de Reims, saint Réol, aussi bien que par Jean, abbé de Blandin, et la crosse se voit entre les mains de l’abbé saint Bertin aussi bien qu’entre celles de l'évêque de Noyon, saint Mammolin. Nous noterons en passant que le tau de saint Réol rappelait à Mabillon le célèbre bâton de saint Rémi, possédé de son temps à Reims.
De toutes les anciennes crosses aujourd’hui conservées et parvenues à notre connaissance, celle dont la forme nous paraît plus primitive est le bâton largement recourbé que l’on garde dans l’église de Montreuil-sur-Mer ( ficj . 8). Il est en bois, recouvert de lames d’argent et de cuivre doré, orné de pierres de couleur, sans pommeau sous la crosse et sans pointe à la partie inférieure. Quant à l’extrémité de la tête, il nous a semblé, en l’examinant de près,
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quelle a été mutilée et quelle devait se terminer par un ornement, tel qu’une tête de serpent ou une pomme. A l’opposé des crosses précédentes, celle-ci a dû servir d’appui sous la main, puisqu’elle n’a en hauteur que i m. 22 c. En publiant l esquisse de M. Duthoit, d’Amiens, que nous reproduisons, M. le rédacteur du Bulletin du Comité de la Lanque, de l Histoire et des Arts de la France (An. 1 853, p. 1 46), estime que les élégants rinceaux accusent évidemment l'époque du XIIIe siècle (fiq. g). J’aurais, je l’avoue, exprimé volontiers une pensée différente en me rappelant les filigranes qui enrichissent les Mss. de Bamberg, aujourd’hui à Munich, œuvres du XI' siècle. Mais, quoi qu’il en soit des ornements de métal, il n’est rien dans la forme de la crosse de bois qui ne soit conforme à la haute antiquité attestée par une tradition immémoriale et la constante vénération des peuples '.
Nous rapprocherons de la crosse de Montreuil cellequi se voit à la main de l’abbé Raganaldus dans un précieux Mss. d’Autun, dont toute l’ornementation accuse l époque Carlovingienne. Debout sur le marchepied d’un trône découpé en petites arcades qui nous ont rappelé le système des meubles en bois encore à la mode en Bretagne, l’abbé bénit ses moines profondément inclinés ( fiq . 10). Il tient, dans cet acte
Fig. 9
solennel de sa juridiction, la crosse qui en est le symbole, et il la tient par un pommeau d’où s échappe la volute. Telle a dû être, ce nous semble, la raison du pommeau.
Cette dernière crosse, aussi bien que celle de Montreuil, a un grand rapport de forme avec celle que porte un saint évêque sur une ancienne sculpture, qui se voit aujourd’hui a Strasbourg, incrustée dans le mur extérieur de 1 église Saint-Thomas (fuj. 11). U serait difficile de préciser l’époque du monument. D’après le caractère du travail, il doit être à peu près contemporain du sarcophage de levèque Adalocb , conservé dans la même
* J’apprends de M. Ouis, doyen de Montreuil , que la villv qui se réunit à celle de Marconne à la suite des racrosse est attribuée à sainte Julienne, sœur de sainte Aus- rages causés par les Normands, et, quelque temps après, treberthe. L’abbaye de Sainte-Austrebcrthe fut fondée à les deux communautés vinrent se réfugier a Montreuil, Marconne , près Hesdin , sous le règne de Clovis II , par dans un hospice ban pour elles par le comte de Ponthieu. Badefroi et sainte Framechilde , père et mère de sainte Elles durent, en 1042, de nouveaux dons au 101 Hum , Austreberthe. Celte dernière sainte fonda l’abbaye de Pa- et leur maison prit b titic ( a aye royae.
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16fi MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE.
église et fait, seion toute vraisemblance, immédiatement après la mort du prélat, c’est-à-dire
Fig. Il- (A. M., d’ap. l’ong.)
vers 83o, date indiquée par une inscription plus récente (fig. 12). La crosse d’Adaloch, sur ce dernier monument, est entièrement semblable à la précédente.
Fig. 12. (A. M., d’ap. l’orig.)
On retrouvera dans le célèbre Mss. de Saint-Omer, d’où j’extrais le calque suivant ( fuj . 1 3), toute la barbarie qu’offraient les miniatures des Visigoths d’Espagne. Ce Mss. (. Mémoires des Ant. de ta Morinie. Planches.) nous transporte, en effet, au milieu du Xe siècle, c’est-à-dire à l’époque oii s’évanouissaient presque partout, au milieu des invasions sanglantes, les dernières tracesde la renaissance des arts due à Charlemagne. Saint Vandrille est ici en dalmatique comme saint. Jean dans le Mss. espagnol, etson bâton est des plus curieux. O11 dirait, au premier abord, une crosse double; mais il ne s agit que d un tau orné avec quelque prétention, comme celui des figures 4 et 7.
En recueillant les plus anciennes représentations des bâtons pastoraux, nous n’avons encore vu apparaître que deux formes, le bâton à volute et le bâton potencé, la cambula et la crocia ou le tau. Une troisième forme était pourtant d’un usage assez répandu dans la haute antiquité chrétienne: c’était la férule, le N xoQr.l. On en trouve un précieux exemple dans le pontifical anglo-saxon de la lin du IXe siècle, appartenant jadis à l’abbaye de Jumièges et aujourd’hui
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à la bibliothèque de Rouen. En voici le fac-similé (Jig. i 4), emprunté au docteur Roch ( Church ofour f ailiers , V. II, p. 2 4)- Cette miniature peut aider à comprendre ce que le moine de Saint- Gai raconte, dans sa Vie de Charlemagne, d’un évêque qui voulut, dans 1 absence du monarque,
se servir, pour présider aux offices de l’église, du long sceptre d’or que celui-ci avait fait faire à sa taille. L’Empereur, à son retour, fit sentir au prélat son vif mécontentement de ce qu il avait en la pensée d’employer à son usage le signe de l’autorité souveraine '. Nous conclurons de ce passage que la férule épiscopale ressemblait au sceptre impérial, et que la férule dans les mains de l’évêque pouvait, à cette haute époque, remplacer la crosse ou le tau sans choquer les prescriptions liturgiques ou les exigences de l’opinion.
Ce que nous venons de dire nous laisse quelques doutes sur la signification précise attachée dans le principe à la férule pontificale. Quelques savants ont cru pouvoir envisager comme
1 De ccd. cura Caroli RI. L. I, c. 19. Ap. Duchène, Hist. franc, script. T. II, p. 113. Idem quoque episcopus, cum bellicosus Carolus in belle contra Hunos esset occupants... in lantam progressas est proterviam, ut virgain auream... Caroli, quant ad staturain suain fieri jussit,
feriatis diebus vice baculi ferendam pro episcopali ferula improvidus ambiret. L’Empereur le reprit de ce que : Sceptrum nostrum quod pro significatione regiminis nostri aureum ferre solemus, pro pastorali baculo nobis ignorantibus vendicare voluisset.
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des bâtons pastoraux les anciennes férules portées par les papes ', et en cela ils s’appuyaient, ce nie semble, sur une analogie manifeste. Si dans la main des évêques la férule équivalait à la crosse , pourquoi n’en eût-il pas été de même dans la main des papes? Mais le cardinal Garampi, qui a écrit en ry58 1 2, combat cette opinion avec énergie et fait remarquer que quand Innocent 111. saint Thomas, Durand et le cardinal Jacques Gaétan déclaraient comme un fait avéré que jamais les papes ne s’étaient servis du bâton pastoral, ils n’ignoraient pas que de leur temps encore la férule était remise au pontife en même temps que les clefs du patriarcat à la prise de possession du palais de Latran , et qu’à leurs yeux elle n’était donc qu’un insigne temporel. Sans nier la valeur de ce raisonnement, je crois quon se rapprocherait de la vérité en avançant ce qui est si conforme à la marche des idées hu-
Fig 15. Fig. 16.
mairies, c’est-à-dire qu’une acception d’abord plus large se soit restreinte plus tard. Lorsque Silvestre II, voulant rendre à- saint Rernward d Hildcsheim le droit d investiture enlevé par
1 Hauteserre sur les Décrétales, L. I. Tit. XV. Ciam- Quod autem eo usi fuerint suadere videntur non impropini, I. c. , Papebrock, 1. c., Catalani, Cœrem. rom. eccl., banda testimonia. »
T. I, p. 102, et Giorgi, LiturgiaSum. Pontif., T. I, p. 255. 2 Del Sig. delta Garfagnana, Roma, 1759, p. 103.
Ce dernier s’exprime ainsi : « Subdubitant nonnulli an Le cardinal Borgia et Cancellieri sont revenus sur cette aliquando romani pontilices baculo pastorali usi fuerint. question sans beaucoup l’éclaircir.
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Willigis,lui remettaiten main la férule apostolique : cette férule paraîtbien avoireu un caractère pastoral. Ainsi, quand Urbain II, parlant aux moines de la Ca-va, près Salerne, vers 1022, leur disait : Quo ego utor aureo baculo, ut magnes sit clignitalis, est tamen integumentum molestissimarum cnrarum ...., il semblait bien indiquer ses sollicitudes pastorales et leur emblème. Quoi qu'il en soit du sens précis de ces paroles, nous mettrons sous les yeux du lecteur les représentations les plus connues de l’ancienne férule des Souverains Pontifes. D’abord publiées dans 1 ' Hierolexicon des frères Magri (Ed. Ven. V. baculus et V. mi Ira), elles ont été reproduites par le P. Papebrock dans son Propylée de Mai, auquel nous les empruntons. La première ( fig . i5) se trouve dans une antique peinture communiquée aux Magri par Chacon, le docte historien des papes, et jugée contemporaine de saint Grégoire à raison du nimbe carré qui entoure la tête du pontife. Une colombe semble lui dicter ses livres, ce fait est cité dans sa vie par son propre diacre, parlant comme témoin oculaire. La figure 16, tirée d une miniature du Vatican, nous transporte au commencement du XIIe siècle et nous montre Gélase IL Si le pommeau 11’est pas ici surmonté de la croix, peut-être faut-il l’attribuer aux limites de la miniature, et, en effet, il ne manque pas d autres exemples restés inconnus aux liturgistes romains et conformes à la figure i5. Nous pouvons en particulier citer la statuaire de Chartres, à la fin du même XIP siècle, où I on voit le pape saint Clément tenant en main un long bâton terminé par une pomme et une croix (fig. 1 7) 1 . Pourquoi cet attribut entre les mains des Souverains Pontifes? Il me semble en entrevoir la raison, et je la soumets avec la réserve que commandent les aperçus nouveaux. Si la croix est l’insigne des papes au moyen âge, n est-ce pas parce que tel était celui de saint Pierre? Dans le beau Mss du XIIe siècle, dit de la reine Mélisende, et conservé au British Muséum , 011 remarque une figure de saint Pierre (fig. 19) d’un
Fig. 19.
(A. M., d'ap. Vorig
AKUMACXVI
Fig 17.
1 Le Mémoire précédent a établi que les papes 11e se sont jamais servis de crosse. Ce fait était tellement reçu au XIIIe siècle, qu’on ne se serait jamais attendu à trouver le contraire dans un monument de cette époque. Aussi ma surprise a-t-elle été grande de rencontrer un saint Grégoire et un saint Léon, une crosse h la main, dans un Mss de M. le duc d’Aremberg, parmi les miniatures qui encadrent et rappellent les noms dans les litanies des saints. La peinture ne prouve ici que l’ignorance de l’enlumineur : mais encore était-il bon de mentionner l’anomalie. Voici le saint Grégoire d après le calque, que je dois à 1 obligeance de M. le prince Englebert d’Aremberg.
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Fig ■ 21 A, M d'ap. l'orig.
Fig. 20.
rapport frappant avec le portrait de saint Grégoire et la statue de saint Clément. Hicn de plus naturel que de voir dans la croix de saint Pierre le type adopté pour les férules de ses successeurs. Quant à 1 attribution qui en est faite à I apôtre, 1 Évangile l'expliquait assez; mais les
traditions de l’art ne manquent pas et nous font remonter jusqu a lere des catacombes où habituellement, à la gauche de son maître, Pierre reçoit de lui la croix où à son tour il doit mourir. Le trait suivant est pris comme au hasard sur un des sarcophages d’Arles (Jig. 20). Ainsi le divin modèle est-il lui-même représenté ailleurs sur les mêmes sarcophages (jig. 21).
Ce que je viens de dire n’a pas pour objet de combattre l’opinion des liturgistes romains sur le caractère d’autorité temporelle donné à la férule papale dans le moyen âge avancé. Loin de la contrarier, je l’appuierais plutôt en faisant remarquer qu’à la fin du XIIe siècle, une petite croix sur une pomme, à l’extrémité d’une haste, constituait une des formes du sceptre impérial, témoin les images de Louis-le-Débonnaire , de Frédéric Ier et d’Othon 111 représentées en repoussé sur la châsse d’argent du bras de Charlemagne conservée au Louvre (ftg- 22). ( Revue arcliéol., T. II, Mémoire de M. de Longpérier.) Le rapport, des formes invite en effet à supposer celui des idées; mais il me paraît hors de doute que parfois, et principalement aux hautes époques, la simple férule a été un vrai bâton pastoral. Quelle autre signification pouvait-elle avoir, par exemple, dans les anciennes verrières du chœur de Notre-Dame de Paris décrites par Leviel (L’art de la Peinture sur verre , I part., p. 25), et qui représentaient ■■< des évêques < coiffés de leurs bonnets en pointes ou mitres, tenant entre leurs mains des « hâtons pastoraux terminés par un simple bouton au lieu d’une courbe comme
“ les crosses d’à présent Ces vitres dataient, au plus tard de 1182, temps
« où le chœur fut fini et son principal autel consacré par Henri, légat du pape « Alexandre III. »
La croix portée devant les archevêques n’aurait-elle pas été, dans le principe, une férule modelée sur celle des papes? Sans m appuyer sur cette conjecture, je ferai seulement observer que les monuments nous présentent entre les mains des archevêques des croix de (orme pareille à celles de saint Grégoire et de saint Clément. Voici celle que j’ai dessinée sur la tombe d’un archevêque de Cantorbéry que l’on a pris pour Warliam, mort en i520, mais qui doit être un de ses prédécesseurs du XIIIe siècle (fig. 23).
Fig. 22.
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La férule a été, en général, un baculus simple ou orné d une tête arrondie. Tel était celui de saint Magnus, publié par les Bollartdistes (T. Il, Sept. p. 720 et 726). Vénérable relique léguée à saint Gai par saint Colomba n mourant a Bobhio, et passée des mains de saint Gai dans celles de saint Magnus. fia dévotion des peuples poui ce gage de si pieux souvenirs 1 a tellement couvert d'ornements d orfèvrerie, qu’il serait inutile d’en reproduire la gravure.
Sur un vieux chapiteau de l’église de saint Ambroise, à Milan, le saint tient à la fois la crosse et la férule; nous reproduisons ce monument d après le P. Allegranza (fig. 2/1). La hampe se termine ici par une pomme de pin retenue par des bandelettes flottantes : on dirait le thyrse des anciens. Ne serait-ce pas aux bandelettes de la férule milanaise qu’il faudrait attribuer le symbole iconologique de saint Ambroise, dont on a, au XVe siècle, figuré quelquefois la douceur par une ruche d’abeilles, et toujours indiqué la fermeté apostolique par un fouet. Nous savons, par un cérémonial rédigé vers 1 i3o, que les férules étaient très en usage dans l'antique liturgie milanaise. L’arçhi prêtre, 1 archidiacre , les primioiers, les maîtres des enfants de chœur avaient chacun leur férule pendant les offices. Bien plus, vingt vieillards avaient droit a la férule dans les processions, et la férule laïque du vicomte terminait la mari lie'. Le cérémonial 11e nous donne pas leur forme; mais comme a
Fig 23. A. M„ d'aji. l’orig.
Fig. U.
1 Muratori, Anl. Ital. T. IV, p. 821. « Beroldi ordo, etc. Imprimis sunt sacerdotes cardinales quorum prior archipresbilercum ferula sua, deiiulè septem diaconi cardinales subsequenlur, prior lamen cnm ferula sua. Archipresbiter et archidiaconus et omîtes primicerii cum quatuor magistris scholarum habent singulas l'erulas in choro. Postremo subsequilur ordo viginti vetuloruni cum ferula sua, quorum decent masculi et decem feminæ. In fine vero subponitur laicalis ferula, x idelicet vicecomitis, etc. »
Dans certaines cathédrales ou monastères, le prieur avait le droit de porter une férule nommée bourdon. Marlène, dans son Voyage littéraire (T. I, part. 2, p. ti7), raconte qu’à Toulouse on lui fit voir le bâton pastoral que le prévôt porte lorsqu’il officie. Le prieur de la cathédrale de Worchester avait le même droit en raison d’un privilège papal. Il portait, avec la mitre, l’anneau, la tunique, la dalmatique , les sandales et les gants d’un évêque , un bourdon d’argent ayant au sommet un bouton d’argent. Privilégia eccl. Wigom. Wilkins concil. T. III, p. 201, ap. Rock. I. c., p. 199. « Nos (Urbunus V, 1363) indulgemus ut tu... initia et ac bordono argenteo
bolonum argenteum habenlein capite absque alio ornatu, uti... libéré valeaiis. Volumus autem quod... ad modum pastoralis baculi non sit factus. » Nous voyons dans ce texte précieux que ce qui caractérisait cette férule était une pomme au sommet. Tel était aussi généralement le caractère du bâton des grands chantres, appelé souvent le bâton choral. Nous avons déjà cité celui de l’inventaire de Saint-Paul, de Londres: " Baculus cantorisde peciis eburneis et summitate cristallina ornala circtilis argenleis , deauratis, triphoriatus lapidibus insertis » (Dugdale, Hist. saint Paul , p. 316). O11 voyait à Windsor en 1385 (ici. , Mon. angl. T. VIII, p. 1365) « unus baculus proprecantore in cltoro, ligatus in qninque locis, cum puncto argenteo in line, habens in summitate ejusdem unam parlent eburneam ex transverso cum cristallo in finibus. Il est question ailleurs de : duo baculi harnisati cum berillo » (id., ibid., p. 1366).
Welbv Pugin a recueilli à la même source, pour son glossaire ecclésiastique, bon nombre de descriptions semblables : ainsi à la cathédrale d’York , un long bâton en vermeil était surmonté d’une pomme ; à la cathédrale de
Milan encore plus qu’ailleurs 1 influence bysantine avait été puissante, il est permis de penser que ces férules ressemblaient aux bâtons d’honneur que la cour de Byzance mettait entre les mains des grands et l’art entre celles des anges. Voici quelques groupes d’anges d’après le Mss déjà cité de Mélisende (XII Si.) ( fuj . 25). Nous y trouverons, à part les labarum réservés aux empereurs et ici aux archanges, les types des bâtons cantonaux, qui ne sont, au fait, que d’anciennes férules.
Fig. 25. (A. M., d'ap- l’orig.)
On voit à Burgos, sur la façade occidentale, une statue des plus singulières, où, comme sur le chapiteau de Milan, la férule et la crosse se montrent entre les mains du même personnage. La statue,
dont j’ai pris un croquis (Jiy. 26), et que je soupçonne avoir été Fig. 26. (A. M., d'ap. l'orig.) faite sur les données d’un monument ancien, représente, d’après la tradition locale, Asterius, le premier évêque connu de Oca, ancien siège transféré à Burgos, ou bien Maurice, le fondateur de la cathédrale actuelle '. S’il s’agissait de Maurice, 1 ami de saint Ferdinand, comment s’expliquer cette mitre tournée à l’envers, et ces bottes de voyage? Aurait-t-on voulu indiquer par là ses services politiques envers son prince? Dans les commencements difficiles du nouveau règne, Maurice servit d’ambassadeur à la reine Bérengère auprès du roi de Léon, et lors de la pacification des deux royaumes, il fut chargé d’aller en Allemagne demander pour saint Ferdinand la main.de Béatrix de Souabe; puis, après avoir conduit la jeune fiancée en Espagne, il eut l’honneur de bénir le mariage royal. Rien dans ces faits ne paraît motiver suffisamment l’accoutrement bizarre que nous voyons. Ce que nous savons d’Asterius n’en
Saint-Paul, un bâton en ivoire, avec des nœuds en vermeil enrichis de trèfles et de pierreries, avait au sommet une pomme de cristal ; à la cathédrale de Lincoln, un bâton, couvert de lames d’argent doré, se divisait en deux branches : l’une portant une image de Notre-Dame, l’autre une ligure de saint Hugues et au centre, un pinacle à six pans et à contre-forts était orné de douze figures ; deux autres bâtons de chantre, revêtus de plaques en vermeil, portaient des traverses où l’on voyait d’un côté une Sainte-
Vierge , de l’autre un chanoine agenouillé avec l’inscription Or a pro uobis et au sommet un pinacle découpé en fenêtres et orné de contre-forts.
1 De chaque côté de la principale entrée se trouvent deux statues : elles représentent à gauche du spectateur deux rois, saint Ferdinand et Alphonse VI; à droite, deux évêques, Asterius et Maurice ( Histona delacat. de Burgos, por D. Pedro Orgajo. 18â7).
BATONS PRIMITIFS
rend pas mieux raison. Ce prélat assista au IIIe concile de Tolède, où le roi Reccarède abjura solennellement l’Arianisme, et fit du Catholicisme la loi de l'Espagne. Chargé de
propager la vraie foi parmi les Goths de la Cantabrie, Astérius aura pu se montrer l'agent du prince autant que le ministre de Dieu ; mais le fait est que l’histoire ne nous en dit l ien et que les traditions populaires d’aujourd’hui ne paraissent pas en dire plus. {V. Fierez, Es/iana sagr., T. XXVI, p. 3i.) C’est de lui néanmoins qu’il s’agit probablement ici, et les deux insignes doivent indiqueras deux diocèses, celui de Oca qu’il gouverna, et celui de Burgos qui le compte dans la succession de ses pontifes.
De tous les anciens monuments que j’aie pu rencontrer , je n’en vois aucun qui puisse se ranger avec plus de certitude parmi les férules que le baculus attribué à saint I oup et conservé dans la ville de Brinon-l’Arche-
Fig. 27. (A. M., d’ap. Vorig. Grandeur naturelle)
Fig. 28.
véque (fig. 27 et 28). Au-dessus d’une hampe de bois grossier est enchâssé, dans une monture d’argent, un morceau de cristal formant un ovale aux bouts échancrés. Cet ovale, placé horizontalement, se trouve surmonté d’un autre morceau de cristal, placé au sommet comme pour protéger l’extrémité de la hampe. La pointe centrale paraît exclure l’idée d’un appui et revient d’ailleurs tout à fait aux descriptions connues de bâtons de chantre. Baculus cantoris de.... summitate cristallina.... ( Voyez la note, page 171). .Te ferai remarquer la courbure
nu
MÉLANGES D’AUCH ÉOLOGIE.
du pied, que j’hésite a regarder connue intentionnelle, bien quelle paraisse appartenir au travail primitif.
Si la ternie a été dans l’origine un insigne de commandement, le Uni, ainsi que sa forme l’indique, a dû être un simple appui né de l'usage antique de prier debout. Durant les offices, que prolongeait la piété primitive, il fallait un supplément de forces a l âge avancé et aux santés languissantes. On dut se servir, dans cette vue, soit du bâton a pomme, soit du bâton recourbé , mais le reclinatorium par excellence fut le bâton potencé tenu a la main et surtout sous l’épaule. Toléré d’abord comme une exception, le tau finit par devenir d’un usage général au chœur, ainsi que le langage des anciens liturgistes semble le supposer, et comme il servait au clergé dans l’exercice de ses fonctions, revêtu bientôt dans l’opinion publique d’un caractère religieux, il sera devenu l une des formes du baculus honorifique et du baculus pastoral. Nous trouvons,
en effet, des tau dans les descriptions des anciens bâtons de chantre, et nous en voyons entre les mains des évêques et des abbés. Le tau est assurément un insigne pastoral dans le Mss espagnol déjà cité (fig. 4), entre les mains de saint Jean; et c’est un insigne d’honneur dans le même M ss, entre les mains d’un ange transportant Habacuc auprès de Jérémie ( fig . 5). Dans un des plus beaux Mss dits de Bamberg et conservés à Munich, iT 3y, le tau se montre avec sa double attribution. Il est porté par un pauvre perclus assistant aux miracles de Jésus-Christ {fig- 29) : voilà le tau béquille, l’attribut, au moyen âge, des hospitaliers Antonins, et par suite celui de saint Antoine, mais dans une autre miniature, celle de la tentation du désert, un long tau est tenu par le tentateur changé en ange de lumière {fig. 3o). Ici nul doute possible: nous voyons un insigne de dignité religieuse, un symbole de clergie, et partant de science et d’autorité. Ai-je besoin d’ajouter que dans les mains des pasteurs, le tau devait un caractère religieux d’une plus haute portée à sa forme qui était celle du tau symbolique de ! Écriture et l une des formes de la Croix?