ÉTOFFES HISTORIÉES (PI. XXXVI-XXXVII
ni sur le devant comme en Italie, ni sur les épaules comme en France. Sur l’orfroi, l’architecture et les personnages sont brodés en soie de couleur, et se détachent sur un fond ouvragé en or. Les teintes des vêtements sont plates, et les traits qui dessinent les plis sont de la même couleur que le fond, mais d’une nuance plus foncée. 11 en est de même des rinceaux et des feuilles alternativement vertes et rouges de l’orfroi du cou. Rien n’est plus conforme au premier système de la peinture sur verre ; rien ne saurait être mieux entendu pour produire par les moyens les plus simples un effet monumental.
Décidément le treizième siècle a été inspiré dans toutes les branches de l’art, et nous ne saurions mieux faire que de le prendre aujourd’hui pour nouveau point de départ de l’art religieux, qui se relève. Pour mieux faire comprendre le style des personnages et des ornements brodés, j’ai recours à la gravure sur bois, non sans éprouver le regret de n’avoir pas préféré
l’impression en couleur. On remarquera sur le beau tissu des pélicans avec leur piété et des paons faisant la roue entre les plus délicats rinceaux. Les légendes portent FELICE pourPELIC [ANO?] et PAONE : le travail est sans doute italien, et pourrait avoir été originairement des tiné à un religieux usage. Nous avons déjà eu l’occasion d’établir amplement dans les Vitraux de Bourges que le pélican était le symbole populaire de la rémission des péchés. D’un autre côté, que le paon ait signifié dans l’art chrétien la gloire future, c’est un fait acquis à ceux
qui ont vu passer cette figure du symbolisme des apothéoses impériales dans l’art des catacombes.
.l’ignore la basede la tradition qui fait remonter notre chasuble jusqu’à S. Dominique, mort à Bologne en 1221. A n’en juger que d’après le caractère de l’art, j’aurais cru l’étoffe et les broderies un peu moins anciennes. S’il avait été possible de n’emprunter à la tradition de Toulouse que l’attribution de la chasuble à un grand saint de l’ordre de S. Dominique, on aurait pu la regarder comme un don fait au tombeau célèbre de S. Thomas d’Aquin. Deux M brodés sur les épaules paraissent avoir appartenu à des écussons détruits. On pourrait y voir l’initiale du nom d’un donateur, et se rappeler au besoin que la reine Marie de Hongrie, veuve de Charles II et mère de Robert, roi de Sicile, se fit remarquer en 1318 par son zèle à poursuivre auprès du pape Jean XXII la canonisation du grand théologien, et que vers cette même époque Marie d’Arnaud, nièce du même Jean XXII, était miraculeusement guérie à Avignon par l’intercession de S. Thomas'.