‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littératureChapitre 5 sur 149 · III. SCÈNES DES DA S-RELIEFS · texte numérisé non relu

III. SCÈNES DES DA S-RELIEFS

PI. I. Sur la façade latérale on remarquera cinq sujets. Au centre, sous le grand pignon, S. Taurin est représenté debout et couvert de ses ornements épiscopaux. On dirait qu’il sort du sanctuaire céleste pour se montrer à son peuple et le bénir. Les traits de sa vie environnent ici son image comme les mérites de ses œuvres le couronnent lui-même au ciel, et il semble répéter la parole de S. Paul : Soyez mes imitateurs, ainsi que je l’ai été de Jésus- Christ. On observera la forme en Y de la croix double de sa chasuble et la richesse des broderies de la dalmatique et de l’aube.

PI. I et PI. II, A. La légende commence sur le versant du toit à la gauche du spectateur. Une femme est couchée sur un lit largement drapé êt dort appuyée sur la main droite. C’est Euticie, l’épouse chrétienne de Tarquin l’idolâtre. Contrainte de cacher sa foi à son mari, elle demandait en secret deux grâces au Seigneur : la conversion de Tarquin et la naissance d’un fils qu’elle pût offrir un jour comme un autre Samuel au service du sanctuaire. Une nuit elle voit en songe un ange tenant une baguette à la main. L’ange s’approche et abaisse sur elle la baguette mystérieuse. A peine l’extrémité du bois a-t-elle touché son sein qu’elle germe, fleurit et se trouve transformée en un blanc lis dont le suave parfum remplit l’appartement. Euticie comprend qu’il a plu à Dieu d’exaucer ses désirs. 1 II

I Ce récit se trouve sur la châsse, dans une inscription en lettres émaillées qui se lit sur le listel de la base et se trouve omise sur notre gravure. Elle est ainsi conçue :

f : ABBAS : GILEBERTUS : FECIT : ME : FIERI : QUADAM :

nocte : dvm : in lecto : svo : sancta : enticia (sic) : FESSA :

QVIESCERET : VIDIT ’. SIBI : ASTARE : ANGELVM . UTERVM : SUM (sic) VI RG A : TANGEN'TEM : ET : PAVLVLVM : POST : PRE- CEDERE (sic) VIRGAM : AD. INSTAR LILII . CVIVS . FLORES. NIMIUM . DABANT . ODOREM . NATO INFANTE . BAPTISAVIT . EVM SANCTVS CLEMENS . PAPA . QUEM . SANCTVS . DYONISIVS . DE . SACRIS . FONTIBUS . SVSCEPIT . BEATVS . DYONISIVS . FILIOLVM . SVM (sic).

II semble que cette inscription brusquement interrompue se continuait primitivement quelque part ailleurs sur la chasse. Elle élait empruntée à la légende. On lit dans le manuscrit des Bollandistcs (die xi Aug., t. ii, p. 639) :« Temporibus Dorni-

tiani regis fuit vir quidam Romæ, nomine Tarquinus, paganu , genere romanus, cui erat uxor Euticia, verissima christiana, nobilique prosapiagræcorum orla. Tarquinus autem utsævissimus lupus persequebatur christianos, nesciens uxorem sttam esse Dei famulam. Ilia autem sine cessatione assiduabat Dominum orationibus, ut virum suum converteret ad christianitatis ritum ; insuper etiam ipsis talem filium daret, qui veluti Samuel sem per Domino deserviret. Et, ecce, quadam nocte, cum fessa quiesceret, vidit sibi astare angelicum vultu, uterum suum virga tangentem; et post paululum procedcre virgam instar lilii, cujus flores nimium dabant odorem. Expergefacta autem, cœpit intra se cogitare, quæ esset hæc Visio. Confisa autem in Domino, arcana sibi seeretim revelata suo hilaris abscondit in pectore : et jam creberrime loca sanctorum frequentare cœpit. Adveniente autem tempore infans nascitur, et Taurinus a parentibus vocatur. »

i 0 MÉLANGES D’ARCIIÉOLOGÏE.

Sur le même bas-relief se trouve une seconde scène. L’enfant a reçu le jour, et la mère, fidèle à sa promesse, vient offrir au pape S. Clément l’enfant miraculeux. Le souverain pontife est reconnaissable à sa tiare circulaire et au pallium qui descend au dessous de la chasuble. 1

PI. I. et PL II, B. Le futur apôtre d’Évreux est baptisé par le futur apôtre des Gaules, assisté de S. Clément. Derrière le pape on remarquera l’heureuse mère que la suivante semble indiquer aux spectateurs. A côté de l’officiant, le diacre tient la crosse ainsi que la fiole du saint chrême et le sous-diacre porte le livre des Evangiles. Ce livre est orné d’une croix du Saint-Sépulcre, c’est à dire à cinq branches ou à double traverse : serait-ce de la part du donateur ou de l’artiste un souvenir de la récente croisade ? 2

PL I et PL II, C. Ici se trouvent pressées trois scènes différentes. Première scène. Lejeune Taurin est confié par S. Clément à son père selon la foi, et S. Denys l’accueille en disant : « Mon fils, tu es appelé à soutenir de grands combats pour la cause de Jésus-Christ. » Désormais l’enfant va grandir sous une savante tutelle : le livre qu’il tient sous le bras indique les lumières qu’il puisera à l’école du grand aréopagite 3. Seconde scène. De nouvelles années se sont écoulées ; l’enfant est devenu jeune homme, etvoici qu’une nouvelle persécution annonce au successeur de Pierre l’heure du martyre ; avant de monter au ciel, S. Clément veut donner un apôtre aux Gaules, et Euticie désire que le jeune disciple suive son maître. On voit les deux voyageurs partant pour leur mission lointaine 4. Troisième scène. Nous sommes à Paris ; après de longs travaux et de nombreuses conquêtes évangéliques, le moment du sacrifice et du repos est venu pour S. Denys connue autrefois pour S. Clément. Avant de mourir S. Clément envoyait S. Denys dans les Gaules, et avant de livrer son dernier combat S. Denys envoie S. Taurin à Evreux : «Va, lui dit-il, agis ,en vaillant soldat; me voici parvenu à ma quatre-vingt-dixième année, et tu n’en as que quarante. » Nous assistons ici à l’ordination épiscopale de S. Taurin. Le second évêque consécrateur est un personnage non moins illustre que les autres ; c’est Gaugéric ou Géri, autre enfant d’Euticie, déjà évêque, et prêt à devenir l’apôtre de Cambrai. 5

1 « Mox ut sacri baptismatîs tempus advenit, ad baptizandum sancto Clementi apostolico tradidit, eique soinnium, quod aîiquando viderat, narravit. »

2 « Quod audiens B. Clemens, ipse eum de sacris fontibus sustulit. Vocans autem B. Dyonisium areopagitam, qui cum co tune Romæ versabatur, retulit ei somnium Euticiæ. » On voit que le Ms. qui dirigeait l’orfèvre offrait quelques variantes.

1 • Et ait illi/. Suscipe ilium quoadusque gralia spiritus sancii confirmant ilium. At ille gratanfer suscipiens eum, fertur tali voce erupisse Dyonisius : O fili, midta tibi pro Chrislo debentur ccrtamina. »

4 * Interea ut efferbuit aDomitiano gravissima ebristianorum

persecutio, advocavit ad se B. Clemens S. Dyonisium episcopum , cœpiique eum deprccari ut pro nomine Christi Gallia-

rum peteret partes, et populum ibidem commorantem Domino acquireret... Conjuncta est cum illo caterva sanctorum plurima... qui, accepta benedielione apostolica, exierunt ab urbe: secumque B. Dyonisius filiolum suum Taurinum, precibas matris victus, adduxit, et eum cum omni diiigenlia spirituali uutrivit. »

5 « ... Post inulta curricula annorum crudelissimus Sisinnius commovit persecutionem gravissimam christianorom. At ubi audivit famam B. Dyonisii, Parisium adiit, et eum ante præsentari feelt. Ut autem cognovit vir sanctus, cum hoste rabido se liabcre conflictum et suum affore de illo triumphum, clegit, inspirante divina clementia, salubre consilium, et Taarinum filiolum suum Ebroicæ civitati ordinavit episcopum. Jam enim ordinaverat germauum ejus Gaudcricum [Gaugericum] in

CHASSE DE S. TAURIN D’EYREUX

PL I. Revenons ici à la PL ï, et arrêtons les yeux sur la première arcade. Vous y apercevez les murs et les tours d’une ville : cette ville est Evreux, dont le nouvel envoyé est proche; Evreux, où l’esprit de ténèbres régnait seul, et voit tout à coup son empire menacé. Ces trois bêtes qui sortent furieuses de la porte entr’ouverte, l’ours, le lion et le buffle , sont trois formes tour à tour empruntées par le démon pour épouvanter l’homme de Dieu. Mais que peut craindre celui que le ciel protège : Misérable, dit-il au démon, tu t’avilis jusqu’à prendre la forme des bêtes après avoir été de la cour du Créateur! — Je ne t’épargnerai pas, répond le démon vaincu. 1

En effet l’épreuve ne se fait pas attendre.

S. Taurin, accueilli sous le toit d’un habitant nommé Lucius, semble y introduire le malheur.

Une jeune fdle de Lucius, appelée Euphrasie, se trouve subitement possédée du démon, tombe dans le feu et meurt; mais la famille est rassurée par son hôte. Si vous voulez croire en Jésus- Christ, lui dit-il, l’enfant revivra ; et après de longues prières, la prenant par la main, il n’eut qu’à dire : Au nom du Seigneur Jésus, Euphrasie, lève-toi; et la jeune fdle revint à la vie2. Cette scène', représentée sur une des petites arcades de la face latérale opposée à celle de notre planche, ïn’a paru mériter d’être reproduite à part.

Vis-à-vis de la scène d’ Euphrasie se voit un groupe de personnages nus et debout dans un fleuve où ils reçoivent religieusement la bénédic-

eivitate Cameraca. Cœpit autem... conforlare filiolum... : Vade, o füi, in pacc, et plebem a De o et a me tibi commissam diligenti cura custodi, et viriliter âge, sicut fortis miles. Ego autem nonagenarium, tu vero quadragenarium ducis annum... » On peut consulter sur S. Goar les Acta SS. Aug. T. n, p. GüA.

1 «Interea B. Taurinus... Ebroicas adiens, susccptus est a quodam bonorabili viro civitatis, nomme Lucio. Prias autem quam appropinquaret portæ civitatis, in tribus se opposuit figuris conlra ilium divus liostis; una in specie ursi, secunda leonis, tertia bubali. Quibus divina virtute superatis, ait ad Sathan : o miser, modo assimilaris iruilis animantibus, dereliclo consortio tui condiloris. Est tibi modo melius, aut aliquod gaudium? Respondit Sathan était : Quale mihi gaudium erit modd , dum tu hue adveneris potestatem meam evertere cum Deo tuo? Tantum mihi rcmanserat in hac provincia. Ilium enim qui te hue transmisit, cito faciam interire; et ego ineam tccum singu’are certamen. Kis dictis, nusquam comparuit. »

2 « Tertia autem die cum vir Dei in præfati viri domo prædicationem in populo facerct, multique ad fidem convolarent subito adversarius liliam ejusdein Lucii, nomin’e Eufrasiam vexare cœpit, atque in ignem mersit. Quæ statiin mortua est... Et dixit diabolus : Taurine,... in omnibus tibi adversabor. S. Taurinus respondit : Dominus mihi adjutor; non timebo quid faciat mihi homo. Sed dum terror nimius omnes invaderet... simulque nescirent quis cum illo loqueretur, S. Taurinus taliter est eos alloculus : O filii, nolite timere. Si credere volueritis in dominum meuin Jesnrn Christum... mox videbitis liliam vestram resurgere. Qui omnes pari voce consenserunt... Tune S. Taurinus cum suis in orationibus positus diutissime oravit. Post tinitam orationem... infusus lacrymis, tenens manum ejus, dixit : Eufrasia, in nomine Domini mei Jesu Christi surge, quæstatim surrexit; et nullum signum adustionis in ea apparuit. »

La bulle suspendue au cou d’Euphrasie est un souvenir

MÉLANGES D’ARCHEOLOGIE.

tion du saint. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire pour expliquer ceci de recourir, comme on l’a fait, à quelque miracle inconnu. Il s’agit sans doute du baptême par immersion de la foule convertie à l’Evangile. 1

Pi. I, troisième arcade. Les miracles et les conversions s’étant multipliés, il fut temps de renverser les idoles. Les prêtres de Diane courent à leur temple : sainte Diane, s’écrient-ils, déesse invaincue, reine du ciel, venge-nous, venge-toi. La déesse répond qu’elle est enchaînée depuis l’arrivée de l’Homme ! S. Taurin fait alors rougir la foule d’avoir si longtemps adoré une sœur épouse de son frère, et pour mieux désabuser les esprits il commande au démon de sortir de l’idole. Et voilà qu’il apparut un Éthiopien noir comme de la suie, ayant une longue barbe et jetant des étincelles par la bouche. « J’avais espéré te vaincre, dit-il au saint; mais tu es plus fort que moi. » Le peuple poussait des cris d’effroi. « Ne craignez rien, reprend l’apôtre, si vous voulez croire. » Un ange chasse aussitôt le monstre enchaîné. Si l’artiste a représenté deux diablotins, c’est qu’il aura voulu donner à la sœur la compagnie du frère. 2

PL II, D. Rien ne pouvait plus suspendre à Évreux les progrès de l’Évangile. Le seul obstacle à renverser désormais était l’hostilité des magistrats romains. Yoici qu’en effet le préfet Licinius cite Taurin à son tribunal de Gisai, et qu’à défaut de meilleures raisons il le fait battre de verges; mais les mains des bourreaux se dessèchent 3. Et parceque sa propre

d’an ancien usage. J’ai déjà eu l’occasion dans ce recueil de rappeler les agnus Dei formés de la cire du cierge pascal et remis aux nouveaux baptisés le jour où ils déposaient les vêlements blancs pour être portés sur la poitrine ou autrement en souvenir du sacrifice du Sauveur et comme des symboles de leur docilité à l'Évangile. C’était le moyen de faire oublier, par une pratique pieuse, les bulles et les amulettes superstitieuses des païens. Les femmes elles-mêmes, dès qu’elles devenaient chrétiennes, aimaient dès les premiers siècles à remplacer les bijoux profanes par quelque religieux emblème. Ainsi lisons-nous dans les actes de sainte Cécile, conservés par la liturgie, que la Vierge glorieuse portait l’évangile du Christ sur son cœur. Sainte Geneviève de Paris recevait un pareil souvenir des mains de S. Germain l’Auxerrois, et S. Jean Chrysostoine parle, à l’occasion des phylactères juifs, de l’usage suivi de son temps par un grand nombre de femmes qui portaient, dit-il, des évangiles suspendus au cou ( Ilom . in Matt. ed. monlf. t. vit, p.705). Les croix d’or portées aujourd'hui encore par les femmes dans presque toutes nos campagnes n’ont pas d’autre origine. Le bijou d’Euphrasie est une croix insérée dans un qualre-feuiüe.

1 # Baptizati sunt autetn ilia die centum viginti homines....

2 « ... Dixit adpopulum : eamus ad deam vestram. Intrantes autem fanum Dianæ, dixit Taurinus : ecce dea vestra; rogate illam ut adjuvct vos. Sacerdotes autem proslrati cœperunt cia mare, dicenles : Sancta Diana, invictissima dea et rcgina cœli, vindica nos et te malefico isto. Dæmon vet o, qui iotùs latebat, dixit : Cessate, miseri... ex quo enim vir isle servus Dei altissimi ingressus est hanc civitatem, ego catenis igneis

religatus teneor.... Et ait vir sanctus : vultis Dianæ deæ vestræ servire, quam frater ejus Jovis accepit in conjugium... aut Dco qui fecit cœlum et terram... Et una voce dixerunt : unus est Deus vivus... Tune... dixit ad illos : vultis videre deam vestram? Et ait ad dæmonem : in nomine Jesu Christi exi de simulacro ut videant te qualis sis. Et ecce apparuit Æthiops niger sicut fuligo, barbam habens prolixam et scintillas igneas ex ore emittens, stetitquc ante illos et ait... fortiorme es... nunc autem... precor ne ante tempus jubeas me in abyssum mitti. Videntes populi... timentes prostraveruntse... obsecrantes ut ab hac bestia mortifera eos liberaret... Et ecce angélus Domini advenif, splendens ut sol, omnibusque cernentibus, a templo, ligatis manibus a dorso, eurn abduxit... Et baptizati sunt ilia die duo millia virorum... inter quos ego Deodatus crediüi, frater Euphrasiæ, et baptizatus, ab ipso susceptus sum a fonte. Postea vero ad honorent presbyterii ab ipso sum promotus. »

3 Audiens interea Licinius B. viri famam, Gysaico villa eum sibi præsentari fecit... inox ut vidit eum Licinius consul, ait : Unde es, inveterata canities? etc. Jussiî eum nudum virgis cædi... Statim autem arucrunt manus carnificum... »

Le souvenir de ce miracle n’est pas encore oublié dans la contrée. « On voit, dit M. Leprévost ( l. c. p. 60) dans le cimetière de Gisay, village situé sur le chemin de Bernay à Laigle, un coudrier qui, selon la tradition populaire, provient de celui dont on prit les branches pour fouetter S. Taurin. Cet arbrisseau, qui forme plusieurs cépées, est entouré d’une muraille. On y vient en pèlerinage de tous les pays environnants pour se guérir de la fièvre, et on emporte des morceaux de

CHASSE DE S. TAURIN D'EVREUX

femme Léonille prend la défense de l’innocent, Licinius la fait traîner au supplice; mais l’état des choses a tout à coup changé. Un messager accourt pour annoncer au préfet une accablante nouvelle : le jeune Marinus, son fils bien aimé, vient de périr à la chasse ainsi que l’écuyer Paschase. Licinius pardonne à sa femme, et celle-ci lui persuade d’invoquer sa victime. Que ne peut l’amour paternel ! Le persécuteur tombe en effet aux pieds du battu de verges, et promet de se convertir si son fds est rendu à la vie. Le bas-relief nous fait assister au miracle. Nous voyons Licinius et sa femme prosternés à la vue de leur Marinus embrassant son bienfaiteur. Dans cette attitude d’un fils qui supplie tendrement un père, Marinus demande deux grâces, pour lui le baptême et la vie pour son écuyer Paschase, que nous apercevons étendu derrière lui1. L’une et l’autre faveur seront accordées ; mais Paschase ne reverra le jour que pour annoncer à son jeune maître une séparation prochaine ; le ciel doit s’ouvrir pour Marinus aussitôt qu'il achèvera de porter les vêtements blancs du baptême.

S. Taurin touche à son tour au terme de sa carrière, et la seconde scène du même bas-relief nous fait assister à ses derniers moments. Après avoir prédit l’invasion des barbares venant de l’Orient, la destruction de la ville et l’avenir consolant de son Eglise, il engage ses disciples à se retirer auprès du pape S. Sixte pour attendre des jours meilleurs, et meurt sur son trône épiscopal entouré des anges qui viennent accueillir son âme. Son corps est déposé dans un cercueil emprunté. Tout à coup, au moment où on le portait à l’endroit indiqué par un ange, le mort se soulève et calme les appréhensions de ses enfants en leur annonçant que sa tombe serait à l’abri des profanations, et qu’après être restée longtemps inconnue elle deviendrait

bois et d’écorce dont on boit l’infusion en invoquant la protection du saint. Cette tradition se trouve consignée dans l’ancien bréviaire d’Ëvreux, éd. de 1587. » Et ad hoc usque tempus in villa Gisiaca duravit corylus,... quæ nuces inanes ac sine nucleo producit, etc. Il existe dans le pays une autre tradition encore plus extraordinaire. Une famille du voisinage, dont le nom est Bertrand, présente ce phénomène héréditaire que tous ses membres sont dépourvus d’ongles aux pieds et aux mains. On prétend qu’elle descend des bourreaux de S. Taurin et que c’est en punition de leur crime que leur postérité, après tant de siècles, continue d’être affligée de cette humiliante privation. Ces Bertrand n’habitent point Gisay, mais les communes voisines, celles de Sainte-Marguerite et des Jonquerets. Il y a encore à Gisay une famille Gravel qui est en butte à la même imputation.

Nous ne terminerons pas cette note sans signaler le singulier rapport qui existe entre le nom du lieu où l’on a placé la scène du supplice de S. Taurin et celui d’une divinité locale des Aulerci Eburovices, le dieu Cisai, Deus Gisacus, qui nous a été révélé dans l’inscription suivante trouvée en 1828 au Vieil-Evreux et conservée dans la collection de la société d’agriculture de l’Eure.

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