Livre de bone comensaille 5 6 Qui avra bone définaille
Et bon dit et bone matire Velt Guili.iame 6 en romanz dire ; De bon latin ù 7 il le troeve Ceste overainne 8 fu fête noeve 9 El tens que Plielippe tint France :
El tens de la grant mésestance, Qu’Engletère fut entredite 10
Si qu’il n’i aveit messe dite.
Ne cors mis en terre sacrée.
De l’entredit ne li agrée Que à ceste feiz 11 plus en die 12 ; Pur ceo que dreiture mendie Et léalté est povre et basse.
Tote ceste cose trespasse Gnilliame qui forment 13 se doelt l4.
Qu’il n’oze dire ceo qu'il volt De la tricherie qui cort En l’une et en l'altre cort 15;
!\lès il à plus dire se prent "s.
Car en cest livre nus aprent Natures de bestes et mors I7,
Non de totes, mes des plosurs;
1 Finit.
2 X. saine ; Z. c’est vérités scœnre.
3 Y. ovraingnes ; Z. ovragcs.
4 Loué.
5 Y et Z. commençante.
6 Le clerc Guillaume, de Normandie, a eu soin de se faire connaître dans ce prologue; mais le ms. X. omet les quinze vers qui dataient le poème, et ne conserve que l’indication de la patrie de l’auteur. Cette suppression doit avoir été faite à dessein, peut-être par quelque plagiaire, puisque l’on a même pris soin de changer le vers où Guillaume se nommait. On en a fait :
Veut un clerc en romanz escrire.
7 Où. L’it représente fréquemment (et peut-être toujours) dans le ms. V le son qu’aujourd’hui nous écrivons ou.
s Z. ouvrage. Overainne se prononçait sans doute ovrainne, et peut-être n’est-ce qu’une faute du copiste.
9 X. nove et trove ; Y. nueve ; Z. treuve, etc.
10 Cet interdit, lancé sur l’Angleterre tandis que Philippe-Auguste
régnait en France, nous donne à peu près l’an 1210, date qui est
rappelée encore par notre trouvère dans l’article de la tourterelle. Ainsi les deux bestiaires français (prose et vers) se rédigeaient presque simultanément dans le français de deux provinces qui se touchent.
« Z. fois ; Y. foiz.
12 Guillaume, le trouvère normand, ne dit point du tout, n’en déplaise à Legrand d’Aussy ( Notices ... des mss., t. v, 275, sv. ) copié par M. Daunou ( Hist . lût. de la France, xvi, 220), 'que l’interdit ne ly agrée; mais qu’il ne lui agrée pas d’en parler cette fois, aussi bien en parlera-t-il ailleurs. Quant aux deux cours, pourrait-on affirmer qu’il ne s’agit pas de la cour de France au lieu de la cour romaine ? Mais contre Rome on n’y regarde pas de si près.
13 Beaucoup, fortement.
14 Z. deut, et veut ; Y. duct et voit.
15 C’est après ce vers que le ms. X reprend son texte, interrompu depuis la ligne où était nommé Philippe-Auguste.
16 Comme nous disons : « Se prit à rire, »
17 Z. mours (mœurs): peut-être V devait-il avoir murs, ou plusors (plusieurs).
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Où mult avra moralité ,
Et bon pas de devinité 18
Où l’en 19 porra essample prendre;
Rimés crt par consonancie 20.
Li clers fu nez de Normandie Qui auctor est de cest romanz,
Ore oez que dit li Nonnanz.
Quant Deu primes le monde fist, Et homes et bestes i mist;
A trestotes ces créatures Enposa diverses natures,
Et de totes, ceo est la some,
Dona la seignorie ù l'iiome.
A home dona tel franchise Qu’il soit 21 conoistre la devise 22 Que estoit entre ben et mal,
Entre tricliéur 23 et léal.
Entre parais 24 et enfern.
Mes por le péché Lucifern Qui fu angles et puis malfez 25 ,
Fu home honiz et gabbez 26 ;
Et chaciez en fu en désert Dunt nuis qui Danipnedeu ne sert N’istra jammès pur tôt le monde :
Ains chet en abisme porfonde 27 Dunt nul ne retornera jà.
De dire comme 28 Adam pécha Et cornent il fu eisillez 29 Et del seint parais chaciez,
Et cornent sa lignée crut.
Et qui nasqui et qui morut,
Et cornent de ses eirs 30 avint;
Et cornent li déluge 31 vint.
Comment l’arche fu compassée,
Et quel gent 32 out dedens salvée;
Comben Noé après vesqui,
Et cornent Abraham nasqui,
Et Isaac et Ismael;
Cum 33 d’Isaac vint Israël Et son jumel 34 frère Esati; Cornent Joseph fu puis vendu, Cornent 35 il servi Pharaon Quand il fut hors de la prison ; Cum Israël fu en servage En Egypte mult long estage 3G, Comment Moïse l’en getta Qui 37 tant sovent od 38 Deu parla, Qui fist l’arche et le tabernacle, Et pur qui Deu fist tant miracle 39 Et à qui il dona la lei ;
Cum li Jueu 40 de male fei,
Qui si 41 ’sunt mescréant encor 42, Aürèreni 43 le vécl d’or;
Cornent après Moïses 44 vint Josué qui lur gent meintint,
Et cornent Gédéon le fist Quant la gent Madian occist ; Corne le greu 45 vernirent après Qui jugèrent le pople en grès 40 Desque 47 Saiil le premier rei; Corne cil fu de grant desrei 48 Vers Davi 49 qui prodome fu; Corne Golie 50 fu vaincu;
Cum Salomon le temple fist,
Que près de quarante ans i mist ; Corne après lui 51 vint Roboan,
Et corne Danz 52 Jeroboan Fu 53 de dis lignées reis;
Cornent dunt changèrent les leis :
Cornent fu le temple Boal 54,
18 Bons traits de théologie; angl. divinitv.
EJ On.
20 V. consonance, en dépit du rhythme.
21 X. tout ; Y. sot.
22 La différence.
23 x. tricheor. angl. treacherous 2* Paradis; esp. paraiso.
25 Y. maufez ; malelidus?
26 Berné, attrapé; ital. gabbato.
22 X et Y. parfonde.
2* V et Y. comment.
29 X et Y. essiliez.
30 Y. oir, hoirs ; angl. heir.
31 Y’, deluives.
32 V. quels gens ; Y', que s genz.
33 V. Et cum.
34 V. novel.
35 V. cum ; Y. com.
36 angl. et franç. stage. Y. aaje. Ce vers devient, dans X. :
Longuement en terre sauvage.
37 V. que.
38 Avec.' Voir page 108, note 22. •’
39 X. Por qui Dex fist tant bel miracle.
4° Juifs. X. Jeve ; Y. Juis.
41 V et Y. omis.
42 V. en quer ; X. entor.
43 Y. Aorérent ; X. Et aourent. Véel se retrouve dans vêler.
44 V et Y. Moïses après; X. Et comment dunques après.
45 Serait-ce le graff des Allemands ( grau )? X. Lijuge; Y. le gen, ou geu.
46 A l’amiable ?
42 Dusque? X. et Y. Jusqu'à, lat. ad usque (usque ad).
48 Désarroi ?
49 X. David ; Y. Davit. On prononce encore Davi dans la Suisse romande. .
50 V. Galie ; X. Golias.
51 V. omis ; Y. Et comme après vint.
52 X. Don; comme qui dirait Dom (el senor).
53 X. Fu donc des dis lignées (tribus).
54 Y’. Boval ; X. Baal.
BESTIAIRE PI. XIX et XXVI).
Et 55 cornent comença le mal Que al tens de tant 56 reis dura ; Cornent li poples meserra 57,
Cum il fu 58 en cheitiveison En Babiloinne, en la prison ; Cornent Jérusalem fu faite,
A 59 cornent fu après refaite ; Corne li bon Machabé vindrent Qui la gardèrent et meintindrent; Corne èle fu après mainmise co,
Et 61 fu puis à Rome soumise;
Et cornent Deus 62 li duz, li piz G3. Out dunt pité de ses amis :
Cornent il vint de ciel en terre 64 Pur sa seintisme oeille 65 querre ; Cornent il nasqui de Marie, Cornent et par quel tricherie Furent occis les innocent Plus de quarante mil et cent; Cornent Jhu Crist préécha 66 Qui la novèle Ici dona,
Corne il fu puis en croiz pénez Et des espines coronez ;
Corne il fu el sépulcre mis.
Et com 67 pornrist à ses amis Qu’ai terz jor levereit de mort; Cornent la nef vint dunt à port 68 Que tant ot esté en torment,
Ce dire 09 vus trestut cornent Seinte Esglise 70 crut et flori :
55 V. omis; X. Cornent donc.
56 X. cent ; Y. trois rois.
57{X. misera ; Y. mésara.
58 Cornent furent; Y. Comme furent.
53 V. Corne èle fu fuis après.
60 Saccagée ; ital. manomessa.
61 V, X, Y. omis ; Corne èle fu, etc.
62 X. Dex li doux.
li3 Miséricordieux; lat. plus.
64 V et Y. Cornent il vint dunt en terre.
65 Je suppose qu’il devrait y avoir centismc (centième ouaille), par allusion à la parabole du bon Pasteur.
66 y. prêcha ; Y. prescha.
67 V. Corne.
88 Ceci peut être une sorte d’expression proverbiale, ou une allusion au vaisseau de l’Eglise (barque de Pierre).
83 Y. Or vous dirai. Tretous s’emploie encore dans les campagnes pour dire : tous sans exception.
'o x et Y. iglise ; esp. iglesia.
72 V et Y ont omis ce vers. Z l’omet également, mais le remplace par un autre qui comble la lacune des rimes :
Et li martir, etc. . .
Qui por Dieu pener se laissirent.
72 Nous atteignons donc enfin le bout de -cette prétermission qui
Cornent seintPol se converti; Cornent li apostre le firent 11 ,
Et li martir qui tant soffrirent,
Ce me serreit fort à retraire 72.
Mès vus orrez del Bestiaire Si com vus ai en covenant79,
Si comencerai maintenant 74.
Dreiz est que primes vus dionr De la nature al 75 Léon.
Léons est une beste fère 7G Et hardie de grant manière :
Treis natures ad "principals Le léons que si est vassals 78, Chescone 79 vus sera ben dite.
La primère est que il habite En grant montainnes 80 par nature, Quant ceo avent 81 par avanture Que chacez est de veneor,
De son espié ad grant pour 82 Si tant est que à lui atainne 83.
De mult loin sent en la montainne L'odur del veneor qui le 84 chace ; Dont covre od sa eue sa trace,
Qu’il ne sache eismer 83 ne atendre Les convers ù il volt remandre 8G.
De l’altre nature est merveille, Car quant il dort é 87 si oil veille : En dormant ad les oils overz,
Clers et luisanz et ben apers 88.
La tierce nature 89 ensement 90
passe, à vrai dire, la permission. Mais je n’ai pas voulu couper au vif dès le prologue. Que la responsabilité suit toute pour le trouvère.
73 Conformément à nos conventions (commele covenant d’heosse).
7i V. demaintenant. ital. immantenente.
75 X. de lion.
76 X, V et Y, fière et manière.
77 X, Y, etc. a.
78 Puissant, comme qui dirait : si grant baron; h la manière des ricos hombres d’Aragon.
79 X. chascune.
8<> Peut-être cette n doublée était-elle une manière d’écrire l’« mouillée. Les autres ms. portent montaignes.
81 X et Y. avient.
82 X. poor ; Y. paour ; Z. paor.
83 X et Y. ataigne et montaigne. Je le fais observer une seconde fois pour toutes.
84 Venor? X et Ÿ, qui chace.
85 Y. esmer (conjecturer, estimerj; X. trover , n’ataindre.
86 X et Y. remaindre.
87 X. Quer quant il dort li oil li veille.
88 X. Et clers et luisanz et aperz.
89 V. L’altre nature est.
' 90 Y. ausiment. De même que l’on dit encore quasiment, on aura dit ainsiment et aussiment.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Merveillose est 91 estraugement, Et merveillos ensample 92 donc.
Car 93 quant la femelle foonne 94 Li foons cliet sur terre mort;
De vie n’avra jâ confort Desque li pères al tierz jor Le suellle et lecehe 95 par amor.
En tel manère le respire 96,
Ne porrait aver altre mire 97 ;
En tèle guise vent il vie.
Ore entendez que signefie 9S, Signefiance i ad mult clère.
Quant Deu, notre soverain père.
Qui est esperital léon,
Vint pur nostre salvation Ici 99 en terre par sa grâce.
Si sagement covri sa trace Que une ne soit 100 le venéur 101 Que ceo fu 102 nostre salveor;
Et nature s’esmerveilla 103 Cornent il vint entre nus çà.
Del veneor devez entendre Celui qui fait homme mesprendre.
Et qui I’enchace pour occire;
C’est li malfez qui mal désire.
Quant cist léons fut en croiz mis Par les Gieus 104 ses ennemis 105 Qui le jugèrent od grant tort ,06.
L’umanilé i sofl'ri mort Quant l’esperit del cors rendi :
En la seinte croiz s’endormi.
Si que la déité veilla.
Altrement ne l’entendez jà
91 V. merveillose, et estrangement.