LE RAPT DE TIBIA
Il n’est plus question de Vincentius, mais de scènes ou Vibia joue le rôle principal. La série des représentations s’ouvre par un enlèvement; et ce n’est pas celui de Proserpine, sujet reproduit fréquemment sur les sarcophages, le peintre a eu soin de nous l’apprendre en écrivant le nom de VIBIA. Quoi qu’il en soit de ce personnage, l’enlèvement de cette femme nous semble représenter les deux idées qui ont fait adopter si souvent celui de Proserpine. C était, d’une part, le coup subit et imprévu de [a mort au moment où souriait la vie; et, de l’autre, les noces de la jeune fille avec le Jupiter infernal.
L’allégorie du rapt de Proserpine se voit en effet figurée de préférence sur la tombe des jeunes gens ( rapti ), et dont la mort est appelée ravina. « P«oi Pluton, s’éci ie une enfant, dans une épitaphe du recueil de Muratori (p. i 202), n est-ce pas inique à toi de ravir une épouse de cinq
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
ans? » Cecinia Bassa gémit dans une inscription du musée Kircher de ce que Pluton l’a enlevée violemment avant qu’elle eût atteint sa onzième année :
CVM MIHI BIS QV1NOS ANNOS MEA FATA DEDISSENT.
VNDECVMVM ME NON LICVIT PERDVCERE ANNVM
AT SÆVOS PLVTO RAPVIT ME AD INFERA TEMPLA.
Et quand, dans Euripide, on appelle Iphigénie une vierge infortunée, une voix est là pour répondre : « Que dites-vous, une vierge? Dans quelques instants Pluton va en faire son épouse'. » Ainsi que les jeunes filles, les épouses se lamentent : « O Pluton! c’était m’arracher trop tôt, jeune épouse, au rideau et à la couche nuptiale, » dit une jeune femme dans Muratori1 2 * * 5. Et au musée Kircher, Octavia Arbuscula reproche avec la même amertume à Pluton son choix fatal et son impitoyable rigueur:
TERMINVS EST VITÆ NOSTRÆ TERTJVS ET VICF.NSIMVS ANNVS
CVM ME FLORF.NTEM MEI COMBVSSERE PARENTES ;
CRVDELIS PLVTO NIMIO SÆVITE RAPINE.
La poésie devait aimer ces images qui jetaient un lugubre charme sur des scènes de deuil. L’eau et le feu portés devant les époux dans la cérémonie des noces, prenaient le nom de feu fatal, eau du Styx, quand on y faisait allusion en parlant de ces morts prématurées. Dans 1 élégante épitaphe gravée sur sa tombe, Elvia Prima parle de son union avec Pluton, comme l’Aréthuse de Properce le fait de son mariage malheureux avec Lycotas. L’eau lustrale de ses noces est aussi odieuse à Aréthuse que celle du Styx, et le flambeau d’hyménée lui semble allumé à la flamme de son bûcher (1. IV, El. 3).
Qnæ mihi deductæ fax omen prætulit, ilia Traxit abeverso lumino nigra rogo;
Et stygio sura sparsa lacu.
Ainsi parle Aréthuse; et voici les plaintes d’Elvia :
CONIVGE SVM CADMO FRVCTA SCRATEIO (sic ) ,