‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littératureChapitre 4 sur 149 · ABBAS : GILBERTUS : FECIT : ME : FIERI · texte numérisé non relu

ABBAS : GILBERTUS : FECIT : ME : FIERI

Cet abbé Gilbert fut élu en 12â0, et mourut en 1255. Or, d’après la GalliaChristiana *, ce fut l’année même de sa mort et sur ses instances que l’évêque d’Evreux, Jean d’Aubergenville, renferma dans des châsses d’argent les corps de S. Taurin et de S. Landulfe. A cette époque l’architecte Pierre de Montereau venait de terminer la Sainte-Chapelle, et ne devait mourir que onze ans après en 12G6. De sorte que nous aurions pu voir ici un de ses ouvrages si nous avions ignoré combien les grands artistes étaient alors communs. Sur tous les points du sol catholique on voyait des chefs-d’œuvre éclore en même temps, comme on voit au printemps toutes les régions d’un hémisphère fleurir ensemble. Si notre châsse ne fut pas dessinée par l’auteur de la Sainte-Chapelle, elle était digne de sortir de ses mains, et quand S. Louis vint à Évreuxen 1259, pour assister avec ses deux fils, dans l’Église de Saint-Taurin, au sacre de Guillaume de Grosparmi 2, il eût pu s’imaginer voir, en se prosternant devant la châsse, une réduction en or, en émail et en pierreries de son sanctuaire bien aimé. Le monument que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs est évidemment le même que celui auquel l’attouchement du saint roi a attaché, dit M. Leprévost, une consécration nouvelle et touchante. Après avoir échappé pendant le seizième siècle aux ravages des calvinistes, il a dû à la présence d’esprit d’un membre de la commune d’être relégué et oublié pendant la terreur sous de vieux

1 T. xi, col. 586.

2 Chron. vêtus ap. Lebrasseur, Hist. du comté d’Évreux, p. 193.

CHASSE DE S. TAURIN D’EVREUX

meubles au fond d’un grenier. Une restauration assez bien comprise promet aujourd’hui une longue conservation. Fasse le ciel que quelque tourmente nouvelle n’en prive pas les âges à venir !

Après avoir examiné notre châsse sous le rapport de l’art et rappelé les faits légendaires et historiques, il nous reste à expliquer les diverses scènes représentées en repoussé sur les parois des murs et les versants du toit.

Page 1