CROSSES A SERPENT BROUTANT LE FEUILLAGE
IVest-ce pas encore évidemment un contraste semblable qu’il faut reconnaître clans la crosse en ivoire montée en argent, dont je dois la communication à M. le prince Soltikof (fig. 70)? Nous sommes en un bois sauvage où l’animal le plus redouté des chasseurs est la licorne. Pour la dompter, il ne faudrait rien moins qu’une vierge sans tache dans le sein de laquelle elle viendrait se reposer, doucement enchaînée par les charmes de la virginité : c’est le Physiologus qui parle {Mélanges, t. Il, p. 220). Les bestiaires sont d’accord à prendre la licorne en bonne part et comme un symbole du Fils de Dieu descendu dans le sein de la
Vierge et rendu par là accessible aux coups de la malice humaine. La licorne exaltant sa croix est donc une variante de l Agneau vainqueur, et c’est sans doute pour constater le même triomphe que derrière lui le serpent broute le feuillage? Sicut' bos comedet paleas. ( Voyez Pl. XV.)
On voit encore le dragon brouter l’herbe des deux côtés d’une crosse en ivoire et de travail roman ( fig . 7 1, 72, 73, 74), où un enfant nu se joue sans peur dans le feuillage; cet enfant est, je pense, un de ceux que les vers sibyllins (1. c.) signalent :
Et pueri infantes captas in vincula initient Terrebitque feras in terris debile corpus :
Ctimque pueris capient somnos in nocte dracones,
Fig. 70. (A. M. d’ap. l’or. 2/9.) Nec lædent quoniam Domini inanus obtegil illos.
A peu près contemporain du monument, Adam de Saint-Victor chantait dans son Zima Vêtus (Clietov. Elucid., p. 182):
In caverna reguli Manum mittet ablactatus,
Et sic fugit exturbatus Vêtus liospes sæculi.
Mais à ce symbole expliqué, ce nous semble, par ce qui précède, l’artiste en joint un autre beau-
MÉLANGES Ü’ARCIIÉOLOGIE.
coup moins clair et ou les deux têtes sont mutilées. On y reconnaît un homme ailé tenant sur un orarium un agneau couché. Quel est ce personnage? J'ai vu sur des miniatures, par
Fig. 71. (A. M , d'ap. Vor. gr. nat.)
Fig. 73.
Fig. 74.
exemple au le icjilur du Mss carlovingien de Drogon, à la bibliothèque impériale, Abel d un coté, un prêtre hébreu de 1 autre, offrir de la même manière la même victime; mais ce souvenir n explique pas les ailes. Ces ailes indiqueraient-elles l ange dont il est question dans le canon de la Messe, lorsque le prêtre demande que la divine victime soit transportée sur