CROSSES A SERPENTS MORDANT CNE POMME, OU LA GUEULE VIDE
Au lieu de brouter le feuillage, le dragon de nos crosses porte quelquefois une pomme à la gueule. I-a figure 53 nous l’a fait voir dans cette attitude, et l’ensemble des scènes nous en révélait le sens. Cette même figure nous servira à comprendre la crosse en pierre (Jig. 76) où le même détail est isolé. Je l’ai dessinée au Puy, sur un tombeau d’évêque du xiv' siècle, placé sous la vieille tour.
On y verra avec intérêt comment s’enroulaient au-dessus et au-dessous du nœud les courroies des vélum.
C’est encore une pomme que j’ai cru voir sur la crosse du n" 76. Elle est en fer doré et compte parmi les plus insignes reliques de la cathédrale de Bayonne. On n’en sera pas surpris quand j’aurai nommé son ancien possesseur : d’après des documents très-respectables, elle a été à 1 usage de saint François de Sales.
Les cinq crosses suivantes nous montrent le Fig. 75 (A. m., dJap. l’or.) serpent réduit à sa plus
simple expression. Celle du n° 77 est en ivoire et se trouve à Metz, dans le cabinet de
M. Colcben ; l’autre, n° 78, est en bronze et fait partie du musée de Rouen; elle vient des IV. 27
Fig. 77.
(A. M., d'ap. l’or.)
Fig. 79.
sommet cl une hampe, en dit assez à ceux qui se rappellent le serpent d’airain.
1^ gueule est également béante sur la crosse ( fig . 81), empruntée à la grande sculpture des portails latéraux deChartres; ici, la feuille, rapprochée de la tête, permettrait plus aisément que partout ailleurs d entrevoir une allusion à la verge changée en serpent.
Joignons aux crosses symboliques des hautes époques celles où dominentles faits historiques Nous aurons ici le plaisir d avoir à signaler un travail des plus intéressants, dû à notre savant 1 ollèguede la Société des antiquaires de France, M.Grésy h L’auteur a pu, par un rare bonheur,
Mcm. delaSoc. impériale des Antiquaires de France, nouv. série, t. XXI, p. 137.
il0 MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE.
tombes de Jumiéges çt a dû servir à l’abbé Roger, mort en i i 77. Celle de la figure 79 appartient à la châsse de saint Taurin, publiée dans ces Mélanges (T. II, p. 1 1). Celle de la ligure 80 est conservée dans le musée de Dijon, après avoir appartenu à la grande abbaye de Cluny; elle est tout à jour et formée de fils d’argent soudés ensemble. Je n’insiste pas sur l’étoile encadrée dans la volute, son authenticité me paraissant suspecte. Seule et béante, la tête du serpent, dans sa honteuse suspension au