‹ Mélanges d'archéologie et d'histoireChapitre 122 sur 240 · Histoire roumiDe de Dion Caaalu?, t lit, p · texte numérisé non relu

Histoire roumiDe de Dion Caaalu?, t lit, p

*. BruDBwick, 1853, Tome I", col. 868.

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3i2 AtLObBIGES KT ALtOBROGES

Parii : c'est ce qui fait qu'on chercherait vainement ce passage dans l'Appien de Schweighffîuser et dans celui de la Collection DidoL Le voici :

f Appien. Allobriges, peuple de la Gaule. Leurs villes étaient difilciles à attaquer, parce que chaque jour, selon la marée, elles étaient continent ou lies. Quant à eux, ils combattaient sur des navires. L'empereur Caligula fit enfoncer autour de ces villes des poteaux élevés par-dessus lesquels on Gxa des tabliers. La vague passant à travers les poteaux sans atteindre les tabliers, les Homains firent leurafTaire sans peine et sans interruption '. »

Quelques-uns de nos chercheurs d'antiquités lacustres appliquant aux Allobrt^es ce fait, dont ils eurent connaissance par te Recueil de dom Bouquet ', se sont trouvés bien empêchés par la mention du Qux et du reflux. Cela néanmoins ne leur a point ouvert les ^eux. Us ont planté les villes en question dans les lacs de Genève, du Boui^^t et d' Annecy*. Ils ont commis une autre erreur d'interprétation en attribuant à Jules César, qui, on ne saurait trop le répéter, ne cond>a1tit jamais contre les Allobrog^es, l'expédient des lignes d'investissement formées au moyen dequais en charpente, To3 Kot^apo: Ptflou, qui est dans le grec, ne peut se rendre que par le César Gaius, autrement dit l'empereur Caligula. La citation de Suidas se rapporte donc à l'expédition de Caligula dans le nord de la Gaule, expédition qui, au dire de Suétone, eut pour motif le recrutement de la garde batave dont s'était entouré l'empereur *. Les hialoriens connus n'ont fait que se moquer de cette campagne, qui se passa sans combattre. Les grands travaux indiqués par Appien n'en changent pas le caractère ridicule, puisque le résultat probable de tant de dépenses fut d'exercer la presse sur quelques misérables villages. Le l'enseignement a cela de précieux qu'il nous fait voir les Allobriges établis sur un point de la céte septentrionale facile à déterminer; car on ne peut mettre ce peuple

1. •■ 'Amciivif. '.\XXifipiYti TaXirâv nvo(. A4a|tx^Qi i'&utfiv iisav at icilLdt, àici n â|j.«ûn(d( if' T|(Upiv >)iri(poi}iicva! te mil vijiroû|uvoii. Ol Si «loiMt ticoUliouv, Toû tl KaluapO( Vatov rtpl xàt niU(< oiaupoùf miE(i[iivou liJniXoùî %tà ToT; rcBupoTc ràiSIvToc Ttçupiù^iaia, Ô [j,ëv xXûJibiv i'f"?" ^'^ '^^ 0TaMpu(UÎTHV {ikô toit Ttf 'jpû|iaa(. 'Pid[ia[oic Si àSlt; ijv xa\ îitl|iovov to îpyov. u

a. Scriptorei rerum francicantm, t. I, p. 821, d'après l'édition de Cambridge, où manque lo nom d'Appicn.

3. M. Troj'OD touteroie s héiité. naàUalioni lacutlivi dea tempt mdent et modtmta, p. ISa.

4. Quam ad TiBeodum nemus Sumenque Clitumni MevaDlam processiiset, adinoDitu« de supplendo numéro BataToruin, quo« cires «e bababat, eipedilioDis OprmoDics impetom cepft. • Caligula, t. iS.

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ALLOBRIGCS ÏT ALLOBHOGES 343

qu'entre les Ménapiens et les Batavea, Sa place était par conséquent la Zélande.

Que si l'on se demande à présent comment il se fait que les AHobriges ne soient pas nommés dans les Commentaires de César, tandis qu'ils l'étaient dans d'autres écrits sur la guerre des Gaules, l'explication à donner me parait toute simple. Sans doute les Allobriges, conformément à un usage bien connu des Gaulois et des Germains, s'étaient associés pendant un temps avec les Âtuatuques, leurs voisins, et celle confédération {Portant indifféremment le nom des Allobriges ou des Atuatuques, César aura préféré celte dernière dénomination pour éviter toute confusion avec les Allobroges.

Les Allobriges paraissent s'être maintenus, et même avoir pris de l'extension, pendant la décadencede l'empire. L'Anonyme de Ravenne, qui compilait au viii* siècle les écrila de plusieurs géographes contempctfains de Clovis, définit ainsi la Belgique inférieure :

Ad frontem ejusdem FHgonum palriœ... ponilur patria quœ dtcitur Franlia Rhinemit, qux antiquilus Gallia Belgilia AUobritet dicitur^.

La fin de cette phrase, altérée comme l'est à chaque instant le texte de l'Anonyme, a fait jusqu'ici le désespoir des commentateurs. On croyait voir dans Allobrites une mention des Allobroges'. Après les explications qui précèdent, le doute ne me parait plus permis. Il faut lire Allobrices, forme un peu différente, mais équivalente de Allobriges, et la correction du tout sera : qus aTHiquUus Oallia Belgica et Allabrices diee&atur.

L'assertion qu'un grand pays comme la Belgique inférieure a porté le nom d'un peuple qui était resté inconnu jusqu'ici pourra paraître excessive et peu digne de foi, surtout venant d'un auteur aussi barbare que l'Anonj^ie de Ravenne. Cependant il faut faire attention que le même fait se trouve attesté implicitement par Procope. Cet historien que recommande la sûreté de ses informations, car il n'écrivît que sur des documents ofSciels, raconte dans son premier livre de la Guerre golhique ' que, lorsque les Francs habitaient encore le pays marécageux situé vers l'embouchure du Rhin, ils avaient pour voisins, demeurant côte à côte avec eux, les Arboryches ', peuple anciennement soumis aux Romains, et qui continuait à combattre

1. D. Bouquet, Sa^ptorea rerum francUarum, U I, p. 119 (ex tibro IV, tect. n). *

i. AKred Jacobs, Gallia ab anonyino Bmennote detcripla (Paris, ISSS), p. IS. 3. Chap. xit (tome U, p. 63 de l'édiUon de Bonn).

t. 1 ToÛTUV Cji|UVSl 'ApSipu^oi uxouv. «

D,„i,„db,Goo<^le

344 AtXOBRIGKS ET 'ALLOBROGES

pour la cause de l'Empire, bien qu'il en eût répudié les instiluUons ' . Les Francs firent la gfuerre à ces Arhoryches pour les subjuguer, mais ceux-ci se défendirent vaillamment. Ils conservèrent leur nationalité et leur attachement au nom romain jusqu'à ce que, sollicités par leurs turbulents voisins, qui s'étaient convertis au christianisme, de se însionner avec eux, ils embrassèrent ce parti. Les deux peuples réunis en un seul constituèrent dès lors une puissance redoutable. Tel est en substance le récit de Procope.

Je n'ignore pas qu'on a assimilé les Arhoryches avec les Armoriques des annalistes du v* siècle; mais aucun des traits indiqués par Pn>cope ne juslifie cette manière de voir. Les Armoriques étaient une confédération des cités maritimes de la Gaule entre l'embouchure de la Gironde et celle de la Seine; donc ils ne confinaient pas aux Francs Saliens habitant les bords du Rhin inférieur. Les Armoriques n'avaient pas renoncé aux institutions romaines, et de plus ils avaient ces°é de combattre pour la cause de l'Empire. Enfin les Armoriques ne se fusionnèrent pas avec les Francs. Toutes ces conditions, remplies par tes Arhoryches, me semblent autant de motifs plausibles pour en faire un peuple qui habitait la Zélande et la Flandre, qui, par conséquent, répond aux Aliobrices de l'Anonyme de Ravenhe. Il ne fait qu'un avec eux par la position, et probablement il ne fait qu'un aussi par le nom, car une raisiJn d'euphonie peut avoir motivé le déplacement de la seconde voyelle dans 'Apîipu-/!>;, qui aurait été d'abord 'ApiSpu^si ; et 'ApiSpu/ci n'est qu'une prononciation très gutturale de Aliobrices.

La fusion des Aliobrices ou Allobrifres avec les Francs explique que leur nom se soit éteint, malgré le bruit qu'ils avaient fait auparavant. J'ai beaucoup cherché, espérant le retrouver dans quelque dénomination territoriale. Les contrées du Nord ne m'ont rien fourni de satisfaisant; mais, chose singulière, le mot existe dans le vocabulaire des villages situés aux environs de Belfort, sur la limite des deux langues française et allemande; il existe avec la valeur d'une injure sanglante. I.*rsqu'un Roman en vient aux gros mots avec un Tudesque, il lui dit : Alteàriche, et l'autre répond : Welrhe. C'est le commencement d'une querelle qui finit ordinairement par des coups. Je tiens ce fait de M. Delacroix, de Besançon, qui en avait déjà

i. " ïuv itôoT, Tr, SiXr, Poe).).!» xal [itjv 'loTcavii 'Pionaiuv xœt^xooi é«

Tioav 'ETjfxavov Si 'Apfiip'j/oi tire 'Piii(ta!iuv urpattûtai te^ivijtxiya

Pcp|L3cval xiTijxiouî ffçioiï (0;Jo¥«c, â« ôfiipo'jî xaTi£a),ivra{, iroiiion'rtai. »

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ALLOBHIGES ET ALLOBROGES 345

fait part à M. Troyon; aussi est-il consigné dans le livre de ce regrettable savant sur les antiquités lacustres de la Suisse '. N'y aurait-il pas iCen induire qu'une colonie Allobrifre fut établie par l'AlIobrige Ario^iste dans cette {lartie de l'Alsace, oîi il régna pendant plusieurs années en souverain tout-puissant ?

Je n'en saurais dire davanta^^e sur ce sujet. C'est assez si j'ai prouvé qu'il y aura désormais une distinction à faire entre les Allobroges, anciens habitants du Daupbiné et de la Savoie, et les AUobriges, peuple germanique émigré, dès le temps de César, sur la rive gauche du Rhin, où il sut se maintenir jusque vers l'an 500 de notre ère.

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