‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littératureChapitre 145 sur 149 · ETOFFE CONSERVÉE A AUTUN · texte numérisé non relu

ETOFFE CONSERVÉE A AUTUN

(planche XXXVIII).

Nous devons la communication de ce tissu brodé à l’obligeance de MFr d’Héricourt, évêque d’Autun, qui le conservait comme un souvenir de l’antique magnificence de son église. Je crois qu’à l’aspect des formes générales tout œil exercé reconnaîtra l’art ogival au moment de sa maturité, et qu’en examinant en détail le jet hardi et bizarre des tiges, ainsi que la physionomie des fleurs, on conclura que ce bel art s’épanouissait sous un autre soleil que le nôtre, ou subissait en tout cas une forte influence orientale. Espérons que des recherches ultérieures nous permettront de mieux classer ce curieux travail.

Nous avons vu sur les étoffes précédentes des éléphants, des canards, des paons, des griffons, des lions, des oiseaux, des monstres, des pélicans, un Daniel dans la fosse aux lions, des apôtres, des reines, un empereur à cheval, et voici des sphinx et des aigles. L’art empruntait à tous les souvenirs pour mettre en œuvre une industrie jalouse de rendre tous les tableaux

1 Acta Sanctorum , t. I, Mart., p. 686 et p. 721. étoffes de broderies, et de peindre avec la trame des tissus.

- Les arts se tiennent par la main. De l’usage d’embellir de Les anciens nous ont laissé de nombreuses descriptions d’épeintures les murs des maisons devait naître l’idée de faire toffes historiées ( Ciumpini Vetera mon. T. 1. p. 9A. Èmepour les pavés des tableaux en mosaïques, de couvrir les rie David, /. c. p. 83). Le premier auteur cite au long un

ÉTOFFES HISTORIÉES (Pl. XXXVIII).

J’aurais maintenant à présenter l’étoffe de la planche XXXIX ; mais je cède la place à un appréciateur d’une tout autre autorité que la mienne *.

Arthur MARTIN.

curieux passage d’Aslerius, évêque d’Amasée, de la fin du quatrième siècle, où celui-ci s’élève contre le luxe de son temps, qui avait trouvé le secret d’imiter dans les tissus, en combinant l’union de la chaîne et de la traîne, toutes les formes d’animaux : « On est avide d’avoir pour soi, pour sa femme, pour ses enfants, des vêtements ornés de fleurs et de ligures sans nombre... De sorte que quand les riches viennent à se produire en public avec ces peintures, les petits enfants se rassemblent, les montrent au doigt en riant et leur laissent à peine un moment de répit. On voit là des lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts, des rochers, des chasseurs et tout ce que les peintres savent copier dans la nature. Ce n’était donc pas assez d’orner ainsi les murailles ; il fallait animer les tuniques mêmes ainsi que les manteaux qui les couvrent. Ceux et celles qui ont plus de religion parmi les riches suggèrent aux artistes des sujets tirés de l’histoire évangélique, et font représenter Jésus-Christ au milieu de ses disciples, ou bien ses divers miracles, les noces de Cana avec les amphores, le paralytique portant son lit sur les épaules, l’aveugle guéri par un peu de boue, l’hémorroïsse touchant la frange des vêtements du Sauveur, Lazare sortant du sépulcre; et ils se ligurent en cela faire une œuvre pie et se couvrir d’habits agréables à Dieu! »

Prudence adressait les mêmes reproches à son siècle (Hamartigenia, ed. Arcvalo, t. II, p. 23) :

Sed pudet esse viros

Vellere non ovium, sed eoo ex orbe petitis Ramorum spoliis Huilantes sumere amictus Gaudent, et durum scululis perfundere corpus.

Additur ars, ut fila herbis saturata recoctis

Inludant varias distincto staminé formas.

Ces reproches n’étaient pas dénués de fondement, à en juger par ce que dit Ammien Marcellin (L. XIV, § vi, ed. Bip. p. 18) : « Alii, summum decus in carrucis solito altioribus et ambitioso vestium cultu ponentes, sudant sub ponderibus lacernarum quascollis insertas cingulisipsisadnectunt, nimia subtegminum tenuitate pertlabiles exspectantescrebris agitationibus, maxinieque sinistra, ut longiores fimbriæ tunicæque perspicue luceant, varietate liciorum efligiatæ in speciesanimalium multiformes.»

Theodoret décrit la même industrie à un autre point de vue , pour faire admirer la divine Providence, qui a donné à l’esprit humain d’aussi admirables ressources : (Opp. Paris. 16Ù2, t. IV, p. 361) : « Par quels secrets parvient-on à exprimer avec des laines ou des soies de la même couleur toutes les formes possibles d’animaux et l’homme lui-même soit à la chasse des bêles, soit en prière devant Dieu, et les feuillages variés des plantes et une infinité de sujets divers ? » Des étoffes damassées il passe ensuite aux tissus à plusieurs teintes.

Pour se faire une idée de la variété des représentations figurées sur les tissus, il n’y a qu’à parcourir le bibliothécaire Anastase dans ses descriptions des offrandes faites aux basiliques romaines par les souverains pontifes (de Vitis Pontificum, passim). Ces inventaires font dire au docte Angelo délia Noce dans ses notes sur la Chronique du Mont Cassin ( Mura tori, Rer. it. Script, t. IV, p. 328) : « Nec leones tantummodo et elephanti, et aquilæ in velis, in pannis, in palliis, in planetis, in vestibus. sed etiam unicornes, caballi, aves, gryphi, anates, arbores , arbusta et alia liujus modi sexcenta apud eumdem Anastasium, eaque vel intexta, vel acu picta. »

1 Cet Appendice, dont M. Ch. Lenormant, de l’Institut, a bien voulu se charger, et qui touche à des questions de la plus haute archéologie, commencera le troisième volume de nos Mélanges. L’abondance des matières ne nous permettait pas de lui donner place ici.

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