OBSERVATIONS RELATIVES AU PILUH
une fusée, terminée par un dard. Partant de là, j'ai restitué d'après le même principede construction le pilum décrit par Polybe. Comme Je voulais établir la série chronologique des formes afiéctées par le pilum, c'est par celui de Polybe que' j'ai commencé. J'ai fait venir ensuite celui de Saint-Bemy, qui, par l'âge du monument où il est figuré, appartient au vin" siècle de Rome. J'ai terminé en montrant les variations incessantes que l'arme a prouvées sous les empereurs, variations qui ont à plusieurs reprises changé totalement sa phytionomie sans toutefois lui ôter jamais sa ressemblance avec un pilon. Les témoignages des auteurs grecs et latins de toutes les époques, le ItHnheau de Saint-Remy, la collection des antiquités de l'Allemagne par H. Lindenscbmit et les anciens recueils d'inscriptions qui conlienneat des monuments figurés, voilà les sources où j'ai puisé, et que j'ai suffisamment indiquées.
Ebbien, H. J. Kl. commence par dire que les fouilles les plus récentes entreprises par ordre de l'Empereur et les trouvailles faites dans ces derniers temps en Allemagne et en Suisse sont ce qui m'a servi pour ma description du pilum. Évidemment, pour s'exprimer ainsi, il faut qu'il ne m'ait pas compris du tout. Une seule foie, dans mon mémoire, j'ai parlé des fouilles commandées par l'Empereur, et c'a été pour nier qu'elles eussent fourni le pilum. M. J. Kl. aura entendu que je voulais dire que le tombeau de Saint-Remy, dont cependant il n'est point question en cet endroit, avait été trouvé par suite des recherches exécutées à Alise-Sainte-Reine. Mais Saint- Remy est bien loin d'Alise, et le tombeau en question n'était pas à découvrir. C'est un grand et beau monument, assis sur sa base de manière à défier les siècles; et effectivement il les a traversés presque sans dommage. Beaucoup d'érudits s'en sont occupés depuis trois cents ans; seulement, aucunn'en avait jamais tiré parti pour la question que j'ai traitée.
Étant parti des prémisses qu'on vient de voir, M. J. Kl. est forcément arrivé à la conclusion que je n'avais pas ajouté grand'cbose aux notions données par MM. Lindenscbmit et Kœchly sur le pilum, La l<^que ex^eait qu'il conclût ainsi. Mais comme le pilum de M. Lindenscbmit est l'angon germanique emmanché d'une manière impossible, comme celui de M. Kœchly est, suivant la définition consignée par M. J. Kl. lui-même, une poutre armée d'une pointe en fer, le mien qui pouvait tenir dans la main d'un homme, le mien qui m'est fourni par un monumentd'une incontestable antiquité, le mien, dîs-je, a le mérite d'ajouter à ce qu'on savait auparavant un point capital, puisque c'est la conformation même à laquelle l'objet devait son nom.
330 OBSERVATIONS BELATTVES AU PILCM
A la vérité, M. J. Kl. n'admet pas que l'on puisse déduire la forme du piJwn décrit par Polybe de celle du pilum figuré ft Saint- Remy; car pour cela il faut supposer l'omission d'une circonstance dans la descriptiou de Polybe,'et Polybe est un auteur si exact qu'on doit le prendre k la lettre.
Je connais ce raisonnement. Il a été fait maintes fois en ces derniers temps au sujet des Commentaires de César sur la guerre des Gaules. Je sais aussi que les témoignages de l'antiquité, même les plus explicites, n'ont jamais donné aux modernes l'idée exacte d'un objet matériel, et que les restitutions exécutées d'après ces témoignages se sont toujours trouvées pécher par quelque endroit le jour où les monuments eux-mêmes ont apparu.
Si la description du pilum par Polybe est si complète, pourquoi ee est-on encore & disserter sur cette arme? Il n'y avait qu'à traduire mot à mot, et l'on possédait la chose. C'est précisément ce qu'on a fait à plusieurs reprises depuis trois cents ans, et chaque fois on est arrivé au pt/utn-poutre, qui n'a pas été proposé d'hier, ainsi que le croit M. J. Kl. ; mais chaque fois aussi la critique a repoussé le résultat obtenu, paite qu'il n'est pas conforme à la raison qu'un javelot ait été une pïiutre.
M. J. Kl. lui-même recule devant une pareille conséquence. Il appelle l'hypothèse à son secours pour pallier l'invraisemblance de l'arme qu'il préfère i la mienne. Polybe, dit-il, met dans la main du soldat romain deux pilum, un gros et un petit. Or le gros, qui est le seul dont l'auteur grec nous donne la description, ne peut pas être considéré comme une arme de combat. C'était le pilum murale, un engin qui ne servait qu'à la défense des camps. On le laissait tomber comme une masse sur l'ennemi, lorsque celui-ci tentait l'escalade en faisant la tortue.
J'avoue que l'explication est ingénieuse ; mais voilà bien des choses supposées pour un critique qui n'admet pas que l'on suppose l'omission d'une petite circonstance dans le témoignage de Polybe; et pour établir que les soldats l'omains, outre toutes les choses dont ils étaieni chargés, portaient encore des armes de rempart, il me semble qu'il eût été bon de s'appuyer sur une autorité quelconque, celle de Polybe faisant défaut.
Une autre objection se présente relativement à ce que le soldat aurait fait de son pibtm murale; quand le moment était venu de tomber sur l'ennemi l'épée à la main. M. J. Kl. prévient cette difficulté en disant que iepilum n'était porté que par les triarii ou soldats du troisième rang, qui donnaient peu dans les batailles, leur ofBce
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OBSBHVATIOHS RBUTIVXS i.C PILtlH 331
principal étant de défendre le camp. Mais votci que l'exact Polybe nous apprend qae, de tous les soldats qui composaient la troupe de ligne dans la Jégion, les triaires étaient les seuls qui n'eussent pas Aepilwn; leur arme était la haste : àvr'i tûv ûsaùv a{ tpiâpio'. Sâptna çBpoi}7t (1. VI, c. 23). Il y a donc erreur de mémoire de la part de M. J. Kl. Je la prends à ma chaîne, attendu que, m'étant donné la peine.de dire que le pUum fut l'arme des kastiUi et des principes, il faut CfUB je ne me sois pas expliqué assez clairement pour être compris.
Je n'avais rien dit, dans mon mémoire, du pilum de rempart, faute de renseignements suffisants. Nous ne savons en effet ni ses dimensions, ni à quelle époque on commença de s'en servir, ni s'il était lancé à la main ou au moyen de machines. César, allégué contre moi par H. J. Kl., est, k ma connaissance, le seul auteur qui en ait parlé. D nom le représente comme unechose qui se fabriquait sur lieu pour le besoin du moment, puisqu'U dit que Quintus Cicéron en fît faire pour défendre son camp menacé par les GauloÎE. £n quoi ce passage peut-il servir à prouver que le pilum de rempart était porté par les fintassins ? Supposons cependant qu'il l'ait été. La question qu'il s'agit d'éclaicir est la question de forme; or, relativement à celui-ci, le nom lui seul suffît, ce me semble, pour que nous induisions la ressemblance avec un pilon, autrement dit une construction analogue à celle que m'a révélée le bas-relief de Saint-Remy ; de sorte que, quand même le pitum décrit par Polybe aurait été le pilum de rempart, cela- ne détruirait pas ma restitution.
M. J. Kl, me reproche encore de n'avoir pas fait usage de la description du pilum par Appien, pour compléter la restitution du pilum du temps de César. Hélas ! à quoi me sert-il d'avoir fait ressortir la nécessité de classer chronologiquement les témoignages ? C'est par li que j'ai commencé : « Il importe, ai-je dit, de ne pas confondre les traita descriptifs que nous trouvons dans les écrits d'époques différentes, attendu que les auteurs ont parlé pour leur temps, et q<ie ce qui a été dit, par exemple, du pilum des lésions impériales ne convient pas au pilwn des légions de la république. » C'est là le fondement même de la critique archéolt^que. Or Appien est un auteur du n* siècle de notre ère. Je l'ai donc invoqué pour la restitution du fnlum sous Adrien. J'ajoute que si le témoignage des historiens de l'antiquité en pareille matière valait, non pas pour le temps où ils ont vécu, mais pour le temps dont ils racontent les faits, ce n'est pas au pUvm des légions de' César que j'aurais appliqué la description d' Appien, c'est à un pilum antérieur de deux cents ans & celui que nous fait connaître Polybe, car l'occasion d'Appien pour
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