‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature (volume 2)Chapitre 8 sur 139 · LE BANQUET DE VINCENTIUS · texte numérisé non relu

LE BANQUET DE VINCENTIUS

Ce tableau nous montre VINCENTIVS clans la compagnie de ses collègues, assis, non

au milieu d’un jardin céleste, comme les Sabaziens bienheureux que nous verrons tout à

l’heure, mais dans une scène empruntée à la vie ordinaire. Pour peu que nous ayons présente

la grande inscription déjà étudiée, nous comprendrons qu’un antisles sabazis ne pouvait

guère se représenter mieux qu’à un repas. Il était tout simple que celui qui avait pour prin

cipes fondamentaux de morale : Manduca, bibe, lude, passât sa vie au sein des délices de la

table et de tous les plaisirs des sens. Parmi les six convives qui partagent ses fêtes SEPTE

Pli -SACERDOTES , on observera des différences remarquables de costume; et la place qu’il

occupe parmi eux ne semble pas répondre à ce queût fait supposer le titre d'autistes. Il

paraît étrange en outre que le personnage assis à la place d’honneur soit beaucoup moins

richement vêtu que notre Yincentius, puisqu’il n’a pas comme lui de manteau et de pileus de

pourpre. Mais voici les raisons que j’en donnerais. Dans les associations syncrétistes, on

conservait l’ancien culte de chacune des divinités réunies et, par conséquent, les prêtres de IV. 3

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

chaque culte et leur costume aussi bien que leurs rites particuliers. D’après les vêtements de Vincentius, je crois reconnaître des prêtres sabaziens dans les deux autres qui portent le pileus et le manteau de pourpre. Au contraire, comme dans Xarcosotiuin suivant, l’hiérophante, servant d’initiateur au miles de Cotytto, ne porte aucun ornement de tête; on serait autorisé à penser qu’ici les convives dont la tête est nue appartiennent au même culte. D’ailleurs, si M. Aurelius, que nous rencontrerons dans le troisième arcosolium, sous le nom de prêtre de 1 invincible dieu Soleil -Mil! iras, avait rempli dans la secte les fonctions de chel , comme son épitaphe semble l’insinuer, il ne serait pas improbable qu il occupât dans notre banquet la place d honneur, et qu’il fût dans le second tombeau l’initiateur du miles de Cotytto; car Mithras-Soleil et Bacehus-Sabazius ne sont que des noms différents d’un même être, de même que la Vénus céleste se confond avec Proserpine, avec Cybèle et Cotytto, ainsi que nous le développerons tout à l’heure. Il y a plus, si nous observons bien le geste de Vincentius, nous aurons lieu de croire que ce geste a pour objet d’exprimer (pie dans son voisin de droite il reconnaît son maître. Vincentius est jeune, et le dernier prêtre à sa gauche l’est encore plus que lui : on dirait un adolescent. Cette circonstance nous rappelle la célèbre inscription d Aurelius Antonius fait prêtre, à peine âgé de sept ans, et précisément prêtre de Bacchus et de Cybèle1 II.

I Puerum septennem Deum malris et Bacchi mysteriis initiatum, dit Odérico (Syll. Iriser, vet . , p. 178); mais le texte porte : K. El MAI AÏPHAIOC ANTON Uh; o kai iepeïc , ce qui indique quelque chose de plus qu’une simple initiation. J’avais mis à la cinquième ligne : Alite eita, au lieu de aihceiia que Odérico lit : aSir/V-ca ; mais, depuis lors, j’ai remarqué que Marini a lu sur le marbre réellement ElTA {Inscr. alb., p. 180). Du reste, le texte présente plusieurs erreurs, sans qu’il soit toujours aisé de décider si ces erreurs sont le fuit du sculpteur, Par exemple, Antoine inculquant les maximes de sa secte, dit :

AOIIION MÏ2TAI ElTE <I>IAOL BIOTHTOX EKASTH2 IIAXf-WnOAAPiOANETE TA BIOY 2YNEX02 MT2THPIA 2 EM NA GÏAE12 l' AP AÏNATAl MOIPON M1TON EHANAAÏ2AI.

II est clair que moipon est ici pour moipon. Quant â TttOAANwANETE, je ne vois aucune observation ni dans Odérico, ni dans Marini, ni dans Morcelli, ni môme dans Lobeck, qui se sont tous occupés de cette inscription. Odérico traduit: « Cæteruna mystæ estole amantes vitae quotidianac, omnino obliviscimini mvsteria veneranda vitæ; » Morcelli (ap. Marini, I. c. , p. 180); » Yestram, quod superest, vos ovitam vivite, sacrorum socii, bine et curare mittite istius adsiduævitæ omnia mvsteria; » Marini : « Vestram vivite vitam, vosque continuo ab omnibus vitae sanctis mysteriis subducite. -> Chacun peut juger combien ces interprétations sont peu conformes h l’esprit des doctrines païennes et aux intérêts de secte. Je propose donc de corriger THOAAN0ANETE par ïnonAMBANETE : rien n’étant plus

facile que le changement d’un R en 0. 11 en résulte le sens suivant :

Cccternm, myslac sive amici, vitae vcstrac

Cuncla suscijiite , vitae y inquam , contine/iter mvsteria magna :

Nemo enim pot est fntorum filum vit arc.

Les p.usrrjpîot «pi Giov , auxquels Antoine invite les adeptes, ne sont certainement pas les initiations; car on n’y eût pas exhorté ceux qui étaient déjà initiés. Le discours ne pouvait pas, d’ailleurs, s’adresser en même temps aux pArai et aux ’f'Cr.-n. Bref, si l’auteur avait eu en vue les initiations, il aurait dit pcr-Qia irâvra Ofwv, et non Ç'.o-r^zo; ixâezr,:. Le vrai sens est que le passant est ici exhorté à vivre une bonne vie, comme l’entendait le paganisme.

On retrouve, dans l’inscription de Fontecchio, le sens assez bien exprimé de l’épitaphe d’Antouius (Momms. I. N. 6058), selon ma transcription :

VGLVP1ATIS SF.CVTI SIMVS VITaE NOSTRE A NORIS NV MOV AM QVITQVAM NKC.ATVM EST ITA TV QVI LEGIS RONA VXTA VIVE SODaLIS QVARK Pt»8T OIIITVM NEC RISVS NEC T.VSVS NEC VLLA (viTA, MdIIIIH;.) VOLVPTAS ERIT.

[.es idolâtres sont toujours les mêmes, et il n’est pas malaisé de les comprendre pour peu qu’on ne soit pas trop prévenu en leur faveur. Si au milieu même des lumières de l’Évangile et au sein d’une civilisation portée si haut par le Christianisme, nous avons la honte d’entendre tous les jours exalter, dans une certaine littérature, des maximes non moins matérialistes, le moyen de s’étonner qu’elles fussent à la mode dans cette ancienne civilisation dont le culte déifiait tous les vices?

BANQUET DE VINCENTIUS.

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