GROSSES A SERPENT BROUTANT LE FEUILLAGE
et que ce monstre doit être de la famille de ceux que célèbrent les vers sibyllins [Max. Uibl P. P t. II, p. 5o8 ) en décrivant la nouvelle terre du royaume de mille ans :
Cumque lupis Agni per montes gramina carpent,
Permixtique simul pardi pascentur et liædi.
Cum vitulis ursi degent, armenta sequentes,
Carnivorusque leo præsepia carpet uli bos.
J’en dois dire autant de la crosse romane en corne possédée par M. Carrand ( fig . 67,
68, 69). Au premier abord, tout semblerait fantaisie d’un ciseleur habile : au milieu de rinceaux découpés à jour, des lions et des aigles paissent en herbivores, et le serpent
lui-même dévore le feuillage. N’est-ce pas de l’art pour l’art? Mais le caprice supposé ne vous paraît-il pas un vivant langage si vous le rapprochez de ce que nous avons vu, c’est-à-dire du contraste évidemment intentionnel entre le triomphe de l’Agneau et la défaite du serpent? Dès lors, ces bêtes inoffensives au sein d’une nature luxuriante vous transportent dans le nouveau jardin de délices ouvert aux âmes rachetées. Un des caractères les plus saillants de l’Eden était, avec les magnificences de la nature, la mansuétude des bêtes.
« Là, dit saint Basile (De Paradiso) , se montraient toutes les variétés des è
êtres vivants : et tous étaient paisibles, obéissants à l’homme, vivant entre |
eux avec concorde. Le serpent lui-même n’avait rien d’horrible; il étaitdoux F»a- 66.
et docile, et au lieu de ramper odieusement comme s’il nageait sur la terre, il s’avançait sur ses pieds dans une attitude droite et noble. » Sauf cette attitude, dont la malédiction la privé, le serpent se montre ici comme les autres carnassiers dans sa douceur primitive. Tel était aussi bien un des traits les plus populaires du renouvellement du monde : « Alors, disait Lactance (1. c.), les bêtes cesseront de se nourrir de sang, les oiseaux de proie de vivre de cadavres. De toutes parts régnera la paix. Les lions et les veaux mangeront à la même crèche... l’enfant jouera avec les serpents. Alors enfin se renouvelleront les joies (pie l’on goûtait d’après les poètes dans l’âge de Saturne 1 (Virg. Egl. IV).
« Ullima Cumæi veiiit jam carminis ætas;
Magnus ab intégra sæclorum nascitur ordo:
Jain redit et virgo, redeunt Saturnia régna. »
1 O11 peut juger par le Dante combien les belles images leur sens allégorique. Dans le purgatoire (c. 22), Virgile scripturales expliquées par Lactance dans un sens milléna- demande à Stace comment il s’est converti au christiariste étaient restées familières à l’art du moyen âge dans nisme et mis à la suite du pêcheur de Galilée. Et Stace lui
répond qu’il]lui doit son bonheur, à lui Virgile qui, après avoir dirigé ses pas vers les sources du Parnasse, les conduisit dans la voie de Dieu : Tu fus pour moi, lui dit-il, ce qu’est un guide nocturne qui porte le fanal derrière lui et éclaire ceux qui le suivent sans profiter lui-même de sa propre lumière :
Facesli ; corne quei, che va di notte Cbe poi-la il lume dietro e se non giova, Ma dopo se i'a le persone dolle Quando dioesti, secol si rinova Torna giuslitia e primo tempo Inimauo, E piogenie scende del ciel nova :
I’er le poeta fui, per te cïiristiano.