X. Se c’est orge, seigle, o aveine
Tôt par leur nature demaine (deveine?). Etc.
12 Y. plenu.
1S Z. cargié et w ami ; pourvus.
ti Z. car 1ère; route, chemin des voitures.
Trestote jor vènent et vont,
Et savez 16 que li venant font 16 Quant il enconlrent les chargez ?
Ne (lient pas, ben le sachez :
Donez nus de vostre forment ;
Ainz il tènent mult sagement La trace que cil sunt venu,
Tant que al leu sunt parvenu U li altre si sunt trussé 17 ;
Puis se retrussent '8 de cel blé.
Dont revènent trestot chargé.
Plus sunt cointe 19 et vézié 20 Que les foies virgnes ne furent ;
Que quant as noces entrer durent.
Si foirent 21 lur vessel lut voi 22,
Si n urent ren en lor estoi 23.
Les cinc sages garnies èrent ;
Les cinc foies lur 24 demandèrent De lor oille 25, mes point n’en orent. Unques tant proier ne les porrent, Oltréement 26 lor en faillirent ;
Et pleinement 27 lor respondirent Que ja point ne lor en dorroient :
Alassent28 là ù il l’avoient Achaté, si en rachatassent ;
U altrément en porchaçassent.
Tandis 29 cum cèles i alèrent.
Les sages as noces entrèrent Qui estoient ben atornées 30 ;
Quant cèles furent retornées.
Si fu31 la porte ben fermée,
Unques puis n’i orent entrée.
Seignors, prenons 3i garde al formi Qui se travaille et porveit si Qu’en esté ad tant travaillé
Qu’en yvern est tut aasié.
Uncor fait il altre cointise Que ne deit estre en obli mise :
Quant son forment ad ajosté 33 Que durement lui ad costé, Chascon grein par le miliu 34 font ; Et issi le garde et défent Qu’il n’enpire ni ne porist.
Ne 35 que nul germe ne norrist.
Et tu, home, qui en Diu croiz7 Et l’Escriture enten s et voiz,
Fent et devise 3,5 sagement La lêtre del viel Testement 37 :
Ceo est à dire et à entendre Que tu ne doiz mie [le ?] prendre Solunc la lètre qui occit,
Mès solunc l’espirital dit 38,
Car li espirit vivifie ;
Ceo ne dois tu oblier mie 30.
Li Gieu qui ne volent mettre Ne sens ne figure en la lettre,
Sunt décéu mult laidement,
Ne voient pas parfondement ;
Le grein gardent trestot entier, Tant qu’il porrist en lur gerner 4".
Mult ad li formiz greingnor sens Que se porveit issi par tenz,
Que de son grein ad tôt le preu Quant vent en saison et en leu.
Formiz d’altre manère sunt En Ethiope là amont :
De chen 41 ont tote la feiture Et sont ben de lor estature.
Icist sunt d’estrange manère,
Car de terre et de puldrière
15 Savez, pour savez-vous, est encore d’un usage quotidien dans le pays Wallon.
16 Les six vers précédents manquent dans V.
17 Y. trossé, chargé, arrangé ; angî.. truss ; franç. trousseau, trousse, retrousser.
48 Y. retrossent ; X, recharchent ; Z. retorsent et torse.
19 X. sages. Cointe ne répondrait pas mal à ce que nous appelons ■un homme rangé.
20 Y. auvaisé, avisé.
21 X et Y. furent ; ital. foro, furono.
2 ' X. vui, et estui.
23 Vase de réserve.
2« X et Y. lor.
25 X. eule ; Y. oile.
26 Extrêmement, ou à la fin (à l’extrémité).
27 Y. et pfainement ; X. planièrement ; tout simplement.
28 Y. alesient, et donrient, avient, achatesient, porchacesient. Précédemment, le même manuscrit avait estient et demandant.
29 X. En dementières qu’il. Cf. supra, p. 154, note S.
30 Y, qui ben estient, etc.
31 X. si lor fu la porte fermée.
82 Z. prendons.
33 X. aûné; Y. ahostè ; Z. aousté. Serait-ce un verbe de la fa mille de aousleron (moissonner) ?
39 X. mel.eu ; Y. mileu.
35 V. que nule greine.
36 Partage, divise.
37 Y. Testament.
38 Après ce vers, X en intercale quatre autres, que voici :
Fent et devise par grani cure Hors de la lètre la figure.
Ben sez tu que l’apostre dit Que la lètre tue et ocit,
Et li espérit etc.
39 Ce vers est remplacé dans X. par
Li Jève ne le vulent mie Creirre, ne lor entente métré.
Ne sens, etc.
90 Y. lor grenier ; X. sans dépecier.
94 X et Y. chien. Ce sont les fourmis d’Hérodote.
BESTIAIRES (PI. XX, XXIX)
Esgratent et traient or fin Tant qu’liom 42 ne set dire la fin ;
Et qui cel or tolir lor volt,
Sempres 43 se coroce et s’en doit :
Car de malveiz44 après lui current45.
S’il l’ateignent tost le dévorent.
Les genz qui d’iloc inainent près,
Sèvent qu’il sunt fels et engrès,
Et qu’il ont or à grant planté 4G ;
Si unt urr engin apresté.
Jumenz prènent qui poleins unt.
Quant jofvnes 47 et alaitans sunt :
Treiz jors les unt fait jéuner.
Et au quart les font enséler,
Es sèles aferment escrins48 Ausi luisanz corne est or finz.
Entr’els et la terre as forniiz Est un fluvie 49 mult arabiz60 ;
Quant les jumenz al fluive mènent.
Les poleins devers èls retènent,
Puis chacent oltre les jumenz Qui ont faim 51 as quers et as denz.
De Paître part est l’erbre 52 drue,
Et ben espesse et parcréue ;
Iloc vont les jumenz peissant53.
Et les forniiz demaintenant Qui voient les escrins pareir 54 Et 55 quident bon recet56 aveir A lor or muscer 57 et repondre ;
Dont nés estuet mie somondre 38 Des escrins emplir et charger 59 De bon or précios et cher.
Issi vont tote jor portant ;
Quant ceo avent vers le mitant60.
Que les jumens sont sablées 61
42 Y. c’on ; X. que n’en sai.
43 X. tost s’en repent et mult s’en deut. Ce vers d’X se rapporte aux hommes qui cherchent l’or, tandis que dans V et Y il s’agit des fourmis (vraies ou prétendues).
44 X. quer maintenant. Cf. supra, p. 114, note 98.
44 X et Y. corent.
46 X. plenté. Cf. supra, note 6.
42 \r. jeunes ; en picard, jône,
48 V, Y et Z plaçaient plus haut ce vers et le suivant ; l’ordre adopté par X m’a semblé les rendre beaucoup plus intelligibles.
49 Flume? X. fleuve; Y. fluéve.
50 Voici de quoi faire reconnaître l’étymologie du mot Fontarabie (Fuenle rabia), source écumante (irritée?) ; ital. arrabiato.
51 X et Y. fain.
52 Y. erbe.
55 X. pcssant ; Y. paissant.
54 Y. paroir et avoir.
55 V. omis.
66 Un lieu pour rassembler leur butin, une cachette.
52 X. mucier : Y. mucer ; cacher. Mot conservé en Picardie.
Et unt les pances granz et lées 02 ;
Quant lur poleinz oient hennir,
Dunt se haslent de revenir.
Le fluvie meintenant repassent,
Et cil prènent l’or et amassent ;
Que riches en sunt et mananz,
Et les formis en sunt dolenz.
Uncore i ad altre formi 63 Que nul de cels que jo vus di,
Qui Formicei.éon ad non ;
Des forniiz est cist le léon,
Si est li plus petiz de tuz,
Le plus hardi et le plus pruz.
Altres formiz het dorement 64 :
En la pudrère 65 bêlement Se muce, tant est veszié e6 ;
Quant les altres vènent chargez,
Sor els de la poudrère sait °7,
Si les occist et les asalt.
Seignors, pur Deu qui ne menti.
Prenez garde al petit formi Que si est porvéant et sage De conoistre son avantage.
Porvéiez vus et aprestez Tant cum si bels est li estez 68 ;
Ceo est tant corne avez leisir69,
Que à séur poez venir El fort ivern 70 : ceo est à dire A cel jor de dolor et d’ire Quant li bon s’en iront à destre.
Et li malveis devers senestre.
Seiez pensifs et corios 71 D’entrer as noces 72 od l’Espos 73,
Si que vos lampes seient pleines74 De bones oevres et certeines ;
58 Y. semondre ; inviter, presser.
5 X. charchier.
60 Y. l’anuitant, leçon justifiée par le contexte.
61 X. saolées.
62 Larges, gonflées; lat. latus.
63 Le fourmi-lion ne paraît pas dans X, et de fait c’est un horsd’œuvre ; mais on le verra jouer un beau rôle dans le texte grec.
64 Y et Z. durement.
65 Z. porrière; Y. poudrière, poussière.
66 Y. vessiéz ; Z. voisiés (lat. versutus?), rusé, trompeur.
67 Y et Z. saut, et assaut.
68 Bel, signifie souvent adroit, qui prend ses précautions, etc
quant à estez (ou estes), on y reconnaît sans doute l’été ; lat. æstas; ital. state.
69 X et Y. loisir.
20 X. Yver ; Y. iver.
21 X et Y. curious (attentif), et cspous.
22 X. noeces,
23 esp. esposo; lat. sponsus.
24 V. plains, et certains.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Car jà as noeces n’enterunt Qui lor lampes pleins 75 n’averunt De bon oille, por vérité,
Ceo est d’oille 76 de charité.
Cil enterunt, je vus afi 77 ,
Od l’espos al riche convi 78,
De boues oevres en lor vies
75 X et Y. -plaines n’aronl , et n'enterront.
"6 Y. boneeule; X. boin oile.
77 X. Cil i enterront, je-vos di. Cf. supra, p. 118, note 6.
78 Festin ; ital. convito.
Qu’averont 79 lor lampes emplies.
Mès qui la lampe voide 80 avra.
Sachez qu’il jà 81 n’i entera;
Ainz remeindra, pur vérité,
En doel et en cheitiveté :
El feu ardant, el grant torment Qui durra pardurablement.
79 X. qui aront ; X. kil aront.
80 X et Y. vuide.
81 X et Y. quejà.
OBSERVATIONS
Quelles que soient l’industrie et l’activité de nos fourmis indigènes, l’antiquité avait probablement emprunté à l’Asie et à l’Afrique une vague connaissance des fourmis (ou soi-disant fourmis) étrangères dont les grands travaux auront servi à gonfler l’éloge des fourmis européennes (Cf. Ælian.,XVI, 15). Du reste nos fourmis, même les plus communes, n’ont pas eu le sort de tant d’autres animaux beaucoup plus célèbres, qui ont été dépouillés de toute leur gloire par les progrès de l’observation. Cette petite créature, au contraire, n’a fait que grandir quand elle a trouvé des hommes qui l’étudiassent de près ; et après les merveilles que ses historiens ont constatées, surtout dans notre siècle, elle peut sans regret se dépouiller des concessions gratuites qu’on lui avait faites autrefois. Car Dieu lui a donné bien au-delà de ce que les hommes lui prêtaient. De ses soins pour distinguer, préserver et emmagasiner le fro ment, malgré les assertions constantes des écrivains (Cf. Bochart, l. cit. P. II, libr. IV, c. "20-22 ; t. II, p. 588-002. — Plin., XI, 36, al. 30 ; X, 93. — Ælian. II, 25. — Leemans, l. cit,., 275.), il ne reste aujourd’hui à peu près rien ; et si la matière est belle encore pour celui qui voudrait tourner en applications morales l’histoire des fourmis, elle serait du moins tout autre que ne la faisaient les vieilles leçons. Tychsen prévoyait déjà sans doute cette révolution imminente de l’histoire naturelle en ce point quand il se montrait si sobre de détails dans le chapitre qu’il accorde (p. 79-83) à ce curieux insecte. En effet, quelques années plus tard un nouveau jour se leva sur les mœurs de ces petites républiques qui ont échangé leur réputation de moissonneuses contre celle de peuple pasteur, architecte et conquérant.
B ESTIAIRES (PI. XX).
29 (Fig. AF).
LI OSTRISCHE '.
Un oisel qui est apelés ostrische. Phisiologe dist qu’il est de tel nature que il mangue fer se il le trueve. Et si a I lonc col comme un chisne 1 2 ; et tele teste, mais qui est plate deseure3 ; et bec de cine, mais qu’il est plus lé4. Si a jambes comme asne, et les quises ensement; et ses piés fendus comme de cerf. Et quant ses tans est 5 que il doit ponre, si pont el sablon ; et laise son oef iluec gisant, ne ja puis ne le regardera. Mais li solax6, qui est corne calors dont totes coses vivent ça aval 7, le norist el sablon ; et ensi vient à vie, ne ja autrement n’iert covés. Et si tost comme li oes est escloes, si quiert li ostriceaus sa pasture.
Li ostriche est example del home qui vit en carité, et est paciens et humles 8, et sofïrans et pitious 9. Ces vertus escaufent l’âme, et le mainent à vie ; c’est en joie perdurable et permanable sans fin. Et quant l’âme est en ceste joie, dont est èle covée et norie en vie del verrai soleil de justice; si corne li oes de l’ostriche est cové par la calor del soleil. Dont Amon li prophètes nos dist que il n’est nule cose qui mels10 valt de carité; car Dex dist meismes 11 : Qui maint en carité, il maint en moi, et je en lui.
1 Autruche; esp. avestruz, ital. struzzo, lat. struthio. Sous divers noms cet oiseau a reçu l’honneur de deux articles dans le manuscrit de l’Arsenal. Mais c’est plus bas, n° 52, qu’on trouvera le véritable texte inspiré par les vieux Bestiaires. Ni R ni S n'ont celui-ci.
2 Cygne ; esp. cisne.
5 Dessus, les Picards disent encore desur ; lat. desupcr, ital. disopra.
4 Large; lat. latus. Cf. supra, p. 195, note 62.
6 Quand est venu le temps où il doit pondre.
6 Le soleil. Nous avons ailleurs solaus.
1 Ici bas.
8 Humble.
9 Pieux; ital. pietoso. Notre mot piteuc conserve encore la vieille forme, tout en recevant une signification un peu différente.
10 Mieux; lat. melius.
11 1 Joann. iv, 16.
Les observations trouveront place plus naturellement au n° 52 de ce même Bestiaire. Faisons seulement remarquer, dès maintenant, quant à l’iconographie de cet oiseau curieux, que sa réputation de manger et même de digérer le fer l’a fait souvent représenter avec un fer de cheval dans le bec. C’est ainsi que le peint la miniature du manuscrit E, par exemple. En blason, comme ailleurs, il n’y faut point chercher, si je ne me trompe, d’autre signification que celle de ces deux vers consacrés à l’autruche dans Y Image du Monde:
L’ostriche fer mangiie bien,
Ne ja ne li grèvera rien.
Le tout, sans rien préjuger du reste sur les rébus et autres bizarreries qui ont motivé parfois l’adoption de cet animal.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
30 (Fig. AG).
Ll HÉRICHONS '.
Une beste est qui est npelés hérichons. Phisiologes dist que il porte la samblanche - del porcel alaitant5. Li hérichons est defors tôt espinous4. Et quant ce vient al tans que roisin 3 sont, il entre en la vigne ; et là où il voit la bone crape 6, il monte sor la vigne ; et si escoust7 si que li roisin en chient8 à terre. Après descent, et envolope soi9 ès roisins tant que il sont tôt fichié en ses espines 10, si les porte à ses faons H. Et se il encontre chien ou altre beste qui mal li velt faire, il se volope tôt en une roele 12 ; si qu’il ne li osent mal faire por ses espines, ensi escapa sovent. Et tôt dis quant il va cargiés à ses faons, si va chantant.
Et tu, hom de Deu, garde toi del hérichon, c’est del déable ; il est espinous, et si est plains d’agaitemens 13. Que la cure et li délis des corporels ex 14 ne puisse fichier des esperitels coses13 en ses espines; et que il ne te face viande as bestes, et que t’âme ne soit mie nue et vaine et wide ,G si comme la vingne 17 qui est escoée 18 qui remaint sans grape ; que tu ne cries après 19 : Je gardai malvaisemcnt ma vinge (vingne?).
1 R et S. heriçon.
1 R. sanblancc.
3 Cochon de lait. Cf. Infra, p. 200, note 6.
4 R. et S. espineus.
5 R. raisin ; S. les roisins.
6 S. Grappe.
I R. et sequeut la crape si que , etc. 11 secoue ; ital. soccuote. Nous avons encore escousse pour signifier un élan brusque. S. esqueut la grappe.
8 Tombent, choient; S. le roisin cliiet.
9 Se roule, c’est le sens primitif d' envelopper ; lat. volutare. S. se enveloppe.
10 S. ses piquons.
II Les deux phrases suivantes, qui manquent totalement dans les manuscrits R et S, se retrouvent à peu près dans le
manuscrit D : « Hujus autemherinacii natura est ut si quand© « senserit hominem, contra omîtes insidias protegit [se?] suis « spinis, et in globum colligit ; ac velud [sic) plaustrum stri- « det. »
12 Boule.
13 Embûches, projets perfides, etc.; ital. aggualo. Notre mot guetter, guet , aguet, est un reste de cette famille.
14 R. des temporeus (S. corporeux) biens.
15 S. tes esperiteux biens.
16 R. vuide et vaine si com li ses (cep) qui remaint sans les raisins. S. et l’arme ne soit vuide ne vaine, sicomme lez ses qui remaint sans grappes...
17 Vigne
13 Secouée ; lat. excussus. Cf. note 7 ; et p. 193, note 2.
19 Cant. i, 5.
BESTIAIRE LATIN