‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 87 sur 139 · GROSSES A SERPENT ET AGNEAU · texte numérisé non relu

GROSSES A SERPENT ET AGNEAU

Nous voyons de nouveau figurer l'Agneau vainqueur sur une antique crosse en cuivre (fig. 64), possédée au Musée de Cluny et provenant de l’abbaye de Clairvaux,*mais antérieure, je pense, à saint Bernard. Ici, derrière 1 Agneau, trois monstres occupent la scène. Le plus grand tient au cycle, qui n’a pas encore été expliqué, des bêtes qui s’entre-dévorent, sujet familier au XIIe siècle dans les grandes compositions synthétiques. J’y vois l’expression du monde tel qu’il était avant l’Evangile et tel qu’il est resté en dehors de ses lois, c’est-à-dire l’empire du mal et de la mort dans la vallée des larmes : cette opinion déjà énoncée est le résultat d’une étude approfondie des porches de Saint-Trophime et de Saint-Gilles. La tête d’un second dragon termine la volute et continue, ce me semble, la première idée en nous transportant dans le cycle du nouvel âge d’or, où [ habitant des régions de la mort dépose devant l’Agneau réparateur des péchés du monde la férocité née du péché, et broute l’herbe comme les plus dociles serviteurs de l’homme. Le royaume de l’Agneau est le séjour de la paix, aussi voyez-vous fuir au loin un troisième dragon qui n'a pu soutenir les regards du

vainqueur. Ce dragon, est-il besoin de le nommer? Au fruit fatal qu’il remporte aux enfers vous reconnaissez ses œuvres.

Bien plus récente, la crosse de métal que j’ai pu copier dans le trésor de la chapelle royale de Hanovre nous offre, sous les nobles formes du XIIIe siècle, un contraste de même nature ( fig . 65). L’Agneau que vous voyez est celui du grand holocauste : dans sa lutte contre l’enfer, son sang a coulé sur la croix et coule encore dans le calice eucharistique pour laver les souillures de la terre, blanchir les dînes (Apoc., VII, i \ ), et pendant que son sang coule il regarde avec amour la croix où il fut d’abord répandu. Cette croix est l’arbre du paradis nouveau qui porte le fruit de vie, et qui sert ici de contraste à l’arbre du premier paradis où fut suspendu le fruit de mort.

C’est la traduction littérale de ces versdeCommodien [Bibl. P. P. Max., t. XXVII) :

Gustato pomi ligno mors intravit in orbem :

IIoc ligno mortis generamur \itæ futuræ.

Fig. 61. (A. M., d'ap. l'or ., 1/2 gr

L’arbre du péché forme ici la volute et étale son feuillage avec un luxe qui rappelle la descrip-

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Fig. 65. (A. M. d'ap. l'or. 3/4.)

don de Moïse (Gen., III, 6):

Vidil.... millier quod bomnn esset lignum ail vescendum et putclirum oculis,aspectuque delectabile ; mais au milieu de cette végétation séduisante vous voyez apparaître la tête de celui qui lut homicide dès le commencement (Joh., VIII,

44)- Heureusement, la victoire de la croix l’a terrassé, et la tête penchée vers la terre, au lieu de menacer l’Agneau et de dévorer des victimes, il broute le feuillage. Au bas de la volute se découpent les pinacles de la cité divine où les quatre Évangélistes confient la vérité libératrice aux quatre vents du monde. Je me figure la ville dont saint Jean a écrit ( Apoc ., XXI, a 3 ) : Sa lampe est l’Agneau, et dont Lactance disait 1 : « Elle sera fondée au milieu de la terre et le Seigneur viendra y régner avec les justes ; ce qui a fait chanter à la sibylle que cette ville serait plus splendide que les étoiles, le soleil et la lune. «

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