ÉTOFFES HISTORIÉES (PI. XXXII-XXXV
Ce que signifient les sujets intaillés, d’autres le diront; je me borne à faire remarquer que le lion courant se trouve sur la face correspondant au grand autel , et que la plaque parallèle à celle où se trouvent les perroquets et les roses a disparu. Peut-être eût-elle jeté quelque jour sur tout le reste. 11 serait difficile de croire qu’à une époque où l’art fut si sérieux, si traditionnel , si symbolique , et dans un monument sorti évidemment d’une grande école , dû évidemment a un artiste distingué, on ait donné tant d’importance aux sujets sans qu’ils eussent eu de signification. La scène principale me paraît la moins obscure. Ce ne serait peutêtre pas trop s’aventurer que de voir dans les fleurs une image du paradis, expression populaire où se trouve conservée la fraîche image des ombrages et des fleurs des collines éternelles. Que les oiseaux aient représenté les âmes pures détachées de la terre, et plus particulièrement lésâmes bienheureuses affranchies des liens mortels, ceci ne peut pas être l’objet d’un doute ; on n’a qu’à se rappeler les oiseaux des catacombes et les blanches colombes qui figurent les douze apôtres sur les croix gemmées des mosaïques. Je pourrais ajouter entre autres les miniatures d’un manuscrit espagnol du douzième siècle au British-Museum, où, dans les scènes de l’Apocalypse, de petits oiseaux blancs voltigeant sous l’autel céleste ont pour légende: Animæ inteufectorum. Si les anciens aimèrent tant à cultiver les fleurs, les roses surtout ', au pied des tombeaux, n’était-ce pas par une allusion toute naturelle à ces bosquets fleuris des champs-élysées où le repos était promis aux justes au sein d’un éternel printemps. L’idée du renouvellement de la nature sous un nouveau soleil devait plus vivement frapper les chrétiens , qui ajoutaient à la croyance de l’immortalité de l’âme celle de la résurrection des corps. Aussi le symbole du printemps avec ses roses embellissait-il les sombres réduits des catacombes; aussi la rose est-elle restée dans les rites de l’Église comme l’image de la béatitude céleste; aussi le ciel s’ offrait-il à l’imagination dû Étau te sous la forme d’une im-
mense rose épanouie sous les regards de Dieu ; aussi l’entrée de$ âmes élues au ciel rappelait-elle aux écrivains ecclésiastiques les parole^ de l’épbi^^^^le Cantique des Cantiques : «Lève-toi, hâte tes pas, ô mon amie, ma colombe, ma toute bellipet viens; car déjà l’hiver a passé , les pluies ont cessé, et les fleurs ont paru dans notre séjour. »
Si les fleurs et les perroquets figurent le printemps et le Ciel , les autres intailles représenteraient-elles l’été et l’hiver, la vie et la mort? 11 faudrait, avan^.tout, tirer au clair
quel est le groupe que j’ai pris pour deux grues ou cigognes aux cous entrelacés. Une mortaise barbarement ouverte pour recevoir un lien de fer ne permet plus de reconnaître les
1 C. II. V. 10. Témoin cette élégante inscription grecque, citée par Muratori (T. I. Inscript, p. 1A0) :
« Que des fleurs nombreuses entourent ce tombeau : loin de lui les buissons épineux et les plantes malfaisantes. Qu’ici naissent les violettes, la marjolaine, le narcisse. Que tout soit roses autour de toi, ô Vibius. »
On léguait des fonds en mourant pour avoir tous les ans son tombeau parsemé de roses. Ainsi lit-on dans une inscription de Ravmne, rapportée par Piliscus (F. flores ) : Ut quotannisrosas ad monimentum ejus déférant, » et dans une autre de Pavie : « Ut supersles rosis s. jacientes quotun. exornet, »
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
tètes. Le même sujet, assez commun au moyen âge, se voit sous l’escabeau des pieds du souverain juge au portail de Bourges. La cigogne est le symbole de la piété fdiale sur les médailles impériales ( pietas augusti ), et est présentée comme un modèle de reconnaissance et de charité par S. Ambroise ‘ et Hugues de Saint-Victor1 2. Pline dit des cigognes3 que dans les voyages celles qui suivent appuient le cou sur celles qui précèdent. Solin répète qu’elles portent celles qui sont lasses4; serait-ce pour exprimer cette attention charitable qu’on les représentait les cous entrelacés?