CROSSES A SERPENT ET AGNEAU
Si la crosse n’est pas carlovingienne, elle est du moins romane, mais recouverte d’ornements en métal du XVe siècle. La volute se termine aussi en tête menaçante de serpent et le monstre redouble de fureur en voyant la douceur de l’Agneau, comme il faisait sur la crosse de Namur ; mais cette fureur expire encore contre la croix, tandis que l’Agneau divin ressuscité arrache de sa blessure le fer dont son cœur a été transpercé. A la croix est attaché un étendard où se lisent les initiales de Jésus et de Christ tC gravées a l’époque des restaurations et qui auront été mal lui
l’idée première se complète. Immolé sur la croix comme l’Agneau du sacrilice, Jésus-Christ appelle à sa suite les âmes avides de lui plaire et confiantes en son nom : Si cjiiis vult venire post nie ... tollat crucem suant (Matth., XVI, 1 4). Ceux qui suivront l’étendard divin seront nombreux et il y en aura de privilégiés : les vierges seules, chantant le cantique nouveau ( Apoc . XIV, 4), c’est-à-dire le nom du Sauveur leur époux, suivront /’ Agneau jiartout où il ira. Heureux ( ib ., XIX, 9) ceux qui sont appelés aux noces de /’ Agneau ! Le nimbe et le pennon sont de l'époque de la monture. On remarquera sur le premier nœud un appendice dont l’usage ne peut être mis en doute : c’est une sorte d’agrafe en métal où devait être suspendu le vélum.
Au même type appartient une autre crosse en ivoire (fig. 63) recouverte en partie, comme la
précédente, d’ornements en orfèvrerie du XVe ou XVIe siècle. Ce monument, doublement
précieux par son antiquité et la richesse de la monture, se conserve dans la cathédrale d’IJil-
desheim, et porte le nom d’Othon I, fds du duc Othon 1 de Brunsxvick-Lunebourg. Ce prince
n’avait encore que quatorze ans lorsque l’influence de sa famille le fit nommer en 1260 à
l’évêché d’Hildesheim, par le pape Alexandre IV ; élection confirmée par Urbain IV, en 1 264.
Othon était alors sous-diacre; il reçut à Lyon le diaconat et la prêtrise des mains de Grégoire X
en 1274, et Peu après il dut l’ordination épiscopale à l’archevêque Werner, de Mayence. Il
mourut en 1279, âgé seulement de trente-trois ans, à la suite des chagrins qu’il reçut de ses
frères. La crosse que nous publions lui fut donnée, dit-on, par le chapitre à son retour de
Lyon. Cette tradition, recueillie par le docteur Kratz(l. c.,t. Il, p. 180), s’accorde parfaitement IV. . 26
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
avec le style archaïque des ivoires, qui doivent être antérieurs au moins d’un siècle; mais l’on ajoute que l’écu du chapitre , qui est partie d’or et de gueules , aurait été exécuté pour constater le don. Comme toute la monture en argent ne peut remonter au delà du XVe siècle, nous ne voyons pas que la présence de l’écu permette de rien conclure. On lit sur l’ivoire :
t OTTO EPC T HILDENS.
t COLLIGE SUSTENTA STIMU f LA VAGA MORBIDA LENTA f ATTRAHE PER PRIMUM ME f DIO REGE PVNGE PER IMUM.
t PASCE GREGEM. NORMA. DO + CE SERVA. CORRIGE. FORMA.
La crosse est complète. Sa volute a, jusqu’au-dessous du pommeau, à peu près 25 cent., et l’on en compte i 4q jusqu’à la pointe du pied. Ce pied, divisé en six compartiments, est formé de morceaux d’ivoire tournés et diminuant d’épaisseur en descendant. Les liens n’ont aucune saillie et sont en argent niellé. Ce qui nous intéresse le plus est le sujet central. Deux têtes de monstres y dressent leurs attaques, la première contre le divin étendard, la seconde contre la queue de l’Agneau. Cest la seule fois que nous voyons l’Agneau animé de cette indignation qui fera dire un jour au méchant (Apoc., VI, io): Montagnes et rochers : Cadite super nos et abscondile nos... ab ira Agni. L’Agneau semble opposer à ses ennemis ce souffle de sa bouche qui doit un jour terrasser 1 homme de péché (Thess., II, 3 et 8).
Fig. 63. (A. M. d'ap , Vor. 2/3.)
Et sur des plaques d argent niellé :