LA NATURE DEL LOUSEGNOL
Uns oiselès qui est petis, si est apelés lousegnols. Phisioioges nos dist que il se tient volentiers en beax forés et en beaus gardins, et cante tote nuit; et contre2 le jor se renvoisit 3 et chante plus haut. Et quant il voit le soleil levé, si s’efforce de chanter, et demaine si grant joie de li meisme et de son chant qui tant li plaist, que por I poi que il ne 4 se déront8 tôt en chantant.
Cis oisèles est example de la sainte âme qui en la nuit de ceste vie atent nostre Segnor le vrai soleil de justice. Et quant èle sent qu’il est venus en son cuer par grasse [grâce), si a
grant joie ; si qu’èle ne le puet de[l] tôt dire, que bouce ne le puet dire ne del tôt taire7.
1 Le texte semble avoir eu d’abord rousegnol, mais l’r a été changée postérieurement. Nous avons du reste l’une et l'autre lettre dans les formes latine, espagnole, et française moderne . Luscinia (lusciniola), ruisenor, rossignol. Les Italiens, au contraire, n’ont ni l’une ni l’autre dans leur usignolo, qui a supplanté rusignuolo.
Les manuscrits R et S ne font nulle mention de cet oiseau.
1 A l’approche (à la rencontre?) du jour.
5 Renforce son chant, se remet en voix.
4 Peu s’en faut qu'il.... ; comme l'italien poco meno. Mais
ne del tôt6 taire. Ceste joie a à non jubilation,
une certaine manie de précision sévère et de clarté un peu froide nous a fait sacrifier de ces idiotismes qui avaient du jet et de la sève gauloise. Ce n’est pas que celui-ci m’inspire de très vifs regrets, mais d’autres méritaient un meilleur sort.
5 Crève, lat. disrumpere.
8 Tout à fait, entièrement ; ital. del tutto. Du tout est réservé aujourd’hui aux expressions négatives.
7 Les quatre derniers mots peuvent bien être venus se placer ici par une distraction du copiste, qui aura répété la fin de l'avant-dernière phrase.
OBSERVATIONS
Notre auteur est si modéré ici dans ses assertions, qu’il y aurait sévérité à vouloir les restreindre pour les réduire à une exactitude parfaite. Il n’est personne d’ailleurs qui ne puisse en appeler à ses propres observations sur ce chanteur de nos bois.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
18 (Fig. T).