ÉTOFFES HISTORIÉES
SECOND MÉMOIRE. (Voir le premier, page 101.)
(planches ix-xviii et planches xxxh-xxxix).
.le lie me propose dans ce Mémoire que d’indiquer la provenance des nombreux tissus reproduits dans ce volume. Eussé-je formé le projet d’esquisser l’histoire difficile des étoffes pendant le moyen âge, j’aurais dû par prudence laisser un tel travail à l’habile philologue qui le prépare depuis longtemps. Les graves études de M. Francisque Michel sur les manuscrits français l’ont mis en possession d’un grand nombre de textes inédits où nous aurons sans doute à recueillir de curieux renseignements sur les anciennes manufactures d’étoffes précieuses, les diverses espèces de soieries, leurs différents usages et le style propre à chaque contrée et à chaque siècle1. Mon but, plus à ma portée, consiste à fournir à l’histoire soit de l’industrie, soit de l’art, des matériaux non moins utiles que des textes, et sans lesquels les textes n’offrent parfois que des idées confuses peu de nature à éclairer l’archéologue et à inspirer l’artiste. Ce que les exemples sont pour la morale, les monuments figurés le sont pour l’art et l’archéologie; ils fournissent la leçon la plus courte et la plus sûre, .l’ai l’espoir que nos tissus intéresseront d’autant plus qu’ils sont tous inédits, excepté le dernier, (PI. XXXIX) et que de toutes les branches de l’ancien art il n’en est peut-être aucune que les collectionneurs aient plus négligée jusqu’à ce jour. 11 est vrai que les produits de l’antique industrie textrine très nombreux au moyen âge sont devenus fort rares, et sont en général d’un difficile accès. Une grande partie de ceux que le temps avait respectés a dû disparaître devant le mépris dont on poursuivait depuis la renaissance tout ce qui n’était pas ou très ancien ou très moderne. De là vient qu’en examinant avec soin les trésors des principales cathédrales de l’Espagne je n’ai pas pu découvrir un seul tissu antérieur à Ferdinand et Isabelle. Moins riches durant ces derniers siècles, nous aurons sans doute moins renouvelé nos monuments
1 Cet ouvrage doit paraître prochainement sous le titre de : sus précieux, en occident , pendant tout le moyen âge :
Recherches sur le commerce , la fabrication et l’usage des Lettre ÙM. N. Yemeniz, manufacturier, consul de Turquie étoffes de soie, des draps d’or et d’argent , et autres tis- à Lyon.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
antiques, d’ailleurs plus nombreux. Il aurait donc été possible avant la première révolution de réunir un certain nombre de morceaux d’étoffes protégés dans les trésors d’églises par de religieux souvenirs; mais à l’époque où les merveilles de l’orfèvrerie sont descendues dans les creusets les tissus antiques ont été jetés aux chiffons. L’un des premiers, Alexandre Lenoir en comprit la valeur, et éveilla l’attention en donnant un trait de la belle étoffe découverte par lui dans un tombeau de Saint-Germain-des-Prés ’, étoffe publiée récemment avec toute la perfection possible par son fds, M. Albert Lenoir, un des hommes auxquels l’archéologie doit de nos jours davantage1 2. De son côté l’infatigable Willemin réussit à réunir un certain nombre de beaux tissus dans son précieux ouvrage sur les Monuments français 3. M. de Caumont et M. Didron en France, M. Welby Puginet M. Shawen Angleterre, M. de Ilaffner et d’autres en Allemagne, ont rendu à l’art de semblables services. Tout récemment le Comité des arts attaché au ministère de l’Instruction publique et la Société française pour la conservation des monuments ont fait appel à leurs correspondants pour recueillir des renseignements sur le même sujet. En attendant les résultats de ces dernières recherches, nous communiquerons ici à nos lecteurs une partie des petites découvertes du même genre que nos voyages nous ont permis de faire. Bien que la plus nombreuse qui ait encore paru, notre collection est loin de pouvoir donner une connaissance suffisante de la marche de l’art dans l’industrie des tissus précieux ; mais elle favorisera du moins une étude pleine d’utilité et de charmes, et, grâce aux publications qui se préparent, nous parviendrons peut-être à connaître les anciens tissus, comme nous commençons à connaître l’orfèvrerie, la calligraphie, les émaux ; comme nous connaissons déjà l’architecture, la sculpture et la peinture sur verre.