‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 105 sur 240 · DE L'INFANTERIE ROMAINE · texte numérisé non relu

DE L'INFANTERIE ROMAINE

{Mémoires de la SoeiéU det Antiqvaires de France, ', - Bibliogr-, n=210.)

-'^e dernière j'eus l'occasion de dire ce que n'était pas le ^e l'infanterie romaine'. Je crois être en mesure aujourd'hui vs g^sai'er la restitution de cette arme sur laquelle on a tant disserté gaos être arrivé jamais à quelque chose de satisfaisant.

Ce n'est pas quant & l'usage de l'ohjet qu'il y a matière à discua- Mon. Le pilum était porté par les haslali et les principes', c'est-à-dire par tes soldats qui formaient les deut premiers rangs de la légion lorsqu'elle prenait son ordre de bataille. C'était une arme longue et lourde, à la fois d'haat et de jet*. On la lançait comme un javelot, ou bien on s'en servait en marchant serrés les uns contre les autres, selon l'expression de Strabon * : ce qui revient à dire qu'on chargeait avec, de même que l'on a chargé depuis avec la pique, et qu'on charge aujourd'hui à la halonnette. Camille apprit à ses soldats à brandir le pilum en le tenant à poignée, a&n de parer les taillades de la grande épée gauloise '. Par une manœuvre un peu différente

(. Examea des armes trouvées à Alise-Sainte- Reine, Reiiue archéologique, lèTrïer 1865.

i. Polybe, VI, 23.

3. « Pilum, liau<] paulo quant hasta vehGinentiuB ictu mlesuqua telum, ■ Tite Livo, IX, 19.

4. Aittîi t^p t| tùti Sopâtuv yprinc, ti jfki êx y<tpà( ti £'<•>{ naXioIc' xiSôncp xil i xôvTot à|i96npa; Tii; jlps<<(; ànoSiSiDiTi ' xal yip norâSiiv jp(£|u4a xal iDvn6aXoûvTt;- Eiœp xsi\ t| siipiuna Svvstat xai S usai;. Géographie, X, p. iU, id. Didot.

5. Aùtout Si Touc <TTpaT«ÛTi( ÈSiGciï> toT; iovol; (iaxp<il< Sici Yetpb; ypriaSai ia\ ni?c ii^fn t^v iroXtitiuv ûicg8âM,ovTC>ï exGljfMSoH Tat xaiifopcEt- Plntorque, Vie de Camille, c iO.

DigitizsdbyGOO'^le

308 LK PILUU DIS L'I^FA?(TKtllli

il fut employé à larder les chevaux aux naseaux ou les hommes au visage'.

Lorsque le pi.'um était lancé, le but où on l'adressait était le bouclier de l'ennemi. La distance était prise de telle sorte qu'il entnlt de toute la longueur de sa pointe dans le bois ou dans l'osier dont la carcasse du bouclier était fuite. Alors cette pointe, qui était faible, fléchissait par le poids du reste qui retombait à terre'. C'était comme une perche faisant étai contre un mur. L'homme atteint se trouvait bien empêché, ayant à Irainer cette longue machine accrochée après lui. I! aurait secoué en vain son bras gauche, pour s'en défaire, La pointe ne pouvait sortir que s'il la redressait; et pour cela il fallait qu'il y mît les deux mains, c'est-à-dire qu'il déposât son bouclier, par conséquent qu'il ce livrât à l'épée du soldat romain'.

Le coup pouvait être assez vigoureux pour que la chair fût entamée par-dessous 4e bouclier, même malgré la protection d'une cuirasse*. Qu'on juge des terribles blessures que faisait le pilum, s'il pénétrait dans le corps au défaut du bouclier".

A cause de la puissance de l'arme, sa course était lente, comparée à celle des autres javelots. Aussi un ennemi adroit et robuste parvenait-it, non seulement à éviter le pilum, mais à l'arrêter dans son trajet, de sorte qu'il le retournait ensuite contre le rang d'oii il était parti*.

Tels sont les eflets connus du pilum. Je les ai rappelés avant d'aborder les textes où la forme est décrite, parce qu'ils doivent diriger la

i. Mi] npofirOii fmariui, uimcp eîiûOKnv ot xpcEtiircoi, imeOSavTac tnl tàc (i^ulxia;, iXXk vaiEiv fivto s-jvTiTpiûaKOvTa: a(t[U(Ta xa'i npisuMii iSii «olcfiluv. PIqlarque. Vie de Pompée, c. 69.

2. Toù; a O'jpcoù; (rJ|iniTapS3i r.a\ ^ipiJvevOii t&v iaa&iv lfik%o\iiiiov. Plularque, Vie de Camille, e. 41. Et dans Tlte-Live, VU, 23 : ■ Pila... omniâ librata ponderibus figercnlur: oaeratiqje telis Galli, quîbus aut corpora traos- Bxa, aut pnegravnla iahœreiitibus gei'etiBul acuta, etc. •

3. &<b xii \i.cbiTtài).f^i)i Tfiv îSiiuv ÔTiXidv cniipùvio toT; ixeIvuv ovinpif loSai xi\ •toù( Ooaou; iripaçiptiv tniXi(L6av4|itïoi tœE; x'?""- 01 Sî 'F(ii|i3E0( Tviivoù; ipfijvt:; î,3]j TOlî îifcoiv E^pûivTO, xi'i çivo; (liï r|V nolu( Tûv npOTiixTuy. Vie de Camille, c. 41. Et dans CéBsr, De bello gatlico, I, 23 : > Quum terruin es iDflexisïet, neque eTcUerit, neque siaiilra iinp«iJita aatis comtuode 'pugoare poteraot, multi, ut diu jaclolo brachlo, pramptarent scatum manu emitter«. >

4. 'Il^xxavtiva; Oiitôv, Êi-ii),i<it¥ oijtoO tiv n Ouptiv xal tbv tiiptxii. Saidat,

5. « Nihil tembiliua Macedooibuï tuil ipso vulDerum aspectu, qute noa spiculis, non aagittis nec ullo grsculo teno, sed iogeotlbus pilis uec uiinoribus adacta gladiie, ultra mortem palebanl. ■ FJoru», L. Il, c. T.

6. ■ Pilaquc intercepta rem! Itèrent. -^Céear, De bello gallieo, II, Z7.

DigitizsdbyGOO'^le

LE PrLUM DE l'im'AXTKRIë BOMIINK 309

critique dans l'interprétation de ces textes. J'ajouterai, comme prémisses également utiles à la discussion qui va suivre, deux hypo- Ihëses qui ont été faites en ces derniers ' temps, et auxquelles tout le inonde attribuera avec moi la valeur de faits prouvés.

D'abord c'est que pilum (contracté de pisillum ou pislillum) signifiant au propre, en latin, l'instrument que nous appelons en français un pilon, l'arme appelée pilum a dû ressembler plus ou moins à un pilon '.

En second lieu, une arme qui, comme le pilum, a été d'usine pendant une longue suite de siècles, n'a pas manqué d'éprouver des changements dans sa forme'.

El de ce dernier point je conclus immédiatement qu'il importe de ne pas confondre les traits descriptifs que nous trouvons dans des écrits d'époques différentes, attendu que les auteurs ont parlé pour leur temps, et que ce qui a été dit par exemple du pilum des légions impériales ne convient pas au pilum des légions de la République.

Cela posé, j'arrive à la description la plus ancienne que nous ayons de cette arme. Elle est de Polyhe, dans un fragment qui nous reste de cet auteur sur l'organisation militaire des Romains*. Après avoir commencé par dire que les soldats des premiers rangs dans la légion portaient chacun deux pilum, il continue en ces fermes :

c II y a de gros pilum, il y en a de minces. Ceux de la plus forte espèce sont ronds, d'une palme de dianiëtre(0'',077), ou carrés, d'une palme de côté. Les minces ressemblent aux épieux de moyenne dimension et se portent avec ceux dont il vient d'être question. Aux uns comme aux autres le bois a environ trois coudées de long (0",462X3^1",386); aux uns comme aux autres aussi est fixé un trait barbelé de fer ayant même longueur que le bois; et comme ce trait est appliqué sur la moitié du bois avec force rivures, son adhérence et le bon usage de l'arme sont assurés assez fortement pour que, lorsqu'on s'en sert, l'emmanchement ne puisse manquer, àmoins que le fer ne se brise : or le fer a trois demi-doigts (O^jOOSS X3^0°>,0285) d'épaisseur, tant au pied qu'à l'endroit où il adhère au bois. Voilà jusqu'à quel point on pousse la précaution pour faire tenir ensemble les deux pièces*. »

). Anthony RicU, Dktionnaù-e dm Anliqaitéa, v Pilum.

2. LIndensclimiti Le pilum, lettre 6 h\. Quicherat, ilaoB la Revue archéologique du mois d'avril 1S6S,

Page 1