U QUESTION DES PUITS FL'^ËBAIRKS
inteFTa)Ie de siècles qui sépare le groupe bolonais des groupes analogues déjà signalés en France. «
Quant à l'époque où nos Gaulois furent assez italianisés pour adopter cette coutume, je pense qu'on peut la rapporter au déclin dn I" siècle de notre ère. Nous avons en effet pour les deux sortes de sépultures celtiques, sépultures apparentes et sépultures enfouies, des exemples qui se rapportent évidemment au règne des premiers Césars : ainsi les tumulus d'Alsace, au fond desquels M. de Ring a trouvé des vases de terre rouge à reliefs ou de la vaisselle de bronze; ainsi la fosse parementée de briques, et dont le contenu cependant n'était que d'objets gaulois, découverte au mont de Hermès (Oise). Ces laits ne témoignent- ils pas que l'élément romain ne s'introduisit que^graduellement dans la sépulture gauloise? Notre nation a toujours été ce qu'on la voit aujourd'hui, prompte à accueillir les idées nouvelles, lente à se défaire de ses babiludes. La transformation n'aurait peutêtre jamais été ce qu'elle fut sans la proscription du culte druidique. On sait que c'est l'empereur Claude qui prit ce parti violent. J'en regarde comme une des conséquences l'adoption des puits funéraires. C'est là de la conjecture, j'en conviens; mais la conjecture est nécessaire pour guider l'observation. Les puits seront vidés avec plus d'attention, lorsqu'on saura que de leur contenu peut sortir la confirmation ou la contradiction de la date que je propose comme celle où ils furent adoptés en Gaule.
Quant au mot latin qui servait à désigner ces singulières sépultures, je ne crois pas que celui de conditorium, proposé par Rïcb pour la sépulture du mont Aventin, soit le vrai. Aucun des auteurs allégués par cet antiquaire n'a entendu exprimer par conditorium autre chose qu'un tombeau, dans le sens le plus large, et les autres exemples connus du même mot n'ont point une acception différente.
Plusieurs de nos arohëologues, qui ont disserté sur les puits funéraires depuis que la question s'est produite, ont cru pouvoir leur appliquer la dénomination de putt'culi. C'est le nom de certains cimetières des pauvres, et notamment de celui qui occupait à Rome le versant du mont Esquilin. Varron et Festus ont effectivement conjecturé que puli'culi pouvait venir de putew, mais en laissant le choix entre cette étymologie et une autre qui rattachait putictili à putere*.
I. •• Eitra oppidaa puleia puficû'i, quod ibtin puteis obraelMoturbomines; Disl potius, ut ^iua scrlbit, puliculoi, quod putescebaot Ibi cadavera projecta. ■ (Varro, De lingua lalina, IV, 5.) — <• Pulieulot dleuDt eue sppellaloa, quod vetuatiieimani geaat sepulturm in putela tuerit... Sed Iode pollua appeltatoa ease esiBiimat £liua SUlo quod... Ib! cadavcra ea puteacereut. u (Festua, v Putt'culi.)
DigitizsdbyGOO'^IC
LA QUKSTIO» DES PUITS FUNËRAIRLS ' 301
C'est cette dernière qui est la bonne. Vairon et Festiis, mauvais linguistes, comme on l'était dans l'antiquité, n'avaient pas remarqué que tous les noms latins en eus, ea, ettm font invariablement leur diminutif eolus, eola, eolum : alveus, alveolus; balleus, balleolus; malleus, malîeolus; braclea, bracteala; balneam, balneolwn^ de sorte que le diminutif de puleus était puleotus. Bien que nous ne trouvions ce mot dans aucun auteur, il a existé cependant; il nous a été conservé par la nomenclature géographique, et dans le nom de Pouzzoles, en latin Puteoli, et dans celui de tous les Puùeaux et Puiseux que nous avons en France. ' >
Il y a d'ailleurs une raison péremptoire pour ne pas assimiler les puits funéraires aux puliculi. Horace, parlant de ceux du mont Ssquilin, qui furent supprimés de son temps, les représente comme un charnier où les morts étaient enterrés si peu profondément que les os sortaient de terre :
Nuoc Ueel EsquilUs babllare salnbriba», alque Aggere in ^trico spatlari, qnod modo triâtes Albis ÎDfbrmem spectabant oasibue agrum'.
Al)gtgQQng,,jQyg donc d'employer des expressions qui diraient si
,j ^ ce que nous prétendrions leur faire dire, et contentons-nous
'•appeler puits funéraires les sépultures qui ont la forme de puits.
^'^rrive maintenant, Messieurs, aux faits nouveaux qu'ont mis au
' ^tr 'es fouilles exécutées sous vos auspices.
^«cun des puits vidés jusqu'à présent n'avait permis de conclure
qtx'ujxe même fosse eût servi à des inhumations successives. Une
seule fois, à Troussepoil, on avait pu constater la présence de deux
P^'"®****ne8 dans un même puits. J'en ai touché quelque chose précé-
ii®Da.»in^j,j Un squelette de femme non brûlé gisait à côté d'une urne
^^''Plîe de cendres humaines, et ces cendres étaient celles d'un
9 «ifrx^^ à en juger par les armes et autres attributs enfouis dans
, "^^^^^ches supérieures. Nul doute que les deux personnes n'eussent
*^^<**»fiées simultanément à la terre, et, selon toute apparence, le
°^^^t-te de femme était celui de l'épouse ou d'une esclave qui s'était
ofe-t^.
«n sacrifice aux mânes du guerrier.
«iemière fouille de l'abbé Baudry a fourni l'exemple d'une
■'***l>osition évidente. On avait déjà rencontré une petite caisse con-
, 1 . **^ les cendres d'un individu que les objets dép<^ avec lui sem-
*^%. désigner comme un homme riche de la campagne. Une aire
302 LA QUiSTlON DES PUITS FUNÉRAIRES
de béton formait le fond apparent de la sépulture. Défuncée, elle fit voir qu'il y avait encore une couche par-dessous, et celle-ci contetenait les restes d'une femme et d'un eoi^t. Les chaussures de tous les deus, ainsi qu'un rouet et une quenouille, étaient placés à cité de leurs urnes.
Il est permis de supposer l'inhumation simultanée de la femme et de l'enfant; mais est-il ïraisemhlable que l'homme ait été aussi apporté là le même jour? Outre ce qu'il y aurait d'étrange dans cette coïncidence, l'aire de béton, qui ne s'était encore rencontrée dans aucun autre puits, me semble ouvrir la porte à une explication plus naturelle. La solidité m ème de ce moyen de recouvrement n'indique-t-elle pas qu'on a voulu mettre à l'abri des profanations la sépulture inférieure, en attendant qu'une autre sépulture vint prendre place par-dessus?
Le résultat des fouilles du Vieus-Gien offre encore plus d'iatérèi.
Quatre puits ont été vidés, deux avec l'aident de l'allocation, deux aux frais de l'explorateur. M. Bréau explique que la nature du terrain, ainsi que la profondeur des fosses, a rendu l'opération difQcile et coûteuse. Alin d'éviter les éboulements, il a été nécessaire d'étrésillonner et de cintrer à mesure quVn déblayait.
Les recherches ont eu lieu sur l'emplacement d'un vaste établissement thermal dont les mines avaient été mises à découvert en 1864. Comment des puits funéraires pouvatent-ils exister là? M. Bréan ne s'en est pas rendu compte; mais, d'après les coupes et plans de diverses constructions souterraines qu'il a rencontrées en défonçant le sol, d'après l'inventaire des objets retirés des décombres, rien ne me parait plus simple que l'explication à donner.
Les constructions souterraines dont je viens de parler consistaient d'abord en un tumulus enfoui, du genre de ceux qui constituent l'un des modes d'inhumation des anciens Gaulois, puis en trois petites chambres, dans un état plus ou moins complet de destruction, dont l'aire se trouvait à 2" ,40 plus bas que celle des thermes.
Le tumulus avait été écorné par la fondation de l'un des murs de l'établissement thermal, et, d'autre part, traversé par l'un des puits. Chacune des chambres souterraines avait également son puits.
Dans l'une des chambres avaient été placés un fourneau, des conduits de chaleur, des tuyaux de plomb, toutes choses qui concert naient évidemment le service des bains. Mais il y avait à côté de cela une masse de débris n'y ayant aucun rapport, et principalement les morceaux d'une belle urne funéraire, aujourd'hui restituée au complet. Elle porte en lettres perlées d'émail blanc l'inscription votive VERTIA TIBERINO» ce qui ne laisse aucun doute sur sou usage.
DigitizsdbyGOO'^le
LA QtŒSTION DES PUITS FUNÊItAIHES 303
D'une autre chambre, il restait un mètre en hauteur de construction et cinq marches d'un escalier pour y descendre. Dans les paroi» étaient pratiquées de ces petites niches appelées columàaritan, qu'on sait avoir servi à loger des urnes funéraires. Ne pas reconnaître là un tomhea)! de famille eût été d'autant plus diflicile que les débris des urnes qui avaient garni les niches jonchaient le sol avec une lampe funéraire, des armes et vingt autres objets ayanf visiblement accompagné des sépultures.
En présence de ces faits, je me crus autorisé à conclure que les thermes du Vieux-Glen avaient été élevés par-dessus un cimetière détruit, et qu'il fallait que ce cimetière eût servi pendant une longue suite d'années, puisqu'il contenait des sépultures dans le pur rite gaulois, puis des sépultures romaines de la plus somptueuse espèce, et enfin des sépultures gallo-romaines. La destruction avait été violente. Elle avait balayé le sol, porté sa fureur jusqu'à la racine des monuments, converti un lieu respecté en un champ de ruines. L'architecte des thermes, venu plusieurs années après, ne s'inquiéta pas de faire place nette sous l'édiûce qu'il avait à construire. Là oij, en jetant ses fondations, il tomba sur d'anciennes bâtisses, il les détruisit ^and elles le génèrent, ou il s'en servit qnand il les trouva à sa convenance; mais les parties non rencontrées restèrent intactes. -^yant fait part de ces déductions à M. firéan, je le priai de me "* s'il tes jugeait d'accord avec ses observations. Sa réponse a été 9^6 le mode de construction est le même à toutes les profondeurs dans ^^i <iu Vieux-Gien, que tout doit avoir été bâti en même temps, et Ju'i' persiste à regarder les chambres souterraines comme des dépendances des thermes. Mais j'ai lieu d'accueillir avec défiance cette 'Pi^'^cîation. M. Bréan croit fermement que Genabum était au Vieui- '***» «t que les thermes qu'il a découverts sont ceux de cette ville, '™***<a immédiatement après sa destruction par César pour devenir p 1*1 ace de guerre destinée 4 tenir fcn respect les Bituriges et les '"^^^'^^es. Dès lors, II devient impossible pour lui de concevoir qu'il ^^*"**ît eu des constructions romaines antérieures à celle des thermes. '-***3 n'avez pas oublié. Messieurs, les instructions que je rédigeai **tre nom pour la direction des fouilles du Vieux-Gien. Il y était ~ ■^*"^sséraent recommandé d'écarter la question de l'emplacement de . -fT^^'^^^^t V^^ n'avait que faire en cette circonstance. Je dois rendre ; "^ - ^réanla justice qu'il n'en a pas dit un mot dans son rapport, et ***^ plais à croire qu'il s'est efforcé de rendre son esprit et ses yeux j^^'^* indépendants que possible. Mais vous savei ce que c'est qu'une ^i-ction. acquise. On en est dominé tant qu'une conviction contraire
DigitizsdbyGOO'^le
304 LA UUESTIOK DES PUITS FUKÉRAIRES
n'a pas pris la place de celle-là ; sans )e vouloir, on ramène tout à l'objet de sa préoccupation.
Quoi qu'il en soit, je pense n'avoir à faire aucune dépense d'argu- ' ments pour que vous restiez convaincus, Messieurs, que des thermes dont on trouve les ruines sur les bords de la Loire ne peuvent pas remonter au temps de la République romaine. Et, quant k l'âge de ces thermes, sans vouloir être plus précis qu'il ne convient, je persiste à soutenir leur postériorité par rapport aux constructions qu'ils surmontent, eu égard surtout au caveau garni de niches ; car ce caveau est sous une salle de l'axe de laquelle il dévie ; car il était éclairé par un soupirail dont il faudrait supposer que l'issue déboucha dans le pavement de la même salle ; car il communiquait avec un autre caveau où pénètre la fondation de l'édifice supérieur. Et, indépendamment de toutes ces laisons, il y a encore la destination funéraire du même caveau que l'on ne peut pas contester, et la certitude qu'une salle de thermes n'a pas été choisie pour établir dessous un tombeau de fkmille.
Reste à examiner la relation dans laquelle les puits funéraires se trouvent avec les autres sépultures du Vieux-Gien.
Je dois dire d'abord qu'un grand désordt^ a été constaté par M, Bréan à l'orifice de loua les puils. Jusqu'à une profondeur de 5 ou 6 mètres, il n'y a trouvé que des amas d'immondices mêlés à des pierres et à des briques calcinées : d'où il a conclu qu'on avait déjà fouillé et recomblé sans précaution. 11 n'a tenu les couches pour intactes qu'à partir du point où elles apparaissaient dans une parfaite horitontalité. La composition de ces couches ne s'est pas montrée différente de ce qu'on avait remarqué ailleurs. C'étaient des tuiles romaines^ des moellons, des débris de poterie, des os d'animaux mêlés avec de la terre jaune, qui alternaient avec des lits de terre noire et de cendre. Çà et là, dans les diverses couches, gisaient des objets déposés en mémoire de celui ou de ceux dont les restes étaient renfermés dans des urnes au fond de la fosse. Il y a à signaler, parmi ces objets, des phallus de terre cuite, une statuette de la déesse nourrice, une %urine de bélier, un bijou en forme de cassolette contenant des cendres humaines, un gril de fer de grande dimension, dont^ la présence m'a d'autant plus frappé que tout récemment M. de Riug découvrait un gril de bronze dans l'un des tumulus de la forêt de Brumatb (Bas- Rhin).
Des monnaies ont élé recueillies en plus grande quantité que n'eu ont fourni les sépultures semblables visitées jusqu'à présent. Je n'en compte pas moins de vingt dans l'inventaire de M. Bréan. 11 y en a
DigitizsdbyGOO'^le
LA QUISSnON Des puits FCNtlRAlRES 305
une d'Antonia, femme de Drusus. Les autres appartiennent au règne de divers empereurs depuis Néron, et surtout au règne d'empereurs du II* et du m* siècle. Le iv" siècle est représenté par une de Constantin I", une de Valens et une de Constantin IL Ces dernières, trouvées dans les couches supérieures, ne me paraissent pas devoir être employées comme élément chronologique, et j'observe ta même réserve à l'égard de la plupart des autres, quoiqu'elles soient de date plus ancienne II sufCt qu'on ait constaté des violations pour ôler toute valeur à la présente d'objets qui glissent aussi facilement que des pièces de monnaie. On peut se passer de cet indice. L'ilge des puits du Vieux-Gien, jugé d'après les autres antiquités qui en sont sorties, se rapporte au plus beau temps de la domination rom.aine dans la Gaule.
D'après cela, je ne crois pas qu'il soit possible de supposer que les puits du Vieux-Gien aient été creusés après la destruction des monuments funéraires dont les ruines existent sous les thermes, A mes yeux, les deux modes de sépulture ont été combinés ensemble, et, par leur association, ils indiquent l'alliance de familles gauloises du II" et du iji' siècle avec des familles romaines, La circonstance d'un puits funéraire qui traversait un tumulus enfoui ne change rien à ma conclusion, La sépulture d'un Gaulois des vieux temps, oubliée dans le sein de la terre, a livré passage à la fosse qui fut creusée dans le même champ de repos pour un Gaulois d'un autre âge.
Je termine en consignant quelques particularités qu'il me semble ban de relever dans le rapport de M. Bréan.
L'un des puits, creusé jusqu'à H"',35, était de forme carrée dans toute sa profondeur. A 10 mètres on y a trouvé un Ht de chaux de 6 à 9 centimètres d'épaisseur. L'une des couches supérieures à ce lit contenait un crdne humain, et tout au fond de la fosse il y avait un vase avec des ossements brûlés.
Un autre puits, de forme ronde, et encore plus profond que le précédent (il descendait jusqu'à 13"" ,40), avait été blindé à sa partie inférieure pour contenir les parois.
Deux fois la poterie cassée composant l'une des couches s'est montrée imprégnée d'une matière verddtre, comme si une libation avait été accomplie en versant un liquide épais ; et ce liquide doit avoir eu quelque chose de mucilagineux, car 11 avait fait adhérer une coquille d'oeuf après l'un des tessons. Etait-ce une substance alimentaire ou une substance aromatique? C'est ce qu'on ne saurait dire, l'analyse chimique ayant été jugée impossible.
Tels sont. Messieurs, les résultats que je vous avais anoncés ; tel
DigitizsdbyGOO'^le